Les consultants en recrutement et moi

ours facepalm

La première fois que j’ai eu affaire à un consultant en recrutement, je ne savais même pas ce que c’était. Pour moi, c’était un intermédiaire du genre boîte d’intérim et je ne me faisais pas trop de bile. Il avait repéré mon CV je ne sais où et était spécialisé dans le recrutement de personnes handicapées. Je m’en doutais un peu parce que bon, vu la gueule de mon CV, on ne risque pas de m’appeler spontanément s’il n’y a pas de carotte à la clé.

Il m’a appâtée en me parlant d’un poste de vendeuse en sandwicherie chez Paul’s, en CDI 25h, et m’a demandé quelques informations pour voir si je correspondais au poste (c’est vrai que pour vendre des sandwichs, faut sortir de Harvard avec un triple diplôme). Mais ces « quelques informations » se sont vite transformées en un amas de questionnaires en tout genres qui ont fini par me mettre la puce à l’oreille.

Je peux comprendre qu’une entreprise veuille être sûre de tomber sur le bon salarié du premier coup, surtout si elle doit payer un intermédiaire, mais là, c’était vraiment abusif. Surtout pour un job alimentaire.

Le consultant a commencé par me transmettre un questionnaire de personnalité par mail. Ce qui devait être un « petit questionnaire » faisait en réalité quatre bonne pages avec des questions louches et un poil intrusives du genre « quels métiers auriez-vous voulu exercer, pourquoi est-ce que vous ne l’avez pas fait » ou encore « pourquoi avez vous fait ces études ». J’étais en mal d’emploi, je me suis prêtée au jeu et j’ai rempli son questionnaire puis lui ai renvoyé.

Je n’ai ensuite plus eu de nouvelles pendant deux semaines, j’ai fini par relancer le consultant qui… m’a renvoyé un autre questionnaire, encore plus long que le premier et avec des questions encore plus intrusives, voir carrément discriminatoires du genre « voulez-vous des enfants », « avez-vous un conjoint », « prévoyez-vous de vous marier », etc, etc. Je commençais à doucement m’énerver, parce qu’on ne parlait pas d’un poste de ministre mais d’un simple poste de vendeuse en sandwicherie.

Avant de renvoyer le questionnaire, j’ai fini par poster sur un forum pour demander ce qu’était exactement un consultant en recrutement, et surtout pour savoir si ça valait le coup de me prendre autant la tête pour un poste aussi basique. Dès la première réponse, quelqu’un s’est gentiment moqué et a parié que le type me demandait toutes ces infos uniquement pour m’entrer dans sa database et que je n’en entendrais plus parler après.  D’autres m’ont expliqué qu’il est très compliqué de virer un salarié, même complètement incompétent, et que du coup les types se blindaient au niveau du recrutement. Ils m’ont également dit qu’il fallait que je voie plus loin que le côté basique du poste, car si je donnais satisfaction alors on me donnerait mieux que ça.

Étant un peu morte de faim, j’ai fini par céder et renvoyer le questionnaire et au bout de presque un mois, le consultant m’a rappelée en me disant qu’il m’avait négocié un entretien. Le CDI est devenu CDD et n’était plus qu’à 12h, ce qui ne m’intéressait plus du tout. Mais j’y suis allée quand même, en me disant que j’expliquerais qu’on m’avait appâtée avec un bien meilleur contrat que ça, que je venais par politesse mais que je n’étais pas intéressée par si peu d’heures. A l’époque j’étais hébergée à titre gratuit, j’avais bien moins de pression et je pouvais me permettre de chercher mieux que ça.

Sauf qu’une fois sur place, à l’adresse indiquée par le consultant… il y avait effectivement un Paul’s, mais ils n’avaient jamais entendu parler de cette agence de consultants, n’avaient aucun entretien de programmé et n’avaient jamais entendu parler de moi non plus. Ah. Le malaise. Ils se sont excusés (ce n’était pas vraiment leur faute mais bon) et je suis rentrée chez moi. J’ai immédiatement appelé le consultant qui n’a pas décroché. J’ai rappelé en numéro masqué, il a décroché mais semblait très mal à l’aise lorsque je lui ai dit que je m’étais présentée et ce qui s’était passé. Il m’a dit qu’il allait les rappeler et voir ce qui avait cloché. Je n’ai plus jamais entendu parler de ce consultant et je n’ai pas trop cherché à le relancer. Le premier posteur du forum avait raison, il voulait probablement mes infos dans sa base de données et point barre.

