Mon parcours scolaire

lycée orléans

Je me rends compte qu’en fait, je parle souvent des problèmes que m’occasionnent mon diplôme, de mes aspirations, mais que je n’ai pas parlé de mon parcours en détails. Il est assez classique en soi mais j’avais envie de vous parler des raisons qui m’ont poussée à faire ces choix et pas d’autres.

Il se trouve que j’étais très bonne à l’école, excellente même, ce qui a fait prendre la grosse tête à ma mère. Elle qui avait mis sa carrière entre parenthèses pour s’occuper de moi (elle était seule) vivait son succès par procuration. Une erreur qu’elle n’a pas été seule à faire. Elle me poussait sans cesse à travailler alors que ce n’était pas nécessaire : j’avais de telles facilités que je retenais mon cours sans même l’écouter et tout le travail qu’elle me forçait à faire était inutile. En fait, ça m’a surtout dégoûtée de l’effort. Je voyais bien que ce que je faisais ne servait à rien et donc j’y mettais toute la mauvaise foi du monde. Ce qui entraînait des reproches et donc, du travail supplémentaire…

A l’époque, j’entendais souvent ma mère râler comme quoi il y avait beaucoup d’écoles « pour les sous-doués » (comprendre par là : les élèves en difficulté) mais rien du tout pour les surdoués. Et au fond, c’était vrai. Il n’y avait rien du tout pour les gens comme moi qui étaient tirés vers le bas dans le circuit normal, détestés et mis à l’écart à cause de leurs facilités. Ma mère a tenté de m’inscrire dans le privé, mais ce privilège fut refusé malgré mes notes : c’était un établissement élitiste, comprendre par là, réservé aux riches.

Au collège, on commençait un peu à parler orientation, car le lycée nous permettait de suivre différentes voies dès la seconde. Nous avions le choix entre les sciences économiques et sociales, les sciences de l’ingénieur et la gestion. J’étais plus attirée par les sciences de l’ingénieur (petite nerd oblige) mais le souci, c’est que cette voie supprimait les SVT (Sciences de la Vie et de la Terre) de mon programme et j’avais encore pour ambition d’être vétérinaire. Je me suis donc rabattue sur les sciences économiques et sociales. Je n’étais pas du tout intéressée par cette matière, qui n’était pas nulle en soi, mais la prof que j’avais ne savait pas du tout se rendre intéressante. Les cours étaient mornes, elle passait plus son temps à faire la police qu’autre chose (j’étais dans une seconde de demeurés -_-), et on avait un retard faramineux dans le programme.

En seconde s’est posé mon premier « gros » choix. Je devais choisir entre première scientifique, littéraire ou économique. Pour être vétérinaire, il me fallait évidemment choisir la scientifique, mais je commençais à m’interroger : n’ayant aucune notion d’effort, d’organisation, je me suis vite retrouvée perdue en maths et en physique-chimie, qui demandaient plus d’investissement que prévu. Mes notes n’étaient pas mauvaises, mais devenaient moyennes. Et moi je commençais à me poser des questions.

Cependant, ma mère ne m’a pas laissé le choix : je passais en S, ou bien elle me rendrait la vie impossible et me foutrait dehors à 18 ans. Elle n’y est jamais allée de main morte. Du coup, malgré les quelques difficultés qui commençaient à arriver, je suis passée en S. Ce que je reprochais à cette filière, c’était le fait de faire des calculs pour des calculs, de faire appliquer des formules sans même nous dire à quoi elles servaient… j’ai tendance à faire un petit blocage mental quand je ne sais pas à quoi sert ce que je fais. Calculer pour calculer franchement, non. Du coup je me suis braquée et si ma mère n’avait pas trouvé une prof particulière géniale je n’aurais pas continué en S. J’aime savoir où je mets les pieds, et apprendre des choses utiles. Je n’ai pas trouvé que la filière S, pourtant si réputée m’ait apporté quoi que ce soit.

Est venue alors la question de mon orientation post-bac, et là je vais faire un petit hors-sujet.

***

Sur un forum que je suis, j’ai vu un père de famille s’interroger sur le fait d’envoyer sa progéniture dans un établissement classé ZEP ou non. Il faut savoir que j’ai été dans un collège ZEP, puis dans un lycée qui sans être officiellement ZEP servait de poubelle de la ville. Ce papa s’inquiétait du niveau de ces établissements mais souhaitait envoyer sa fille à ce qu’il appelle « l’école de la vie ».

Je vais commencer par parler de cette fameuse « école de la vie ». La mixité sociale et compagnie, je ne l’ai vue que sur le papier. Les blancs étaient entre eux, les noirs entre eux, les rebeus entre eux. Tu parles d’une mixité. Il y avait très peu de blancs et ils étaient à l’écart. Moi, j’étais aussi à l’écart, car en plus j’avais de super notes alors qu’il était à la mode de jouer les rebelles et d’enchaîner les bulles. Des amis m’ont parlé de leur expérience dans des collèges normaux et il n’y avait pas de ségrégation comme j’ai connu. Le collège ZEP de mon enfance, c’était très mixte, mais les communautés étaient entre elles sans se mêler, et ça clashait très facilement. Et l’ambiance était très « je te tire vers le bas ».

