C’est tellement facile de juger plusieurs mois après les faits

La semaine dernière, je recevais un appel téléphonique en présence de mon homme. Je déteste décrocher quand il est là, parce qu’à chaque fois il écoute tout et y va de son petit commentaire blessant (aka « tu ne donnes vraiment pas envie au téléphone », « tu ne parles pas assez », « putain je ne sais pas comment tu as fait pour décrocher un entretien avec moi ç’aurait été next »), histoire de bien aggraver ma phobie du téléphone.

Mais cette fois je ne pouvais pas me défiler, car il avait entendu le message de mon répondeur et savait que c’était un employeur que je devais rappeler. C’est mal vu de remettre ça au lendemain, et à raison, parce qu’un employeur potentiel qu’on ne rappelle pas rapidement passe au candidat suivant…

Je rappelle donc et tombe sur une jeune femme (assez hautaine d’ailleurs). Je lui demande des détails sur le poste, c’est donc un CDI à mi-temps et surtout… c’est à perpette-les-oies. La ville dans laquelle j’avais passé mes tests de la CAF et qui est très pénible d’accès : de chez moi, un seul bus y va, le matin, et pour le retour c’est démerde-toi. Je me souviens que j’avais mis plus de 3h à revenir à cause de tous les changements, pendue au téléphone avec mon homme qui tentait de me trouver le chemin le plus court. Déjà que mes 1h30 aller/1h30 retour de mon précédent job me fatiguaient, alors 3h rien que pour le retour…

J’explique le problème à la femme en lui disant que je reste disponible pour des postes plus proches de chez moi, elle me répond « ok » et raccroche. Merci, next. Et là, je fais l’erreur de sortir à mon homme « dommage que c’était à perpette, j’aurais pu le prendre même si c’était un mi-temps ». Il se tourne vers moi et me dit de ne pas me foutre de sa gueule, car j’avais une possibilité de mi-temps avec mon ancienne entreprise et que j’ai refusé.

J’étais sciée. Ça fait 4 mois et il a déjà oublié ce pourquoi j’ai quitté mon ancienne entreprise ? Que je me faisais fumer à la gueule DANS LES LOCAUX par une salope surprotégée par la hiérarchie qui couvrait son incompétence et son irrespect juste parce qu’elle était trisomique ? Que mes supérieurs n’avaient pas le moindre respect pour moi, se foutaient de ma gueule, avaient mis 4 mois à aménager mon poste pour ensuite me dire que c’était de ma faute si ils avaient mis tant de temps ? Que ce fameux mi-temps, on me l’avait proposé 2 semaines avant la fin de mon contrat et que le jour J, je n’avais toujours aucune info dessus (je ne savais même pas si c’était un mi-temps en fait, on m’avait dit ça sans certitude) ? Que j’étais dans un état de santé lamentable, sans parler de mon état psychologique ? J’ai mis de longs mois avant de me débarrasser de ma dermite séborrhéique due au stress, et à pouvoir respirer sans baume. Et surtout malgré mon état le congé demandé a été refusé, on voulait me faire enchaîner sur le contrat dont je ne savais rien et me faire signer un truc bancal sans infos ?

L’amnésie sélective juste pour me culpabiliser, c’est trop facile ! Je ne suis pas partie sans raison, je n’ai pas refusé ce contrat sans raison.

A ce stade on peut aussi dire que j’aurais pu continuer avec la folle, ce n’est pas grave de se faire fumer à la gueule (après tout, le tabagisme passif ce n’est que 600.000 morts par an, les fumeurs ne sont absolument pas des meurtriers, vas-y respire la bonne fumée), que c’est peu de sacrifice pour un CDI à temps plein.

Le pire, c’est que lorsque je lui ai dit ça, il a haussé les épaules en me disant que c’était moi qui avais refusé le contrat, donc que je n’avais pas à me plaindre. Il a visiblement aussi oublié le fait qu’à l’époque, il était totalement de mon côté lorsque je voulais fuir mon entreprise et qu’il m’a même dit de refuser le mi-temps car ce n’est pas un contrat intéressant. Je le lui ai rappelé, il a levé les yeux au ciel en soupirant.

C’est facile de juger plusieurs mois après. Oui, c’est clair qu’aujourd’hui je m’en suis remise, du moins physiquement -psychologiquement parlant, j’ai gardé une grosse méfiance envers les entreprises spécialisées dans l’embauche des personnes handicapées- donc on peut se dire que ce n’était pas si grave. Sauf que dans mon état de l’époque, si j’avais continué j’aurais fini par m’écrouler physiquement -je toussais, toussais, sans arrêt, j’avais sans arrêt mal aux poumons, à la poitrine- et surtout, j’aurais fini par frapper de nouveau la folle, sans la rater cette fois. Sur la fin, elle multipliait les provocations pour me pousser à bout. Du moins, jusqu’à ce qu’elle voie la mollesse de ma remplaçante, là elle me demandait de rester, comprenant que cette fois son taf elle allait devoir le faire.

Même moi je me dis que j’aurais pu continuer, puis je me reprends. Dire ça de son fauteuil en sirotant son verre d’eau, en oubliant tous les détails pénibles, c’est facile. Mais j’avoue que si la folle avait vraiment arrêté de fumer dans les locaux, j’aurais peut-être pu rester et supporter ses provocations. J’aurais tenté du moins.

