Je lâche l’affaire.

ne marche pas

Je n’aime pas mon titre. Il donne l’impression que j’ai pris cette décision sur un coup de tête, sans en mesurer les conséquences. Pourtant, si. Et je crois que je connaissais la conclusion à cette histoire dès le début. C’est juste que parfois, je fais semblant de me mettre des œillères, sans doute pour cacher à quel point je suis désespérée.

Vous l’avez vu, mon expérience en librairie s’est mal passée, très mal passée même. Déjà, ça, en soi c’est décourageant. C’est d’autant plus plombant que le patron m’avait faite commencer très tard, et pour pouvoir passer ses examens finaux, en deuxième année, il faut avoir un certain nombre de mois d’expérience professionnelle au compteur. Du coup j’avais très peu de temps pour retrouver une autre entreprise, et une semaine de cours s’annonçait. C’était l’occasion de découvrir quels enseignements j’allais suivre, ainsi que la classe.

Il faut savoir que je suis atteinte de phobie scolaire. Mais la véritable phobie scolaire, non « l’excuse des fainéants », comme disait ma mère lorsqu’elle me jetait dans la cour de l’école alors que j’étais terrorisée. Les autres m’ont rendue malade. La cruauté des autres enfants, l’indifférence des professeurs, ce harcèlement sans limites que j’ai subi tout du long de ma scolarité. Tout cela m’a rendue excessivement réservée, méfiante, craintive. Mais je pensais que c’était terminé, je n’avais pas mis les pieds dans une école depuis près de trois ans.

J’ai ressenti un léger blocage à l’entrée de l’école. Comme un malaise, en voyant toute cette foule, composée en grosse majorité d’adolescents en fin de croissance. Mais je me suis forcée à franchir la porte pour aller m’installer dans la salle. Je ne me suis pas sentie mieux pour autant. La salle était pleine et on était évidemment tous assis les uns à côté des autres, aucun moyen de s’isoler. Je me suis forcée à respirer lentement, car je commençais à me sentir oppressée et nauséeuse. Mais pourquoi ? Ce ne sont que des gens comme vous et moi… je ne comprenais même pas ma réaction qui me dépassait. Ma voisine a essayé d’engager la conversation, mais je ne répondais que laconiquement, trop occupée à maintenir mon esprit en place et à m’empêcher de partir en courant.

J’espérais pouvoir passer la matinée tranquille dans mon coin à prendre des notes, mais c’était évidemment trop demander. Le prof voulait qu’on fasse des groupes et qu’on se présente devant tout le monde. Génial. J’étais mal, je déteste prendre la parole devant une classe, j’en suis même parfois incapable. Je me retrouve dans un groupe de filles plutôt sympathiques, qui décident que pendant la pause on irait remplir nos fiches à l’extérieur de la salle. Super idée, mais avant, je devais aller voir le prof pour lui poser quelques questions, notamment « comment ça se passe vu que je n’ai plus d’entreprise ? J’ai combien de temps exactement pour retrouver ? ». Mais le prof m’a juste sidérée. Il n’avait visiblement pas envie de me répondre, il disait juste « oui oui » à chacune de mes questions. Sauf que « oui oui » ça n’y répond pas. Il avait l’air de vouloir prendre ses jambes à son cou. Mais qu’est-ce que j’ai fait ? Je n’étais déjà pas dans un super état d’esprit, mais là, un prof qui refuse juste de m’écouter et qui répond « oui oui » lorsque je lui raconte l’histoire du client qui m’a touchée… je lui ai demandé comment faire pour abandonner la formation. Il m’a juste dit d’aller voir sa collègue avant de partir… en courant. Wtf.

