Un petit espoir bien vite envolé

flamme

Peu de temps après avoir écrit mon précédent article, j’ai finalement été recontactée par l’agence d’intérim, pour une mission plus accessible : exactement la même, mais à une demi-heure de chez moi et non à perpette les oies. La personne qui m’en a parlé s’emmêlait un peu les pinceaux et ne savait pas s’il s’agissait uniquement d’un poste de caissière, ou d’une possibilité d’être affectée dans d’autres rayons. Après tout la FNAC, c’est grand. Il s’agissait d’une mission de deux mois, qui peut s’étendre à trois selon la fréquentation du magasin après les fêtes.

J’étais bien contente, car à force de piocher dans mon livret A, mon compte en banque fait vraiment la gueule. Deux mois en intérim ça permet d’épargner un peu et de mettre suffisamment sur le compte principal pour éviter le découvert.

Cependant, je me méfiais un peu. D’habitude, l’intérim, c’est on m’appelle pour une mission, on me demande un jour de disponibilité puis je signe le contrat et commence le lendemain voir le jour même. Là, la date de l’entretien de pré-sélection (L’agence fait une première sélection, puis c’est la FNAC qui fait la deuxième) était déjà fixée et je me suis dit que ça puait l’entretien collectif. Je déteste les entretiens collectifs et je les appréhende beaucoup, car ils se sont toujours mal passés pour moi. J’avais déjà parlé de mon tout premier ici, mais j’en ai eu d’autres depuis et ils ont été plutôt similaires, dans la forme comme dans le fond.

Je suis une contradiction sur pattes : je suis très sûre de mes capacités, mais je manque énormément de confiance en moi. Si autour de moi, je tombe sur un concurrent charismatique, plus expérimenté, plus…. plus n’importe quoi, je vais immédiatement me dire que c’est mort et je vais baisser les bras. Je ne peux pas m’empêcher de me comparer aux autres et de ne voir que leurs points forts, en mettant l’accent sur mes points faibles. Du coup mes entretiens collectifs se passent toujours mal, car il y a toujours quelqu’un qui a quelque chose de plus que moi et ça me pousse à abandonner.

Vous n’avez pas idée du point auquel je pouvais stresser. Je ne savais pas à quelle sauce j’allais être mangée, ni avec qui j’allais me retrouver en concurrence. Je ne connaissais pas Manpower pour qui je n’avais jamais travaillé, et même si j’avais déjà travaillé un peu en librairie, ce n’était pas non plus la FNAC. A force de me voir stresser, mon homme a fini par s’énerver et me dire qu’en partant toujours défaitiste, ce n’était pas étonnant que je ne trouvais rien, et j’allais encore échouer. Je n’ai pas vraiment apprécié, mais il avait raison : en partant défaitiste, j’avais déjà perdu.

Pour autant, j’avais du mal à anticiper l’entretien. Je me demandais comment est-ce qu’ils allaient bien pouvoir départager des aspirants à un poste de caissier. Je veux dire, pour être caissier, il faut être rapide, bon en calcul mental (et encore, dans ma librairie, la caisse nous affichait le montant à rendre, pas de calcul à faire) et souriant. C’est à la portée de tout le monde. Alors comment déterminer si tel candidat est plus apte à occuper le poste que tel autre ?

Bref, tout ça pour dire que j’étais très angoissée et que j’ai passé deux jours à écumer le net pour avoir des témoignages d’entretiens collectifs à Manpower. J’ai même été récupérer les questions types sur leur site internet pour me faire une fiche et répondre à toutes les questions possibles. Parce que bon, mieux vaut écrire, le stress peut me faire oublier les réponses.

Deux jours avant, ma tenue était prête. Élégante sans trop en faire. Une petite plaque d’eczéma m’a fait la joie de rendre visite à mon front, je me suis donc gavée d’anti-histaminiques en espérant la voir disparaître. Et évidemment, la veille, j’ai très mal dormi car je n’arrêtais pas de faire l’entretien dans ma tête.

En fait, une fois sur place, j’ai pu voir qu’il ne s’agissait pas d’un entretien collectif, mais d’une réunion d’information organisée par Manpower pour nous expliquer le poste, comment ça allait se passer, ce qu’il fallait dire et ce qu’il ne fallait pas dire. Il y avait sept postes et il voulait qu’on soit tous pris pour que la boîte d’intérim concurrente n’ait pas le marché. Je n’étais pas très à l’aise pour autant quand il a demandé un tour de table de présentation, mais j’ai bien vite constaté que deux personnes étaient bien plus timides que moi, et qu’à part une jeune fille très sûre d’elle (n’a jamais connu le chômage, elle est encore en poste là…) je n’ai pas de grosse concurrence. Du coup je me suis présentée, et à part un moment où j’ai bégayé je m’en suis plutôt bien sortie. Il nous a donc juste conseillé de ne pas venir en baskets car cette FNAC les interdisent et d’être moins hésitants lorsque la recruteuse demandera un tour de table.