Ma mère aussi a essayé de me culpabiliser d’ailleurs, en me disant que ça ne devait pas être si terrible, car elle fumait une cigarette électronique et pas une cigarette classique. Les études sur la nocivité de la cigarette électronique se contredisent toutes, mais moi, l’effondrement de mon état de santé à force de la côtoyer, je l’ai vu. L’abandon total de la hiérarchie qui renâclait à faire respecter la loi, je l’ai vu. Peut-être était-ce aussi dû au fait de devoir traverser le nuage de fumée des autres à l’entrée du bureau ? Ou les deux ? Dans tous les cas j’étais affectée, les fumeurs sont une véritable plaie (pitié, ne légalisez pas le cannabis, on en a assez) et encore plus lorsqu’ils sont irrespectueux.

Bref. Dans tous les cas on ne peut pas refaire le passé, mais si je devais y retourner, je refuserais tout pareil. Ce n’était pas sans raison. Et venir me juger plusieurs mois après les faits, c’est petit. Juste pour me faire une fois de plus culpabiliser sur mon chômage qui pèse. Comme si ce n’était déjà pas assez de savoir que ma belle-mère et mon beau-frère bavent copieusement dans mon dos à ce sujet, sans parler de tous les autres, comme cette femme à la bibliothèque qui bombait le torse en disant que les jeunes notre génération sont des fainéants et que si elle pouvait sortir de sa retraite pour retourner bosser, elle le ferait. C’est ça mamie, retourne à l’usine à 80 ans, je vais rigoler. « Notre génération a souffert du travail, votre génération doit souffrir tout pareil, sinon c’est pas juste ! ». Monde de merde. Toujours à juger ce que font les voisins, la famille, les amis. On juge la manière dont les chômeurs dépensent leur RSA, avec contrôles et compagnie, par contre les détournements de fonds, que dalle…

Bon, je m’éloigne du sujet. Mais j’avoue que j’en ai assez d’être dans le jugement permanent. Que chacun se mêle de son cul et le monde tournerait peut-être un peu mieux.

« Il serait temps de trouver un travail quand même ! »

Source de cette grosse image ^^ (bien qu’un peu désuète)

Je dois bien reconnaître à mon homme qu’il est tenace. Malgré toute l’hypocrisie, tous les coups fourbes et compagnie que son entreprise lui a fait, il continue d’espérer qu’elle m’embauche un jour. Moi, j’ai laissé tomber depuis longtemps après des dizaines de CV sans réponse, les seuls petits contrats obtenus chez eux l’ont été grâce à l’insistance de mon homme, ils n’ont jamais regardé mon CV.

Dans tous les cas, je déteste la grande distribution. C ‘est vraiment un domaine dans lequel je ne me sens pas à ma place. J’ai plus ou moins apprécié mon passage en fromagerie (et je l’aurais sans doute plus apprécié sans ma collègue toxique) mais c’est tout. La caisse, ELS, charcuterie, boucherie ou poissonnerie c’est no way. Je ne me suis jamais sentie aussi mal qu’en bossant là-bas. Misère intellectuelle, boulot d’un ennui sans fin, mon dieu, quelle horreur.

Après, c’est sûr que si on me propose un travail dans la grande distribution, je peux difficilement dire non (on est conditionnés pour accepter le premier taf qui passe, parce que mieux vaut un mauvais travail que pas de travail du tout, hélas) mais je ferai tout pour y échapper le plus vite possible.

Cependant, mon homme ne l’entend pas de cette oreille : il sait que je déteste son travail, mais il le déteste aussi et pense que pour lui comme pour moi on se sentirait mieux si je travaillais avec lui. Je suis plus ou moins d’accord.

J’ai eu l’occasion de travailler avec lui quelques jours, et je ne suis pas vraiment comme lui. Lui, il arrive à surmonter son dégoût des gens pour aller leur parler, les guider, etc. Moi j’étais bien incapable de leur parler tant je n’avais rien à leur dire. Foot, cul, deux sujets qui ne m’intéressent vraiment pas, et leur parler d’autre chose les ennuie. J’étais dans mon coin.

Je pense aussi qu’il me sur-estime. Il pense que je ferais une bonne ELS, mais quand j’ai fait ce taf, j’étais paumée. On me déplaçait sans arrêt mes rolls, et le gars de l’après-midi foutait un bordel monstre dans mes rayons en calant des produits dans le fond des étagères « pour plus tard » histoire d’alléger les rolls. Oui enfin t’es mignon coco mais moi quand j’avais de l’arrivage le lendemain, je devais remettre son bordel dans les rolls parce qu’il me fallait bien de la place. Quitte à mettre des produits au fond t’en met qui sont sur la même étagère ou ont un rapport avec le rayon. Lui il me flanquait du thé dans le café, etc… il me rendait dingue, me faisait perdre un temps fou (déjà que j’étais en 30h alors que les rayons nécessitaient un 35h…), rendait le travail encore plus insupportable pour moi.

Et puis l’ennui…

Bref, vous allez vous demander le rapport avec le titre. Revenons à nos moutons. Mon homme est allé voir le directeur pour lui dire qu’il avait besoin de personnel, d’au-moins une autre personne, parce qu’entre les pas-doués qui sont gardés et les absents, sans parler des rayons sans suivi, c’est la misère. Le directeur lui a répondu qu’ils ne trouvaient personne, ce qui a fait halluciner mon homme qui a répété que je cherchais toujours du taf et qu’ils pouvaient me prendre. Ce à quoi le directeur a répondu : « Elle cherche encore ? Il serait temps de trouver un travail quand même ! ». Sympa. On sent le gars bien manipulé par les médias qui pense qu’on trouve un travail en claquant des doigts. Non, ça ne se passe pas comme ça.

