Une aventure pharmaceutique… ou pas !

pharmacie

Dans mon article précédent, je vous parlais d’une annonce Pôle Emploi à laquelle j’avais répondu, pour travailler dans le secteur de la parapharmacie. En réalité, ça s’est avéré être plus compliqué que ça. En même temps, Blanchefleur sans complications, ce n’est pas Blanchefleur.

C’était une annonce pour une petite formation pré-embauche de deux mois et demi en alternance suivie d’un CDD de 6 mois. Il s’agissait d’un poste de vendeuse en parapharmacie.

J’avais été contactée une première fois pour une réunion d’information, mais je n’avais pas pu m’y rendre en raison d’une grève spontanée du RER A suite à une agression. J’avais rappelé l’agence pour leur expliquer la chose, et ils m’avaient dit qu’ils me recontacteraient pour me convoquer à la prochaine réunion. Et ils m’ont effectivement rappelée.

La première fois, j’ai été appelée la veille pour le lendemain et je n’avais pas trop apprécié. Là, j’ai également été convoquée la veille au soir. Je ne peux pas m’empêcher de penser que ce n’est pas très sérieux de convoquer les gens à la dernière minute. Ça fait très méprisant, du style « vous êtes au chômage donc vous n’avez que ça à foutre, pas vrai ? ». Il se trouve que non, je n’ai pas que ça à foutre. A certaines périodes de l’année oui, mais pas en ce moment. Et puis même, un minimum de respect envers ses futurs collaborateurs n’est pas trop demander.

La personne que j’ai eue au téléphone a insisté pour que j’amène mon numéro Pôle Emploi alors que je lui avais déjà donné lors du premier appel et qu’en plus je l’avais mentionné dans ma lettre de motivation. Là encore, je n’ai pas pu m’empêcher de me dire qu’ils n’étaient pas très sérieux. Mais se monter le bourrichon toute seule, dans ma situation, ce n’est pas forcément une bonne idée, donc j’ai tenté de passer outre.

Le lendemain, deux heures et quelques avant le début de la réunion, je reçois mon mail de convocation avec un lien vers le descriptif du poste. Et là, encore une fois, je me suis dit que ce n’était vraiment pas sérieux.

Premièrement, l’intitulé du poste n’arrêtait pas de changer. Pôle Emploi disait que c’était un poste de vendeuse en parapharmacie, au téléphone on m’a dit que c’était pour être employée libre service en parapharmacie, puis dans le mail, c’était Employée en pharmacie. Dans tous les cas ce n’est pas la même chose, et si la vente en parapharmacie m’intéressait plus ou moins (disons que je trouve ça plus intéressant qu’aligner des conserves en rayon), l’idée d’être Employée libre service dans une pharmacie était déjà moins captivant. N’ayant pas vraiment de piste, je n’avais pas le choix. Mais le descriptif de la formation puis du poste m’a vraiment faite tiquer. J’avais un sentiment d’escroquerie.

Ensuite, contrairement à ce que mentionnait l’annonce Pôle Emploi, on travaille vraiment uniquement en pharmacie, et non en parapharmacie. Et on a aucun espoir de bifurcation car la para est quelque chose de spécifique, et pour être formé dans le secteur il faut soit un bac pro commerce, soit un diplôme en esthétique ou cosmétique. En gros, je suis formée, je suis coincée.

Ensuite, l’embauche n’est pas garantie après les deux mois de formation en alternance. Bon, ça, dans un sens c’est normal mais avec ma chance, je vais me retrouver avec un patron véreux ne voulant employer que des apprentis pour payer moins cher. Du coup je voulais savoir si le diplôme délivré était reconnu par la profession, histoire de bosser ailleurs et de ne pas avoir fait deux mois sous-payés pour rien.

Enfin, chose très étrange, il était expliqué que le poste n’était valable qu’en Île de France et pas ailleurs. Pour moi qui compte me barrer d’IDF le plus vite possible, ce n’est pas franchement compatible.

J’en ai pas mal discuté avec quelques personnes, puis avec mon copain, et nous en sommes venus à la conclusion que venir à la réunion ne me coûtait rien d’autre que du temps (et des billets de bus), et que je pourrais poser mes questions. Eh ben, ça n’a pas été triste.

