Une première semaine en librairie

Librairie

Je dois bien vous avouer que j’avais un peu peur de commencer à travailler alors que je n’avais encore eu aucun cours. Comme vous le savez peut-être, je me suis inscrite à l’INFL afin d’être formée au métier de libraire, et ce pour deux ans. Or, je commençais à travailler la semaine dernière alors que ma rentrée est le 8 septembre !

J’ai eu l’impression d’arriver les mains dans les poches. Je ne savais absolument pas quoi faire, où me rendre utile, ce qu’il fallait apprendre. Heureusement, la librairie dans laquelle je travaille a l’habitude de prendre des apprentis et donc, savaient comment me gérer.

Cependant, je me suis faite copieusement chier. Tout métier commence par une phase d’apprentissage rébarbative, et je manque de patience. Je voulais toucher à tout, d’autant plus que mon patron m’a un peu mis la pression : il me voulait opérationnelle pour la semaine de la rentrée, qui promet un gros rush. Mon homme, qui travaille en tant qu’employé libre-service, me dit souvent que pour connaître son rayon par cœur, sur le bout des ongles, il faut deux semaines. Et moi, en une semaine, je suis censée avoir appris plusieurs milliers de références ainsi que plusieurs tâches (réception, caisse, facing, gestion des retours, prise de commandes, conseil… etc) ? Juste impossible. Je me suis demandé pourquoi il ne m’a pas faite commencer plus tôt.

Ils ont commencé par me montrer la réception, c’est à dire comment réceptionner les colis qui arrivent. Ce n’est pas aussi simple que ça en a l’air : il y a les commandes, les GIE, la presse, les colis qu’envoient les maisons d’édition, les factures… une semaine après j’ai encore du mal à déchiffrer les papiers. En plus le poste de réception est mal foutu et dès qu’un client sort du magasin, je me prends la porte dans la jambe ou dans la tête -_-

Ils m’ont ensuite montré la caisse, et comment était rangé le magasin : on a la presse, rangée par catégories (histoire, animaux, sports, magasines TV, etc), et j’ai même appris qu’un magasin qui propose de la presse ne choisit pas ce qu’il met en rayon : une loi sur la liberté d’expression veut que chaque magasine ait sa chance, et donc, vous avez l’obligation de tout vendre (à peu de choses près). Donc en fait on ne peut pas reprocher à un magasin de vendre des mags fachos, puisqu’il n’a pas le choix, par exemple.

J’ai passé plus de temps avec des petites feuilles, à tourner dans le magasin pour voir où était rangé chaque magasine, au cas ou un client me demande. Le truc, c’est qu’avec plus de 4000 références de presse, ça devient vite horrible. Je m’ennuyais, à tourner et retourner dans les rayons pour trouver les magasines, et je suis loin d’avoir retenu chaque référence. Et pourtant les clients s’attendent à ce que je sache tout. Ils veulent CE magasine là et ne comprennent pas que je ne le connaisse pas. Mais bon sang, je suis nouvelle, regardez les rayons, les milliers de magasines, vous connaissez tout, vous ? Et c’est principalement ce que j’ai fait cette semaine. Tourner dans le magasin pour tout repérer. Heureusement, l’un de mes collègues, compréhensif, a tenté de me faire varier un peu les tâches. Il m’envoyait chercher les livres à retourner. Comme on ne les renvoie qu’à la fermeture, j’ai toute la journée pour trouver, c’est pas urgent et ça m’occupe.

Au bout d’une semaine, je me repère quand même beaucoup mieux. C’est une tâche trèèèèèès chiante, mais nécessaire. Je ne connais pas tout mais selon le titre du magasine (généralement explicite) je sais où chercher. Pour les livres, c’est différent, je ne connais pas toutes les maisons d’édition et c’est parfois classé selon l’édition. Donc j’ai encore du mal.

A la fin de la semaine, mon patron m’a convoquée dans son bureau pour un petit débriefing. Il m’a demandé ce que j’avais appris, quelles tâches est-ce que je maîtrisais, mon opinion sur le magasin. C’est un peu délicat car tout contrat d’apprentissage a une période d’essai, et je n’ai pas envie de me faire jeter pour un mot déplacé. Je suis donc restée assez évasive, j’ai évité de lui dire que je me faisais chier et que j’avais une impression d’inutilité assez affreuse. Il m’a alors avoué qu’il avait demandé à chacun de mes collègues leur opinion sur moi, et j’ai cru que j’allais m’énerver.

