Stop aux idées reçues sur les travailleurs handicapés !

handicap

Il y a quelques semaines, sur un forum, un lien vers un post de Doctissimo était partagé : un homme souhaitait se faire diagnostiquer un syndrome d’Asperger, car il était persuadé qu’avec un statut de travailleur handicapé, il trouverait du boulot très facilement. N’ayant pas de compte Doctissimo et ne voulant pas m’inscrire juste pour répondre à un ignare, je ne suis pas intervenue, mais ça ne m’a pas empêchée de voir rouge.

Les gens pensent-ils réellement qu’avoir un statut de travailleur handicapé nous déroule le tapis rouge du monde du travail ? Ou c’est juste qu’ils sont tellement frustrés qu’il faut bien trouver un bouc émissaire ? Non, la RQTH est loin d’être un passe-partout et peut même se révéler être un poison. Malgré tous les avantages liés à l’embauche d’un travailleur handicapé, les discriminations sont toujours bien présentes. Si vous êtes un ancien lecteur, vous devez d’ailleurs savoir que j’ai une RQTH et j’ai déjà partagé certaines anecdotes à ce sujet. Mais une piqûre de rappel ne peut pas faire de mal.

Déjà, la RQTH, c’est quoi ? C’est la Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé. C’est une reconnaissance que l’on obtient lorsque votre handicap réduit vos possibilités de trouver et surtout de conserver un emploi. Il peut s’agir d’une altération physique, sensorielle, mentale ou psychique. Les handicaps visibles ET invisibles sont donc pris en compte. Ce qui nous intéresse, c’est que cette RQTH peut nous permettre de bénéficier de l’obligation d’emploi de travailleurs handicapés auxquelles sont soumis les établissements de 20 salariés et plus. Les établissements qui ne s’acquittent pas de ce pourcentage minimum doivent verser une contribution à l’Agefiph, le fonds pour l’insertion professionnelle des travailleurs handicapés. L’employeur peut recevoir des contreparties financières lorsqu’il embauche un travailleur handicapé (je dis bien PEUT car ce n’est pas systématique, il faut un minimum de temps d’embauche).

Évidemment, vous vous doutez bien que ça, c’est la théorie. Les gens s’imaginent que puisque les entreprises paient des amendes si elles n’embauchent pas d’handicapés, alors elles vont se mettre en quatre pour en embaucher. La réalité, confirmée d’ailleurs par mes conseillers Pôle Emploi comme par certains recruteurs de l’entreprise de mon conjoint, c’est que parfois, c’est plus « rentable » de payer l’amende qu’embaucher des handicapés. De nombreuses entreprises préfèrent payer des amendes plutôt qu’embaucher des handicapés. Donc bon, si les gens pouvaient remballer leurs clichés du « oh mon dieu j’en ai marre les handicapés me passent devant pour l’emploi », ce serait vraiment super.

Bénéficier d’une RQTH, en soi, c’est ouvrir la porte aux questions gênantes, parfois odieuses, emplies d’ignorance. C’est devoir défendre votre bout de gras deux fois plus vigoureusement car la RQTH est l’aveu de votre faiblesse. C’est un peu comme balancer LE défaut qui vous élimine d’office lorsque le recruteur vous demande vos qualités/défauts. En gros, vous devez être plus convaincant qu’un autre car le patron ne comprend pas forcément pourquoi est-ce qu’il devrait vous embaucher alors que vous êtes considéré comme moins rentable qu’un salarié lambda. Vous ne pouvez même pas lui sortir « Vous allez toucher des aides qui compensent largement ma faiblesse » puisque ça va le vexer, pauvre bichon. J’ai déjà mis en avant le montant des allocations touchées lors de l’embauche d’un travailleur handicapé en entretien, on m’a répondu sèchement que le problème n’était pas seulement financier. Tu parles. Si le problème n’était pas seulement financier l’embauche d’un travailleur handicapé ne ferait bénéficier d’aucune aide.

L’ignorance des recruteurs envers le handicap est également assez hallucinante. De nombreuses fois, j’ai mangé des réflexions particulièrement dures à entendre, du type « Ah mais si vous avez une RQTH c’est que vous êtes inapte au travail » (paie ta contradiction), « vous êtes sûrement bonne à rien », etc, etc. Et se défendre face à ce type d’accusations n’est pas forcément possible, surtout si vous êtes en face de quelqu’un qui pense avoir la science infuse (je ne sais pas pour vous, mais je suis souvent tombée sur des gens comme ça. Sans doute parce que la majorité des entretiens que j’obtiens sont pour des postes non qualifiés et donc les recruteurs se sentent obligés de me prendre pour une conne). Enfin si je me fie à l’image ci-dessous, je ne suis pas non plus dans la bonne région :

travailleurs handicapés

Il faut également savoir que les offres réservées aux travailleurs handicapés souffrent du même problème que les « normales » : à nous aussi, on nous demande 15 ans d’expérience pour passer le balai. Donc nous aussi, on voit nos CVs filtrés. Nous aussi, on a droit à la précarité. Pas plus tard qu’aujourd’hui, sur un site spécialisé dans l’emploi des handicapés, j’ai voulu faire une recherche en Île de France : 438 offres ! On pouvait diviser la recherche entre « emploi » et « stages ». Ne cherchant pas de stage j’ai filtré par « emploi »… on est passés de 438 à 39 offres. C’est là qu’on voit que vouloir une RQTH pour avoir accès à l’emploi est stupide : vous vous rajoutez un bâton dans les roues pour vous heurter au même mur. C’est complètement idiot, sans compter que la RQTH est censée aider les handicapés à avoir accès à un emploi qu’ils n’auraient pas pu avoir autrement, ce n’est pas un passeport pour l’emploi destiné aux gens qui n’ont aucun problème de santé mais qui ne trouvent pas (quelle que soit la raison).

