Alors, t’es contente de travailler ? Ça fait du bien hein ?

Oui, oui, depuis une semaine j’ai un petit boulot en 30h. Ne vous emballez pas, pas d’entretien épique ni rien, c’est juste que le directeur de l’entreprise de mon homme a décidé de dire oui à ma candidature pour un remplacement, alors qu’habituellement il fait tout pour bloquer mon recrutement en utilisant tous les prétextes du monde. Ne me demandez pas pourquoi il a dit oui cette fois, je n’en sais rien du tout ! Mais je ne vais pas me plaindre. Je couve un projet de création d’entreprise (dont le seul frein est l’argent, en fait) et mon homme, qui est passé de sceptique à encore plus motivé que moi voulait me former aux techniques de logistique, de gestion, à la manière de faire un facing, etc. Bon, ça tombait un peu mal car évidemment, il part en vacances une semaine après mon arrivée et donc ne peut pas me montrer tout ce qu’il voulait me montrer, mais c’est toujours ça de pris.

youpi

J’ai donc commencé en début de semaine, prévenue du jour au lendemain, mais passons, ce n’est pas comme si j’étais débordée en ce moment (les offres intéressantes sont aussi rares que l’honnêteté chez nos hommes politiques).

Mon homme a donc commencé ma formation, et je vous avoue qu’être employé libre-service n’est pas aussi simple que ça en a l’air, surtout quand on manque de bras et de matériel. Je me suis révélée un peu lente (en même temps quand tu connais pas du tout un rayon, que t’ouvres un carton avec des produits dedans, ben tu sais pas où se rangent les produits en question, logique, donc tu perds du temps à scruter partout pour voir où ça se range… sachant qu’il n’y a pas forcément de produits similaires déjà installés, donc il faut regarder les étiquettes….) mais j’ai vite appris. J’ai commencé par un rayon simple, la pâtisserie industrielle, histoire d’apprendre tranquillement les bases.

Puis il a fallu attaquer les rayons de la personne que je suis censée remplacer, qui sont des rayons très difficiles car extrêmement bordéliques et parmi les plus fréquentés du magasin : céréales, café, thé (et aussi les sucres et farines qui traînent au bout). Je devais être avec un autre employé qui devait me former pour ce rayon (mon homme ayant autre chose à faire ce jour-là), mais lorsqu’il a appris que j’avais été affectée au café, ce dernier en a profité pour s’en laver les mains, et il m’a laissée toute seule dans ce rayon difficile et totalement inconnu. Pas l’ombre d’une explication et d’une formation. En plus de cela il y avait un gros arrivage. Je me suis retroussé les manches et j’ai commencé à travailler, un peu n’importe comment et surtout très lentement (y’a des centaines de références x.x), et lorsque mon homme s’est aperçu que l’autre était parti se toucher la nouille pendant que je faisais son travail, forcément, il a pété un câble.

Aucun professionnalisme de la part du gars qui me laisse toute seule dans le rayon alors qu’il est supposé être intégrant, c’est à dire qu’il apprend à devenir chef avec toute la connaissance et surtout la pédagogie que ça implique… et que visiblement il n’a pas encore acquise.

Seule, je m’en suis plutôt bien sortie, mais étant très lente forcément j’ai dû être aidée sur la fin. Mais j’ai fait deux autres jours dans ce rayon et j’étais beaucoup plus rapide : forcément, une fois qu’on connaît la logique de l’agencement du rayon ça va beaucoup plus vite. La seule chose qui me pose problème ce sont les nouvelles références qu’il faut intégrer en rayon, parce que généralement, ben… y’a pas de place, c’est blindé.

Je suis malgré tout contente d’avoir pu toucher à ce métier (mon contrat finit le 17 avril s’il n’est pas prolongé, encore la malédiction des deux semaines) car il est plus difficile qu’il n’y paraît. Après je ne suis pas si fatiguée que ça, je m’attendais à être rapidement crevée, mais pas vraiment. J’étais bien plus fatiguée lorsque j’étais en fromagerie, mais je pense que le stress de la collègue toxique devait beaucoup jouer.

