Mais qu’est-ce que le chômage a fait de moi ?

humour chômage

Quand je regarde ce que je suis devenue, par rapport à la jeune diplômée acharnée et motivée que j’étais, je ne me reconnais pas. Parfois pas du tout. Je lisais récemment un article comme quoi le chômage de longue durée pouvait modifier la personnalité des gens et je me rends compte avec effroi que, me concernant, c’est plutôt vrai.

L’article que je vous ai montré est évidemment à prendre avec des pincettes, comme tout ce que les gens qui n’ont pas connu le chômage écrivent dessus, mais je n’ai pas pu m’empêcher d’être troublée. J’ai vraiment changé, que ce soit vis à vis de mes amis ou de moi-même.

La première chose qui me saute aux yeux, c’est la perte de toute forme d’optimisme. Au début, j’étais encouragée car c’est toujours difficile pour une jeune diplômée de trouver quelque chose. On manque d’expérience, de maturité, de tout, et les recruteurs sont très exigeants. Cependant, je pensais que je finirais bien par trouver un jour, puisque tout le monde crie à tout va que du boulot, il y en a, et que ceux qui ne trouvent pas ne cherchent pas. Et puis j’étais soutenue. Mais les mois, puis les années ont passé, et je n’ai toujours rien trouvé. Bon, j’ai déjà réussi à trouver une petite semaine par-ci par-là, mais jamais rien de concluant. Mes contrats n’ont jamais duré plus de deux semaines. Les soutiens se sont transformés en jugements de valeur, en harcèlement, en insultes. Et mes espoirs se sont envolés, car j’ai compris que j’avais fait un mauvais choix d’études, et qu’en plus je me retrouve en plein dans une période où le marché du travail est bouché. Les gens sont des kleenex, nous sommes des centaines, voir des milliers pour un poste, je n’ai plus aucune chance. Comment me démarquer quand je n’ai rien pour me démarquer ?

Ensuite, je me rends compte que je suis bien moins consciencieuse qu’avant. J’avoue que c’est une conséquence directe de ma perte d’optimisme : pourquoi est-ce que je m’embêterais à passer des heures sur une candidature qui ne sera probablement jamais lue ? Au début je pouvais passer de longues heures sur les sites de recherche d’emploi, pour dénicher de bonnes offres, puis à préparer mon CV et ma lettre de motivation. Je personnalisais tout sans non plus trop en faire, c’était parfait, mitonné aux petits oignons. Et tout ça pour rien puisque 9 fois sur 10 je recevais un accusé comme quoi mon mail a été supprimé sans être lu, ou alors une réponse négative automatique qui parfois poussait le vice à m’appeler « Monsieur », histoire de bien me faire comprendre qu’aucune ligne de mon CV n’a été lue, pas même le « Mademoiselle ». Petit à petit, je me suis mise à faire des lettres automatiques, moi aussi, surtout pour les postes alimentaires ou qui ne m’intéressent pas. Il m’arrive encore de faire des lettres de motivation personnalisées, mais c’est uniquement pour les postes qui me branchent vraiment. Encore aujourd’hui je reçois parfois des compliments sur mes lettres de motivation, car je sais écrire si j’en ai envie, mais puisque ça ne débouche pas sur une embauche, à quoi bon ?

Je vois aussi que je suis bien plus agressive qu’avant envers mes amis et connaissances. Je ne suis pas bien sociable et j’ai peu de contacts, mais à chaque fois que quelqu’un vient prendre de mes nouvelles, c’est systématique, il va me parler de ma recherche d’emploi. Parfois avant même de savoir comment je vais. A croire que seul cet aspect de moi intéresse les gens. Pourtant, ils connaissent l’adresse de mon blog, ils savent très bien que je souffre de ma situation, ils savent très bien que je n’ai pas envie d’en parler avec eux… mais non, ils insistent, à chaque fois, ils veulent savoir. Et ils veulent me donner des conseils foireux, aussi, je n’y échappe pas. Toujours les mêmes conseils, toujours les mêmes réponses, de plus en plus blasées. Ne retiennent-ils donc rien d’une fois sur l’autre ? J’en deviens folle, de voir ceux qui me soutenaient autrefois me juger, en face ou dans mon dos. J’en deviens facilement irritable, agressive. Je me mets systématiquement hors ligne sur les réseaux sociaux, pour éviter de parler. Je plante les gens quand ils commencent à me parler d’emploi, pas d’au-revoir ni rien, juste une déconnexion pure et simple. J’en ai assez de me répéter. Je ne réponds plus aux messages qui me demandent comment se passe ma recherche, si ça avance. Et je supporte encore moins lorsque des inconnus se permettent de me donner des conseils, eux aussi. Mêlez-vous de vos fesses ! J’envoie paître les gens avec une mauvaise humeur visible, de la haine dans les yeux. Et après on me fait la morale, comme quoi ce n’est pas si étonnant que je sois au chômage en étant si agressive. J’ai envie de m’arracher les cheveux. Pourquoi ne me parle-t-on pas d’autre chose, pourquoi ne me laisse-t-on pas tranquille ? Je ne supporte plus qu’on me fasse la morale. C’est si malvenu !