Je suis arrivée en avance. Je frappe à la porte, on m’ouvre… pour me dire d’attendre dehors. Ah. Sympa. Il neigeotait et faisait bien froid, il y avait des chaises à l’intérieur (c’était assez petit), mais non je dois me les cailler dehors. Le pire c’est le type qui me sort « Oh allez ce n’est qu’un quart d’heure, vous n’aurez pas le temps de vous geler ! ». J’ai retenu un beau « connard » et me suis plantée devant la porte pour attendre. J’avais bien envie de repartir, d’ailleurs, car une fois de plus je me suis dit que ce n’était pas sérieux.

Tandis que j’attendais, une dame, environ la quarantaine, m’a abordée pour me dire de ne pas travailler avec eux (comprendre, l’entreprise EN DEHORS de laquelle j’attendais) car ce sont des escrocs. Elle a fait une formation, n’a pas été gardée à la fin et ils ont refusé de l’aider à retrouver. Et leur « attestation » (qui remplace le diplôme) ne serait pas reconnue par les pharmacies. Super, c’est encourageant. Elle est restée avec moi pour prévenir les autres. Un labrador m’a fait la fête. Au moins quelque chose de bien dans cette journée.

On finit par nous autoriser à rentrer (encore heureux) et voilà qu’on s’installe dans le tout petit local, agglutinés les uns à côté des autres. Inutile de vous dire que j’étais ravie, moi qui adore les lieux bondés. L’homme qui nous a convoqués a lancé un Powerpoint et là… tous les records de médiocrité ont été battus à plate couture.

Déjà, le Powerpoint, c’était l’exact copié-collé du lien qu’on nous a envoyé par mail. Ça vaut le coup de se déplacer ! Mais voilà que le présentateur essaie de créer un pseudo-suspense en nous posant des questions du genre « Pourquoi est-ce qu’il faut bien connaître son alphabet français, pourquoi hein, pourquoi ? » avant de nous regarder avec un air de crétin ravi. Devant notre enthousiasme débordant, il a fini par nous donner la réponse : « Parce que les produits sont rangés par ordre alphabétique ! ». Ah ben oui, et dire que je croyais que les pharmacies c’était un joyeux bordel dans lequel rien n’est jamais rangé, merci monsieur, vous m’avez ouvert les yeux ! Non je déconne.

Le summum de l’insulte a été atteint lorsqu’il nous a donné des conseils pour réussir notre entretien d’embauche. Je me suis limite sentie insultée. J’ai l’honneur de vous annoncer que pour réussir un entretien d’embauche, il faut venir bien habillé, les dents brossées, ne pas fumer avant pour éviter la mauvaise haleine, et surtout, il vaut convaincre le recruteur ! J’ai lâché un « Sans blague ? », sidérée que quelqu’un puisse oser nous donner des « conseils » aussi évidents.

Le présentateur m’a alors regardée et m’a sorti en souriant que je pouvais passer en première pour les questions. Ah bah t’inquiète mon coco, j’en avais des questions.

J’ai donc commencé par clarifier l’annonce de Pôle Emploi et les dires de la dame en lui demandant si oui ou non l’embauche était garantie à l’issue de la formation. Parce que bon, deux mois exploitée et sous-payée pour rien ça ne me tente pas des masses. Il m’a dit que l’employeur signait un contrat avec Pôle Emploi l’engageant à m’embaucher à l’issue de la formation, mais qu’il pouvait très bien rompre ce contrat si je ne lui convenais pas. On se demande à quoi bon signer un contrat alors, si le moindre prétexte suffit pour le rompre. Je lui ai alors demandé s’il était confronté à des cas de pharmacies qui enchaînent les apprentis sans les embaucher par la suite. Il a éclaté de rire et m’a dit que j’étais bien paranoïaque. Je lui ai alors dit qu’en trois ans de recherche d’emploi j’avais eu le temps de me rendre compte que les employeurs véreux sont légion, que je m’étais déjà faite avoir, et que donc, il pouvait répondre à ma question au lieu d’esquiver avec une réflexion déplacée. (Oui, j’y suis allée franco, ça commençait à m’énerver). Il a alors… refusé de répondre, en disant qu’il ne voulait pas décourager les autres. Ouais, bon, ça annonce la couleur.

pigeon

Mais j’avais d’autres questions :