Il me rappelle une femme que j’ai lue sur Facebook, qui disait qu’à BAC+4 elle préférait être caissière que vivre aux frais du contribuable, « parce qu’il faut bien se bouger le cul un peu ». Sauf que même pour les boulots alimentaires, ce n’est pas simple. Les offres de boulot non-qualifiées sont prises d’assaut, nous sommes des centaines à déposer nos CV dans les supermarchés. Alors si elle, elle a été choisie, tant mieux pour elle, sauf qu’elle a dû faire des dizaines, voir des centaines de malheureux qui eux n’ont pas été pris. Il n’y a pas de boulot pour tout le monde. Même pour les plus motivés. Et vu la culpabilisation des chômeurs et autres personnes touchant des allocations, ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on reste dans cette situation.

Je dois avouer que ça me chiffonne un peu que mon homme ne m’ait pas demandé mon avis pour déposer ma candidature, mais d’un autre côté je peux difficilement lui dire non. Je n’ai pas de piste actuellement. Notre création d’entreprise ne se fera probablement pas car avec sa bipolarité il change d’avis comme de boxer et je n’ai pas envie de faire ça seule. C’était un projet à deux. S’il ne veut plus, je partirai sur autre chose.

Et puis, accepter un CDI dans sa boîte, c’est rester à Paris, c’est rester dans notre appartement rempli de moisi et de voisins bruyants, à côté de ce garage de merde qui rejette ses fumées chez nous. Je n’ai jamais voulu vivre dans cette ville et j’ai envie de partir, plus que tout. Il m’arrive de postuler dans d’autres villes quand je vois un CDI intéressant, justement pour ça.

Je me prends à espérer qu’ils me refusent encore, et pourtant j’ai envie de travailler, cette situation me mine un peu. Rien que d’y penser j’ai une boule au ventre, je déteste ce métier.

Une discrimination parmi tant d’autres

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Ce n’est pas cet article que j’avais l’intention de publier aujourd’hui (reste à voir si je publie les deux d’un coup ou si je vous fais attendre, gniark) mais j’ai reçu un coup de fil qui m’a tellement indignée (et amusée en même temps, je dois être un peu maso) que j’avais envie de vous faire partager cette histoire.

Parce que quand je parle emploi avec les gens (souvent contre mon gré mais ça revient souvent dans les conversations), on me dit toujours que comme les entreprises doivent payer une taxe si elles n’embauchent pas d’handicapés, elles se mettent en quatre pour les trouver. J’en avais déjà parlé ici, c’est un immonde cliché qui hélas peine à sortir des mentalités.

J’ai été appelée pour la première fois jeudi soir, mais comme je suis chez SFR pour le mobile, mon réseau est très mauvais et quand on m’appelle, les gens tombent directement sur le répondeur sans que je sois avertie de leur appel. Et je ne reçois un message du répondeur que plusieurs heures après. Et ce, alors que mon téléphone m’indique que je capte parfaitement. Bien évidemment, la personne me demande de rappeler avant 17h et je reçois le message à 18h30, donc trop tard. Ensuite, j’avoue honteusement que j’ai complètement oublié, un peu agacée par le message saccadé et incompréhensible que j’ai reçu, à part une petite phrase : « … vous pourrez nous dire ce que vous voulez exactement. ».

Ce que je veux. J’ai postulé à l’offre X, ce que je veux c’est le poste X. La formulation est un peu bizarre.

Et du coup, ils m’ont rappelée ce lundi, et j’ai reçu le message répondeur pour les rappeler à temps (avec le fixe, je ne suis pas folle). Je m’excuse de ne pas les avoir recontactés et leur explique le problème, ils sont plutôt compréhensifs, et on passe à la partie entretien téléphonique.

Je leur pose des questions sur le poste, notamment l’adresse, car elle n’était pas indiquée sur l’annonce, et je préfère être sûre de ma fiabilité. On me confirme que c’est un temps plein d’un mois renouvelable. Pas top, mais mieux que rien (du moins si ça n’annule pas mes droits au chômage). Je vérifie l’adresse, je peux m’y rendre sans dépendre de ce foutu RER A. C’est parfait donc.

Je pose une dernière question concernant l’aménagement du poste, pour savoir si je suis dans un bâtiment non fumeur (en lui expliquant ma mésaventure avec la connasse de mon précédent poste qui fumait dans les locaux en se tamponnant de ma maladie) et si j’ai la possibilité de m’asseoir.

Et là, la personne me demande de quel aménagement je parle. Ben, de celui pour mon handicap, vous n’avez pas vu le gros « RQTH » écrit en gras et majuscules à côté de mon nom ? Ah visiblement non. Il y a un gros silence gêné au téléphone, je finis par le briser en demandant si ça pose problème. Et honnêtement, je ne pense pas que l’entreprise soit perdante si le seul aménagement consiste à me refiler une chaise et à ne pas fumer à proximité ou dans les locaux.

C’est là que ça devient drôle, parce que la personne me demande d’attendre un peu, me met en attente avec une petite musique qui ne m’a pas empêchée de l’entendre dire à sa supérieure « Mais en fait c’est une handicapée ! On fait quoi ? ». La nana se fait engueuler pour ne pas l’avoir vu sur mon CV avant de rappeler, puis sort : « Dis lui que le poste est déjà pourvu et que la rappeler était une erreur ». Ah ouais carrément. La fille semble gênée puis reprend le combiné pour me sortir qu’elle s’était renseignée (lol) et que le poste avait déjà été donné. Par contre, elle pouvait me proposer des postes « adaptés », dans une autre ville, à mi-temps.

