Ces choses qui m’énervent en tant que chercheuse d’emploi

Pole emploi

Bon, lorsque je rencontre de nouvelles personnes, je ne me présente pas cash comme une chômeuse, cela va de soi. La première impression est importante et le chômage reste quelque chose de péjoratif. Sur les réseaux sociaux, je lis énormément de gens qui continuent de penser qu’il y a du boulot pour tous ceux qui le veulent bien, qui n’admettent pas que cela n’est plus le cas depuis de nombreuses années, et du coup, l’image du chômeur parasite fainéant vautré devant Plus belle la vie a la vie dure (haha). Manque de bol, je n’ai pas une vie trépidante et le sujet du chômage finit forcément par arriver sur le tapis. Et là, viennent un florilège de réflexions dont je me passerais bien et qui montre surtout à quel point les idées reçues persistent et signent.

Les apprentis DRH

Je ne sais pas pourquoi, mais la première réflexion qui vient à l’esprit des gens, c’est que mon CV et mes lettres de motivation sont forcément mal faits. Ils vont demander à voir tout ça et me dire de modifier ça, ça et ça… sauf que, déjà, j’ai énormément de compliments sur mes lettres de motivation, donc ça ne vient pas de là, et surtout tout le monde a toujours quelque chose à dire sur le CV. Un conseiller Pôle Emploi n’aura pas le même avis sur la question qu’un recruteur Carrefour par exemple. Le pire, c’est que certains conseillers sont vraiment chiants avec le CV, si on ne le modifie pas à leur sauce, ils vont refuser de faire leur travail, à savoir conseiller et (re)diriger. Il n’y a pas de CV parfait, il m’arrive de le modifier selon l’entreprise dans laquelle je postule. Je me souviens d’une boîte qui se présentait comme jeune, dynamique et anticonformiste, donc ce jour-là j’ai fait un CV qui sans être excentrique sortait du schéma classique sobre et sans fioritures.

Cependant je crois que ce qui m’ennuie le plus, ce sont les proches ou les inconnus qui vont s’improviser DRH pour me donner 15 millions de conseils bateau et éculés depuis 30 ans.

Non, si je suis au chômage, ça ne veut pas forcément dire que je fais des CV horribles et des lettres de motivation bourrées de fautes.

Les gens qui se croient encore en période de plein emploi

J’hallucine toujours sur le nombre de personnes qui s’imaginent que la France propose encore le plein emploi. C’est principalement sur les réseaux sociaux que je lis ça, et j’ai renoncé à intervenir. Avant j’essayais de faire comprendre aux gens que non, le plein emploi n’existe plus, que les gens ne sont pas (forcément) au chômage par choix, mais à chaque fois c’est la même chose, je finis par me faire insulter de tous les noms et les gens ne veulent pas débattre. C’est désolant car j’ai beau savoir qu’internet montre les plus mauvais côtés des gens et regroupe souvent la lie de l’humanité,  je pensais que certains savaient encore réfléchir et regarder la réalité en face. Or, à chaque article qui paraît et qui parle de chômage ou d’allocations, les gens se déchaînent comme si leur vie en dépendait. La violence de certaines personnes dépasse l’entendement, on a l’impression qu’ils veulent lancer une extermination de tout ce qui est pauvre, précaire, qui n’a pas eu de chance ou qui tout simplement n’a pas d’emploi.

Évidemment, internet n’est pas le seul endroit où on peut entendre des énormités pareilles, j’entends souvent des débats dans la rue, avec des gens qui n’ont jamais connu le chômage et qui donc sont persuadés que si les gens le veulent ils peuvent trouver un emploi. Mais tous les cas de figure ne sont pas les mêmes, bon sang ! On a pas tous fait les mêmes études, les mêmes choix dans la vie, on a pas tous bénéficié de pistons ou de réseaux, certains n’ont même pas pu se payer des études correctes et ont dû se contenter d’une random filière de fac qui ne mène à rien et qui ne fait que retarder l’échéance. Je me suis même récemment disputée avec une connaissance qui est dans un secteur très porteur, qui a toujours bossé, et qui m’a sorti que j’exagérais, que je pouvais très bien trouver du boulot si j’en avais vraiment envie. Il a fini par reconnaître que son cas était particulier mais je sentais qu’il ne me disait ça que pour mettre fin au débat, qu’il n’en pensait pas un mot… et il ne doit pas être le seul.

