Heureusement qu’il y a les marrons.

marrons chauds

Comme annoncé dans mon article précédent, j’avais rendez-vous hier avec une dame d’un cabinet de recrutement spécialisé dans l’emploi des personnes handicapées. Je n’étais pas bien enthousiaste car la formation en soi ne m’intéressait pas du tout mais j’avais quand même quelques questions.

Si on oublie les éternels problèmes de RER A à chaque fois que je me décide à sortir de mon trou, je suis arrivée à bon port plutôt facilement, pour une fois le site de la RATP m’a fait un trajet parfait. J’avais juste oublié de noter le sens dans lequel je devais prendre mon métro après, et j’ai dû demander ma direction. Ce n’est que la troisième personne interrogée qui a daigné me répondre et même me guider vers la bonne station, les deux précédentes m’ayant copieusement envoyée paître. Elles devaient penser que j’allais demander de l’argent, même si bon, avec ma pochette cartonnée et mon plan sous les yeux j’avais plus l’air d’une nana perdue que d’une mendiante, mais passons. Les parisiens n’ont jamais été un modèle de sympathie, il y a des choses qui ne changent jamais !

J’étais partie plus tôt que prévu à cause d’un énième incident voyageur et du coup, je suis arrivée en avance au cabinet. Une dame m’ouvre, me toise et m’annonce que je suis en avance et qu’elle ne peut donc pas me recevoir tout de suite. Et elle me ferme la porte au nez. Si je comprends bien je dois attendre dans le couloir alors qu’il y a plein de courants d’air et qu’en plus c’est un poil crade. Niveau accueil cette entreprise se hisse au niveau de celle-ci qui m’avait fait attendre dehors alors qu’il neigeait. J’ai du mal à comprendre le raisonnement de ces entreprises qui te font attendre dans des conditions limites comme ici. Niveau respect on repassera, et déjà qu’attendre dans un couloir poussiéreux traversé de courants d’air n’est pas très sain pour une personne normale, je vous laisse imaginer le cas d’une personne handicapée ! Ma maladie respiratoire et moi ne remercions pas cette entreprise. Il n’y avait même pas d’accès pour les personnes à mobilité réduite alors que c’est quand même un cabinet spécialisé dans le recrutement des personnes handicapées. C’est un peu paradoxal.

Au bout d’un quart d’heure, la personne revient pour me dire qu’elle peut me recevoir. Elle m’emmène dans une pièce qui pue la clope, me pose un dossier sur une table et me demande de le lire, et se barre. Ah ok. Je ne me gêne pas pour ouvrir grand la fenêtre vu l’odeur et je commence à lire le dossier, qui aux trois-quarts est une touchette sur l’entreprise leader-de-mon-hamster et qui pour le reste explique ce qu’est la formation et son utilité. Le truc qui ne me correspond pas du tout, les 9/10 de cette formation consistant en de l’aide administrative, pour faire son CV, ses LM, trouver les sites de recherche d’emploi, postuler, et faire des simulations d’entretien… des trucs dont je n’ai absolument pas besoin. La nana m’a quand même laissée une demi-heure avec son dossier que j’avais lu en même pas 5 minutes. Bref.

Elle finit par revenir et lance :

« Oh mon Dieu mais il fait froid ici ! »

« Désolée mais ça puait la cigarette alors j’ai ouvert… »

« Roooh mais ça ne va pas vous tuer non plus ! »

« Ben si justement, mon handicap est respiratoire. »

« Ah mince, désolée ! »

Mais elle a quand même fermé la fenêtre.

Déjà il faut savoir qu’elle a commencé à s’adresser à moi avec ce genre de voix nasillarde qu’ont certains adultes pour s’adresser aux enfants. J’ai fini par lui dire que je n’étais pas débile et qu’elle pouvait me parler normalement, parce que ça m’agaçait prodigieusement. Elle a fini par m’avouer que la plupart des personnes handicapées ont des problèmes de compréhension. Mais bien sûr. Et c’est sûr qu’en parlant bébé à la personne elle va comprendre plus facilement, logique hein ? Elle avait un de ces mépris pour le handicap, je me demande ce qu’elle foutait ici. Elle m’a dit plusieurs fois « Mais on dirait que vous n’avez rien, comment ça se fait que vous bénéficiez de la RQTH ? ».

Eh bien écoute grognasse, vu à quel point la MDPH est radine sur l’accord du statut de personne handicapée, de bénéficiaire de l’AAH et de travailleur handicapé, c’est sans doute pour une bonne raison, le genre de raison que toi, qui n’est pas médecin, n’a pas à remettre en question, ok ?

Elle a ensuite pris mon CV et s’est exclamée « Mais vous avez fait des études ! Une licence en plus ! ». Bah oui, et vu que j’ai été contactée sur CV c’est une information censée être connue. Visiblement non. Elle m’a marmonné que ce n’était pas elle qui m’avait contactée. Moui, la voix et le ton condescendant sont les mêmes en tous cas. C’est peut-être commun à la boîte vous me direz.

Mais voilà que la dame prend un air gêné et me dit que je ne suis pas du tout éligible à la formation. Vous savez cette formation géniale de 10 semaines qui mène à des boulots de caissière. Pardon, hôtesse de caisse. Oh et puis merde, c’est pareil. Je lui demande pourquoi et elle me répond que la formation est une aide pour accéder à l’emploi, pour les personnes non qualifiées qui ont pour ambition de bosser dans la vente. Pas pour moi qui suis déjà diplômée, qui n’ai pas besoin d’aide pour chercher et qui en plus est spécialisée dans un autre domaine.

