Comment chercher un emploi ?

Quand je serai...

Chercher un emploi, c’est vraiment un truc qu’on apprend pas à l’école. Non, non, à l’école on nous dit que si on est un minimum bon les entreprises viendront nous manger dans la main, et pour les autres, il y a Pôle Emploi.

Ayant été élevée par une mère éternelle chômeuse, j’étais bien placée pour savoir à quel point Pôle Emploi est inutile. Mais d’un autre côté, je n’ai jamais appris comment chercher un emploi.

C’est tout con, dit comme ça. Mais une fois diplômée, j’étais un peu désemparée. Je me doutais bien qu’il fallait faire plus que s’inscrire à Pôle Emploi et attendre, mais quoi ? Mon diplôme n’était pas suffisamment côté et le secteur n’était pas suffisamment porteur pour que les entreprises viennent me manger dans la main, comme disaient les professeurs. je devais donc me débrouiller par mes propres moyens.

J’ai commencé, comme beaucoup, par regarder les offres sur le site de Pôle Emploi. Je vais être franche avec vous, je ne savais même pas qu’il en existait d’autres.

Et puis, un jour, une amie m’a parlé de l’AFIJ. Et c’est là que j’ai commencé à entrevoir toute l’hypocrisie du monde du travail. La personne que j’ai rencontrée a commencé par s’extasier sur mon diplôme :

« Wouah, vous avez une licence, vous allez vite trouver avec ça ! »

Cocotte, si je suis là, c’est justement parce que je n’ai pas trouvé vite. Mais passons. Elle examine mon CV et, évidemment, trouve quelque chose à redire. Trop ceci, pas assez cela, il faut tout refaire, voici comment, on se revoit dans un mois. Et ça a duré pendant encore trois séance. A chaque fois, elle me faisait refaire intégralement mon CV. Je commençais à en avoir doucement marre et j’ai fini par lui dire que si elle ne voulait pas m’aider, je n’allais pas perdre mon temps. Elle n’a pas insisté, sauf sur ma licence, pour me dire de ne pas me décourager, que les jeunes diplômés étaient très recherchés.

J’ai vite compris que si elle avait raison, je ne faisais alors pas partie des heureux élus.

J’ai ensuite entendu parler de la Mission Locale, par le plus grand des hasards. Hélas, eux non plus ne m’ont pas été d’une grande aide. Celle de ma ville était réputée pour aider les jeunes à s’insérer… mais ils parlaient des jeunes de quartiers difficiles. Ils m’ont vite fait comprendre qu’avec ma licence, je n’avais rien à espérer d’eux. Ceux de Paris m’ont dit la même chose. Pour la forme, ils me donnaient quelques offres auxquelles ils disaient envoyer ma candidature, mais je n’ai jamais eu le moindre petit retour.

C’est Google qui m’a appris qu’il existait d’autres sites de recherche d’emploi. Je savais qu’il en existait mais je pensais que Pôle Emploi était le seul officiel et que le reste, c’était de l’arnaque. Pour certains sites, ce n’était d’ailleurs pas tout à fait faux.

J’ai appris que mettre son CV sur internet, c’était aussi s’exposer à des appels indésirables : publicité, mais aussi appels pour des offres d’emploi tordues. Le tout premier appel que j’ai eu venait d’un type qui voulait me faire faire du téléphone érotique. J’avais refusé, mais il n’arrêtait pas de rappeler pour insister. Et on ne change pas de numéro comme ça… il m’a harcelée tous les jours, même la nuit, pendant deux semaines, avant d’arrêter. C’est encourageant, hein ?

Petit à petit, j’ai fini par déterminer quels sont les sites les plus sérieux et j’ai commencé à enchaîner les candidatures. Pour avoir droit à ce fameux phénomène que tous les chercheurs d’emploi connaissent : l’ignorance. Je postulais mais n’avais jamais de réponse. Heureusement, j’avais une mère compréhensive, qui savais ce que je traversais puisqu’elle même était passée par là. Mais j’étais obligée d’affronter les affirmations de mon ancienne belle-famille, persuadée que j’étais bien la fille de ma mère, criant haut et fort que je ne cherchais pas assez. Sans parler du reste de ma propre famille. Je suppose que beaucoup de monde connaît la rengaine.

Le souci, c’est que cette ignorance a perduré. Les boîtes d’intérim refusaient de m’inscrire car elles avaient déjà trop de monde. Je n’avais pas droit aux contrats aidés du gouvernement car j’étais trop diplômée (la plupart sont limités à Bac+2). En fait, j’ai eu l’impression de n’avoir aucun soutien. Aucun guide, aucune aide. J’ai été lâchée comme ça, dans le monde des chercheurs d’emploi, sans savoir à qui m’adresser, où chercher, comment tirer mon épingle du jeu.

J’ai déménagé dans la région parisienne, pour y suivre mon nouveau conjoint qui venait de décrocher un CDI dans la grande distribution. Je me suis naïvement dit que la capitale devait regorger d’offres d’emploi et que j’y trouverais mon bonheur. Tu parles ! J’y suis depuis décembre 2012 et je n’ai réussi qu’à y bosser quatre jours. C’est d’ailleurs ici que j’ai eu droit aux entretiens d’embauche les plus délirants que j’ai jamais vus. Les recruteurs se croient vraiment tout permis et me considèrent comme une moins que rien.

J’ai toujours, aujourd’hui, le sentiment que je ne cherche pas où il faut, qu’il me manque quelque chose. Mais je ne sais pas quoi. Je finis par me laisser gagner par les affirmations haineuses des gens, qui disent que si je ne trouve pas c’est que je n’y met pas du mien. Pourtant depuis que je cherche, j’ai mis toutes mes aspirations de côté, pour postuler à des offres qui me donnent la nausée rien qu’au nom, dans des secteurs qui me débectent, juste pour décrocher enfin un emploi qui me permettra de me sentir mieux, moins bonne à rien.

J’ai même songé à créer ma propre entreprise, mais le manque de fonds et les barrières m’ont découragée. Je ne suis pas sûre d’avoir les épaules pour créer ma boîte dans ce monde de requins.

Je commence même à ressentir de la jalousie envers mon conjoint, dont les compétences et le professionnalisme le font évoluer plus vite que prévu. Alors que moi, j’en suis encore à chercher une première expérience professionnelle significative. J’ai l’impression d’avoir fait des études pour rien. Lui n’a même pas le bac, et moi à bac+3 je ne trouve pas. Et surtout je commence à percevoir sa lassitude envers mon échec. Mes échecs.

Les ficelles de la recherche d’emploi, on devrait vraiment apprendre ça à l’école. Tout le monde ne bénéficie pas de pistons, tout le monde ne fera pas d’études supérieures hyper qualifiantes… tout le monde n’a pas la hargne pour s’en sortir en écrasant les autres. Ou même la tchatche pour s’imposer quand on nous dit non.

Dessin : Eric Eggerickx, galerie de François Meuleman, Flickr

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