On ne fait pas toujours ce que l’on veut

bonheur

Derrière ce titre qui est, disons le franchement, très kitch, se cache une réflexion assez douloureuse.

Je parcourais l’un de mes forums préférés lorsqu’au détour d’un topic, je suis tombée sur ce message :

« Perso, j’étais boursier car ma mère pouvait rien financer, j’ai fait la fac et j’ai complété le reste du financement de mes études en bossant l’été et encore pas trop.
Faut arrêter avec les études en or inaccessible aux pauvres étudiants qui sont nés du mauvais coté, la France reste un pays qui permet de t’en sortir si tu t’accroches un minimum. »

Sur le coup, je suis restée interdite. Je n’ai pas pu m’empêcher de ressasser les vilains souvenirs et de me dire que franchement, non, même en s’accrochant un minimum on ne peut pas toujours s’en sortir.

A la base, j’étais censée faire de meilleures études que ça. Mon grand-père y avait veillé, il m’avait ouvert un compte bancaire sur lequel il versait chaque mois une petite somme, pour qu’une fois adulte je puisse faire de bonnes études. J’avais des capacités, j’étais très bonne à l’école, il le savait et voulait m’encourager, parce que ce n’était pas avec les revenus de ma mère célibataire chômeuse (je dis chômeuse mais elle ne touchait pas le chômage) que j’allais faire grand chose.

Sauf que mon grand-père est décédé avant même que j’obtienne le bac.

Sauf que peu de temps avant mes 18 ans, ma mère a vidé ce compte en banque. Et je n’ai rien eu le droit de dire, j’étais mineure, et les parents peuvent se servir comme ils veulent sur le compte de leurs enfants. Le pire, c’est qu’elle n’avait pas spécialement besoin de cet argent. Il aurait pu servir à nous faire vivre, mais il a servi à faire défiler les colis 3 Suisses et Yves Rocher pendant des mois.

J’ai eu mon bac à 17 ans et il était évident que dans ces conditions, je ne pouvais pas intégrer d’établissement payant comme une école. La bourse ne suffit pas à se payer une grande école. Je me suis donc inscrite à la fac. Sans grande conviction. les diplômes proposés par la fac d’Orléans ne m’intéressaient pas. Et je ne pouvais pas aller ailleurs, ma mère ne pouvait pas me payer d’appartement ailleurs. La bourse ne suffisait pas à payer tous mes frais, et pourtant je n’étais pas dépensière. L’étudiante qui fait des soirées, qui se paye le dernier téléphone à la mode, ce n’était pas moi. Je me contentais de rien, tant que j’avais un toit et des pâtes. A l’époque, j’étais encore en procès contre la MDPH pour faire reconnaître mon handicap et mes frais de santé étaient de ma poche.

A la base, je voulais travailler pour mettre de l’argent de côté. Sauf que j’étais face à deux problèmes : j’étais encore mineure, et je vivais chez ma mère. Ma mère vivait entièrement d’allocations et donc, si je me mettais à travailler, le montant de ses allocations baissait. Or, elle était du genre à n’en avoir jamais assez. La seule fois où j’ai réussi à trouver un minijobdemerde, elle s’est mise à râler, à geindre, comme quoi ce n’était pas rentable de bosser vu que de son côté « tout » lui était retiré, avant de me réclamer mon salaire à grands renforts de menaces.

Je voulais m’installer ailleurs, mais je ne pouvais pas. Il faut un garant, voir plusieurs, pour s’installer. Je n’en avais aucun. J’aurais bien voulu prendre mon indépendance pour pouvoir garder mon salaire pour moi seule, mais ce n’était pas possible. Sans compter qu’avec mes soucis de santé, j’avais parfois le besoin vital d’avoir quelqu’un pour m’aider. Et je n’avais que ma mère…

J’ai contacté des associations à l’époque, et j’ai été voir une assistante sociale. On m’a répondu qu’on ne débloquait pas des fonds pour qu’une personne qui n’était pas ouvertement maltraitée puisse prendre son indépendance. On m’a répondu que je n’étais pas à plaindre.

