Endométriose, monde du travail et congé menstruel

endométriose

Vous l’ignorez peut-être mais du 7 au 13 mars se tient la douzième édition de la semaine de prévention et d’information sur l’endométriose. C’est une maladie qui, malgré la relative bonne participation des médias reste très peu connue, et surtout, très décriée de la part de certains.

Il se trouve que c’est une maladie dont je suis atteinte. J’ai mes règles depuis l’âge de 10 ans et j’ai commencé à avoir d’énormes douleurs vers 11 ans. A l’époque, ma mère subissait exactement la même chose, mais notre médecin n’a jamais songé une seule seconde à l’endométriose. Le gynécologue de ma mère non plus. Ils se contentaient de nous dire que nous étions des chochottes tout en nous prescrivant des anti-douleurs basiques qui ne faisaient rien.

Ma mère a été libérée vers 45 ans, lorsque son cancer du col de l’utérus a entraîné une hystérectomie. Moi, par contre, j’ai continué mon calvaire dans l’indifférence générale, tant des proches que du corps médical. Étant donné que j’étais déjà suivie médicalement pour ma dyskinésie ciliaire (une maladie aux symptômes très proches de la célèbre mucoviscidose), personne ne se préoccupait de moi sur le plan gynécologie.

L’endométriose ne m’a été diagnostiquée qu’à 25 ans. Et encore, par pur hasard plus qu’autre chose. J’avais rédigé un article sur mon blog humeurs pour en parler, tant le problème devenait de plus en plus insupportable. Et là, révélation : plusieurs personnes m’ont parlé de l’endométriose, des manières de se faire diagnostiquer, et m’ont dirigée vers d’autres blogs qui en parlaient. J’ai reconnu mes symptômes dans la description de la maladie et je me suis décidée à surmonter mon aversion pour les gynécologues. Le diagnostic a été assez éprouvant, car je suis TRÈS pudique, je ne supporte pas qu’on me touche, donc forcément, ce type d’examens m’a demandé un sang froid exceptionnel pour ne pas coller ma main dans la figure du pauvre personnel soignant. Bref, je ne vais pas m’attarder sur la question, j’en avais déjà parlé dans cet article.

Le premier problème qui se pose, lorsqu’on a des règles aussi handicapantes, douloureuses, c’est « comment est-ce que je vais gérer ça au travail ? ». Les médicaments que l’on m’a prescrits jusqu’ici n’ont jamais réussi à endiguer la douleur au point de pouvoir faire une journée de travail normale comme si de rien n’était. Et puis, les règles ne prennent pas de pause pendant la période d’essai d’un contrat, aussi.

S’absenter du travail, ce n’est pas comme s’absenter de cours, on ne peut pas faire ça comme ça et rares sont les patrons compréhensifs au point de ne pas broncher lorsque leur employée leur dit « je ne peux pas venir au travail, j’ai mes règles ». Pour eux, c’est un peu comme ces collégiennes qui ont leurs règles chaque semaine au moment du cours de sport. Des nanas qui n’ont pas envie de bosser. On parle du congé menstruel depuis quelques années déjà mais à chaque fois, c’est blindé de réflexions sexistes, ou d’accusations de sexisme, justement, parce que ce serait réduire la femme à son utérus. Bah écoutez, lorsque je me tords de douleur en me retenant de hurler chaque mois (bon, ok, je ne me retiens pas toujours), je m’en fiche un peu d’être réduite à mon utérus, si ça me permet de me reposer (en même temps je serais totalement improductive, la douleur est trop insupportable pour se concentrer sur un quelconque travail). Et si ces messieurs sont jaloux, eh bah, qu’on invente une machine leur permettant de ressentir ce genre de douleurs chaque mois, on verra ce qu’ils auront à dire. Balancer des réflexions lorsqu’on ne sait pas de quoi on parle, c’est assez gonflé.