En résumé, je suis venue pour rien. J’adore me ruiner en transports pour rien, c’est fou.

Elle m’annonce alors qu’elle va quand même garder mon CV au cas ou ils ont des formations ou des offres dans le domaine administratif mais elle ne m’a pas caché que les places étaient rares et que les profils compatibles étaient très nombreux. Elle s’est alors improvisée conseillère Pôle Emploi (s’improviser conseiller c’est le dada de tout le monde j’ai l’impression) pour me conseiller de reprendre mes études car je ne trouverai jamais rien en l’état. Mon CV dit « c’est une vendeuse » alors que mes ambitions disent « je veux bosser dans la rédaction ou l’administration ». Donc soit je reprends mes études en alternance pour faire virer mon CV de bord soit je trouve des stages, ou alors j’arrête d’accepter des boulots qui n’ont aucun rapport avec ce que je veux faire de ma vie.

En soi elle n’a pas tort, mais bon, reprendre des études c’est long et pas forcément gratuit. Je vais déjà attendre de voir ce que donne mon concours. Si je le réussis le problème ne se posera plus.

Heureusement qu’il y avait un vendeur de marrons chauds à la sortie de l’immeuble. C’est un petit plaisir de mon enfance, ma mère m’en offrait toujours un cornet après mes examens médicaux, lorsqu’on venait à Paris pour les examens de santé annuels.

Bon, dans mes souvenirs, je grelottais à côté du réchaud pendant que ma mère prenait les cornets, et on les mangeait ensemble en essayant de s’en piquer l’une l’autre. Là, j’étais toute seule et une nana a essayé de me faire les poches pendant que j’attendais. Je l’avais repérée et je l’ai laissée faire. Mes effets personnels et mon argent sont toujours dans ma sacoche que je porte en bandoulière sous mon manteau. Je n’ai rien dans mes poches. Rien à part des mouchoirs sales. Elle a retiré sa main, dégoûtée. Bien fait. Elle s’est faite chambrer par le vendeur de marrons qui visiblement l’avait aussi repérée et la laissait faire. Les vendeurs de marrons c’est plus ce que c’était… j’aurais mieux fait d’aller m’acheter une poutine au marché de Noël de la Défense comme je voulais faire à la base.

Il y a des moments où l’on ferait mieux de suivre son instinct. Je ne le sentais pas et à raison une fois de plus. Je constate dans tous les cas que la discrimination envers les personnes handicapées a de beaux jours devant elle, vu que même au sein de cabinets spécialisés on retrouve des gens pleins d’idées reçues et de mépris !

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14 réflexions sur “Heureusement qu’il y a les marrons.

  1. Alors là le mépris y en a une grosse dose !
    Je crois que la première discrimination pour l’emploi des personnes handicapées c’est que tout le monde pense qu’elle ne peut pas faire des études… (j’ai failli ne pas toucher d’AAH entre mes 18 ans et mon premier travail (je suis encore étudiante) sous prétexte que mon handicap n’empêche pas l’accès à l’emploi… bah d’accord, mais je suis étudiante…

    Aimé par 1 personne

    1. Quand j’étais étudiante on ne voulait pas m’accorder l’AAH parce que justement je n’étais pas dans le monde du travail et que donc je n’avais pas besoin de compensation… ah ben non, mon handicap n’a pas pris de vacances pendant mes études, désolée ! J’ai tout touché en rétroactivité à la fin. Au moins j’ai touché quelque chose, mais si j’avais eu l’AAH pendant mes études j’aurais pu étudier dans une autre ville et passer un diplôme plus intéressant !

      Aimé par 1 personne

      1. Ben voilà exactement ce qui m’est arrivé… sauf que j’ai fait appel et ils ont cédé… (et je leur ai tellement fait chier qu’ils ont ensuite renouvelé sans me revoir en commission… 😉 )
        C’est vraiment énérvant et révoltant ! Parce que le message subliminal de la MDPH (comme la société entière…) c’est : une personne handicapée ne fait pas d’études (et surtout pas des études longues…)
        Quand mes parents sont allés à la MDPH pour se renseigner sur les possibilités d’aide dans les études post-bac on leur a répondu « bah elle peut faire un BTS horticulture ! » Ah, ok, génial… Mon handicap est physique hein, je m’orienterais plus dans quelque chose d’intellectuel.. mais bon…

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      2. Oui moi aussi j’ai fait appel, mais le temps que ça se fasse j’étais en troisième année de licence, c’était un peu tard… et ça m’a bien énervée parce qu’avec l’AAH j’aurais pu financer mes soins et mes études dans une autre ville avec des perspectives plus intéressantes que la fac de ma ville qui n’était pas extra. J’étais passée devant la commission, ils étaient tellement hypocrites à me dire qu’une licence de langues c’est génial et ça ouvre plein de portes… mais bien sûr !

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      3. En théorie le concours est en février, mais je n’ai toujours pas reçu confirmation de la date. Par contre des papiers pour me demander des documents que j’ai déjà envoyés ça ils connaissent, pas de problème ! Il y a aussi un oral, après l’écrit. Si je ne réussis pas l’écrit je ne suis évidemment pas admissible à l’oral ^^

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  2. Si ils lisaient les cv déjà ça serai un grand pas, parce qu’handicapée ou non, on se fait souvent convoquer pour rien et avoir droit à la découverte du cv en direct…
    Quant au ton condescendant… franchement sans commentaires…
    Il manque du respect 😡 et ça vaut pour tes marrons aussi.

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