J’ai donc continué mes études de merde. Je n’avais juste pas le choix. Je ne pouvais pas travailler puisque ma mère me prenait tout. J’ai donc arrêté de travailler à côté de mes études, pour m’y consacrer pleinement. Enfin, pleinement… je n’avais pas grand chose à faire. Je suis sortie de fac avec un diplôme sans intérêt en poche. J’avais 21 ans et je venais de m’installer avec mon conjoint de l’époque. Avec ses parents comme garants c’était possible.

Cependant, on était toujours coincés dans la même ville. Il ne voulait pas aller ailleurs « juste pour des études. « C’est bon, t’as un diplôme, tu ne vas pas retourner à l’école ». Et si j’avais de l’argent, c’était pour les frais de la maison. Pas pour mettre de côté. J’aurais pu à une époque, mais pareil, le problème du déménagement se posait. Mon conjoint ne voulait pas déménager. J’ai préféré tenter de trouver du travail, et m’insérer dans la vie professionnelle, en oubliant mes ambitions de grande école.

A la finale, je reprends mes études à 24 ans. Et encore, je les reprends parce que mon nouveau conjoint habite dans la bonne ville, et que les études sont gratuites. Non, ce n’est pas une école, c’est juste un CFA, dans un domaine qui me plaît. J’ai repris mes études uniquement parce que je ne trouvais pas de boulot. Bah oui, la fac, selon ce que l’on fait, ça ne mène pas toujours à quelque chose. Et je pense très sincèrement que je ne trouverai pas plus de boulot après. Mais au moins j’aurais passé deux ans dans le domaine que j’aime, malgré mon parcours chaotique.

Tenez, parlons du permis ! On m’a seriné sans cesse que beaucoup d’aides existaient pour pouvoir le passer gratuitement. Et pourtant ! La plupart des aides, ou des associations, refusent mon dossier car j’ai un diplôme, et la priorité va apparemment aux non-diplômés. Selon eux, parce qu’on a un diplôme, on trouve du travail plus facilement et donc on peut financer son permis plus facilement. Je les invite à se contenter d’une licence de langues, on verra si on trouve plus facilement. Pôle Emploi aussi a refusé car il faut que j’ai une promesse d’embauche. What the fuck ? Une promesse d’embauche ? Genre quelqu’un va proposer de m’embaucher d’ici plusieurs mois, lorsque j’aurai le permis ? Surtout que le permis en soi ne veut rien dire, parce que bon, j’aurais jamais les moyens de me payer voiture et assurance. C’est aussi pour ça que je ne m’en préoccupe pas. A quoi bon passer un permis qui revient super cher si je n’ai pas les moyens de le rentabiliser derrière ?

Je n’aime pas les gens qui pensent que parce qu’ils ont réussi à faire ce qu’ils voulaient, tout le monde peut. Non, c’est faux. Il existe des parents qui mettent des bâtons dans les roues de leurs propres enfants. La France aussi met des bâtons dans les roues de ses propres enfants, en exigeant toujours plus pour pouvoir travailler ou se loger. Non, on ne peut pas toujours réussir, même en s’accrochant. C’est illusoire. Il ne faut pas forcément être bien né, mais en tous cas, suffisamment pour avoir des parents qui nous encouragent au lieu de nous plomber. Ou alors, il faut tomber sur une bonne assistante sociale. La chance joue beaucoup, on dirait. Je n’en ai pas eu. J’ai envie de dire, tant pis. La vie ne nous réserve pas que du bonheur comme on dit !

Cette histoire n’est que mon histoire, mais je ne pense pas que je sois seule dans ce cas. En tous cas, elle suffit à démonter tous ces gens qui prétendent qu’en s’accrochant on peut faire de bonnes études. Non, pas toujours. C’est comme ça. On a pas tous la même étoile.

