Un petit contrat ?

fromage

Au boulot de mon conjoint, ce n’est un secret pour personne que je ne trouve pas de travail malgré mon acharnement, que ce soit dans sa propre boîte ou ailleurs. Entre le handicap et le marché de l’emploi encombré, ça n’a rien de facile. Ses collègues me font souvent part de leur soutien lorsque je vais chercher mon copain au travail ou que je viens profiter des promos (qui, cumulées au bonus de la carte employé, sont clairement plus avantageuses que des courses à Leader Price #teamradasse). L’une de ses collègues, employée de maîtrise, est particulièrement compréhensive car son mari est également handicapé et connaît des difficultés, tant avec la MDPH que pour l’emploi.

Les chefs de mon conjoint refusent toujours mes candidatures car, soit-disant, ils ne veulent pas de pistonnage. Alors que, bizarrement, lorsqu’il s’agit de caser leurs enfants ou ceux de leurs amis, ça ne pose aucun problème. Le directeur a même été jusqu’à rompre le contrat d’une BTS en alternance pour caser la fille de son ami qui voulait absolument bosser au rayon maquillage et pas ailleurs. La pauvre BTS s’est faite jeter lorsqu’elle a expliqué qu’elle ne pouvait pas changer de rayon, son contrat et son rapport étant basés sur le rayon maquillage/parfumerie… bref, en résumé, c’est HypocrisieLand et on ne peut pas y faire grand chose. C’est comme ça un peu partout.

Mais cette fois, la collègue de mon homme a proposé ma candidature elle-même, car elle a besoin de quelqu’un pour un remplacement. Deux personnes du rayon fromagerie/crèmerie prennent leurs vacances en même temps, et « depuis le temps qu’elle postule la petite, ce n’est pas deux semaines qui vont vous bouger le trou du cul heing, putaing con ! » (oui, elle a dit ça comme ça). Le sous-directeur a accepté. Il n’avait pas trop d’excuses, car mon conjoint sera en vacances au même moment -l’excuse du couple saute- et en plus, même s’il était là, il est du matin et moi de l’après-midi donc on ne se serait pas croisés. Le directeur n’a pas été mis au courant -j’étais un peu inquiète sachant qu’il ne m’apprécie pas, je ne sais pas pourquoi, mais c’est le cas- mais la dame m’a dit de ne pas m’inquiéter. Il a récemment fait tout un cirque car le magasin a payé 17.000 euros puisqu’il n’atteint pas le quota d’handicapés et que s’il pétait une crise pour virer une personne ayant la RQTH, elle ne se gênerait pas pour lui balancer cette contradiction en pleine poire. Il serait peut-être même possible de me caler à un autre poste après celui-ci grâce à ma RQTH.

Cependant j’ai appris à ne jamais mettre la charrue avant les bœufs, surtout si on m’assure que la chose est possible. A chaque fois que j’ai de l’espoir mon karma se charge de tout plomber, donc je reste pessimiste, comme ça je n’ai pas de mauvaise surprise.

Et effectivement, j’ai comme l’impression qu’un coup de Trafalgar s’annonce.

Je me suis déplacée en tout trois fois : la première fois pour rien, je devais revoir la dame qui m’a obtenu le poste pour un entretien mais elle a oublié et était partie lorsque je suis arrivée. La deuxième fois je l’ai donc revue, on a parlé de mon handicap, de la nécessité de ne plus cacher ma RQTH et donc de me faire embaucher en tant qu’handicapée. J’étais très méfiante, car mon handicap est ce qui m’a valu d’être virée la dernière fois, dans ce même magasin, presque pour le même poste (je change juste de côté dans le coin traiteur, j’étais en charcuterie, je passe au frometon). Mais elle m’a assuré que c’était nécessaire car le magasin manque de personnel handicapé et que c’est l’occasion de me faire remarquer. J’ai décidé de lui faire confiance, après tout, elle m’a obtenu un contrat de deux semaines à un moment où j’en ai désespérément besoin (tant moralement que financièrement). Mais je ne peux pas m’empêcher d’être sur la défensive.

Lors de mon troisième déplacement, j’ai croisé le directeur. Celui qui m’avait dit qu’il m’inscrirait sur la plate-forme de jeunes talents alors qu’il ne l’a jamais fait. Celui qui me regarde d’un air dégoûté à chaque fois qu’il me croise dans son magasin alors que je viens en tant que cliente. A chaque fois qu’il me voit il détourne vite le regard mais on voit bien qu’il n’est pas content de me voir là. Bref, je ne sais pas ce que je lui ai fait, mais il ne m’apprécie pas. Au moins avec Madame SD je savais ce qui avait déclenché son animosité mais lui je ne sais pas. Et c’est perturbant en fait.