Je retrouve mon groupe de filles à qui je raconte l’histoire. Elles me disent que ce prof est connu pour être useless au possible, et que je devrais aller aux prud’hommes pour cette histoire. Ce n’est pas normal que mon patron ait voulu me forcer à m’excuser alors que j’étais victime. J’étais entièrement d’accord, mais sans preuve, sachant que mes anciens collègues ne témoigneront sûrement pas en ma faveur, je ne vois pas ce que je pourrais obtenir des prud’hommes. Elles ont également essayé de me convaincre de rester, en me disant que tous les patrons ne sont pas comme ça… certes, mais je ne sais même pas combien de temps est-ce que j’ai pour retrouver une entreprise, ni même si j’ai encore une chance d’en trouver une à ce stade de l’année. Surtout que c’est mal vu de cracher sur son ancienne entreprise, et si on me demande pourquoi est-ce que je suis partie de l’ancienne, je me vois mal jouer les hypocrites.

On retourne dans notre salle et notre groupe finit par passer au tableau pour se présenter. J’en avais des vertiges, tout ce monde devant moi… je commençais à avoir des petits papillons noirs devant les yeux et des fourmis dans le corps. Et je ne comprenais pas pourquoi je réagissais comme ça, le harcèlement scolaire est loin derrière moi pourtant… il faut croire que les souvenirs sont vivaces, ancrés en moi. J’ai fini par quitter la salle, puis carrément l’école, à la pause de midi. Je me sentais si mal que j’ai fait un malaise aux toilettes après avoir vomi tout mon soûl.

J’ai retenté l’expérience le lendemain, en me disant que j’avais peut-être mangé un truc pas frais et que c’est pour ça que j’étais mal. Mais je n’avais même pas mis un pied dans la salle que déjà ma nausée revenait et ma tête commençait à tourner. J’imaginais tout le monde rire, se moquer de moi. La veille, le prof avait parlé de plusieurs projets obligatoires qui se solderaient par des présentations à l’oral, devant les autres et devant un jury. Rien que l’idée me paniquait. Je déteste l’oral, je suis mal à l’aise, je suis réservée, je n’arrive pas à exprimer tout ce que je voudrais. Je n’aime pas parler, en fait. Tout ça me travaillait (haha) au point d’en avoir fait un cauchemar, avec toute l’école qui assiste à ma présentation pendant que je suis toute nue et que j’ai oublié toutes mes fiches. Charmant.

C’était pourtant évident que j’allais devoir passer par là. Un libraire, ça conseille des clients, ça papote avec eux. Comment moi, qui déteste ça, aurais-je pu être une bonne libraire ? Je crois qu’à l’époque où cette blogueuse m’a parlé de l’INFL, j’étais si désespérée par ma situation que je me suis jetée sur la première porte de sortie venue, pour à la finale me prendre un mur. C’était évident que j’échouerais car je ne suis pas faite pour le contact avec les autres. En plus d’avoir un gros blocage vis à vis de l’école, si ancré en moi que je doute que voir un psy changerait quoi que ce soit. Je n’aime pas les psys. Ils sont payés pour écouter, ce qui rend malsaine la relation dès le début. Je refuse de me confier à quelqu’un qui ne m’écoute que parce qu’il est payé pour ça.

Le souci c’est qu’aujourd’hui, je ne sais même pas quoi faire de moi. Je ne suis pas faite pour le contact avec la clientèle. Je n’ai aucun talent manuel. Mon copain m’a sorti, pince-sans-rire, que je devrais filmer mes parties de League of Legends, car une fille ça fait vendre, et que je ne suis pas le pire thon qu’ait connu internet. Mais j’aurais toujours autant l’impression de ne rien faire de ma vie, sans compter que je n’ai pas un niveau exceptionnel à League of Legends. Et que je n’aime pas me montrer sur internet. J’ai quand même senti sa déception de me voir me prendre de nouveau un mur, à mon homme. Il supporte (de moins en moins d’ailleurs, ça devient dangereux, il en déprime, mais ne sait pas comment aller voir un psy et moi non plus) un travail qui le débecte et moi je n’arrive pas à franchir la porte d’une salle de classe.

J’ai essayé de me renseigner sur d’autres métiers, mais il est trop tard pour intégrer les formations qui me plaisent, sans compter que ça ne règle pas le souci de l’école -et donc de la phobie scolaire-. J’ai l’impression d’avoir épuisé tous les recours possibles pour chercher un emploi dans ma ville -et les villes à côté- et que je suis encore condamnée à rester là, à la maison, à écrire. Écrire pour moi, et pour des inconnus, qui pour la plupart se fichent éperdument de ce qui m’arrive, voir même se moquent de moi, eux aussi. En même temps il y a de quoi. Je suis vraiment bonne à rien, et j’ai si honte de moi que j’ai limite envie de quitter mon copain pour lui éviter de traîner le boulet que je suis.