Je ne sais même plus comment faire entendre raison aux gens et s’ils commencent à me faire des remarques je les coupe net avec un « Non, le plein emploi n’existe pas et je ne veux pas entendre les réflexions odieuses qui te brûlent la bouche » et je m’en vais avant qu’ils ne puissent répliquer. Je ne prends plus la peine non plus de parler avec les commerçants, parce que c’est un coup à se faire humilier devant les autres clients avec le type qui te parle de ton chômage devant tout le monde. En gros, je m’isole encore plus parce que les gens ne sont pas foutus d’ouvrir les yeux sur le monde qui les entoure. C’est magnifique, pas vrai ?

Les conseils dont je me passerais bien

Évidemment, qui dit apprentis DRH dit conseils à la mords-moi-la-queue qui vont avec. Comme la madame du JT de TF1 a présenté un reportage sur les services à la personne, Monsieur Tout-le-Monde, qui me prend pour une abrutie finie, va se sentir obligé de me ressortir tous les conseils qu’il a entendu dans le reportage en question. Et dans tous les autres aussi. Il n’a rien à secouer de mes goûts, de mes envies, de mes ambitions et s’imagine que je ne sais pas trouver de nouvelles idées moi-même.

Du coup, j’ai souvent droit aux conseils d’orientation dans tous les métiers présentés comme porteurs à la télé ou alors dans les métiers à la mode du genre diététique bio.

Non, je n’ai pas envie de m’orienter dans un secteur qui non seulement ne me correspond pas, mais qu’en plus je sais précaire. Et surtout, je sais chercher par moi-même. Non, un chômeur n’est pas stupide et n’a pas besoin d’assistance (du moins, dans la majorité des cas) pour chercher des offres ou savoir quels sont les secteurs qui recrutent le plus. On a déjà des conseillers Pôle Emploi qui sont payés pour essayer de nous y caser de gré ou de force. Alors si en plus les proches s’y mettent… j’ai déjà vu certains chômeurs se faire envahir d’offres envoyées par des amis qui s’imaginent que les gens ne savent pas chercher par eux-mêmes… et puis bon une offre qui plaît à X ne plaira pas forcément à Y.

Les jugements à deux balles

Lorsque j’envoie paître les personnes qui se permettent de me donner des conseils, elles se transforment souvent en Messie de la Bien-Pensance pour me donner des leçons de morale. Ce sont des réflexions du genre « Oh mais accepte cette offre de 5h/semaine qui te rendra encore plus précaire que tu n’es, c’est mieux que rien ! » « C’est en attendant, tu trouveras mieux après, au moins comme ça tu n’es pas assistée, tu as la fierté d’avoir un travail ! ».

Wahou, un boulot dans lequel je suis surexploitée et qui ne me permet même pas de gagner la moitié d’un RSA quelle fierté, en effet. Personnellement je ne ressens aucune fierté à encourager l’esclavage moderne dans des filières où les gens ne sont que des mouchoirs jetables et qui ne permettent pas de gagner sa vie. Je ressentirai de la fierté le jour où je trouverai quelque chose qui me permettra d’être totalement indépendante mais en attendant, non, juste non.

Sans compter que pour la plupart des recruteurs, nous sommes notre dernière expérience. Et en plus, le boulot alimentaire devient souvent le boulot principal. Donc prendre un job qui ne nous plaît pas « en attendant » c’est se condamner à subir un boulot qui finira par nous rendre fou tant il ne nous correspond pas et qui, au mieux, nous projettera dans le cabinet d’un médecin pour enchaîner les arrêts-maladie pour dépression. J’ai connu des gens en arrêt maladie depuis plus de 15 ans et croyez-moi, ça coûte bien plus qu’un pauvre RSA.

Et puis bon… il faut pouvoir le trouver, le job « en attendant ». J’ai pensé comme ça pendant très longtemps mais même pour ça, il faut de l’expérience, et en plus les petits jobs sont blindés de candidatures. Il faut avoir la chance de décrocher un entretien, puis un job…

Les sites de recherche d’emploi PAYANTS

Le jour où j’ai vu un de mes webzines préférés faire la promotion d’un site de recherche d’emploi à abonnement, payant donc, j’ai vu rouge. J’ai ensuite vu que c’était très répandu et qu’il en existait énormément, sans parler des sites à contenu gratuit qui proposent des options « premium » (qui en gros font le boulot à votre place niveau envoi de CVs et compagnie).

