Le chômage et les réactions des gens

préjugés

Un article dans la joie et la bonne humeur ! La vie sociale, quand on est au chômage, ce n’est pas ce qu’il y a de plus facile. Et quand je dis vie sociale, j’inclus vraiment tout type d’interactions, y compris avec la famille proche. Tout le monde a TOUJOURS quelque chose à dire, y compris quand ils feraient mieux de se taire. C’est à la fois drôle et affligeant. Drôle parce qu’on se dit qu’ils sont totalement déconnectés de la réalité, affligeant parce qu’ils croient mordicus en ce qu’ils avancent et qu’après ils colportent des rumeurs peu louables sur votre compte si vous campez sur vos positions.

Il y a ceux qui ne peuvent pas s’empêcher de comparer leur parcours au vôtre. Le truc c’est que leur parcours est à des lieues de ressembler au vôtre. Je prends par exemple une connaissance de ma mère qui lui sort, les narines pincées « du boulot il y en a, ma fille elle a trouvé directement après l’école ». Ouais. Sauf que sa fille, elle a fait une école d’ingénieur (en sciences physiques si ma mémoire est bonne), et moi, j’ai fait une fac de langues. Les débouchés ne sont pas franchement les mêmes. Le pire, c’est que quand ma mère lui a répondu, la nana s’est braquée en disant que je n’avais qu’à faire une école d’ingénieur aussi. Bah elle avait qu’à me la payer, l’école. Enfin j’aurais pas pris sciences physiques, j’étais nulle en physique-chimie ! Il serait quand même temps de réaliser que tous les parcours ne sont pas comparables, même quand on a étudié dans une même structure. Dans ma fac, il y avait un bâtiment pour les Science-Po, et à mon avis, ils n’ont pas eu le même avenir que moi à la sortie. Avant de juger, il faudrait peut-être tenir compte du parcours de la personne. Et surtout de cesser d’être égocentrique au point de penser que parce que vous, vous avez réussi, alors tout le monde peut réussir.

Il y a les moralisateurs qui ont toujours une citation du GrandPhilosopheDeMonCulCestDuPoulet pour essayer de vous culpabiliser, de vous faire comprendre que vous ne cherchez pas assez, malgré les nombreuses heures passées par jour devant tous les sites de recherche d’emploi et à se balader dans les rues pour repérer une annonce sur la devanture d’une boutique. Ils veulent juste se rendre intéressants. A vos dépends, hélas. Généralement, je leur répond d’aller se faire foutre. C’est moins élégant, mais ça fait du bien. Il serait temps de s’acheter une personnalité.

Il y a ces gens qui ont toujours LA solution miracle au chômage, qui vous la balancent comme si c’était le Saint Graal et que vous devriez les remercier de se soucier ainsi de vous. La fonction publique, la reconversion, les différents sites de recherche d’emploi, le réseautage, ils vous sortent toutes les solutions que vous employez depuis votre arrivée sur le marché du travail en s’imaginant que c’est la panacée et que vous n’avez jamais essayé ça. Et si vous leur dites que vous avez déjà essayé, ils vous regardent de travers, comme si vous étiez le pire des mythomanes et que vous cherchez à vous faire plaindre. Ces gens sont au travail depuis des années, n’ont pour certains jamais connu le chômage, et pensent qu’ils connaissent l’actualité du marché de l’emploi sur le bout des ongles alors qu’en fait ils ne s’en préoccupent que lorsque Claire Chazal annonce que le chômage est en hausse. C’est vraiment pénible d’être pris pour une truffe comme ça, que ça vienne de la famille ou de parfaits inconnus.

Il y a ceux qui vont chercher à placer le chômage au centre de votre vie. Vous sortez prendre l’air, pour vous détendre un peu ? Malheureux ! Marcel va directement sortir de chez lui pour vous demander ce que vous foutez, vous allez à un entretien, c’est ça ? Vous osez vous détendre alors que y’en a qui bossent dur pour vos allocs ? Quelle honte ! Vous allez acheter votre baguette du matin ? Micheline va vous demander, comme chaque matin, « alors le boulot, vous avez trouvé ? », devant tout le monde, bien fort, avec un petit sourire entendu. Merci, aurevoir. A la finale tous ceux que vous connaissez, de près ou de loin, n’auront jamais d’autre sujet de conversation que votre recherche d’emploi, comment ça avance, combien d’entretiens, comme si vous aviez des comptes à leur rendre. Ma tante a été comme ça à une époque, et quand j’ai fini par lui répondre que ça ne la regardait pas, elle m’a jeté au visage qu’elle bossait pour que je puisse glander chez moi. C’est con, je ne touche aucune alloc, tu ne paies rien pour moi cocotte, alors… hem…. ta gueule ?

Je viens justement à ceux qui pensent que vous avez des comptes à leur rendre. Pour eux, un chômeur c’est quelqu’un qui vit des allocs que eux, paient. Ils ignorent qu’il existe énormément de chômeurs qui ne sont PAS rémunérés. Qui ne touchent rien. C’était mon cas, trop jeune, pas assez bossé, donc 0 euro à la fin du mois. C’est comme ça. Et malgré tout je m’en suis pris dans la tronche, des « espèce de parasite de la société ». Je parasite qui, puisque je ne touche rien ? Et surtout, quand bien même je toucherais quelque chose, en quoi est-ce que j’aurais des comptes à rendre à quiconque ? Je cherche bel et bien un emploi, je suis inscrite dans les organismes dédiés, je me heurte juste à un marché bouché. Ce sont ces mêmes personnes qui se déchaînent sur chaque article sur le chômage, avec des commentaires si haineux qu’on a du mal à croire que ça vient de Mr et Mme Lambda, que vous croisez dans la rue tous les jours. Quand je lis ça je m’imagine un militaire en mission avec son arme qui fait feu au moindre bruissement de feuilles. Pas un honnête travailleur.

Vous connaissez la fausse compassion aussi ? Tous ces gens qui, lorsque vous leur parlez, abondent dans votre sens, mon dieu c’est scandaleux, le marché du travail est bouché, y’a rien pour les jeunes… et ensuite, vous apprenez qu’ils vous ont bien craché dans le dos, en racontant à tout le monde que vous passez votre temps à vous plaindre sans rien faire. L’hypocrisie humaine dans toute sa splendeur. On a envie de réseauter avec ces gens là, c’est fou.

Je pense que le pire, c’est de faire face à tous ces jugements de valeur. Les gens ne vous connaissent pas, ne connaissent pas vos méthodes de recherche d’emploi ni le nombre d’heures que vous passez par jour. Et pourtant, ils s’arrogent le droit de vous juger, de vous demander des comptes, et vous devez répondre, manu militari. Il faudrait limite se balader avec ses liasses de CVs et lettres de motivation pour aller chercher son pain à la boulangerie. Il faudrait tenter 53 concours de la fonction publique, envoyer 2356 CVs et lettres par jour, y compris à l’autre bout de la France et à l’étranger, et connaître chaque être humain français pour avoir un bon réseau. Et encore, je crois qu’ils ne seraient pas contents. A tout ce beau monde, j’ai envie de répondre : allez vous faire foutre. C’est malpoli, c’est pas élégant, mais ça l’est toujours plus que de juger sans savoir. Je sais ce que je vaux (pas grand chose en l’occurrence du point de vue de l’employeur xD), je sais ce que je fais, je sais ce que j’ai fait, et ce que je ferai.

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