J’ai trouvé ça un peu con de sa part, il aurait pu être honnête dès le début, me dire qu’il enregistrait mes données pour me proposer quelque chose plus tard mais qu’il n’avait rien pour le moment. J’aurais été déçue mais j’aurais accepté dans l’espoir d’être recontactée un jour. Après ça s’il m’avait recontactée je l’aurais très clairement envoyé chier.

Et puis il y a quelques jours, voilà que je reçois un appel. Numéro inconnu, aucune candidature en cours, je ne décroche pas. Mais arrive un message sur mon répondeur : une consultante en recrutement se présente, présente son entreprise et me parle d’une opportunité de carrière dans la vente à domicile. Bon, la vente à domicile, ça ne m’intéresse vraiment pas du tout, mais j’ai quand même été voir sur son site ce qu’elle proposait : uniquement des stages et des apprentissages…. et pas pour de vrais métiers, uniquement de l’alimentaire du genre équipier McDo. Bordel, quitte à être équipière McDo, autant aller déposer son CV directement là-bas, au moins j’aurais un salaire au SMIC et pas un % du SMIC pour le même boulot. Je ne supporte pas les contrats d’apprentissage pour des boulots alimentaires, pour moi c’est ni plus ni moins que de l’abus. L’apprentissage, c’est fait pour apprendre un métier dans le cadre d’une formation professionnelle, c’est pas fait pour satisfaire les patrons de la grande distribution qui veulent des employés payés le moins possible.

Bref, j’étais agacée, mais par politesse (elle a pris la peine de me contacter après tout) je l’ai rappelée pour l’informer que je n’étais pas intéressée par son offre, mais que si elle avait de vrais contrats type CDD ou CDI à me proposer, là j’acceptais sans souci. Elle a commencé par tenter de m’envoyer des questionnaires sans répondre à ma question, car je lui ai évidemment demandé si elle avait autre chose que des stages ou de l’apprentissage à proposer. J’ai ajouté que je ne remplirai rien tant que je n’aurais pas la réponse à ma question, car je m’étais déjà faite avoir, et voilà qu’elle me balance un magnifique « Oh mais madame, dans votre situation un stage c’est mieux que rien ».

C’est vrai qu’un stage non rémunéré ou un contrat d’apprentissage qui ne paie même pas un SMIC plein c’est mieux que rien. Non, la précarité, ce n’est pas mieux que rien. Non, encourager les abus à l’apprentissage et aux contrats aidés, ce n’est pas mieux que rien. Et bordel à canard, avec un BAC+3, j’aspire à mieux qu’un contrat de 10 mois en tant qu’apprentie équipière McDo. Genre il faut 10 mois pour apprendre le métier, mais bien sûr. Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d’alu.

marmotte papier alu

La consultante n’a pas apprécié que je lui explique tout ça mais insistait pour que je lui remplisse ses documents et que je m’inscrive sur le site, j’ai refusé. Je n’aime pas qu’on se moque de moi ou qu’on me fasse des réflexions du genre. Ce n’est pas parce que je suis handicapée et en difficulté dans ma recherche d’emploi que je suis prête à ouvrir les fesses et à accepter n’importe quoi, ou même à encourager les abus. Je me demande comment est-ce qu’on peut se spécialiser dans l’emploi des personnes handicapées et ne proposer que de la précarité comme ça. Parce que bon, vu qu’elle ne propose que des stages, une fois que j’en ai fini un, elle me propose un deuxième ? Puis un troisième ? Et ainsi de suite, je bosse gratos jusqu’à la retraite ? Parce que le stage tremplin dans le monde professionnel, quand c’est un stage d’hôtesse de caisse, j’y crois moyen. Son entreprise ne propose que des boulots alimentaires précaires. Il n’y a pas de tremplin, à part pour de la précarité.

Bref, déjà que je n’avais pas une haute opinion des consultants en recrutement suite à ma première expérience, la deuxième enterre la profession à mes yeux. Je ne sais pas si je rappellerai le prochain qui me contactera… et vous, vous avez déjà eu affaire à des consultants en recrutement ? C’était une bonne expérience ?

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3 réflexions sur “Les consultants en recrutement et moi

  1. Hier au salon de la micro-entreprise, j’ai croisé quelqu’un qui voulait monter une structure pour accompagner les handicapés dans la création d’entreprises. Il est censé me recontacter pour que j’écrive les textes du site. Je te tiens au courant s’il revient vers moi.

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