On me répète souvent qu’il existe des entreprises handicap-accueillantes. Sûrement. L’entreprise de mon conjoint se dit handicap-accueillante, imprime dieu seul sait combien de flyers pour le revendiquer, et a utilisé mon handicap comme prétexte pour mettre fin à mon court contrat chez eux. Donc bon, je me méfie toujours des entreprises qui se disent ouvertes aux travailleurs handicapés. Si c’est une revendication dans le vent pour attirer la ménagère émue, non merci. Je me souviens encore de ce recruteur qui, lorsque je lui ai annoncé que le seul aménagement que je demandais était une chaise pour ne pas rester debout toute la journée (je ne peux pas), n’a rien trouvé de mieux à répondre que « Non, c’est injuste pour les autres qui sont debout toute la journée ». Bah oui mais les autres ils ne sont pas handicapés, eux… il y a une différence entre « j’aimerais bien pouvoir m’asseoir car rester debout toute la journée est chiant » et ‘je dois pouvoir m’asseoir car je ne peux pas rester debout toute la journée, c’est impossible physiquement ».

Pour moi, la RQTH est devenue un tel calvaire que je ne mentionne même plus mon handicap sur mon CV ou en entretien. J’évite ainsi les réflexions et ça permet de prendre le recruteur au piège : « Ah, après l’entretien vous me dites que j’ai toutes les qualités pour le poste, mais maintenant que je révèle mon handicap je ne suis plus apte ? ». Ce n’est pas très honnête de ma part mais ainsi je peux éviter la discrimination et ce n’est pas rien. J’ai envie de bosser, je peux bosser. Pas n’importe où mais je peux très bien bosser, alors si cacher mon handicap peut me permettre de décrocher un emploi, je le fais. C’est triste, dit comme ça, mais je n’ai rien trouvé de mieux. A chaque fois que je mentionne mon handicap, même pour une offre d’emploi réservée aux handicapés, on trouve le moyen de me faire comprendre que je ferais mieux de rester chez moi. Non, je ne veux pas. C’est un peu comme les offres d’emploi qui disent « débutants acceptés » et qui entraînent un pourrissage en règle de la part du recruteur car vous n’avez pas d’expérience.

En résumé, non, la RQTH n’est pas le passe-droit que beaucoup de monde imagine. C’est même souvent un frein car la France n’est pas le pays le plus coté pour l’intégration des handicapés. Il y a certes pire, mais il y a aussi beaucoup mieux. Le monde du travail est à des lieues d’être handicap-accueillant et en plus de ça on se fait rabaisser continuellement par des recruteurs qui ne savent pas de quoi ils parlent. Je crois que c’est encore pire quand le handicap n’est pas visible. Enfin je dis ça, mais je suppose que ça dépend du domaine. N’ayant pas un diplôme très coté (licence de traductrice), je suis plus dans le bas du panier que dans le haut : ça joue aussi sur mon expérience du marché de l’emploi.

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4 réflexions sur “Stop aux idées reçues sur les travailleurs handicapés !

  1. Bonjour, je partage les idées de votre article.

    Moi même, étant malentendant et « bénéficiaire » de l’obligation d’emploi des personnes en situation de handicap, la vaste blague ; j’en arrive à la conclusion qu’il vaut mieux le cacher, sinon nous sommes recalés, car dans tous les cas, les recruteurs, à part à quelques exceptions près, regardent le CV, et tentent d’obtenir 2 points en le lançant dans le panier (à papiers)…

    Quant à ceux qui « dégainent » en permanence l’argument des 6%, qu’ils sachent bien que la plupart des budgets alloués au handicap dans les entreprises, concernent avant tout la communication (« l’image »), les forums, les cabinets de recrutement privés qui s’engraissent sur le dos du handicap… ; d’ailleurs, un très grand nombre d’entreprises ne s’acquittent pas de leurs obligations en la matière tout en ne payant pas un rond à l’AGEFIH.

    Par quel miracle ?

    La signature d’un accord agréé par l’administration, en l’occurrence : la DIRECCTE. C’est ce que font les grands groupes qui sont ainsi exonérés des versement à l’AGEFIH.

    Résultat : 500 000 chômeurs handicapés, les fonds de l’AGEFIH en baisse, et une image « bidon » des grandes entreprises sur leurs engagements affichés en matière d’handicap.

    Exemple : la société générale, dont l’immense majorité des postes de travail sont accessibles aux multiples handicaps, arrivent à peine à satisfaire à un taux d’emploi de 3% ! alors que la SNCF, dont la plus grande partie des postes sont des métiers dits « de sécurité » avec des contraintes horaires et d’aptitude, se situe à 4,5% .

    Il est vrai que les banques sont plus promptes au blanchiment de capitaux…

    Il faut en finir avec ce monde de faux-semblants : tout ce qui est affiché publiquement est systématiquement, se révèle être de l’ordre de la manipulation et de l’escroquerie.

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    1. Un commentaire très intéressant, je n’étais pas au courant pour la DIRECCTE et ça ne m’étonne pas, c’est évident que les entreprises ne paient pas, sinon elles seraient beaucoup moins frileuses pour l’embauche des travailleurs handicapés… c’est juste une honte -_-

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