Ah d’accord. Donc l’handicapée n’a pas le droit au temps plein alors que le poste est parfaitement adaptable, par contre on lui refourgue les postes pourris à l’autre bout de la ville. Je la coupe pour lui dire que j’ai entendu toute sa conversation avec sa cheffe et lui demande pourquoi le poste devrait me filer entre les doigts alors que mon handicap ne pose aucune contre-indication (sauf si l’équipe fume dans les locaux, mais j’ose espérer que mon précédent poste était une exception, c’est censé être interdit par la loi). Encore un silence gêné, et puis elle me sort que le poste demande une bonne condition physique.

Girl. J’ai tenu le même poste pendant 6 mois, dans une entreprise plus grande, en faisant en plus la part des autres. Et ma seule fatigue était morale, parce que j’en avais marre de me battre contre des moulins à vent alors que je demandais juste à ce qu’une connasse arrête de fumer dans les bureaux. Et y’a pas besoin d’avoir une forme olympique pour tenir ce poste. J’avais même le temps de bouquiner.

Visiblement, ça ne lui a pas suffi, puisqu’elle ne m’a même pas écoutée et a insisté sur le fait que le poste était pourvu (j’ai cru comprendre que non) mais qu’elle pouvait me proposer d’autres postes dans des entreprises adaptées.

Eh bien non. J’ai postulé sur Pôle Emploi au poste X, dont les conditions me convenaient et qui était ouvert aux personnes handicapées, ce n’est pas pour me retrouver sur le poste Y qui n’a aucun rapport. Je lui ai donc signalé que j’avertirais qui de droit de leur discrimination et j’ai raccroché. Elle n’a pas tenté de me rappeler. C’est dommage de ne pas avoir pu enregistrer la conversation mais il me semble que la justice peut récupérer ça auprès de mon opérateur.

J’ai donc commencé par signaler la discrimination à ma conseillère Pôle Emploi. Je ne sais pas si elle pourra faire grand chose, mais c’est toujours ça. Ensuite, j’ai envoyé un mail à l’Agefiph pour leur demander la marche à suivre afin d’être sûre que l’entreprise se fasse plus que taper sur les doigts. Cette hypocrisie doit cesser. Handicap ne signifie pas incompétence. Il n’y a aucune raison pour qu’un poste me file entre les doigts alors que je peux le tenir !

Et après on entend les politiques balancer que les chômeurs sont des fainéants qui cherchent leur chômage. Bon sang, avant de taper sur les précaires, commencer par résoudre les sérieux soucis que l’on trouve dans le monde du travail ! De l’emploi il y en aurait beaucoup plus si on proposait des postes corrects et qu’on cessait les discriminations stupides comme celles du handicap, de l’expérience pro, du milieu social, etc. Les chômeurs sont nombreux et ce n’est pas en les insultant, les culpabilisant sans chercher des causes ailleurs que vous aurez leurs voix. Voix qui peuvent faire la différence, sachez le !

Est-ce réellement une bonne idée ?

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Il y a quelques jours, j’ai pris un coup au moral en discutant avec mon homme. Si au début il était très enthousiaste pour le projet de création d’entreprise, plus le temps passe et plus il semble en être agacé. J’ai fini par lui demander directement s’il avait vraiment envie de se plonger là-dedans -la franchise totale est un des piliers de notre couple après tout-.

Il m’a un peu sidérée en me répondant que non. Que travailler dans un magasin une demi-journée le faisait déjà chier, alors passer la journée dans un magasin, même le sien, ça ne changeait pas grand chose à ses yeux. Il vendra des produits qu’il aime mais il bossera beaucoup plus, en faisant le même métier pénible qui lui tue le dos. Ça le lassera vite. Que s’il me suivait là-dedans c’est pour que j’aie un boulot car avec mes handicaps je ne trouverai jamais quelque chose de fixe sans créer mon propre emploi. S’il a cessé d’évoluer au sein de son magasin, c’est justement pour ne pas avoir à passer sa journée au boulot.

Je savais qu’il y avait anguille sous roche, mais je ne pensais pas que c’était à ce point. Parce qu’à chaque fois qu’on en parlait, ça l’enthousiasmait car il en avait marre de sa boîte dans laquelle personne n’écoute son instinct commercial -qui avouons le est très très bon- et où seul le fric compte. L’idée de pouvoir décider, il aimait ça.

Je n’ai pas envie de le forcer. Je n’ai pas envie qu’il s’engage dans un projet qui nous endettera -il faudra bien emprunter pour nos locaux, nos produits, la franchise si on en fait une-, qui nous bouffera beaucoup de temps juste pour que j’aie un travail. Mais je sais que si je fais machine arrière il va aussi me critiquer, en me disant que je ne sais pas me fixer sur un projet, que je n’ai pas les couilles d’être cheffe d’entreprise, etc.