La réunion à pris fin et alors que je m’apprêtais à partir, le gars qui animait la réunion a demandé à me voir dans son bureau. Je me disais « wtf » mais j’ai bien vite compris qu’il s’agissait de ma RQTH. L’une des filles qui étaient à la réunion a entendu et m’a jeté un regard assassin. Je crois qu’elle a cru que j’allais chercher à me privilégier ou je ne sais quoi…

Une fois dans le bureau, il m’a dit que la FNAC était très friande de travailleurs handicapés, et que donc, ma candidature n’allait pas être étudiée à égalité avec les autres. Vu que la recruteuse cherche des travailleurs handicapés, elle a montré un très grand intérêt pour ma candidature et il y a de fortes chances pour que je sois prise d’office. En gros je peux répondre « j’aime les hamsters jaunes » à la question « Pourquoi la FNAC ? » et je serai prise quand même. Il m’a dit malgré tout de ne pas mettre la charrue avant les bœufs, il fallait quand même que je fasse bonne impression, on est quand même à Paris et je ne suis pas la seule travailleuse handicapée de la ville, même si je serai la seule de l’entretien collectif.

J’étais vraiment soulagée, mais je n’ai pas l’habitude d’être optimiste : j’ai le titre de plus grosse poissarde de la Création, donc je me disais qu’il allait forcément se passer une couille, même si on m’assurait du contraire. Je me suis donc préparée pour cet entretien avec autant de soin que si on ne m’avait pas dit que j’étais prise d’office. D’autant plus que le poste se situe dans un centre commercial trèèèèèèès bourgeois, donc autant ne pas avoir l’air d’une paysanne.

Arrivée sur place (après avoir bien galéré, merci le site de la RATP qui fait un itinéraire complètement faux), je retrouve les mêmes qu’à Manpower, ainsi qu’un autre garçon. La recruteuse arrive et nous dit qu’il manque une personne. On attend un peu, puis on finit par aller dans la salle de l’entretien.

On fait un premier tour de table, où la personne nous demande de nous présenter, de présenter notre parcours et de dire comment on perçoit le poste de caissier à la FNAC. Tout le monde avait bien appris sa leçon, notamment sur la carte de fidélité, donc ça n’a pas trop posé problème. J’ai cependant vu que je n’étais plus la seule travailleuse handicapée du groupe. En effet, l’autre garçon, appelé à la dernière minute, bénéficie aussi d’une RQTH. Mais je n’étais pas trop inquiète. Il s’exprimait comme un bon gros wesh et ne cessait de se poser en victime. Un bon gros wesh ne sera jamais embauché pour bosser dans un centre commercial aussi bourgeois que celui-ci.

La personne manquante a fini par arriver… avant de se faire rembarrer par la recruteuse. « Vous n’êtes même pas fichue d’arriver à l’heure à un entretien, alors ça en dit long sur votre fiabilité. Au revoir mademoiselle ». La jeune fille a tenté de s’excuser en invoquant la grève des transports en commun, avant de se faire de nouveau rembarrer. Sur six personnes, nous étions cinq à être venues par transports en commun, et nous étions tous à l’heure. Quand il y a une grève, alors on part plus tôt pour être sûr d’arriver à l’heure. Une concurrente de moins.

La dame nous a ensuite demandé : « Si je devais parler à votre meilleur ami, que me dirait-il sur vous ? ». Je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir un petit sourire, je n’ai pas de meilleur ami (j’en ai eu une, mais un parisien s’est senti obligé de conduire bourré, et l’a tuée. Et s’en est sorti avec 6 mois de prison avec sursis, en invoquant l’excuse de l’alcoolisme.), mais il fallait bien broder. Le peu d’amis que j’ai disent de moi que je suis loyale, travailleuse extrêmement acharnée, courageuse. Mais aussi très froide et au premier abord peu engageante, même si ça ne m’empêche pas du tout d’avoir de bonnes relations avec eux. Et que je ne supporte pas les faux-cul, aussi. Bon, je n’ai pas dit ça comme ça, mais j’ai balancé trois défauts et trois qualités, après tout c’est une question classique reformulée pour donner une illusion d’originalité.