En tous cas, je l’ai croisé et une fois de plus il n’a pas paru content de me voir, surtout à côté du bureau de la secrétaire. Il est entré (ma future patronne et la secrétaire discutaient de mes horaires de formation) et a demandé ce que je faisais là. Je n’ai pas entendu la suite car il a fermé la porte mais il semblait vraiment furieux. Il est reparti et ma cheffe m’a donné mes horaires en me disant que je signerai le contrat quand il sera fait, la prochaine fois. Visiblement le directeur a cédé, mais ce matin, mon conjoint l’a revu discutant de manière très animée avec elle, et ils parlaient de moi. Je commence à me demander s’il ne va pas annuler mon contrat malgré la RQTH et je croise les doigts, mais j’ai vraiment l’impression de demander la Lune alors que je ne veux que bosser. Qu’est-ce qu’il y a chez moi qui déplaît tant aux cadres de cette enseigne ? Une des collègues de mon copain a répondu que le directeur souffrait d’une sorte de syndrome de paranoïa, il a tendance a recruter des gens non-diplômés ou alors très peu car il a une peur panique de la concurrence. Et avec moi qui suis BAC+3, ça me rend encore plus diplômée que lui qui est à la base juste un militaire reconverti.

Pour être honnête ça me dégoûte, on me met des bâtons dans les roues juste à cause de l’ambition d’un seul type qui a déjà atteint le sommet de la hiérarchie. Si du moins c’est bien ça. Je regrette que la plupart des gens préfèrent faire leurs coups en douce plutôt que de venir me dire en face ce qui ne va pas. Qu’est-ce qui empêche ce type de venir me voir pour me dire quel est son problème et essayer de le régler ensemble ? Je n’ai pas l’intention de faire carrière ni même d’évoluer, je veux rester à un poste basique. Évoluer, ça signifie non seulement avoir des responsabilités, mais aussi devoir supporter l’hypocrisie ambiante chez les cadres de cette entreprise, et les lubies du siège social qui impose parfois des mesures qui coulent leur propre boîte car ils ne connaissent même pas leurs magasins. Je n’ai pas d’ambition, je veux juste gagner de l’argent pour pouvoir mettre de côté et ensuite soit monter ma propre boîte, soit finir ma vie en Islande. Et puis merde, même si je voulais évoluer, il aura pris sa retraite le temps que je gravisse les échelons. Il ne risque juste rien du tout. Si ce n’est le fait que je perde patience et que je finisse par dénoncer toutes les irrégularités du magasin à force de me prendre des murs qui n’ont pas à être là.

Tout ça pour un contrat de deux pauvres semaines. Un idiot s’apprête soit à me faire le même coup que Madame SD (interrompre mon contrat alors qu’il a à peine commencé), soit à me mettre une pression monstrueuse pour que je m’en aille de moi-même comme il a fait à une collègue de mon homme qu’il voulait voir partir. Il la fliquait et la pourrissait dès qu’elle avait le malheur de prendre une seconde de pause supplémentaire ou qu’il la voyait hésiter avec un carton dans les mains. Un truc de fou.

Après, peut-être que le contrat va très bien se passer et que le directeur ne va rien faire, et qu’il se contentera de manifester son désaccord pour un éventuel CDI, c’est possible aussi. J’espère que ça se passera comme ça. Cependant je n’ai toujours pas signé de contrat et le directeur peut toujours agir s’il le souhaite.

J’avoue que si on me refait le coup d’utiliser mon handicap comme prétexte pour me virer, cette fois je ne raterai pas l’entreprise. La première fois je ne me suis pas plainte car je ne pensais pas pouvoir faire quelque chose et surtout, on dépendait trop du salaire de mon conjoint. Je ne voulais pas qu’il se fasse virer à cause de mon action. Là, on a plus rien à perdre. Il est à deux doigts du burn-out car il n’approuve pas les méthodes des chefs et ne supporte plus leur corruption et ne peut pas continuer comme ça, s’il se fait virer il sera content. Et je pense sincèrement que cette boîte mériterait de se faire descendre, vu leurs méthodes douteuses.

Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs. Peut-être que tout se passera bien. Peut-être. Je reste la poissarde numéro 1.

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2 réflexions sur “Un petit contrat ?

  1. Je rencontre beaucoup de salariés précaires insatisfaits de « leur » entreprise. Ça se passe mal mais ils y retournent. Alors que l’avantage du CDD serait de changer d’employeur au prochain contrat. Mais depuis le chômage de masse, il n’y a pas assez d’emploi pour pouvoir dire  » j’y retourne plus ». Encore une liberté en moins ! Tout ça pour dire que je comprends pourquoi tu t’accroches à cet emploi malgré les difficultés. J’espère que tu vas le signer ce contrat.

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