Il faut savoir que mon homme est bipolaire. Il ne faut pas toujours prendre ce qu’il dit au premier degré car il est souvent dans des phases très pessimistes, voir un peu agressives, pendant lesquelles tout le fera chier, rien ne lui fera plaisir, rien n’arrivera à créer un semblant de sourire sur son visage. Mais cette lassitude vis à vis de notre projet, je la vois depuis quelques temps déjà. Principalement à cause des entreprises bio que l’on démarche -Natureo, Biocoop…-, à qui on prend le temps d’envoyer des messages détaillés pour présenter notre projet et qui ne prennent pas la peine de nous répondre. Ça agace mon homme car on a aucun indice sur ce qui pèche, sur ce qui fait qu’on nous ignore -alors que ces entreprises disent, sur leur site, manquer de monde pour s’établir dans toute la France-, sur, à la finale, la viabilité de notre projet.

Ce qui m’a fait peur également, c’est que lorsque je lui ai dit que je n’avais pas envie de me retrouver seule à la tête du magasin quand il en aura marre, il m’a répondu « Et alors, tu ne te sens pas capable de gérer un magasin ? Parce que si non autant ne rien faire ».

En soi je ne m’en sens pas incapable, mais si on fait ce projet à deux, ce n’est pas pour que je me retrouve seule. On est censés se partager le travail pour faire tourner la boutique. De plus il sait très bien qu’il y a une période dans le mois pendant laquelle je serai incapable de surmonter ma charge de travail : les règles, à cause de mon endométriose qui me cloue au lit plusieurs jours. Si je me retrouve seule qui prendra en charge une partie du travail ? Je n’ai pas envie de devoir embaucher quelqu’un avec un contrat bancal juste pour les périodes pessimistes de Monsieur le Bipolaire.

Parfois je me demande aussi si je serai capable de passer mes journées à bosser et même au-delà. Je suis quelqu’un qui a besoin d’un minimum de repos dans la journée à cause de ma fatigue chronique. Je peux forcer un temps mais ce ne serait pas une bonne idée -ça me rattrape toujours-.

Je vais malgré tout suivre la formation de la CCI parce qu’être à mon compte reste à mes yeux une bonne idée. Si mon homme se défile ou ne me paraît pas suffisamment fiable – ce n’est pas de sa faute en soi mais la bipolarité c’est un poison parfois – je choisirai autre chose qu’un magasin. A un moment j’ai eu une idée de box mais depuis le temps, je me suis faite doubler dans mon idée. Je ne sais pas trop ce que je ferai si l’idée du magasin n’aboutit pas. Je songeais à une épicerie en ligne ou à une sorte de Ruche (comme la ruche qui dit oui) mais il faut que ce soit viable et la concurrence est énorme, même pour les produits locaux/naturels.

Bref, voilà, un peu de remise en question, je suis peut-être trop prudente. J’ai été trop égocentrique en songeant aux problèmes que pourrait poser ma santé sans penser à sa bipolarité qui est elle-aussi un vrai souci. Peut-être que ma santé lui fait peur car il sait que ça va reposer principalement sur lui dans les périodes les plus pénibles du mois. Qu’il n’a pas envie de ça. Je le comprends. Mais j’ai aussi du mal à saisir la logique de mon homme qui déteste son boulot pour des raisons qui disparaîtraient en partie à la création de notre magasin : aucune décision possible, manque de reconnaissance, aucune écoute, du mépris… est-ce qu’il voit ça comme abandonner la peste pour récolter le choléra ?

Je suppose que tout futur créateur d’entreprise passe par une période de doutes, à voir où ça va nous mener.

Un entretien à Pôle Emploi… qui s’est bien passé !

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Je n’ai pas souvent écrit d’articles positifs sur ce blog, et encore moins en y associant le nom de Pôle Emploi. Et pourtant, j’ai eu un bon entretien.

J’avais pourtant mal commencé en ratant mon bus, mais fort heureusement, ma correspondance est partie en retard, j’ai donc pu rattraper le coup. Me voilà donc joyeusement lancée sur les routes des Yvelines, en direction de l’antre de l’enfer.

Par chance, j’arrive en avance, et une dame me met immédiatement le grappin dessus pour me demander si j’ai un rendez-vous. Oui, j’en ai un.

– Eh bien allez vous enregistrer à la borne alors !

Ah tiens, y’a une borne maintenant ? Je sais que je n’ai pas mis les pieds ici depuis plus de 6 mois mais quand même… ah ben oui, y’a une borne. Pôle Emploi, le lieu où se côtoient des ordinateurs d’avant-guerre à destination des chercheurs d’emploi et une tablette dernier cri qui rame à mort pour avertir le conseiller qu’on est bien arrivés. J’ai souri.

Je m’installe et, parée pour attendre, j’ouvre mon bouquin pour éviter d’avoir à croiser le regard des pauvres bougres dépressifs (comme je les comprends) à mes côtés. Je voyage seule, de Samuel Bjørk, si ça vous intéresse. Le livre qui met dans l’ambiance. J’attends, j’attends, et je finis par émerger de mon histoire pour voir qu’en fait, ma conseillère est plus qu’en retard. Je vais donc couiner à l’accueil, où on me demande si j’ai utilisé la borne (je l’enquiche ta borne !) et où on me renvoie en salle d’attente.