Déjà, ils me trouvent attentiste. C’est à dire que selon eux, j’attends que le travail me tombe tout rôti dans le bec et que je ne demande pas. J’ai passé la semaine à demander où est-ce que je pouvais être utile, et à chaque fois on m’a envoyée chier en me donnant une fiche de magasines à trouver car « c’est mieux que je repère le magasin ». Oui, d’accord, je suis censée repérer le magasin, mais dans ce cas ne venez pas baver comme quoi je ne fous rien, puisque c’est VOUS qui me demandez de ne rien foutre ! J’ai serré les dents et je me suis tue, en faisant semblant de reconnaître mes torts. Blablabla, le travail en équipe, faut tenir compte de l’opinion des autres, tout ça. Vous avez gagné une Bleunwenn en mode lourdingue qui va passer toute cette semaine à demander toutes les deux minutes si elle peut être utile quelque part. Na.

Ensuite, ils me trouvent froide, pas assez démonstrative. C’est ce qui me faisait le plus peur dans un métier au contact de la clientèle. Oui je suis très froide, oui je ne suis pas expressive pour un sou. C’est depuis toujours comme ça, mon moyen de défense face au harcèlement scolaire, pour essayer de montrer aux autres que je n’avais rien à foutre de leurs insultes. D’éviter de faire des scandales car je trouve les gens bêtes et hypocrites. Je ne pense pas que je sois capable de changer. J’avais déjà l’impression de faire des efforts surhumains cette semaine à sourire et à dire bonjour dès qu’un client entrait (pour me prendre un vent 95% du temps). Ma froideur, c’est ma carapace, c’est ma garantie comme quoi je ne pèterai pas un câble à la première contrariété, c’est la garantie de mon self-control exceptionnel. Si on me l’enlève, ça risque de faire du grabuge. C’est un peu comme s’il y avait deux « moi » : le moi d’un calme olympien, capable de tout supporter, et le « moi » profondément misanthrope, incapable de supporter la bêtise humaine, capable du pire. Je ne suis pas sûre que laisser la place au deuxième moi soit une bonne idée. Je serais plus démonstrative, oui, mais pas dans le sens que mon patron souhaiterait.

Le pire c’est que je ne suis pas forcément d’accord avec la politique de l’établissement. Je n’ai rien dit, mais j’ai beaucoup observé. Le patron veut qu’on dise tous bonjour dès qu’un client entre (ça fait parfois 5 personnes en même temps), qu’on lui demande s’il a besoin d’aide, de conseils… et sans vouloir baver, ça a l’air de leur faire peur, aux clients en question. Les habitués apprécient mais certains ouvrent de grands yeux apeurés lorsque 5 « BONJOUR !’ résonnent et que l’un de mes collègues compte les deux minutes avant de leur foncer dessus pour leur demander s’ils ont besoin de conseils. Et c’est flagrant que certains n’ont qu’une seule envie, se barrer. Ce que je peux comprendre, je ne supporte pas qu’on m’observe, qu’on soit sur mon dos et tout quand je choisis quelque chose en magasin (surtout les fringues). Je trouve qu’on en fait trop. Mais le patron trouve qu’au contraire on en fait pas assez. C’est son magasin, donc je vais suivre sa politique, mais je reste persuadée qu’il perd de potentiels clients à ne pas vouloir leur lâcher la grappe.

Je constate quand même que c’est un métier qui demande un apprentissage assez long, pour ingurgiter toutes les références, les différentes tâches, connaître suffisamment de livres pour pouvoir conseiller un client quels que soient ses goûts… je comprends mieux pourquoi je me faisais jeter quand je postulais en librairie. Les librairies gagnent peu et n’ont pas les moyens de payer plein pot quelqu’un qui mettra de longues semaines à être opérationnel. J’avoue que je ne méritais pas un plein salaire cette semaine vu le peu que j’ai fait. Mais je pense que je l’aurai fade lorsque je serai enfin opérationnelle et que je ne toucherai pas de plein salaire pour autant !

En tous cas, après plusieurs années d’inactivité, la reprise est fatigante. Mais c’est une fatigue saine, et surtout je dors mieux, moi qui suis victime d’insomnies depuis si longtemps… je crois que j’avais besoin de me bouger. Si j’avais plus de temps, je me remettrais à un sport, je testerais bien l’escrime. Mais je pense que j’ai besoin de me garder le peu de temps libre que j’ai.

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