Ça va niveau exploitation de la misère humaine, vous parvenez à vous regarder dans la glace le matin ? Les chercheurs d’emploi sont quand même supposés être précaires, donc avoir mieux à faire de leur argent que de le dépenser en abonnement sur un site qui n’apporte rien de plus que les gratuits (les offres circulent partout, donc je ne vois pas ce que peut apporter un site payant, si ce n’est l’impression d’être privilégié alors que non). Ah si, je suis mauvaise langue, j’ai vu un site qui, pour 5 euros par mois, vous propose d’envoyer à votre place CV et lettres de motivation à hauteur de 6 offres par jour. En gros, vous payez pour que quelqu’un fasse à votre place ce que vous avez supposément le temps de faire.

Ces sites me font hurler de dépit. Tout est bon pour générer du fric, même les chômeurs.

Le harcèlement sur le permis de conduire

Ça, c’est un truc sur lequel personne ne me lâche la grappe, même mon propre conjoint m’engueule régulièrement à ce sujet. J’ai parfois l’impression que faire des études est totalement useless si on a le permis de conduire. Les recruteurs en sont fous et l’exigent pour tout et n’importe quoi, surtout quand on en a pas besoin.

Et parallèlement, on ne cesse de nous parler de ressources qui s’épuisent, de surconsommation, de pollution et de la nécessité de se tourner vers les énergies renouvelables. Eh bien si on commençait par cesser de harceler les gens avec le permis et la voiture, si on cessait de rendre ces deux choses indispensables, peut-être qu’on aurait un peu moins de pollution due à la circulation !

J’ai déjà vu des recruteurs me refuser un emploi à deux pas de chez moi parce que je n’avais pas le permis. Alors que je n’en avais aucunement besoin puisque je travaillais sur place et que j’y serais allée à pied. Mais non, il faut le permis. Pourtant le permis n’est pas un gage de fiabilité, j’ai juste à regarder le nombre de collègues de mon conjoint qui enchaînent les retards alors qu’ils ont la voiture tandis que lui, qui n’a même pas le permis, est toujours à l’heure. Je sais pas, pour être en retard à un boulot qui est à 2 minutes à pied de chez moi, même sans voiture, faut le vouloir. Mais non, il faut le sacro-saint permis… ce harcèlement me gonfle vraiment, le permis ne devrait pas être aussi « indispensable » !

Le mépris de l’expérience acquise en bénévolat

D’un côté, j’ai mes conseillers Pôle Emploi et compagnie qui me disent de mettre en avant les compétences que j’ai acquises en bénévolat, parce que faut bien remplir mon CV, et de l’autre, j’ai les recruteurs qui me disent toujours que ça ne compte pas, que ce n’est pas de l’expérience professionnelle et que c’est comme si on avait rien fait. C’est dommage parce qu’en attendant l’expérience acquise est bien réelle et transposable à un emploi salarié. J’ai du mal à comprendre tout ce mépris du bénévolat, qui en plus s’étend aux stages et à l’apprentissage. Car oui, j’ai déjà entendu des recruteurs sortir que l’apprentissage ce n’est pas de l’expérience professionnelle car on apprend le métier mais on ne l’exerce pas. C’est peut-être le cas les premières semaines mais ensuite non, pas du tout, on fait la même chose que les autres. C’est en partie ce qui m’a valu d’être éjectée de la librairie dans laquelle je voulais faire mon apprentissage : le gars s’attendait à ce que j’apprenne le métier en une semaine alors qu’en plein rush, personne n’avait le temps de m’apprendre quoi que ce soit ! x)

En tous cas, si le bénévolat comptait, je n’aurais pas moins de 2 mois d’expérience professionnelle, mais plus de 7 ans !