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9 réflexions sur “On ne fait pas toujours ce que l’on veut

  1. Je ne sais pas si tu as reçu mon précédent commentaire mais ça a beugué. Je disais donc : j’aimerais te contredire mais je pense exactement la même chose que toi. Ta mère est quand même ch*er d’avoir fait ça. C’était ton argent quoi !
    C’est drôle, je fais/ j’ai fait aussi une licence qui ne sert à rien (lettres deuxième années) et je recherche également à me réorienter en BTS en alternance.
    Complètement d’accord pour le permis, les aides etc… Je voulais faire une formation en horlogerie avec l’afpa en septembre/octobre mais je ne suis pas prioritaire parce que je suis « sur-diplômée » (j’ai le bac et bac + qui ne me serviront à rien sur le marché du travail) et je ne suis pas chômeuse depuis un an.
    Le permis, je voulais faire le dispositif « permis à 1€ par jour » mais aucune auto-école de ma ville natale n’applique ce dispositif, heureusement que j’ai économisé !
    Bon courage pour la suite !!

    PS : Pour l’appart’ il existe le loca-pass, c’est l’Etat qui se porte garant pour toi pendant trois ans mais je crois qu’il faut habiter dans un logement social. A vérifier.

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      1. D’un autre côté, mon conjoint avait réussi à avoir un LocaPass, mais il avait un travail intérimaire.

        Je peux les comprendre, une nana qui n’a pas le moindre revenu, ça fait pas envie pour se porter garant. Mais ça la fout mal pour un organisme censé venir en aide aux gens qui n’ont pas de garant :/

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      2. Oui mais la bourse ce n’est que pendant l’année scolaire, du coup j’aurais eu 2-3 mois sans revenus dans l’année. Enfin je pars du principe que j’aurais tout autant eu de mal à trouver du boulot en étant indépendante.

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  2. Malheureusement, c’est la réalité. C’est vraiment louable de dire « quand on veut on peut »…mais la réalité est toute autre, parfois on veut mais on ne peut pas. Moi aussi, je suis une « battante », et quand je veux quelque chose, je vais au bout de mes limites, mais ces limites ne sont parfois pas suffisantes. Ton parcours est bouleversant. J’ai eu un parcours assez similaire mais j’avoue avoir eu coup de pousse du destin de temps en temps. Ma dernière année d’étude, je l’ai faite en double cursus avec l’IAE et une école à 8000euros l’année, je dû m’endetter avant de commencer ma vie. Mais j’ai pu le faire parce que j’ai eu de la chance d’avoir un beau père assez confiant pour accepter d’être mon garant quand j’ai fait le prêt. Dans d’autres circonstances, je n’aurais jamais pu…

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    1. Et pourtant il y a toujours des gens qui ne comprennent pas, qui insistent pour me faire la morale, parce que comme eux n’ont jamais eu de problème, pourquoi est-ce que j’en aurais eu ?
      Pour eux je suis de mauvaise foi, j’aurais forcément dû trouver.
      C’est difficile de faire comprendre à des gens qui n’ont jamais galéré que si, c’est possible d’échouer même en ayant la hargne :/

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      1. Tout à fait. J’ai eu droit au même discours quand je cherchais un emploi « ..mais de l’emploi, il y en a, tu ne cherches pas au bon endroit/suffisamment/ comme il faut c’est tout » ou bien j’avais droit à ceux qui regardaient ma lettre de motivation et qui s’improvisaient DRH « évidemment, comment veux-tu qu’on te rappelle si tu écris ça etc… » ça donne la rage, c’est comme si on ne se sentait déjà pas assez impuissant comme ça. Ceux qui sont dans leur tour d’ivoire aiment bien asséner des coups à ceux qui sont au fond du gouffre :/

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