Mais le pire, c’était le niveau. Je ne m’en rendais pas compte à l’époque car je ne savais pas quel était le programme des autres établissements. Le privé ne m’a jamais laissé ma chance en raison de la situation financière de ma mère. Je faisais ce qu’on me demandait et je le faisais très bien, j’ai culminé à 19-20 de moyenne pendant quatre ans. Mais au lycée déjà, j’ai pu constater qu’il y avait une certaine différence de niveau. Certains pans entiers du programme avaient été occultés, et surtout on nous demandait beaucoup plus de boulot à la maison. Si je voyais une différence entre un collège ZEP et un « lycée-poubelle », c’est que déjà il y avait anguille sous roche. Mais quand je suis arrivée à la fac, c’était le pompon.

La différence de niveau était juste phénoménale. On m’avait dit qu’il y avait une grosse différence, mais je ne pensais pas que c’était à ce point. Pourtant certains élèves suivaient sans aucun problème. Les élèves de lycées privés ou cotés.

Même mon prof de chimie était vraiment surpris de voir que j’ignorais totalement certaines formules pourtant au programme de lycée, et il ne pouvait pas se permettre de faire de la remise à niveau. Quand je lui ai donné le nom de mon lycée, il a compris. Mon lycée n’était pas ZEP mais en avait la réputation.

Mon expérience ne fait pas office de généralité, mais si vous avez le choix entre envoyer votre enfant dans le privé plutôt que dans le public ou pire, choisissez le privé. Pensez à son avenir. C’est mignon de vouloir lui faire connaître la mixité sociale mais quand il se retrouvera au chômage des années plus tard car il n’a pas pu faire d’études convenables il vous en voudra.

***

Bref, revenons à nos moutons. Je n’étais plus aussi enthousiaste qu’avant à l’idée d’être vétérinaire, mais je me suis quand même inscrite en prépa. J’ai dû la faire à distance, car c’était dans une autre ville et ma mère n’avait pas les moyens de me loger ailleurs. La bourse ne suffisait pas et je n’avais pas les sous pour me déplacer en entretien d’embauche dans une autre ville tous les quatre matins.

La différence de niveau était monstrueuse, comme j’étais à distance je ne bénéficiais d’aucune aide pour me remettre à flot et pour moi qui n’avais pas de notions d’organisation j’étais juste débordée de travail. J’ai abandonné pour aller m’inscrire en fac de biologie.

Cependant, la fac de biologie avait le même problème : j’étais juste complètement larguée. J’avais beau aimer les matières, m’y intéresser sincèrement, je n’avais pas le niveau. On nous parlait de notions censées être vues depuis le lycée, et aucun rappel n’a été fait. Le programme de première année est trop chargé pour se permettre des interludes « la biologie pour les nuls ».

J’ai donc commencé à parler à ma mère de réorientation dans le domaine littéraire. Elle n’était franchement pas d’accord mais a dû se rendre à l’évidence, je ne suivais pas du tout en sciences. Mes notes étaient catastrophiques -sauf en géologie étrangement, où j’avais 19 de moyenne-. J’ai donc fini par obtenir un feu vert que j’aurais bien aimé avoir plus tôt.

J’hésitais entre les langues et l’histoire, car si j’ai de grosses facilités en langues, j’adore également l’Histoire. Mais l’Histoire ne menait guère à autre chose qu’au professorat et jamais, jamais je ne pourrai être prof. J’en étais bien consciente à l’époque. J’ai donc choisi de m’orienter en Langues Étrangères Appliquées, anglais-espagnol, sans grande conviction. Je voulais faire chinois mais ce n’était pas disponible dans ma fac. Je savais très bien que ça ne me mènerait à rien et je voulais faire un diplôme plus professionnalisant, en alternance, mais ma mère s’y est farouchement opposée, avec en tête l’idée que l’alternance est faite pour les gens « manuels, sans cervelle ».

Je me suis donc coltiné trois années de fac bien ennuyeuses et surtout inutiles. La traduction, c’est une orientation bien gentille, mais la réalité du monde du travail c’est qu’il faut avoir au moins deux langues maternelles, ou être de langue maternelle étrangère. Je n’ai pas réussi à trouver quoi que ce soit dans le domaine après mes études et je me suis rendue à l’évidence : j’allais en chier. Un séjour à l’étranger aurait pu m’aider, mais je n’avais pas les moyens. Jeune fille au pair est une solution, sauf quand comme moi on ne supporte pas les enfants.

Je me suis donc retrouvée comme une conne après mes études. Mon diplôme ne suffisait pas pour faire quoi que ce soit, et j’étais trop traumatisée par l’école pour vouloir y remettre les pieds. J’ai essayé les petits boulots pour commencer au bas de l’échelle quelque part, mais comme vous pouvez le voir en parcourant mon blog, ce n’était pas si simple… et je me retrouve, aujourd’hui, avec un diplôme inutile qui m’handicape.

Réfléchissez bien lorsque vous vous orientez… les débouchés sont plus importants que l’intérêt. Car faire des études qui nous plaisent, c’est mignon, s’orienter par défaut parce qu’on ne sait pas quoi faire, c’est mignon aussi, mais le plus important ce sont les débouchés. Déjà que le taux de chômage est énorme, on ne va pas en plus se mettre des bâtons dans les roues. Peut-être que je m’en serais mieux sortie si j’avais eu l’habitude de bosser au lieu de me laisser porter par mes facilités, ou si j’avais été plus à l’aise avec mes camarades. Mais en attendant voilà comment j’en suis arrivée là.

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