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5 réflexions sur “Je lâche l’affaire.

  1. Ne sois pas si dure avec toi même, chacun son chemin de prédilection. Il y en a beaucoup qui ne sont pas fait pour les études et qui ne s’en sortent pas si mal dans la vie. J’ai envie de te dire que tu vis juste un coup de mou, que ça va passer mais je sais que c’est facile à dire quand on n’est pas à la place de la personne qui la vit. Je te lis avec attention et ne me moque à aucun moment de ce que tu vis. Tu as un vrai talent d’écriture, tu peux peut-être creuser de ce côté là? voir comment ça pourrait te rémunérer…

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    1. Pourtant les études, à la base, je semblais être faite pour ça, j’ai toujours eu des facilités pour l’apprentissage, la mémorisation, j’étais très bonne en cours malgré tout ce que je pouvais subir -et c’est principalement pour ça que je subissais d’ailleurs, ce n’est pas à la mode d’être intelligent-. Mais là je ne sais pas, je n’arrive juste plus à mettre les pieds dans une école.
      Pour l’écriture… ce n’est pas la première fois qu’on me dit ça -sans prétention-, mais je ne vois pas du tout comment le « rémunérer »… se faire publier est un parcours du combattant qui finit souvent en auto-édition, et devenir rédactrice web… y’a peu de places et je ne saurais pas trop comment postuler.

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  2. Dans le monde du travail, on voit des personnes ayant des problèmes psychologiques bien pires que le vôtre : colériques violents, timides maladifs incapables d’adresser la parole à un inconnu, mythomanes, etc. Même au-delà de ces cas extrêmes, chacun a ses blocages et ses extravagances plus ou moins dissimulés. D’ailleurs, votre ex-employeur et le professeur que vous mentionnez semblent avoir leur part de bizarrerie.

    Il existe de nombreux métiers où votre type de personnalité, « froide » comme vous le disiez dans un billet précédent, est appréciée. Notamment parce que cela va souvent de paire avec la capacité à rester concentrer sur une tâche sans se disperser, ou simplement respecter une procédure à la lettre (ce dont, étrangement, peu de gens sont capables). Par exemple, les opérateurs de production en électronique ont souvent ce profil. Évidemment, le principal souci est la concurrence pour ce type de poste qui ne demande ni diplôme ni compétence spécifique hormis une dextérité normale.

    Certes, espérer gagner sa vie en devenant écrivain est une chimère. En revanche, les qualités rédactionnelles sont appréciées en entreprise, tant sont nombreuses les personnes incapables de s’exprimer clairement à l’écrit, y compris parmi les cadres. Même dans les domaines scientifiques, il n’est pas inhabituel que certains postes soient tenus pas des employés ayant une formation littéraire, documentaliste technique par exemple.

    Bref, ne croyez pas que votre personnalité soit incompatible avec le monde du travail. Je sais que c’est facile à dire, mais il est clair votre problème est le chômage global (et vraisemblablement une bonne dose de malchance), mais pas une hypothétique inadaptation ou incompétence de votre part.

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  3. J’ai traversé la même phase que toi, je ne suis pas très à l’aise avec les autres êtres humains. Cependant, je me suis motivé et je me suis dit que je devais trouver ma voie. J’ai été bien aidé par des organismes d’aide à l’emploi Aformac et FEL, il faut en faire la demande à Pole Emploi. Il ne te brusque pas, leur travail c de t’aider à trouver un travail qui te conviendrais et t’aider à y accéder.

    Perso ça m’a fait beaucoup de bien au niveau confiance et je vais plus facilement vers les autres maintenant. A toi de faire l’effort : avancer et aller mieux sans ressasser les problèmes (si si ça marche..)

    Bon courage à toi

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