Les recruteurs pervers sont-ils une légende ?

Chat pervers

Quand je suis arrivée sur le monde du travail, je pensais que les pervers parmi les patrons, recruteurs et compagnie étaient inventés par les séries américaines et que la loi française protégeait les gens contre ce type de dérives. Une fois de plus, je faisais preuve d’une horrible naïveté. Depuis, j’ai largement eu le temps d’être vaccinée.

J’ai « rencontré » mon premier pervers à 16 ans. En effet je commençais à mettre mon CV en ligne pour des petits boulots d’ados comme du baby sitting. A peine avais-je uploadé mon CV que je recevais un appel d’un homme. J’étais timide, totalement inexpérimentée, et je pensais que toutes ces questions sur mon physique étaient posées pour savoir si j’étais suffisamment jolie pour être serveuse, par exemple. Quand il m’a enfin annoncé la nature du poste, à savoir du téléphone et de la webcam de charme, j’ai refusé tout net. Il a insisté pour avoir un entretien via webcam, « au cas ou il avait autre chose à me proposer ». J’ai encore refusé et fini par raccrocher, comprenant qu’il ne me lâcherait pas. Il a rappelé plusieurs fois (mon opérateur refusait de bloquer le numéro, il fallait que je paye), en me disant de ne pas avoir honte, que toutes les adolescentes faisaient ça, et compagnie.

Encouragée par ma mère alors que je m’apprêtais à retirer toute trace de moi sur les sites d’emploi en ligne, j’ai laissé pisser cette histoire et ai continué à postuler. J’ai eu par la suite plusieurs autres appels louches du genre, puis j’ai fini par retirer mes CVs d’internet, car j’avais trop peur pour décrocher quand on m’appelait, avec cette histoire.

Les recruteurs les plus odieux, les plus insistants, les plus sales, m’ont toujours contactée par téléphone. Jamais par mail ou face à face. En même temps, je n’aurais jamais accepté un face à face avec des personnes aussi louches. Peut-être espèrent-ils ne pas laisser de trace de leurs méfaits par téléphone, vu que les enregistrements sont rarement pris en compte par les tribunaux et que les opérateurs sont loin d’être enclins à fournir des preuves de harcèlement téléphonique.

Je me suis d’ailleurs parfois demandé s’il s’agissait vraiment de recruteurs, ou juste de gros dégueulasses qui passent leurs journées sur internet pour récupérer les coordonnées de filles naïves comme moi, et profiter comme des salauds de leur recherche d’emploi parfois désespérée pour obtenir des photos ou des shows à la cam.

Toujours est-il que, dès mes premiers instants sur les sites d’emploi en ligne, j’ai eu droit à ce type de dérives. C’est toujours le même schéma : un inconnu vous appelle et vous bombarde de questions sur votre apparence physique, un peu sur votre personnalité pour la forme, et cherche à savoir à quel point vous êtes motivée pour travailler. Une fois qu’il s’est assuré que vous êtes bien désespérée, il commence à vouloir faire un entretien par webcam, « pour que ce soit plus convivial », « pour vous éviter de vous déplacer », tous les prétextes sont bons. « Pour faire vos preuves » aussi parfois, carrément. Je suppose qu’il en profite pour récupérer des photos, soit pour son usage personnel (beurk), soit pour exercer un chantage sur la personne, si elle refuse le « travail ».

Personnellement je refuse systématiquement les entretiens via webcam, quitte à passer pour une grosse parano. Le « recruteur » est rarement enclin à donner des détails sur le poste en soi. J’ai même eu droit une fois à : « vous savez bien de quoi je veux parler ». Il faut vraiment insister pour qu’il soit précis.

Je n’aime pas perdre mon temps au téléphone, généralement je demande cash à la personne de quel poste il s’agit. Déjà parce que si on parle de démarchage sous toutes ses formes (téléphonique, porte à porte) ou de baby sitting je vais refuser et ça ne sert à rien de passer 10 ans en ligne. C’est un atout contre ces pervers : ils sont obligés de vous dire ce qu’ils veulent de vous, et s’ils ne veulent pas vous répondre, raccrochez. Un recruteur qui ne veut pas vous dire pour quel poste il vous démarche, ça pue.

