Bosser avec une stressée, suite et fin

chat stressé

Avant toute chose, je me rends compte que je n’avais pas fait la lumière sur l’histoire avec le directeur qui semblait mécontent de me voir embauchée. C’était bien de moi dont il parlait avec ma future chef et lorsqu’on m’a dit ce qui s’était passé, j’ai halluciné. En réalité, le directeur ne se souvenait pas de m’avoir reçue en entretien, était persuadé que je lui avais posé un lapin et du coup me regardait de travers à cause de ça. Une collègue de mon conjoint m’a avoué qu’elle le soupçonnait d’avoir la maladie d’Alzheimer et d’en être plus ou moins conscient car il note tout sur tout pour ne rien oublier mais ne se souvient pas de choses qui se sont passées il y a quelques minutes à peine. Soit c’est vrai, soit il a de gros soucis de mémoire… en tous cas, il a vérifié m’avoir reçue sur son agenda et ne s’est donc pas opposé à mon embauche. Il m’a aussi dit qu’il avait transmis mon dossier à la plate-forme mais que c’est eux qui n’ont pas assuré le suivi du coup. Il faut croire que j’ai été mauvaise langue. Mais je trouve quand même sidérant que quelqu’un avec d’aussi forts problèmes de mémoire se trouve à une position si élevée, surtout pour se comporter comme il l’a fait, comme un gros rancunier, plutôt que venir me parler et mettre les choses au clair.

Bref, lorsque je vous ai laissés, il me restait une semaine à passer avec ma collègue stressée et je n’étais pas follement enthousiaste, ne sachant pas comment l’apprivoiser. Quand le dialogue ne marche pas, que faire ? Je n’étais pas à l’aise avec l’idée de la balancer (en même temps, on est bien conditionnés pour penser que la dénonciation est mauvaise, même lorsqu’il s’agit d’assainir l’ambiance de travail) mais d’un autre côté je n’avais plus vraiment d’autre solution.

Lorsque j’ai repris ma semaine, je ne savais pas trop quoi faire. Ma collègue a bien évidemment recommencé son petit manège mais m’a dit quelque chose qui m’a faite tiquer : « Tu dois m’aider car le client est prioritaire sur tout, même sur ton hygiène, c’est comme ça et puis c’est tout ». Je sais que, de base, je suis une maniaque de l’hygiène mais j’avais vraiment du mal à me faire à l’idée qu’en plein été, alors que des dizaines de mouches rôdent autour de nos rayons, on puisse devoir privilégier un client qui peut bien attendre deux minutes. Pour moi c’est juste impensable mais elle insistait avec ça, alors je me suis décidée à demander à une autre collègue si c’était vrai. Et elle m’a confirmé que oui, c’était vrai, je devais privilégier le client avant tout car le client lambda ne comprend pas qu’on puisse faire autre chose que le servir (même si on est bien en évidence sur un autre rayon) et ira se plaindre s’il voit que je fais autre chose, même s’il s’agit de maintenir l’hygiène de mon rayon pour son confort (et, accessoirement, sa santé).

J’étais sciée. J’avais donc tort et je devais bel et bien aider la peste qui me sert de collègue. Mais la personne que j’ai interrogée a mis le holà : « Attends, t’es censée l’aider à servir ses clients mais t’es pas censée faire son taf. Donc ses salades, sa remballe et compagnie, elle le fait elle-même, te laisse pas faire. Elle est un peu manipulatrice. ». Ok, donc j’avais tort mais pas totalement, elle profitait bien de moi. Je n’étais pas censée l’aider à ce point et surtout l’aide est supposée être réciproque, chose qui ne l’était pas.

A un moment, j’ai eu énormément de monde en fromagerie mais personne en charcuterie. Je me suis dit que j’allais lui montrer ce que c’était de se faire interrompre dans son travail pour aider et lui ai demandé de venir servir. Elle m’a complètement ignorée et n’est pas venue. Bon, pas grave, je sais gérer du monde et j’ai servi, mais j’ai trouvé ça gonflé, car si j’osais lui faire la même chose je me prenais une crise de nerfs. C’est là que j’ai décidé que je n’allais pas me compromettre en la dénonçant, mais que j’allais calquer mon attitude sur la sienne pour bien lui montrer à quel point elle était insupportable.

Lorsqu’un client est arrivé alors qu’elle était en train de bavarder avec le poissonnier, elle se tourne vers moi avec son petit air de gentille fifille pour me demander de servir. Je lui ai répondu « Tu déconnes là, t’es en train de bavarder, je ne vais pas te faire ton boulot alors que tu fous rien, j’ai des choses à ranger moi ». Elle s’apprêtait à répliquer lorsque le client a ri et a dit « Vous avez bien raison mademoiselle, chacun son boulot ! ». En même temps, je ne vois pas trop ce qu’elle aurait pu répondre. A part éventuellement que je ne devais pas mêler le client à nos disputes, mais en même temps, si je lui dis ce que je pense après elle ne retient pas la leçon et continue, parce que justement je ne peux rien dire devant les clients.

J’ai eu également d’autres occasions de l’envoyer copieusement chier tout en respectant à la lettre le règlement de l’entreprise et j’avoue que ça m’a fait un bien fou. Jusqu’à ce que j’entende le poissonnier chuchoter en rigolant « Ben alors elle se rebelle ta nouvelle bonniche ! ». Bordel. Cette garce profitait de moi depuis le début et les autres étaient au courant. J’ai jeté un regard noir au poissonnier, bien signifié à ma collègue que j’avais tout entendu et que je ne comptais pas en rester là. Elle a tenté de faire sa gentille mais je n’ai pas abondé en son sens. Je me suis dit que j’allais agir bien plus subtilement. Au point que le dernier jour, elle a même été spontanément remballer mes fromages avec l’air abattu de la fille qui fait pénitence. En même temps, un jour où on discutait, je lui avais bien dit que j’étais du genre à rendre les sales coups au centuple. Donc elle devait se douter que mon apparente passivité cachait quelque chose.