  • Notamment le nombre d’heures des contrats post-embauche. « Généralement, ils ne dépassent pas les 20h. » Super, des contrats de merde.
  • Si c’était normal que le transport ne soit pas remboursé par l’employeur. « Ah ben non c’est normal mademoiselle, on ne rembourse qu’au delà de 30km.  » Ah super, je suis sous-payée mais en plus on ne me rembourse pas le transport. Je me trompe peut-être mais n’est-il pas commun de se faire rembourser à hauteur de 50 % ?
  • Si le diplôme était reconnu par les pharmacies. « Ah mais ce n’est pas un diplôme, nous on vous fait une attestation pour dire que vous êtes apte à travailler en pharmacie, libre à elles de le reconnaître ou non ». Ok, diplôme non reconnu donc.
  • S’il y avait des perspectives d’évolution. « Ah ben si vous voulez évoluer il faut passer préparateur en pharmacie, c’est deux ou trois ans d’études pour le diplôme. Sinon vous pouvez passer responsable des stocks, mais c’est vraiment pour les grosses pharmacies…. ». Ok, pas de perspectives d’évolution si je ne reprends pas mes études donc. Super. En alternance en plus donc plusieurs années de temps plein pour un salaire de misère. A presque 25 ans j’aspire à mieux quand même.
  • Si oui ou non il était possible d’exercer ce métier hors région parisienne. « Oui c’est possible, si vous êtes dans une ville avec une grosse pharmacie qui a besoin de main d’œuvre… ». Ok, grosse pharmacie obligatoire + diplôme non reconnu, ça commence à faire beaucoup.

Il m’a ensuite dit que je posais trop de questions, et a eu l’air inquiet en voyant les autres candidats se décomposer au fur et à mesure de mes réflexions. Ah bah coco, t’as voulu faire ton malin en me faisant passer première…

Il a ensuite laissé les autres poser leurs questions puis nous a demandé de le rappeler demain pour lui donner notre réponse pour « commencer à nous présenter ». J’ai été le voir pour lui dire que ce n’était pas la peine d’attendre, que je refusais (un métier sans perspectives d’évolution, une formation sans garantie d’embauche et s’il y a embauche, pour un nombre d’heures risible, sans transport remboursé, j’appelle ça de l’exploitation) mais il a insisté pour que je réfléchisse et n’a pas voulu prendre en compte mon refus.

Je n’ai même pas encore rappelé tant j’ai eu l’impression qu’on se foutait de ma gueule. Je vais le faire, car après tout si je reproche aux employeurs de ne jamais rappeler ce n’est pas pour faire de même, mais j’aurais aimé qu’il prenne en compte ma décision au lieu de se la jouer paternaliste à coups de « la nuit porte conseil ». Oui la nuit m’a porté conseil, elle m’a confortée dans mon impression de manque de sérieux total et d’escroquerie. En gros les pharmacies ont le beurre et l’argent du beurre. Des employés payés à vie au SMIC si jamais on ne veut pas reprendre les études, qu’on peut tenir à la gorge car c’est un « diplôme » pas forcément reconnu donc gros risque de chômage, en plus pas de transport remboursé… en perspective, une précarité que je n’ai pas franchement envie de connaître.

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3 réflexions sur “Une aventure pharmaceutique… ou pas !

  1. C’était évident que la formation n’était pas reconnue. Une AFPR de 2 mois et demi, c’est bon pour être formé à un logiciel spécifique à une entreprise, pour se remettre à niveau, bref, pour de l’adaptation au poste pas pour passer un diplome. Les attestations, on sait ce que ça vaut. Quand ça vient d’un organisme reconnu ça passe mais là, je suis pas sure que leur truc soit bien reconnu.

    Le type avait l’air du genre d’un que j’avais eu lors d’une réunion collective pour un poste à la base de secrétaire commerciale mais qui selon le descriptif tournait plus au commercial pur (avec déplacement sur des salon, part de salaire variable en fonction des devis, ventes, …) On a été une bonne moitié de la salle à partir dès que ce fut possible. L’annonce est reparu peu après d’ailleurs. Les chomeurs sont de plus en plus vigilant.

    C’est déjà tellement dur de trouver à se former, si c’est pas du valorisable en plus, ça ne sert à rien.

    Bref, tu as tenté, tu sais ce qu’il en est et tu as bien raison de fuir.

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