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3 réflexions sur “Ces choses qui m’énervent en tant que chercheuse d’emploi

  1. Bon courage. La recherche est compliquée et les recruteurs recherchent souvent le mouton à 5 pattes. Non il n’y a pas le plein emploi en France et encore moins si comme tu le dis tu ne veux pas prendre de boulot « en attendant ». Trouver quelque chose dans sa voie et avec des conditions qui te conviennent est difficile et l’ignorer est se voiler la face. Sans pour autant prendre un boulot en attendant, dans mon cas, j’ai pris un emploi dans ma branche avec de mauvaises conditions financières mais avec des perspectives d’embauche notables (entreprise en croissance, avec une bonne réputation, et de bons avantages pour employés). J’ai finalement eu le CDI tant espéré. Aujourd’hui, le job me plait énormément et j’ai de bonnes conditions. Ce n’est qu’un exemple mais peut-être que ça peut aussi marcher pour toi. Je te souhaite de trouver très vite quelque chose qui te plait !

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  2. J’adore ton article! Que du vrai!

    Les apprentis DRH ou conseiller à l’emploi, punaise c’est un truc qui te donne envie de t’enfermer encore plus chez toi. Les gens qui ne peuvent pas s’empêcher de te demander où tu en es niveau emploi et d’y aller avec leurs conseils à la con comme si ils savaient quoi que ce soit de la galère du chomage, des jobs précaires et autres. Ca fait 3 semaines que je dois prendre rdv chez le dentiste, je rechigne parce que je n’aime pas le dentiste (mais qui aime?) et parce que je sais que je vais être questionnée. C’est un peu comme lorsque je vais chez le véto en fait, j’y ai droit à chaque fois.
    Et pour les « pro » à PE ou autres qui font refaire le CV à chaque fois à leur sauce, c’est gonflant en effet. Tu passes de l’un à l’autre même en l’intervalle d’une heure, il y aura forcément un détail qui cloche.

    On est en effet bien souvent la dernière expérience pro inscrite sur notre cv. Voilà pourquoi j’ai fait une belle connerie d’aller bosser aux archives d’une grande banque quelques mois après mon BTS. Bien motivée, je m’étais laissée avoir par le « je prend ça en attendant, pour montrer que je veux bosser » mais au final, l’impression de n’être convoquée que pour des trucs du même style ensuite (pour le peu d’entretiens que j’avais eu). Donc en effet, sans parler d’attendre LE job, faire attention aux offres auxquelles on répond, aux postes que l’on vise, aux petits jobs que l’on prend. Si ça va plus ou moins dans le sens que l’on veut, pourquoi pas mais prendre un truc vraiment par dépit, c’est le risque d’y être enfermé pour un bon moment. Et de frôler la dépression (voir y tomber vraiment) parce que le job ne nous correspond vraiment vraiment pas.

    Pour le permis de conduire, on en a déjà parlé, mais ils sont bien gentil les gens qui t’agacent avec ça. Mettons que tu arrives à te payer le permis (ce qui est déjà un sacré cout, en RP encore plus j’imagine), c’est eux qui te paient la voiture? Parce que sans parler de prendre une voiture flambant neuve, si on ne veut pas une épave qui coutera plus en réparation et en entretien qu’elle n’a couté à l’achat, il faut un petit budget pour acheter une voiture potable.
    J’ai presque envie de dire, quand tu postule pas loin de chez toi et que tu sais que tu ne dépend pas trop des transports en commun pour aller au taf, indique que tu as le permis et la voiture pour passer cet obstacle. te refuser un job à deux pas de chez toi pour ça, c’est vraiment dégueulasse!

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  3. J’aurais pu écrire cet article qui résume bien la situation des chômeurs. J’ai répondu sèchement à la dernière « consultante » qui m’a démoli mon cv pendant 10 mn alors que 2 secondes avant, je lui disais combien je n’en pouvais plus moralement du chômage! Session inutile payée à prix d’or (je suppose) par Pôle emploi qui n’a pas d’argent pour m’aider à payer une formation complémentaire qui elle me servira à quelque chose. En résumé, mon cv c’était de la m, je ne cherchais pas vraiment du boulot (alors que j’en avais tellement assez que plutôt que tout lâcher, j’avais levé le pied pour remonter doucement en puissance)… Les gens ne comprennent pas que ça détruit un peu plus la confiance en nous qui nous reste au lieu de nous aider à rester en selle. Après, on oublie vite, je suis la première à trouver que finalement trouver du boulot n’est pas si difficile quand je travaille mais je reste lucide car je sais que ce n’est qu’une illusion.

    Courage! Je te souhaite de trouver quelque chose qui te convienne!

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