Un entretien inattendu… à Versailles !

chateau versailles jardins

Il y a quelques jours, j’ai reçu un mail particulièrement inattendu : en effet, il y a plusieurs mois j’avais postulé pour travailler à Versailles en tant que saisonnière, mais ce n’était pas la première fois que je postulais là-bas et je n’avais jamais reçu aucune réponse. Du moins, jusqu’à maintenant. J’avais un peu honte car je ne me souvenais même plus de l’offre, j’y avais postulé en 4e vitesse sans grand espoir, principalement pour laisser une trace de candidatures à ma conseillère Pôle Emploi.

Ne vous méprenez pas, travailler au Château de Versailles me motiverait grandement (je suis une grande amoureuse des monuments historiques), mais comme j’y avais déjà postulé sans réponse cette offre entrait dans la catégorie « ne te prends pas la tête, on ne te répondra jamais » et ce genre d’offres je les expédie rapidement et les oublie aussitôt. Comme quoi c’est une erreur.

La personne me proposait donc de choisir entre deux dates pour une présentation collective de la société (une société privée, annexe au Château, qui s’occupe de l’évènementiel) et un entretien individuel pour mesurer ma motivation et mes compétences. Le job consiste à travailler en tant qu’hôtesse de caisse chargée de la vente de billets pour les spectacles du Château de Versailles, notamment les jardins.

L’avantage du Château de Versailles, c’est que je l’ai en ligne directe de chez moi et je ne mets pas énormément de temps à y aller, et c’est moins cher qu’aller à Pôle Emploi. L’inconvénient, c’est qu’il y a très peu de bus et qu’il ne faut pas le rater ni trop s’attarder.

A chaque fois que je mets les pieds dans un complexe historique, je ne peux pas m’empêcher de me dire que les pavés que je foule sont plus vieux que mes grands-parents et ça me donne le vertige. Et puis Versailles c’est quand même putain de beau. Ces dorures, ce luxe, ça me renvoie en pleine face un niveau de vie que je ne connaitrai sans doute jamais mais c’est magnifique à regarder. Ce serait encore plus beau sans les touristes, mais c’est l’un des sites les plus visités de France, donc forcément, du monde, il y en a. Je n’ai pas pu m’empêcher de flâner un peu, arrivée en avance, mais connaissant mon sens de l’orientation pourri j’ai préféré me diriger vers le bâtiment de la réunion, que j’ai un peu galéré à trouver. Il n’y avait personne, tout le monde était parti en pause déjeuner, donc avec deux autres personnes nous avons attendu dehors que quelqu’un arrive.

Heureusement, nous n’avons pas attendu bien longtemps et on nous a dirigés dans la bonne salle avant de nous laisser pour attendre les autres. J’ai toujours autant de mal à comprendre que l’on puisse arriver en retard à un entretien (ok, la desserte du 78 est vraiment mauvaise, mais quand même !), mais il y avait des retardataires.

La dame a fait l’appel, je n’étais pas vraiment ravie de voir que l’on était une quinzaine mais au fond ce n’était pas si étonnant. Quand on me rappelle c’est uniquement pour les entretiens de masse où on convoque en même temps trouze mille personnes. J’ai remballé mon pessimisme, prête à écouter sagement, mais en fait on nous a distribué de petits questionnaires, en nous disant de ne pas nous affoler car « si vous ne savez pas, ce ne sera pas déterminant sur votre embauche » mais bon, il ne faut pas se leurrer, s’ils prennent la peine d’imprimer une quinzaine de questionnaires ce n’est pas non plus pour remplacer le PQ aux toilettes. Donc il y a une certaine pression. Il s’agissait de questions sur les jardins, de culture générale, par exemple quelle est la personne qui les a construits, de quel type de jardins s’agit-il, etc. Des questions auxquelles il est facile de répondre lorsqu’on a préparé un minimum son entretien mais prévenue à la dernière minute et malade la veille, je n’avais rien préparé. Heureusement en tant que passionnée d’Histoire, j’ai malgré tout pu répondre à la majorité des questions. Il y avait également des exercices de traduction en anglais, car Versailles est visité par des touristes de tous horizons et la langue internationale est l’anglais, donc autant maîtriser cette langue, logique.

Ensuite, nous sommes passés aux entretiens individuels, les plus pressés sont passés en premier et j’ai fini par prendre mon tour, les filles ayant commencé à discuter entre elles. J’ai participé un peu à la conversation mais sans plus, je ne suis pas une grande bavarde. Cependant j’ai retenu qu’au moins trois d’entre-elles avaient déjà exercé ce poste la saison dernière, et seront donc très probablement reprises. Il y a dix postes et c’est un peu évident que quitte à choisir entre des débutants et des expérimentés, ce sont les expérimentés qui seront pris. Les entreprises sont toutes les mêmes à ce niveau. Je n’étais donc pas vraiment dans un bon état d’esprit en commençant l’entretien, mais je n’avais pas non plus envie de laisser tomber.