Mais bon, ce qui m’agace le plus avec ce nouveau contrat, ce sont les réflexions de mon homme et de quelques personnes qui connaissent ma situation, qui ne peuvent pas s’empêcher de me sortir « Alors tu es contente de bosser ? Ça te fait du bien un peu hein ? ».

Contente de bosser ? Du bien ? Du bien, vraiment ? J’ai les mains complètement défoncées, pleines d’écorchures et d’échardes (si on veut aller vite et enchaîner les cartons, ben on a pas des mains de princesse), je suis dans un domaine qui n’est pas le mien, j’ai droit à des regards de travers de certains qui jasent parce que je suis la nana de leur chef, sans avoir la moindre idée du point auquel je sue pour le moindre contrat, je suis plus fatiguée que d’habitude, wah, c’est fou ce que ça fait du bien !

Certains prendront leur air condescendant pour me dire que je gagne enfin ma vie, mais non : ça va faire exactement comme en fromagerie, au prochain trimestre la CAF enlèvera sur mon AAH le double de ce que j’aurai gagné. Donc non je ne la gagne pas vraiment, je perds de l’argent lorsque j’accepte un contrat court comme ça.

Je n’ai accepté ce contrat que pour être formée aux techniques qui me serviront si un jour je parviens à ouvrir mon propre magasin : le reste, je m’en fiche éperdument. Je ne fais pas partie de ces gens qui mettent le travail et l’argent au dessus de tout (j’ai récemment lu un top de femmes qui sont considérées comme ayant réussi… on a droit uniquement à des businesswomen, comme si la réussite était forcément liée au travail et à l’argent… genre les femmes qui ont participé à la recherche, elles sont inutiles malgré toutes les vies sauvées ? Celles qui s’investissent dans l’humanitaire au lieu de ne penser qu’à leur cul ?). Je considère même cette tendance de l’épanouissement par le travail comme une plaie.

On gâche notre vie ! On nous vole notre enfance et notre adolescence avec l’école (qui pourrait être réduite de moitié si on arrêtait de nous apprendre des choses inutiles ou de nous faire des programmes scolaires copiés-collés d’une année sur l’autre), ensuite on doit travailler, et on en profite quand de la vie ? Quand notre corps est désormais trop fatigué pour courir les routes ? Je sais que j’avais déjà rédigé un article à ce sujet, mais aujourd’hui je le pense plus que jamais.

Alors non, je ne suis pas contente. Je ne suis pas contente de me casser le derrière pour un emploi que je n’ai jamais désiré et que je n’aime pas vraiment (on ne peut pas dire qu’il soit très stimulant, et moi j’ai besoin de stimulation intellectuelle), pour perdre de l’argent et n’avoir aucune reconnaissance puis-qu’après je retournerai à la case chômage, quelles que soient mes performances. Et non, ça ne me fait pas « du bien ». Je ne vois pas en quoi c’est censé m’en faire. On veut me faire ressentir de la culpabilité lorsque je suis à la maison, mais je ressens surtout un mélange de pitié et de compassion envers tous les gens persuadés d’avoir réussi leur vie juste parce qu’ils se crèvent le cul à deux doigts du burn-out (voir carrément dedans). Il m’arrive de ressentir de la culpabilité envers mon homme qui supporte de moins en moins le travail parce qu’il n’est pas fait pour ça, et que j’aimerais bien prendre mon tour pour qu’il puisse se reposer. Mais c’est tout.

Ce n’est pas parce que je suis au chômage que je passe mes journées vautrée dans ma fange. Je sais m’occuper, je sais même me rendre utile autrement que par le travail. Notamment en passant le balai derrière la connerie humaine, si on peut dire ça comme ça.

Enfin bon, je dis ça, mais lorsque je me prends la réflexion, je réponds juste un vague « ouais ouais » pour qu’on me laisse tranquille. Entrer dans un débat sera stérile, car les gens ne comprennent que difficilement cette mentalité. Enfin si ils la comprennent, mais ils sont jaloux car ça leur renvoie une image de gâchis de leur part. Alors ils la rejettent, persuadés d’être dans leur bon droit parce qu’ils ont un salaire qui leur permet de partir à la montagne l’hiver. Waaah.

Life is too short to wait

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