Mais hélas, les douleurs menstruelles sont trop souvent considérées comme de la comédie, y compris de la part du corps médical. Pendant des années on m’a dit que j’étais une chochotte, on me l’a même dit après une hémorragie alors que je m’étais évanouie à cause de la douleur et de la perte de sang. On a beau parler de l’endométriose, ça ne suffit pas. C’est comme pour tout, parler c’est bien, agir c’est mieux. On a besoin que les gens cessent de déconsidérer les femmes qui souffrent de ça, qu’il s’agisse d’endométriose ou non. Ça reste une perte de sang, parfois importante, donc il y a la fatigue, l’inconfort, les réflexions à la con à subir du genre « oh lala, si tu es comme ça c’est parce que t’as tes règles ! »… avec ou sans douleur ça reste une période pénible.

Dans mon cas, il y a aussi le cumul de l’endométriose avec la dyskinésie ciliaire, ce qui parfois donne des combos assez impressionnants, qui peuvent même nécessiter une hospitalisation (j’ai beau lutter, j’ai beau avoir énormément de volonté, j’ai mes limites). Je bénéficie de la RQTH pour la DCP mais elle ne comprend pas les excuses pour cause de règles.

Je ne suis pas une grande féministe (bon, j’ai une mentalité féministe, mais j’ai tendance à m’éloigner des mouvements féministes) mais je trouve quand même gonflé de voir qu’en tant que femmes, en plus de se prendre des difficultés supplémentaires à cause de notre capacité à tomber enceintes (j’suis stérile, la femme parfaite je vous dis !), on est obligées de se battre pour faire reconnaître l’endométriose comme une maladie réelle et non comme « une douleur qui est dans la tête », avec les mesures qui s’imposent.

Après, on a pas toutes la même réaction face à la maladie, certaines restent capables de travailler, certaines réagissent mieux aux traitements… et surtout vu les abus qu’un congé menstruel pourrait engendrer nous ne sommes pas prêtes de voir ça instauré en France. Ce serait comme à l’école, des filles pour qui les règles se passent très bien demanderaient un congé parce qu’elles n’ont pas envie de bosser. Ou alors comme par hasard les règles tomberaient pendant les soldes. Bref.

J’ai aussi peur que ce soit la porte ouverte à de nouvelles discriminations, car un congé menstruel, même de quelques jours, c’est quelque chose que la grosse majorité des employeurs n’approuvera pas. J’imagine bien les nouvelles questions discriminatoires du genre « Est-ce que vos règles sont douloureuses ? » que l’on pourra ajouter aux éternels « Est-ce que vous voulez des enfants ? » ou « Est-ce que vous êtes en couple ? ».

J’avais déjà parlé de ce problème avec mon homme et nous n’avons pas vraiment de solution. Mes règles sont trop douloureuses et il est évident que je ne pourrai pas assurer un job pendant cette période. Essayer de le cacher ne sert à rien mais en parler n’est pas productif non plus, l’employeur risquant de prendre peur et d’embaucher quelqu’un qui posera moins de soucis. Même le mi-temps n’est pas une solution parce que les règles peuvent très bien tomber pendant une période travaillée (elles ne sont pas régulières alors que ça fait presque 16 ans, pour s’organiser c’est top !). Le congé menstruel est une solution, à voir ce que ça donne financièrement, et à voir si un patron est capable de comprendre que des règles peuvent être irrégulières même après plusieurs années et que si ça tombe comme par hasard pendant les soldes, bah ce n’est pas de la mauvaise volonté.

Même si les commentaires des articles qui en parlent restent particulièrement odieux en majorité, c’est quand même bien d’en parler, ça reste un pas en avant. J’ai l’impression qu’en France, c’est toujours très long pour instaurer des mesures qui sont déjà en place dans d’autres pays depuis des années, donc le plus tôt sera le mieux.

