Bosser avec une grosse stressée x.x

chat pas content

Comme vous le savez peut-être, j’ai commencé récemment un petit contrat en grande distribution. En résumé, je suis vendeuse de fromages à la coupe, au rayon traiteur. Très franchement, je pensais que le boulot serait plus ennuyeux que ça et que les clients seraient bien plus pénibles (enseigne « haut de gamme » couplée à « ville bourgeoise » ça fait un peu peur) mais en fait, je trouve que c’est plutôt sympa en soi. Je n’ai jamais été une grande adepte de fromages (et je ne pense pas l’être un jour, étant donné que la grosse majorité des produits laitiers me filent une colique assez carabinée) mais j’en apprends beaucoup, sur la manière de les classer, sur leur utilisation, sur les différences entre les laits (j’ai appris l’existence du lait de bufflonne), sur les règles d’hygiène qui leur sont relatives et sur la manière de les couper. Ce n’est pas le travail le plus enrichissant au monde mais j’aime bien, je trouve ça intéressant.

Je m’attendais aussi à une clientèle beaucoup plus pénible. J’avais déjà travaillé dans cette enseigne et dans l’ensemble la clientèle était hautaine et impatiente. Or, là, je ne sais pas si ce sont les vacances qui aident mais j’ai eu très peu de clients chiants en soi. Juste une dame qui a pété un câble car je ne l’avais pas vue et que je m’apprêtais à faire passer un monsieur avant elle, alors qu’elle s’était calée derrière un pilier, là où je ne pouvais pas la voir. Et aussi un papy qui n’a pas osé me le dire en face mais qui a été voir ma collègue avec un air de conspirateur pour dire que c’était scandaleux que je ne m’y connaisse pas en fromages, et que le fait d’être en contrat saisonnier n’était pas une excuse. Il s’est barré en courant aussi vite qu’il pouvait lorsqu’il a compris que je l’avais entendu ! Cependant les clients sont en grosse majorité sympathiques et de bonne humeur, certains plaisantent avec moi et ne m’en veulent pas de ne pas être une experte. J’ai même eu deux clients qui m’ont donné les coordonnées d’entreprises qui recrutent de jeunes traducteurs débutants comme moi. J’ai contacté ces entreprises, on verra bien ce que ça donne, mais la démarche est vraiment gentille dans tous les cas.

J’ai été formée par une jeune fille sympathique, qui était là depuis quelques mois et qui avait été embauchée suite à une formation pour travailler en rayon frais. Son profil est le même que le mien : un secteur bouché, des études faites pour rien, et un chômage de longue durée. Travailler ici lui plaît bien et lui permet de mettre fin à une longue période de disette. Elle est bosseuse, méticuleuse, soucieuse de bien faire et surtout bien plus compétente qu’elle ne l’imagine. Elle n’arrêtait pas de s’excuser d’oublier certaines choses lors de ma formation mais m’a bien plus appris en quelques heures que la chef charcuterie lorsque j’avais bossé dans son rayon il y a plus d’un an. Quand je me suis retrouvée seule, j’étais plus que prête. Elle m’a même laissé des petits mots pour me prévenir de certains changements ou de certaines choses à faire. Une fille juste géniale.

Je n’étais pas très sûre de moi au début, mais à force d’écouter les remarques (et même parfois conseils) des clients j’ai fini par être capable de conseiller en trois jours. Une cliente m’a même dit qu’elle pensait que j’étais formée pour ce métier alors que non, pas du tout. Je ne me sens pas incompétente lorsqu’on me demande quelque chose et si je ne sais pas je le dis, tout simplement. Les gens comprennent pour la plupart, même s’ils ne sont pas toujours contents. Avec l’habitude, je coupe les fromages correctement et j’ai même eu des remarques comme quoi j’étais très soigneuse et douce.

Bref, c’est un travail qui, en soi, ne me déplait pas du tout, je verrai si je peux demander une formation complémentaire à Pôle Emploi pour tenter de me spécialiser. Parce que comme l’enseigne n’accepte pas les couples je ne me vois pas être prolongée ou embauchée suite à ça. Il va bien falloir que je me débrouille.

Mais vous allez me dire que pour une fois, je suis chanceuse. Or, non, pas totalement, il y a un point noir à ce tableau et pas des moindres : ma collègue de charcuterie-coupe.