La dame a commencé par me demander quel était mon opinion sur le poste suite à sa présentation et je lui ai indiqué que j’étais toujours motivée. On parle de travailler au Château de Versailles, ce n’est pas une occasion qui se représentera de sitôt. J’ai envie de donner à mon CV l’aura du Roi Soleil bordel ! Elle m’a ensuite montré un des petits boxs en bois dans lesquels je serai supposée travailler, en ne me cachant pas que l’été, c’est une vraie fournaise à l’intérieur. J’ai un peu tiqué, parce qu’avec ma santé fragile je supporte très mal la canicule, mais je n’en ai rien montré et je me suis toujours dite motivée malgré mes doutes.

C’est là qu’elle m’a demandé de faire une courte présentation en anglais. Je ne sais toujours pas ce que mon cerveau a décidé de faire, mais il a pris son indépendance et je me suis entendue… refuser de parler en anglais ! Je n’étais pourtant pas stressée mais je crois que mon gros manque de confiance en moi a parlé à ma place. Je n’ai pas pratiqué depuis 2011, j’ai énormément perdu tant en vocabulaire qu’en fluidité. Je ne me sentais pas capable de le faire mais je comptais le faire quand même, sauf que mon cerveau en a décidé autrement. Surprise, la dame m’a dit que c’était décevant de la part de quelqu’un qui a un diplôme en langues (comme si ça signifiait quelque chose, c’est tellement simple à obtenir un diplôme en langues) et s’apprêtait à mettre fin à l’entretien, quand j’ai décidé de me reprendre et j’ai fait une petite présentation du travail que j’ai fait en refuge à une époque. Je me suis trouvée hésitante, vraiment pas convaincante, mais la dame m’a dit de ne pas me sous-estimer, car elle avait entendu bien pire.

Je pense que la prise d’indépendance de mon cerveau me coûtera le poste, malgré ma reprise, car il est important d’avoir confiance en soi pour faire face à une hordes de touristes enragés et pour le coup même si la dame m’a dit que l’entretien était satisfaisant j’ai quand même bien merdé.

Cependant je pense que ce n’est pas plus mal car je ne suis pas sûre de pouvoir assurer pour deux raisons :

  • Le transport, car la ligne 1 a de base des horaires assez pourris hors période scolaire (genre un ou deux bus par heure) et le travail se fera principalement le samedi et le dimanche. Je ne sais même pas comment est-ce que je vais pouvoir rentrer chez moi les dimanches, ça va être horrible. Apparemment on finit toujours avant 20h mais il faut aussi tenir compte du comptage de la caisse après fermeture, qui peut prendre du temps. Et déjà que les horaires sont moisis en temps normal, vous imaginez pendant les vacances scolaires ? Et je ne connais personne qui accepterait de venir me chercher ou me déposer tous les week-ends pendant sept mois.
  • Les conditions de travail. Le fait de très mal supporter la chaleur est dû à mes problèmes de santé, ce n’est donc pas une question d’efforts, et je ne suis pas sûre de pouvoir supporter d’être enfermée toute la journée dans une fournaise sans ventilateur. On a des bouteilles d’eau à disposition mais ça ne changera pas grand chose, surtout que ça me donnera très probablement envie d’uriner toutes les deux minutes sans avoir la possibilité d’aller aux toilettes.

Bref, je vous avoue que même si je suis prise malgré ma bourde je ne suis pas sûre de pouvoir assurer le job et ça m’embête vraiment, car travailler dans un monument historique c’est quand même quelque chose à ne pas rater à mes yeux. Surtout Versailles qui est l’un des plus gros complexes de France. J’ai vu qu’il existait un service presse, qui me correspondrait peut-être mieux, c’est à voir. Si je vois une annonce je postulerai sans doute, en attendant de savoir ce qu’il en est de mon concours de bibliothécaire.

Je pense que si je suis prise je tenterai le coup, ne serait-ce que par respect envers mon homme qui pour nous faire vivre supporte ce qui est insupportable à ses yeux, à savoir la fainéantise, la corruption et l’injustice.

Par contre, si je réussis le concours je pense que je privilégierai cette voie, car ce job à Versailles, bien qu’intéressant, reste un CDD tandis que la fonction publique, c’est la sécurité de l’emploi qui m’attend après mon stage d’un an. Et mine de rien ça pèse dans la balance.