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8 réflexions sur “Endométriose, monde du travail et congé menstruel

  1. Un congé menstruel je ne sais pas, mais qu’au moins les médecins prennent conscience des douleurs insupportables que l’endométriose peut engendrer. J’ai été malade une semaine tous les mois pendant des mois, et jamais un arrêt. J’ai utilisé tous les CP et les RTT que j’avais en rab.
    Aujourd’hui j’ai une ALD et une invalidité de catégorie 1 pour endométriose. Pourquoi? Parce que j’ai subi une très lourde opération et que je n’arrive pas à surmonter la fatigue depuis 2 ans…
    Parlons de l’endométriose, de la nécessité d’une prise en charge rapide, pour éviter au maximum les dégâts qu’elle peut faire…

    Aimé par 1 personne

    1. Ton témoignage est intéressant ! D’autant plus intéressant que lorsque j’ai fait mon renouvellement de RQTH pour ma dyskinésie, on m’a assuré que l’endométriose n’était pas reconnue comme un handicap et qu’il faudrait faire avec ! Sauf que quand on débute sa carrière pro et qu’on a pas encore accumulé congés et compagnie, on fait comment ? :s

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      1. En fait ça dépend beaucoup des CPAM. Presque impossible en région parisienne apparemment. J’ai obtenu l’ALD pour une opération comprenant l’ablation de l’utérus, une partie du vagin, de la vessie, du rectum… l’étendue des atteintes m’a permis d’être « hors liste ». Mais même le spécialiste de l’endométriose n’y croyait pas…
        L’invalidité ça a été après 6 mois d’arrêt, un an de mi temps thérapeutique sans amélioration… Je pense être tombée sur des personnes compréhensives…
        Pour les douleurs, l’ostéopathie peut vraiment aider. As-tu vu le documentaire diffusé mardi sur France 5? Il y a des pistes intéressantes…

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      2. Ah oui, en résumé on t’a laissée souffrir bien longtemps avant de daigner reconnaître quoi que ce soit… c’est affligeant ! De mon côté ça s’étend, j’aimerais me faire opérer, mais comme je n’ai pas d’enfants, c’est non… j’ai rendez-vous avec une gynéco « féministe » en mai, on verra si ça évolue.
        Je n’ai pas vu le documentaire non, je n’ai pas de télé. Il y a un replay quelque part ?
        En région parisienne les médecins sont surbookés et ça se sent, ils n’ont pas envie de s’attarder sur le cas de qui que ce soit. Vivement que je puisse me tirer d’ici T_T

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  2. Salut !! Coup de cœur pour ton article !
    Je ne suis pas atteinte d’endométriose mais mes règles sont terriblement douloureuse depuis que j’ai une gastrite chronique active (chopée pendant un voyage qui a du se raccourcir en plus – trop nul). Mais depuis – ça fait un an et demi – je galère avec le boulot. Et le passage concernant la recherche de travail, les congés, le fameux « regles douloureuses », ma profondément touchée, tant je me suis reconnue dans tes mots.
    Avec mon conjoint, on se demande comment je vais pouvoir pour « retravailler normalement ». À chaque fois c’est un nouveau combat qui se résume par un échec total… Mais bon la vie est pleine de surprise donc je n’abandonne pas !

    Qu’en est-il de vous ? Niveau boulot ? Ça se passe comment ?

    Aimé par 1 personne

    1. Niveau boulot c’est toujours aussi mort, mais ce n’est pas totalement de la faute du handicap, c’est aussi dû au fait qu’il y a peu d’offres réelles et donc forcément ça réduit les possibilités.
      Mon homme et moi on se demande aussi comment travailler normalement, vu qu’on refuse de m’opérer pour me débarrasser des règles, et ce qui en ressort c’est qu’à moins de créer mon propre emploi ça risque d’être compliqué. Ou alors, c’est toujours pareil, il faut tomber sur un employeur compréhensif, mais ça, ça n’existe pas ^^

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