Que je m’explique : dans ce magasin, il y a quatre traiteurs : la fromagerie, la charcuterie, la poissonnerie et la boucherie. Les deux premiers sont côte à côte et les deux seconds aussi. Quand j’ai été formée, on m’a dit que j’aurais de temps en temps à aider à la charcuterie, car globalement il y a plus de monde là-bas qu’en fromagerie et que c’était possible que ma collègue soit débordée. Soit, j’ai trouvé ça normal, ça m’arrivait de faire la fromagerie lorsque je bossais en charcuterie, pourquoi pas l’inverse ? Sauf que là…

Je bosse avec une stressée de la vie. Mais du genre très très stressée, qui rend l’expérience de travail vraiment pénible. Elle ne se contente pas de me demander de l’aide lorsqu’elle est débordée, non : elle me sollicite tout le temps. Vraiment tout le temps. Je ne peux rien faire de mon côté sans qu’elle m’appelle, et elle passe son temps à m’épier pour m’appeler dès que je n’ai plus de clients (elle se retourne toutes les deux secondes pour vérifier que je n’ai personne, et si j’ai le malheur de faire autre chose que servir elle crie pour que je vienne). Tous les jours je prends du retard dans mon travail et je suis obligée de prendre sur mon temps pour l’aider en permanence.

Elle ne se gère pas du tout : dès qu’elle a plus d’un client elle stresse et me demande de servir de son côté, et peu importe s’il me reste des fromages à remballer ou des couteaux à laver, il faut que je vienne fissa, sinon j’ai droit à des cris et un pseudo-cours comme quoi je suis censée l’aider en priorité (ce qui est faux : quand on m’a formée on m’a bien précisé que la fromagerie primait et que je ne devais l’aider que si elle était débordée). Comme j’ai, à la finale, moins de travail qu’elle, elle semble persuadée que je glande et me sollicite sans interruption.

J’ai fini par m’énerver un peu et lui expliquer ma manière de penser : oui je suis censée l’aider, mais uniquement en cas d’affluence, que deux clients ce n’est pas une foule et que je considère mon travail comme prioritaire sur le sien. Question d’hygiène, je dois remballer mes fromages après la coupe et je dois laver mes couteaux. Elle m’a dit qu’elle était consciente d’être stressée et m’a avoué qu’elle avait suivi une thérapie pour ça, qu’avant elle était bien pire. Super. Sauf que le lendemain, elle recommençait son manège.

Je me suis de nouveau énervée, sauf que cette fois, le directeur passait derrière moi et a entendu : il lui a donc remonté les bretelles (tout en me demandant d’être plus discrète car les clients n’ont pas à subir notre mésentente) et elle m’en a voulu ; elle m’a accusée d’avoir fait exprès de parler devant lui (alors que je ne l’avais pas vu, il était derrière) et évidemment, nos collègues boucher et poissonnier ont pris sa défense. Ce sont deux queutards et ma collègue se laisse draguer alors que moi, non, donc forcément ils prennent son parti à elle. Mais comme je suis là avant tout pour bosser et non pour copiner, j’ai décidé de passer outre en répétant mon point de vue à ma collègue. En fin de semaine, nous nous sommes expliquées de nouveau et elle semblait avoir vraiment compris.

Et puis lundi. Elle a été plus atroce que jamais. J’avais plus de boulot que d’habitude car des professionnels sont venus couper des fromages de leur marque et je devais étiqueter plus de 150 morceaux un par un, ainsi que mettre à jour le cahier de traçabilité (qui permet de savoir quels sont les fromages qui périment au jour le jour, pour changer la vitrine). C’est le genre de chose que, normalement, je peux faire lorsque je n’ai pas de clients et que mon plan de travail est propre, sauf qu’évidemment, rien n’est normal : si je n’ai pas de clients, je me retrouve avec une boule de stress sur pattes, incapable de se gérer et de faire son travail correctement (quand j’arrive, c’est une autre collègue que j’ai, et elle, elle peut aligner une dizaine de clients sans me demander quoi que ce soit), et je dois servir ses clients, faire son travail en plus du mien. J’ai pris un retard fou et j’étais tellement exaspérée que ça s’est senti : j’ai entendu le poissonnier dire que je devais m’habituer, que c’était comme ça, que je devais venir aider. Sauf qu’il y a une différence entre aider et faire le boulot de quelqu’un à sa place. Je sers ses clients, je remplis ses salades, je fais sa vaisselle, pendant qu’elle se croit débordée parce qu’elle sert une personne et méprise mon travail en le considérant comme moins important que le sien. Le pire c’est que si moi j’ai énormément de clients alors qu’elle n’a rien, elle ne lève pas le petit doigt pour m’aider. Enfin, il faut dire que je ne lui demande rien, moi, je sais gérer du monde. Ça n’a rien de sorcier. Personne n’aime attendre mais les gens ne sont pas non plus cons et savent que quand il y a du monde, il faut faire la queue car on ne peut pas aller plus vite que la musique.