Cependant, j’ai également eu droit à de gros dégueulasses en entretien physique, face à face. La première fois, ça surprend. Et ça dégoûte, aussi. A chaque fois je ne peux pas m’empêcher de me dire que c’est la forme la plus extrême de mépris : je suis considérée comme un bout de viande. Pas comme une future employée, collègue, collaboratrice, non non, un bout de viande. Déjà que le monde du travail n’est pas tendre niveau estime de soi (je me fais refuser pour des postes bien en deçà de mes qualifications, je n’arrive pas à trouver malgré ma motivation).

La première fois, c’était pour être équipière dans un fast food. Le type que j’ai eu en face de moi m’a immédiatement dit que nous étions plusieurs dizaines à avoir postulé et que pour être embauchée, il me faudrait faire preuve de « beaucoup de motivation » et montrer « un peu plus que ça ». Sur le coup, j’ai été un peu concon, je n’ai pas compris ses allusions. Je pensais qu’il me demandait de faire des heures supplémentaires non payées, on m’avait dit que c’était classique dans la restauration. Il a alors été plus explicite, et je me suis levée pour m’en aller. Il m’a alors dit que jamais je ne trouverai de travail en réagissant ainsi. Eh bien soites. Je vends ma force de travail, pas mon cul. Cet épisode a d’ailleurs entraîné la démission d’une de mes amies, qui bossait dans ce fast food et se faisait lourdement draguer par ce manager. Quand elle a appris ça elle s’est dit que trop c’est trop, et a démissionné.

Ce n’est pas la seule fois où j’ai eu droit à ce type d’allusions (à chaque fois dans la restauration d’ailleurs…), mais jamais un homme n’a essayé de me toucher. Heureusement d’ailleurs car j’aurais réagi très violemment et ça se serait sûrement retourné contre moi. Enfin si, une fois, l’un d’entre eux a tendu la main vers moi, mais j’ai reculé tellement brusquement qu’il a renoncé à son geste.

Et enfin, une seule fois, très récemment d’ailleurs, je postulais pour être vendeuse dans un petit magasin… et j’ai eu droit au type qui se paluchait en m’attendant. En caleçon. Magique. J’aurais dû me méfier lorsqu’il m’a demandé une photo -ça pue la discrimination au physique, les types qui insistent pour une photo…- mais j’ai quand même accepté l’entretien. Ben j’aurais pas dû, ça m’a fait 4 euros de bus balancés pour des prunes.

Ce type d’entretiens, au téléphone ou même face à face, ce n’est franchement pas encourageant quand on est jeune et qu’on cherche à se lancer dans le monde du travail. Déjà que, généralement, pas une seule entreprise n’a de réelle considération pour nous -les chercheurs d’emploi, main d’œuvre soumise, malléable, remplaçable à souhait-, mais se faire considérer comme un bout de viande ou un trou sur pattes en plus d’une sous-merde, ça ne donne franchement pas envie.

Sachant que ma toute première expérience d’entretien téléphonique a été avec l’un de ces pervers, ça m’a calmée jusqu’à ma majorité. Et encore, même après je n’ai pas été épargnée. Aujourd’hui, je reçois toujours des appels pour me faire bosser dans ce que j’appelle le porno -car oui pour moi le téléphone rose, c’est la première marche de l’escalier du porno-, et les types n’ont pas l’air de comprendre que je n’ai pas envie de vendre mon cul ou ma voix.

J’ai bien peur qu’en mettant son CV en ligne, on ne puisse pas échapper à ces gros crades. Ou alors, c’est juste que je suis poissarde (ce qui est effectivement le cas). Et vous, avez-vous déjà été démarchée par ce genre de types ?

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