N’empêche, j’ai du mal à comprendre l’agencement de ce Pôle Emploi. Il n’y a aucune intimité, tant pour les chômeurs que pour les conseillers. Les bureaux sont installés comme dans un OpenSpace, on entend les conversations des autres, et il y a même des bureaux à côté de la salle d’attente. Positiver en entendant les autres se faire rabaisser, moraliser et compagnie en attendant son tour comme une vache à l’abattoir, c’est vraiment concept. Je n’y arrive pas. J’ai déjà du mal à être à l’aise à l’oral (je réagis soit en étant mutique, soit en laissant exploser ma grande gueule avec beaucoup d’agressivité, j’agis rarement normalement) mais en sachant que les autres m’entendent…

Une femme finit par venir me voir pour me dire que ma conseillère est malade, mais que comme un demandeur d’emploi n’est pas venu, j’allais être reçue par une autre conseillère. Eh bé, heureusement qu’il n’est pas venu, sinon j’aurais pu attendre longtemps.

La dame m’appelle et je pars avec elle. Assez âgée, le regard un peu vide et blasé, elle m’a presque fait peur tant la lassitude se voyait sur son visage. J’ai craint d’avoir échappé à la Peste pour récolter le Choléra. Elle m’a invitée à m’asseoir et m’a simplement dit « Je vous écoute ».

Je lui ai donc parlé de mon projet de création d’entreprise, en lui décrivant les étapes par lesquelles je comptais passer, en lâchant à demi-mots que j’avais envie que Pôle Emploi me laisse une certaine liberté pendant ma recherche.

Lorsque je lui ai parlé de la formation de la CCI, « 5 jours pour entreprendre » que je compte suivre pour mettre de l’ordre dans mes idées, elle m’a dit « mais pourquoi me dites-vous que vous ne comptez pas sur Pôle Emploi ? On la finance cette formation et vous êtes éligible, ça se voit que votre projet est réfléchi ». Wow. Elle m’a alors décrit les étapes par lesquelles passer pour avoir un financement, qui est accordé dans près de 100% des cas, car cette formation a une excellente réputation.

Elle a aussi cherché avec moi les formations existantes en naturopathie mais hélas, elle m’a confirmé que rien n’est conventionné. Il faudra que je voie avec un gérant de magasin bio pour voir quel type de diplôme ils demandent pour être conseillère en phytothérapie. Mais soit je vais raquer pour me former, soit il faudra prier pour que je sois acceptée en tant qu’autodidacte.

Tout du long de l’entretien, elle n’a rien jugé, rien remis en question, elle a même papoté un peu avec moi au sujet de l’alimentation bio en France, notamment de certaines marques qui pourraient aisément être qualifiées d’escrocs.

J’étais sciée ! Je suis arrivée pessimiste, ne m’attendant à rien, et je repars avec un financement de la formation CCI ! Du coup, j’en ai profité pour lui demander d’être ma conseillère référente, car j’avais peur que ça ne passe pas aussi bien avec ma conseillère habituelle. Elle a accepté. Je ne reverrai donc jamais l’autre conne et en plus j’y gagne une conseillère à l’écoute ! Encourageante ! Je ne peux que remercier l’autre d’avoir été malade, ça m’a mis un peu de positif dans ma journée, et un article optimiste sur ce blog, c’est pas rien quand même.

Retour à Pôle Emploi

la-lumiereJ’aimerais voir la lumière au bout du tunnel…

Si après avoir fini mon contrat, j’étais enthousiaste d’avoir réussi à quitter cette boîte de fous sans trop de heurts, j’étais déjà moins enthousiaste de devoir me réinscrire (enfin, retourner en catégorie chômeur) à Pôle Emploi. Mes relations avec eux ont toujours été conflictuelles car au fil des années, je me suis aperçue qu’ils ne sont pas là pour m’aider à trouver un emploi qui me correspond, ils sont surtout là pour me caser n’importe où et me culpabiliser si je refuse.

Il y a quelques jours, en refusant machinalement une offre de vendeuse en charcuterie/coupe dans la boîte de mon homme (mais dans une autre ville… peu accessible par les transports), je me suis rendue compte que je ne pourrais plus les envoyer chier comme avant car désormais je dépends d’eux. En effet, la CAF a décidé que maintenant que je ne travaille plus, je n’ai plus droit à l’AAH (et en plus ils se sont permis de m’envoyer une facture à cause d’un trop-perçu !) et je dépends donc de l’ARE, du chômage quoi. Ce qui change quand même la donne.

J’ai toujours été trop grande gueule pour supporter leur irrespect, leur arrogance. Leur volonté de me caser dans leurs prestations inutiles à la con ou de ne pas tenir compte de ce que je leur dis, par exemple pour les transports en commun : mon précédent conseiller considérait que je devais élargir mon champ de recherche car lorsque je lui disais que telle ou telle zone m’était inaccessible à cause des transports, il me répondait que j’étais une fainéante qui ne voulait pas avoir beaucoup de temps de transport. Oui mais bon, quand t’as un bus par heure, uniquement de 9h à 12h pour te rendre dans la zone en question, tu ne seras pas d’une grande fiabilité. Je préfère réduire mon champ de recherche et être sûre d’être fiable plutôt que de postuler tous azimuts. Et encore, avec mon dernier contrat, j’ai bien constaté que même lorsqu’on fait attention, on a des problèmes : je dépendais du RER A dont la réputation n’est plus à faire, et malgré toutes mes précautions (genre partir 1h plus tôt) il m’arrivait d’être en retard. Alors les trajets avec 4 ou 5 changements c’est niet.

