Ne pas se déprécier lorsqu’on essuie des échecs, facile à dire !

Un CV normal?

-Article initialement écrit le 24 août 2013-

Qui n’a jamais connu cette frustration, en voyant un idiot, un mou, un adolescent boutonneux à un poste auquel on aspire ?

Qui n’a jamais été en colère face à un recruteur qui vous fait comprendre que vous valez moins que rien, et que des gens comme vous, il y en a des milliers ?

Qui n’a jamais été extrêmement déçu suite à un entretien qui s’est soldé par un refus alors que vous le « sentiez » particulièrement bien ?

Le pire, dans tout ça, c’est lorsqu’on vous dit que vous ne devez pas baisser les bras, que « votre tour viendra », qu’il ne faut pas vous déprécier. Généralement, ceux qui vous disent cela, ce sont des gens qui ont un travail et qui n’ont pas ce genre de souci. Et vous avez bien envie de leur coller votre main dans la figure, n’est-ce pas ?

J’ai encore très peu parlé de mon propre ressenti sur ce blog, car après tout, je suis moi aussi en recherche d’emploi. Et bien que relativement nouvelle sur le marché du travail, j’en ai vu des vertes et des pas mûres, surtout depuis que j’ai déménagé dans la région parisienne.

Je pense que le pire vient de la fausse sollicitude des proches. Ils vous tapotent l’épaule, vous disent que ce n’est pas votre faute, que tout va s’arranger, ou alors s’insurgent contre le système. Le tout en allant tranquillement travailler. Sans se rendre compte qu’ils vous renvoient votre propre échec en plein visage. Eux, ils ont un travail. Vous, non. Ce n’est pas de réconfort dont vous avez besoin, mais de travail. Pour vous prouver à vous-mêmes que vous ne valez pas rien, qu’on peut avoir besoin de vous aussi.

Sans compter les proches les plus hypocrites qui vous sourient alors que dans votre dos, ils vont raconter à qui veut l’entendre que du travail il y en a, que c’est sûrement que vous cherchez mal, voire pas du tout.

Mon conjoint a beau être compréhensif, je ne peux pas m’empêcher de me sentir obligée de lui rendre des comptes sur mon activité de recherche : combien de CVs est-ce que j’ai envoyés, combien de réponses, combien d’entretiens. Je ressens le besoin de prouver que je fais quelque chose, alors que rien ne m’y oblige. Je sais qu’il me fait confiance, qu’il sait que je ne me tourne pas les pouces pendant qu’il travaille.

Mais j’ai le besoin, particulièrement frustrant et auto-destructeur de prouver que je fais quelque chose. Auto-destructeur car mon échec est double : j’échoue, et mes proches savent que j’échoue. Cela me renvoie mon incapacité en pleine face.

Je suis diplômée depuis deux ans. Depuis deux ans, je n’ai réussi à travailler que quatre jours.

Pourtant je m’active, et ce tous les jours ; mais je n’ai ni la chance de bénéficier de pistons, ni d’aide de la part des organismes censés m’aider : Pôle Emploi, Mission Locale, Associations d’aide à l’insertion des jeunes (qui sont plus adaptées à l’insertion des jeunes de banlieues qu’à mon profil de jeune diplômée).

Bien que j’aie déjà travaillé l’été précédemment, Pôle Emploi n’a rien trouvé de mieux que de me forcer à participer à leurs ateliers d’aide à la confection de CVs et Lettre de Motivation. Le souci, c’est que chaque personne qui consulte mon CV pense différemment, et je me retrouve à modifier mon CV à chaque entretien. Pour rien d’ailleurs.

Quant aux lettres de motivation, j’adapte chacune d’entre elles au poste et à l’entreprise visés, du coup, c’est assez difficile de donner un modèle lors de ces ateliers.

Ayant un diplôme plutôt… soyons élégants, « peu coté » (diplôme de traductrice/interprète obtenu dans une fac classique), j’ai voulu faire une formation diplômante, pour avoir un petit quelque chose en plus : on m’a à chaque fois repoussée, soit parce que c’est réservé aux personnes sans diplôme, soit parce qu’il faut être au chômage (donc toucher le chômage, et pour le toucher il faut avoir travaillé X temps, ce qui n’est pas mon cas) depuis plusieurs années, soit parce que je suis trop jeune… bref, tous les prétextes sont bons pour me refuser les formations. Sauf si je suis prête à payer des frais d’inscription exorbitants, ce qui n’est pas le cas. Je cherche à gagner de l’argent, pas à en perdre.

Tous les jours, je checke les sites d’annonces, spécialisés dans les offres d’emploi, et il y en a énormément. Je me suis fixé un objectif de deux candidatures minimum par jour, que je tiens, et non en postulant à des offres pour lesquelles je n’ai aucune chance. Je postule à des offres crédibles pour mon profil.

Je pense que mon souci vient surtout du fait que je suis trop flegmatique, et les recruteurs pensent souvent qu’il s’agit de mollesse. Je prends donc sur moi pour paraître dynamique et enjouée, pour arborer mon masque d’hypocrisie afin de faire croire que le rêve de ma vie est de vendre des pâtisseries surgelées à la chaîne ou des hamburgers qui donnent la diarrhée au bout de quelques minutes. Mais rien n’y fait.

On me serine de ne pas me déprécier lorsque je vois des freaks aux postes que je convoite ; de ne pas déprimer lorsque j’essuie un énième échec alors que j’ai toutes mes chances. Mais comment ne pas me déprécier ? Dans de telles conditions, ça me paraît naturel. C’est très difficile de garder confiance lorsqu’on voit des gens aux capacités bien moindres que les nôtres avoir un boulot et le garder -et ce sans prétention aucune-.

J’en ai assez de voir les recruteurs réclamer à tout prix des années d’expérience professionnelle aux jeunes diplômés sans daigner leur donner la première.

On devient jaloux des bénéficiaires de pistons, on regarde avec haine le fils ou la fille de tel ou tel employé qui est dans la boîte de ses parents pour l’été, payé à ne rien faire. On déteste le classique employé de la Poste plus mou que la mollesse elle-même, qui lui est en CDI.

On en vient à haïr le monde entier, à la finale. Notamment tous ces gens qui nous disent de ne pas déprimer alors qu’ils ne sont pas dans notre situation. Ils l’ont peut-être traversée, mais ils ne la traversent pas actuellement.

Cependant, se retrouver entre personnes dans la même situation n’a rien de bon non plus. Les dépressifs ont tendance à s’entraîner mutuellement dans une spirale infernale, ça n’a rien d’une idée reçue.

Ce qu’il faut faire ? J’aimerais avoir la solution miracle, mais je ne l’ai pas. Le système français est ainsi depuis plusieurs années, mais personne ne semble réellement s’en insurger -sauf pendant les élections-, donc rien n’est fait pour que cela change.

Déprimer est naturel, contrairement à ce que disent beaucoup de gens. Mais se laisser aller n’arrange pas les choses. Oui, c’est facile à dire. Mais s’accrocher et continuer inlassablement de postuler est ce qui reste à faire de mieux pour nous. Ne serait-ce que parce qu’on a plus de chances d’être embauchés ainsi un jour plutôt qu’en restant pleurer, recroquevillés derrière son ordinateur, à ruminer sa haine et son échec.

Nous sommes tellement nombreux à vivre cette situation, depuis plusieurs années, parfois même depuis toujours, que ça a quelque chose de réconfortant. Cela permet de se dire que ce n’est pas de notre faute. Et ça aide à se sentir mieux. Un peu.

Dessin : Eric Eggerickx, Flickr, galerie de François Meuleman

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