Je suis plus vulgaire qu’avant, aussi ! Mon langage est plus familier. Du moins sur le blog, car en entretien je me retiens évidemment, je reste concentrée pour ne pas sortir une insulte face aux énormités que balancent certains recruteurs.  Mais je me trouve bien plus relâchée qu’avant. Ça ne me plaît pas mais je n’arrive pas à m’en empêcher.

Moi qui étais d’un flegme presque absolu, qui étais dotée d’un self-control que tout le monde m’enviait, je me retrouve aujourd’hui à péter un câble à la moindre contrariété. A la moindre réflexion déplacée d’un recruteur ou d’un proche. Je réponds les dents serrées, avec froideur, me retenant de coller ma main dans la figure de la personne. Je trouve les gens de plus en plus bêtes et odieux, et je le supporte de moins en moins. Et pourquoi est-ce que je devrais garder mon calme face à la bêtise humaine, hein ? Autant dire ce qui est à la personne, si ça peut lui éviter de ressortir de telles énormités à d’autres. Je n’arrive plus à garder mon calme. Mon flegme était le principal trait de ma personnalité et n’existe plus aujourd’hui. Enfin, presque plus, car mon conjoint me dit souvent que je suis bien calme pour ne pas coller mon poing droit dans la figure de certains, sans préavis, donc il doit bien rester un petit quelque chose… mais c’est bien peu.

Je ne suis plus aussi combattive qu’avant. Là où je me relevais à chaque échec, toujours plus forte, aujourd’hui j’abandonne parfois avant même d’avoir commencé.

Le chômage m’a aussi fait connaître, pour la première fois, la dépression. J’ai subi énormément de choses dans la vie, mais je n’ai jamais laissé tomber, je n’ai jamais été tentée de lâcher prise, je me suis toujours acharnée à vivre car j’avais foi en l’avenir. Je pensais qu’avec de la volonté je m’en sortirais. Le fait de réaliser que non, la volonté ne fait pas tout, a été un grand choc. Et mon orgueil m’empêche de reconnaître que je déprime, ce qui m’isole encore plus car je refuse de voir un spécialiste, et encore plus de prendre des médicaments. Je ne vois pas l’intérêt de prendre des médicaments, car ils n’agiront pas sur la source de mon malaise : le chômage. La dépression partira avec l’obtention d’un emploi, alors pourquoi prendre des médicaments ?

Je ne me reconnais juste plus. C’est comme si une autre moi s’était mélangée à l’ancienne, pour donner un résultat plein de contradictions. J’ai beau avoir perdu espoir, je continue. Je déprime un jour ou deux et puis je rallume mon ordinateur pour continuer les candidatures parce que bon, abandonner n’est pas plus utile que s’acharner pour rien. Toujours les mêmes postes, toujours les mêmes candidatures, toujours les mêmes réponses, mes journées sont d’une routine à rendre fou et pourtant je continue. Je ne sais même pas pourquoi je continue, mais je le fais. Encore et toujours. Peut-être que ça finira par venir. Non, je déconne. On ne va pas devenir optimiste non plus, faut pas pousser. 😉

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3 réflexions sur “Mais qu’est-ce que le chômage a fait de moi ?

  1. Comme je me reconnais dans vos propos. Notre changement de personnalité est bien dû à l’expérience du chômage. Personnellement, les jours où je n’ai plus d’espoir de trouver du travail, je ne crois plus non plus en l’humanité et notre société. J’ai aussi perdu la motivation aveugle de faire les choses (nouvelle formation, mobilité…) afin de décrocher un emploi. Ma relation aux gens s’en trouve changée car je n’ai plus la patience d’entendre des bêtises pour me remotiver ou m’aider.Le chômage est un douloureux deuil de mes envies, désirs, compétences et tout simplement de ma vie professionnelle.

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    1. En même temps, quand on voit à quel point les gens sont cons, c’est difficile de croire en l’humanité… et comment croire en une société qui nous laisse tomber tout en insinuant que c’est de notre faute si on en est là ? C’est tellement rageant d’entendre les beaux discours des politiques qui nous font passer pour des demeurés fainéants qui cherchent à profiter de l’honnête travailleur lambda. Déjà qu’on est effectivement obligés de faire le deuil de nos aspirations, en plus on doit se coltiner ça… je comprends la perte de ta patience, bon courage :/

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