Cependant, j’ai des questions vis à vis de mon projet d’entreprise (qui pour le moment tend vers la franchise, pour cela mon homme et moi attendons la réponse de Biocoop) et notamment de formation dans le domaine de la phytothérapie, donc j’ai choisi le sadomasochisme et j’ai pris rendez-vous avec ma conseillère Pôle Emploi. Conseillère qui, je m’en suis rendue compte après, n’est pas nouvelle. En effet, c’est celle à cause de qui j’avais été radiée pour non-présentation à un entretien de suivi parce qu’elle avait ignoré mes messages d’annulation. Pour le coup ça m’a un peu refroidie, mais le mal est fait. C’est aussi cette conseillère qui m’avait envoyée chier pour ma demande de financement lorsque j’avais construit un projet avec le GRETA.

Bref, une conseillère qui n’est pas vraiment coopérative et je ne la vois pas me dire « T’inquiète pas girl, fais ton projet, on te fout la paix », mais plutôt « Alors on va vous caler dans l’atelier création d’entreprise, et puis vous allez me faire un stage en entreprise hein, et puis votre formation allez vous faire foutre ! ». Je la vois bien aussi me redire que je ne sais pas me fixer dans mes projets. Ce n’est pas que je ne sais pas me fixer, c’est qu’à chaque fois que j’essaie de m’en sortir en faisant un projet crédible (pas forcément qui me plaît hein, mais qui tient la route), on me met des bâtons dans les roues et je n’ai pas la patience de m’acharner ou d’attendre qu’un financement tombe du ciel en allumant des cierges à l’Église.

De base je n’attends rien de Pôle Emploi niveau financement, je sais très bien que je vais devoir me débrouiller. J’ai suffisamment morflé avec eux pour le comprendre. Cependant je n’ai pas envie qu’on me mette des bâtons dans les roues, encore, ou de voir ce projet démonté de A à Z par une enflure.

J’ai peur que l’entretien devienne un grand classique avec forcing sur les offres d’emploi ou sur les ateliers avec une louche de mépris en plus. Parce que je sais que je vais avoir du mal à me retenir de ne pas jeter le bureau sur la conseillère si elle me fait le même cirque que la dernière fois. Je ne suis plus capable de rester calme.

Dépendre de Pôle Emploi est plus difficile que de la CAF. Avec la CAF, on fait sa déclaration pour le trimestre, on se ronge les ongles en attendant le montant et ensuite on est tranquilles pour trois mois. Du moins en règle générale. Avec Pôle Emploi il faut montrer patte blanche, raser une forêt entière pour imprimer la moindre preuve de candidature et se soumettre aux lubies complètement connes des conseillers, et encore, pas dit que ça suffise.

Enfin, peut-être que ça se passera bien. Je verrai demain.

on-y-croit

Enfin terminé !

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Je ne vous cache pas que vendredi soir, lorsque j’ai fermé la porte de mon bureau pour la dernière fois, j’avais une banane d’une oreille à l’autre. C’est bon, c’est terminé. J’ai tenu jusqu’au bout. J’avais envie de lâcher l’affaire, de penser à moi, mais j’ai choisi de finir le contrat par respect pour mon homme qui endure son boulot de merde depuis des années. Qui lui aussi est mal. Qui lui aussi est frustré. Qui lui aussi voit les abus défiler. Et qui tient.

L’entreprise pour personnes handicapées qui m’embauchait m’avait proposé un autre contrat, qui me plaisait sans m’emballer. On me l’a présenté comme un mi-temps « mais pas sûr ce sera peut-être un temps plein » en CDD « je crois je vais me renseigner la personne précédente devait être en CDI ». Roger devait aller à la pêche aux infos pour savoir ce qu’il en était et moi je devais réfléchir de mon côté, car j’avais des projets avec mon homme, et je voulais en parler avec lui.

On en a donc parlé, et j’ai été à la pêche aux avis sur divers réseaux sociaux (c’est toujours intéressant d’avoir les avis extérieurs, vous n’avez pas idée de la communauté hétéroclite qui gravite autour des blogs emploi/chômage), et j’en ai surtout retenu que le poste n’était pas top par rapport aux capacités que j’ai montrées. Je me suis révélée débrouillarde, organisée, capable de gérer une équipe à la place de la cheffe trisomique, j’ai même été élue employée du mois de l’entreprise dans laquelle j’étais prestataire (alors que ce titre est censé être réservé aux employés en CDI). Je me suis investie à 200% et j’ai sans doute pris les choses bien trop à cœur. J’ai fait face à un foutage de gueule total et à un abandon de ma hiérarchie.

Sincèrement, si MissT n’avait pas été rappelée et s’était calmée avec sa clope (car oui, elle avait recommencé à fumer dans les locaux) j’aurais pu accepter le CDI dans ce service. En attendant de pouvoir mener de front mes projets. Mais comme ils ont préféré la garder elle (trop chère à virer ?), j’ai choisi de partir.

J’ai réfléchi à l’autre contrat et j’ai choisi de l’accepter, si du moins on m’accordait une pause. Depuis 6 mois j’ai droit à une situation bancale, à un abandon, à un irrespect de ma condition de personne handicapée, j’ai besoin d’argent, mais j’ai aussi besoin de me reposer, et de pouvoir faire mes démarches car la CAF est gérée par des chèvres (près de 4 mois pour prendre en compte un changement de RIB, tout ça pour se planter et verser l’AAH sur le compte de mon homme, bravo les gars, bravo), SFR aussi, ma pneumologue ne répond pas à mes demandes de RDV pour renouveler mon AAH, j’ai besoin de pouvoir être présente à domicile pour pouvoir passer mes coups de fil et gérer mes rendez-vous, car en travaillant je suis en pause aux mêmes heures que les autres.