Effectivement elle cachait quelque chose, car j’ai laissé un mot signé à ma formatrice et à ma cheffe pour leur parler du comportement de cette collègue (que j’ai planqué dans un tiroir car elle part après moi), et je compte bien en parler de nouveau lorsque j’irai rendre mes vêtements et mon badge. Je ne vois pas pourquoi j’aurais pitié alors qu’elle m’a volontairement foutue sur les nerfs et qu’elle a profité de moi comme une vieille chienne. Et son stress, c’était du flan pour me mettre volontairement la pression ou c’était vrai ? En tous cas si c’était du flan elle est sacrément bonne actrice. Il devait y avoir un mélange des deux, comme son stress la rend incapable de faire son travail correctement elle se repose presque entièrement sur les autres. Consciemment ou inconsciemment, ça, je suppose que je ne le saurai jamais. Lorsque je lui ai reparlé de son stress, elle a dit que c’était comme ça, qu’elle ne pouvait rien y faire, et a nié transmettre son stress aux clients. Soit disant, ils sont nerveux car ils n’aiment pas attendre. Alors que de mon côté même lorsqu’il y a foule c’est plutôt calme. Et que c’est calme aussi lorsque ma collègue est en pause et que je sers de son côté… toujours est-il qu’elle ne veut visiblement rien faire pour arranger les choses et donc, pour moi, n’a rien à faire à ce poste.

Je suis vraiment déçue de cette expérience parce que la fromagerie m’a beaucoup intéressée, que j’aurais aimé en apprendre plus et poursuivre plus longtemps. Je suis fière de moi car malgré mes problèmes sociaux j’ai été capable de supporter et d’échanger avec les clients, et que j’ai même encaissé une collègue toxique tout en gardant mon calme. Mais cette toxique gâche tout et c’est vraiment dommage.

Je suis également très surprise en ce qui concerne l’hygiène, parce qu’en fromagerie, je manipule quand même des produits frais, fragiles, et exposés à des nuisibles (mouches et autres joyeusetés) et je suppose que je dois respecter un minimum de règles d’hygiène et de sécurité. Lorsque j’ai été formée on m’a dit que je devais remballer au plus vite pour éviter l’exposition et la perte de saveur. Je pense qu’il y a un juste milieu pour la priorité au client, parce qu’entre laisser mes fromages exposés aux mouches et à l’air libre pendant parfois plusieurs heures (on avait généralement deux heures de rush) et devoir servir un type qui peut très bien attendre une minute parce que le client précédent n’a demandé qu’une tranche de jambon, je choisis mes fromages. Sans parler des couteaux qu’il faut nettoyer le plus souvent possible : j’avais certes un couteau pour le pasteurisé et un pour le lait cru, ce qui limite les risques de contamination, mais ça ma collègue ne le savait pas et coupait n’importe quel fromage avec n’importe quel couteau, juste pour aller vite. Sans parler du fait qu’il y a contamination au niveau du goût quand on coupe deux fromages différents à la suite… bref j’ai trouvé que cette histoire de « client prioritaire sur tout » était bien trop appliquée à la lettre, au mépris d’une hygiène basique. Ça manque de professionnalisme et je suppose que c’est la différence entre fromagerie de grande distribution et fromagerie professionnelle. Je pense que je serais plus à l’aise dans un milieu spécialisé plus respectueux des produits. Je crois que je resterai à jamais traumatisée par ce demi-munster dans lequel s’étaient installées une demi-douzaine de mouches le temps que je puisse le remballer… pouah.

Je me suis renseignée en diagonale sur les formations visant à devenir fromagère, mais j’ai l’impression que c’est beaucoup de temps passé sur les bancs de l’école pour très peu de débouchés. Pourtant j’aurais aimé compléter mon expérience pour être plus professionnelle la prochaine fois, et non conseiller au pifomètre ou en me fiant aveuglément aux déclarations des autres. Ma formatrice m’a dit que pour être embauchée, elle a suivi via Pôle Emploi une formation de deux semaines pour tous les rayons frais : fruits & légumes, charcuterie, fromagerie et poissonnerie. J’ai envoyé un mail à ma conseillère pour avoir plus d’informations mais je ne pense pas qu’il s’agisse de quelque chose de complet, plus d’une formation à l’arrache pour avoir les bases niveau hygiène et logistique. Et je ne me vois pas reprendre des études complètes pour des débouchés plus qu’hasardeux.

Bref, je garderai un souvenir plutôt positif de l’expérience en soi, si je mets de côté la collègue toxique, et ça m’aurait fait plaisir de continuer. Dans tous les cas j’ai quand même appris des choses et ça ne se refuse pas.

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3 réflexions sur “Bosser avec une stressée, suite et fin

  1. TU as bien agi je trouve ! Et le fait d’en parler après, ça ne laissera pas son comportement « impuni ».
    Et puis tu as découvert un domaine qui te plait, peut -etre que tu pourras réitérer 🙂
    Tu le prends avec philosophie c’est bien !

    Aimé par 1 personne

    1. Je ne suis pas sûre que son comportement ne soit pas impuni, lorsque j’avais travaillé en charcuterie il y a deux ans, j’avais dénoncé la fromagère qui insultait les clients et passait les 9/10 de son temps en pause clope non badgée, et elle n’a été virée qu’il y a deux mois, et parce qu’elle avait mangé des produits en rayon sans les payer. Donc elle a encore de beaux jours devant elle notre miss stressée.

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