Je me retrouve face à un dilemme : soit je la balance, car c’est une vraie plaie qui communique son stress aux clients (ils sont toujours beaucoup plus énervés de son côté, allez savoir pourquoi), rend le boulot de sa collègue invivable (se faire espionner en permanence, mépriser, ne pas pouvoir faire son propre travail car il faut faire celui de l’autre en plus et avant sous peine de crise de nerfs) et n’est clairement pas faite pour ce poste, soit je ne dis rien pour laisser une bonne impression de moi (enfin ça c’est un peu raté, on me prend pour une vendue à cause de l’histoire du directeur) et je laisse l’adorable personne qui m’a formée subir cette plaie une fois que je serai partie.

Je tiens car je sais que mon contrat prend fin samedi, mais je rentre quand même sur les nerfs, écœurée d’être prise pour la méchante par les autres alors que je ne suis pas en tort (en soi, rien ne m’oblige à aider l’autre, c’est un accord tacite. Mon contrat mentionne la fromagerie-coupe. C’est tout.), et n’ayant pas envie de jouer les balances même si ma collègue le mériterait bien. Je sais à quel point un travail est précieux, mais elle empoisonne celui des autres en plus de ne pas être faite pour ça (elle aurait bien besoin de reprendre sa thérapie car elle n’est visiblement pas guérie). Alors que faire ? Hier, j’étais tellement nerveuse à cause d’elle que j’ai cru que j’allais lui exploser dessus, alors que je suis de nature plutôt placide. Si ça peut vous donner une idée de la boule de stress sur pattes que c’est.

Mon conjoint, lui, me demande de la dénoncer car une personne aussi peu faite pour ce travail et rendant en plus l’expérience des autres horrible n’a rien à faire ici. Il y a sûrement des gens tout aussi nécessiteux mais bien plus compétents qui pourront prendre son poste. En soi il n’a pas tort mais je suis mal à l’aise avec l’idée de dénoncer. Cependant, j’ai déjà essayé de parler à cette collègue, et le dialogue ne fonctionne pas, alors il ne reste que cette solution. En plus comme elle est encore en période d’essai elle peut dégager facilement.

Je trouve ça dommage, quand même. Cette expérience aurait pu être ma meilleure, sauf qu’il a fallu que cette collègue stressée gâche tout. C’est hallucinant de voir à quel point une seule personne peut transformer une expérience de travail sympa en une expérience de travail atroce. J’en suis dégoûtée. Il faut toujours qu’il y ait une couille lorsque je trouve quelque chose.

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9 réflexions sur “Bosser avec une grosse stressée x.x

  1. Salut,
    tiré de mon expérience avec des gens qui s’organisent mal, deux conseils:

    – pour une personne qu’on laisse pour la premiére fois en autonomie: tu lui donnes des conseils, et éventuellement un coup de main si elle est submergée et toi libre.

    – pour une personne connaissant son travail: tu lui donne un coup de main UNIQUEMENT pendant tes moments de calme.

    on peut comprendre si elle stresse pour sa période d’essai mais ce n’est pas une raison de stresser tout le monde.

    du surcroit, si elle le trouve le temps de te fliquer, alors elle a du temps pour s’organiser dans son travail.

    je ne pense pas qu’il soit trés utile de la dénoncer,son manque d’organisation se fera jour tout seul.

    le mieux pour toi est de finir ton contrat de sorte qu’ils gardent une bonne image de toi ( qu’importe les caractéres des gens, je l’ai souvent fait en intérim et j’ai gardé de bons contacts dans la plupart des entreprises = dommage que l’économie ne permette pas d’embauche).

    désolé pour le pavé, en éspérant t’avoir été utile.

    cordialement.

    Ps: j’adore ton blog!! (c’est classique comme phrase mais je tenais à te le dire!).

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    1. En fait le souci c’est que par rapport à elle, c’est moi la nouvelle. Ce n’est pas la première fois qu’elle est laissée « seule » dans son rayon mais visiblement elle a pris l’habitude de se reposer sur les autres. L’aider uniquement pendant mes moments de calme c’est ce que je cherche à faire, mais si je ne viens pas l’aider immédiatement en laissant tout tomber elle est à deux doigts de l’hystérie et je finis par craquer car c’est trop désagréable de se faire tanner et fliquer quand on tente de bosser.
      Elle est sûrement encore en période d’essai oui vu qu’elle est là depuis un mois, je suppose qu’elle stresse. Je lui ai dit clairement ce que je pensais, notamment qu’elle n’était pas faite pour le poste et que son stress rendait mon travail désagréable mais elle ne fait rien pour changer :/

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      1. Pendant une période d’essai, il vaut mieux faire profil bas et se montrer au meilleur de sa forme. elle n’en prend pas le chemin…

        Il y a une autre méthode mais ça demande un peu de patience et un peu de vice: ne pas réagir quand elle s’énerve, son hystérie la décrébilisera devant les clients et collégues (ne rien dire, ne pas l’encourager dans son comportement!!).

        c’est plus facile à dire qu’a faire, je le reconnais.