Roger me rappelle plus d’une semaine plus tard pour me demander quand est-ce que je pouvais faire ma journée d’essai dans la nouvelle entreprise. Euh, mollo mon bichon, je ne sais toujours pas ce qu’il en est du contrat, c’est un temps partiel, un CDD …? Il soupire, me dit qu’il ne sait pas et que je dois lui donner une réponse pour l’essai. Oui enfin tu es gentil, mais moi j’ai besoin de savoir où je mets les pieds. J’enchaîne en lui demandant son accord pour mes deux semaines de congé, et, évidemment, il refuse, comme il a toujours refusé, en me disant qu’on verrait une fois que je serai en poste. C’est ça, prends moi pour une buse. Ce sera encore plus difficile de me remplacer sur un poste où je suis seule qu’au sein d’une équipe.

En résumant l’histoire, Roger agit comme si j’avais déjà accepté le poste alors que je n’en savais toujours rien (en fait, il ne s’est pas renseigné), refuse des congés alors que je suis à bout moralement et que ça se ressent physiquement (mon stress a atteint un tel niveau que mon cuir chevelu desquame, je me démange de partout…)… ma hiérarchie est toujours aussi peu fiable et incompétente… alors j’ai pris mes responsabilités, je me suis choisie moi, et j’ai dit que je refusais le nouveau poste.

Il y a eu un silence au bout du fil, puis Roger a tenté de me culpabiliser en me disant que je le foutais dans la merde, que j’avais insinué que j’acceptais (non, non, j’ai dit que j’allais prendre ma décision avec mon homme, nuance). J’ai tenu bon dans mon refus en lui faisant comprendre que je me foutais totalement des conséquences, ce n’est plus mon problème. Il se fout de moi et je devrais compatir ? Il insiste en disant qu’il est « choqué et déçu », semblant attendre une rétractation de ma part. Non.

Je pensais en avoir fini mais le lendemain, ma remplaçante me dit que Roger arrive. Il n’a même pas prévenu MissT alors que d’habitude il est hyper à cheval sur la hiérarchie (en gros y’a nous, puis y’a MissT, puis lui, et il s’adresse à nous à travers MissT). Je sentais bien venir la tentative d’intimidation comme la dernière fois, et en plus, je n’étais pas bien, mais il venait voir ma remplaçante qui voulait négocier son contrat (sa pathologie ne lui permettant pas d’être sur plusieurs sites). Il s’isole dans le bureau avec elle, je la vois choquée, les larmes aux yeux, et j’entends Roger élever la voix sans trop comprendre ce qu’il dit. Puis il ouvre la porte et me regarde, mais je ne lui laisse pas le temps de parler et me rue vers ma remplaçante qui commençait à pleurer. Apparemment, il lui a dit qu’il se foutait totalement de son handicap, qu’il ne fallait pas exagérer car les deux sites sont proches (ouais, l’autre tour est au bout d’une montée bien raide, qu’elle galère énormément à faire) et qu’il était hors de question de négocier quoi que ce soit. De plus, il a menti à MissT en disant qu’elle devrait assurer mon remplacement à mi-temps pendant deux mois car en fait elle devra le faire… pendant un an. Tout le monde est indigné et Roger s’éclipse sans même dire au-revoir.

Je conseille à ma remplaçante de faire comme moi et de passer par les RH pour obtenir satisfaction et c’est là que MissT nous annonce que…. il n’y a plus de RH, car ils ont tous démissionné en bloc pour protester contre les méthodes de l’entreprise, qui encaisse l’argent en chiant sur le handicap de ses employés. Ça m’a rassurée sur un point : je ne suis pas folle, je ne suis pas parano, il y a bien un gros problème avec cette boîte.

Ma remplaçante décide donc de se désister pour le poste, car elle n’a pas à subir l’absence de compassion envers son handicap. Je lui souhaite bon courage, car elle est du genre à céder devant l’intimidation de Roger -il faut reconnaître qu’il sait choisir ses victimes pour paraître imposant-. De mon côté, je n’ai pas cédé et Roger a fini par me demander quand est-ce que je souhaitais venir pour récupérer mon solde de tout compte (il a refusé de me dire quoi que ce soit pour les indemnités de fin de contrat, je sens venir la mauvaise surprise).

Je dois reconnaître une chose, c’est que ce contrat longue durée m’aura permis de me connaître un peu mieux, et de mesurer les conséquences de mon handicap dans le monde du travail. Étrangement, ce n’est pas ma DCP qui pose le plus problème, mais l’endométriose. Depuis toujours j’ai pris l’habitude du « lève toi et marche » quand je suis surencombrée ou que j’ai du mal à respirer ; par contre, la douleur des règles à cause de l’endométriose, je ne peux juste pas lutter. J’ai essayé à un moment, et résultat, j’ai dû partir en urgence en plein milieu de journée car j’étais trop faible, j’avais trop mal. Sur 6 mois, j’ai dû m’absenter 4 fois à chaque période, les deux autres ayant vu le gros de la douleur passer un week-end. Et à chaque fois, j’ai dû me coltiner la visite au médecin à plus de 30 euros pour avoir un justificatif pour mes journées non-payées. Dans ces moments-là, j’ai vraiment envie de voir la notion de congé menstruel sur le devant de la scène, parce que pour ces pathologies-là c’est indispensable. Le manque à gagner est énorme quand la douleur invalidante s’étale sur plusieurs jours, avec en plus la fatigue de la perte de sang qui se cumule à un corps épuisé par la DCP.