Je me permets de rajouter un petit EDIT suite à une réflexion qui m’a été faite sur Inspillia :

Non, je ne suis pas à la recherche du boulot parfait. Depuis le temps que je cherche, je suis bien consciente qu’il y aura toujours quelque chose qui ne va pas. Lorsque je relève les « points négatifs » de ce poste dans mon article, je ne dis pas que je vais refuser à cause de ça. Je relève ces points, justement. Le poste ne permet pas d’aménagement pour mon handicap, il s’agit de petits cabanons préfabriqués, assemblés pour la saison et démontés ensuite. Ils font vite office de fournaise en été, la recruteuse a insisté là-dessus. L’entreprise fournit de l’eau pour aider à tenir mais ça ne change rien au fait que bosser dans une fournaise est déjà difficile pour les personnes de constitution normale, donc je vous laisse imaginer pour quelqu’un de plus faible. Quand il fait trop chaud, je peine énormément à respirer. Quand je peine trop à respirer, je fais des malaises, des vertiges. C’est comme ça.

Je ne suis pas « trop exigeante » mais oui, je cherche quand même quelque chose qui ne mette pas le peu de santé qu’il me reste en danger. Je suis fragile, j’en ai conscience, à une époque j’étais prête à mettre ma santé en péril pour travailler car j’obéissais au Grand Manitou du « Il faut bosser à tout prix, on ne peut s’épanouir que dans le travail, si tu ne bosses pas tu es un rebut » mais entre-temps, et après beaucoup de murs en pleine tronche, j’ai mûri et je ne suis plus prête à ça. Des opportunités, j’en aurai probablement d’autres un jour, dans des domaines qui ne mettront pas ma santé en danger.

C’est ça aussi, le handicap. Devoir refuser un poste qui nous plaît, une opportunité en Or, parce que notre santé ne nous permet pas de l’accepter. Il n’est pas là question d’efforts mais de bon sens. C’est stupide de se mettre en danger pour un travail. Le travail remplira votre compte en banque (et encore, ça dépend) mais il ne vous rendra pas votre santé. Les malaises à cause de la chaleur, les insolations attrapées rien qu’en allant chercher son courrier, je connais, et donc je trouve légitime de douter de mes capacités à remplir les conditions de ce travail, même si le fait de travailler à Versailles me plaît beaucoup.

Si certains sont prêt à se mettre en danger pour se donner corps et âme à leur travail, grand bien leur fasse, mais ce n’est pas ma mentalité. Je tiens à me préserver avant tout, car rien ne me rendra ma santé et la plupart du temps, on a aucune reconnaissance pour notre investissement.

Et puis, merde, je vais avoir 26 ans. A 26 ans je suis quand même libre de prendre les décisions qu’il me chante sans avoir droit à des réflexions de la part de personnes qui ne me connaissent pas. A 26 ans je me connais, je connais mes points forts mais aussi mes faiblesses, je sais ce que je suis capable d’endurer ou non, je sais aussi que je ne veux pas me mettre en danger pour un travail. A 26 ans je suis suffisamment mature pour savoir ce qui est bon ou non pour moi, ce que je peux faire ou non.

Je verrai ce que ça donne pour ceci. Si je suis prise, je peux commencer la saison puisque ça commence en mars, et les grosses chaleurs arriveront plus tard. Mais je ne suis pas sûre que ça me serve si je dois les lâcher au beau milieu d’une période de rush parce que je ne supporte pas des conditions de travail dont on m’a avertie dès le début.

Ma priorité reste le concours de bibliothécaire, qui me permettra de travailler dans un milieu qui peut s’adapter à mes soucis de santé et qui surtout me garantira une certaine sécurité de l’emploi.

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2 réflexions sur “Un entretien inattendu… à Versailles !

  1. J’ai bien aimé ta partie « Edit » ^^.
    J’ai 27 ans, et à 27 ans, en ayant eu « peu  » d’XP ( genre 2-3 ans en comptant mes stages..) et bien je sais ce que je ne veux plus et ce que je veux. Je connais mes points forts et faibles et surtout je ne veux plus à devoir subir un travail simplement parce qu’il faut travailler.. Se tuer à petit feu, à quoi bon?

    Et tu as bien raison de t’écouter, d’autant plus que tu as un handicap.
    Le boulot, comme tu le dis, n’est pas une priorité.

    Et si tu es prise, tu fais autant que tu peux à la fin à la limite tu te mets en arrêt maladie.

    Bref. Bon courage.

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