        En tout cas, bon courage!!!

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      2. Pour le moment je pense que je vais continuer la technique que je tentais d’adopter lundi : faire semblant de ne pas l’entendre quand elle m’appelle. Elle est bien obligée de servir ses clients si je ne viens pas. Le souci c’est que plus je l’ignore plus elle est stressante :/

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  2. Oh ma pauvre c’est vraiment pas cool ça.
    Les collègues toxiques, nocifs c’est tellement pénible.
    J’aurai fini par la balancer je crois. Parce que de toute façon, les deux autres (qui ont envie de lui passer dessus peut–être) ont déjà pris son parti et en plus tu finis samedi.
    Au pire elle te pourrira encore plus la vie mais au point où tu en es, je crois pas que ça te mette plus les nerfs.
    Ca m’énerve les gens qui comme ça sont débordés d’un rien et du coup croient que tout leur est du.
    Courage, bientôt la fin 🙂

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    1. Niveau personnalité elle n’est pas méchante du tout, mais son attitude la rend clairement toxique oui… j’ai déjà essayé de lui dire qu’elle rendait le travail vraiment pénible, elle en semble consciente, mais soit elle ne le fait pas exprès, soit elle ne compte pas changer et est bien contente d’avoir quelqu’un qui lui fait le boulot à sa place. J’ai l’impression qu’elle profite un peu parfois quand même. Je vais mettre les points sur les i encore une fois et tenter de ne plus céder.

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  3. Bleun, contente que tu aies trouvé ce CDD qui a l’air de te plaire. Contente aussi que la plupart de tes clients soient sympas et compréhensifs !

    Par contre la collègue pénible ça c’est vraiment invivable ! Attends, la nana pas foutue de gérer dès qu’il y a 2 clients, non mais faut surtout pas qu’elle bosse dans la grande distrib ! J’ai envie de dire « mais qu’est-ce qu’elle fout là ? » !!! Comment elle a pu avoir idée de bosser dans un milieu aussi stressant, elle qui est elle-même stressée au point de voir un doc pour ça ?

    Enfin bref ! Moi à ta place je l’ignore, je fais mon taf, et si jamais elle vient te péter les couilles, ben une fois de plus tu la remets à sa place, à force elle va bien finir par comprendre qu’elle a rien à faire là !

    Courage pour ta fin de CDD !

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    1. J’ai retenté de la remettre à sa place, son nouvel argument d’autorité c’est « Je suis là depuis plus longtemps que toi alors je sais comment ça se passe, et ça se passe comme ça ». Elle a nié transmettre son stress aux clients aussi, elle dit qu’ils sont stressés car ils n’aiment pas attendre. Ben pourquoi est-ce qu’ils ne sont stressés d’attendre que de son côté alors ? Bref, j’essaie de mettre le grappin sur le responsable parce qu’elle me dit que le client est prioritaire sur tout, donc que même si j’ai 35 millions de fromages à remballer avec la blinde de mouches qui tournent autour je dois servir de son côté, même lorsqu’elle n’a qu’un seul client. J’ai bien envie de savoir si c’est vrai (dans ce cas c’est un peu bizarre de privilégier le client à l’hygiène, surtout s’il a grand max 5 minutes d’attente, mais ça voudrait dire que j’ai tort) ou si j’ai raison et qu’elle demande beaucoup trop. Elle a même eu le culot de me dire que je ne l’aidais pas assez alors que je suis tout le temps de son côté à servir et donner un coup de main ! Et il y a toujours ce mépris de mon travail assez hallucinant.

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    2. « Comment elle a pu avoir idée de bosser dans un milieu aussi stressant, elle qui est elle-même stressée au point de voir un doc pour ça ? » —> Elle a peut être trouver que ça pour remplir le frigo, c’est peut être pas un choix mais une obligation 😦

      Blanche, tu es engagée pour un boulot, tu le fais, si elle sait pas se tenir la nana, c’est son soucis. Ce serait bien de savoir si ça se passe ainsi avec la personne que tu remplace?
      C’est quand même important de remballer tes fromages, c’est dégueu sinon de servir un produit qui a pu être compromis. C’est assez fragile le fromage en plus. Comme tout ce qui est frais.

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