Elle nous a ensuite fait tout un speech sur le métier de caissier à la FNAC, qui n’est pas qu’un simple poste d’encaissement, mais aussi que nous sommes la dernière image du client lorsqu’il part du magasin, donc que nous devions avoir une excellente présentation, un sourire à tout épreuve, etc, etc, etc.

C’était sans doute l’entretien collectif que j’ai le mieux réussi. J’étais plutôt à l’aise, je me suis même distinguée par ma connaissance réelle de la carte FNAC (j’ai été adhérente ^^) et par le fait que j’avais déjà travaillé en librairie.

La recruteuse a mis fin à l’entretien, en disant qu’elle nous recontacterait tous pour nous dire si oui ou non nous étions pris, d’ici la semaine prochaine. Elle nous a souhaité bon week-end et nous sommes partis.

Deux heures après être rentrée à la maison, je reçois un appel. C’était la recruteuse. Je n’étais pas prise. Bam. J’étais surprise, car je pensais m’en être bien sortie. J’avais pensé à bien sourire, à ne pas me trifouiller les mains et à ne pas être hésitante. Et puis surtout vu le deuxième handicapé, sans vouloir être prétentieuse, j’étais bien mieux placée. Je lui ai donc demandé pourquoi je n’étais pas prise, et elle m’a répondu que c’était parce que je n’étais pas « suffisamment avenante physiquement« . What the fuck. Dégoûtée, je n’ai même pas demandé de précisions et j’ai raccroché.

Avenante physiquement. J’ai eu l’impression de me faire insulter. C’est un peu comme si elle m’avait dit « T’es moche, dégage » avec un peu plus de tact. Franchement, ça veut dire quoi ? J’étais bien habillée, je souriais, j’étais parfaite. Bon, je n’étais pas maquillée, contrairement aux deux autres filles (l’une des deux l’était même bien trop à mon goût, sa tronche brillait à la lumière artificielle), mais j’avais largement assez de standing pour bosser à la caisse d’une FNAC d’un centre de bourgeois.

J’avais beau être restée méfiante malgré les dires de l’homme de l’agence d’intérim, je n’ai pas pu m’empêcher d’être extrêmement déçue. Je le sentais bien, j’étais sortie satisfaite de l’entretien, ça ne m’était pas arrivé depuis des mois. Je pensais vraiment être prise. En tous cas si le wesh est pris à ma place pour le poste d’handicapé, je crois que je vais perdre ce qui me reste de confiance en moi (je suis déjà à crédit à ce niveau-là). Et le type de Manpower a largement mis la charrue avant les bœufs en me disant que j’allais être prise d’office. Vu la rapidité je ne serais même pas étonnée d’apprendre que j’ai été la première refusée.

Bref, un refus de plus à rajouter à ma collection, et en plus je n’en comprends même pas le motif. Je pense que je dois être trop froide pour le commerce. Mais là, je ne sais même pas quoi faire de ma vie.

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7 réflexions sur “Un petit espoir bien vite envolé

  1. « Pas suffisamment avenante physiquement », c’est tellement insultant et injustifiable que ça doit masquer une autre raison. Si cette recruteuse souhaitait vraiment éliminer les candidats les plus laids, elle utiliserait un prétexte quelconque.

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  2. « Pas suffisamment avenante physiquement »???je ne comprends même pas ce que ça veut dire concrètement…et ils ont le droit de refuser un poste pour ça? normalement seules les compétences comptent…bon, je sais bien que de nos jours entre ce qu’ils ont le droit de faire et ce qu’ils font réellement, il y a un gouffre mais j’avoue que je suis choquée…

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  3. Un jour, un recruteur m’a dit à la fin d’un entretien que j’étais trop gros, et que les gens soigneux dans leur travail se reconnaissent car ils prennent soin de leur corps. A l’époque, j’avais certes quelques kilos en trop, mais lui était carrément obèse, il devait peser 30 kilos de plus que moi.

    Certaines personnes se sentent tellement puissantes dans leur travail de recrutement, qu’elles en perdent toute lucidité.

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    1. La recruteuse était un peu vantarde mais elle me semblait pourtant avoir la tête sur les épaules, elle était réaliste, ça se voyait à ses réactions selon certaines réponses. Mon dieu, je crois que dans un cas comme le tien, je n’aurais pas pu me taire et j’aurais sorti un truc bien assassin.
      J’ai envoyé un mail au gars de Manpower au cas ou la recruteuse lui aurait donné des précisions, mais je ne me fais pas d’illusions. Premier contact en trois ans, en plus je me fais refuser, ils ne me proposeront plus rien.

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