Et voilà, c’est fini, encore.

ELSSource

La malédiction des deux semaines a fait son office et je n’ai donc pas été renouvelée suite au petit contrat que j’ai fait en tant qu’employée libre-service. On m’a rassurée, si je n’ai pas été renouvelée, ce n’est pas à cause de mon travail mais parce que le magasin n’avait pas le budget pour ça. Il semblerait que pour une débutante, j’ai fait un travail tout à fait correct, voir meilleur que certains qui sont là depuis un bon moment. Alors que je n’ai reçu aucune formation pour le rayon que j’ai assuré, j’étais livrée à moi-même.

Mais pour une fois, je suis soulagée qu’un contrat se termine. Ce job n’est vraiment, mais alors vraiment pas fait pour moi.

La deuxième semaine, j’avais pris le rythme, mais je peinais un peu. Ce boulot est trop physique pour moi. J’ai signalé plusieurs fois que j’ai été embauchée en RQTH et que je ne suis pas censée porter de charges trop lourdes, mais personne n’en avait rien à cirer. On m’a même fait comprendre que si mon handicap était incompatible avec le poste pour lequel on avait gentiment accepté de me laisser ma chance alors je pouvais me barrer. J’ai décidé de rester, mais j’ai été plusieurs fois prodigieusement agacée par l’intégrant (celui qui était censé me former pour les rayons café/thé/céréales et qui ne l’a jamais fait) qui en me déballant mes palettes, faisait bien exprès de me mettre le plus lourd tout en haut alors que je suis petite et que les escabeaux ne sont jamais disponibles. Je lui ai dit plusieurs fois de me mettre le plus lourd en bas ou de ne rien faire (on est censés décharger nos palettes nous-mêmes), mais il ne m’a jamais écoutée. En plus il n’était pas foutu de retenir mon prénom, m’appelant sans arrêt Céline ou Lucile alors que je m’appelle Cécile. Pourtant il prononçait parfaitement le prénom d’une autre collègue qui s’appelle Cécilia. Mais faut croire que c’était un peu trop compliqué pour lui.

J’ai donc accumulé beaucoup de fatigue, d’énormes courbatures et j’ai même cru un moment que ma cicatrice au poumon s’était rouverte tellement je forçais parfois. J’ai pété un câble à un moment, lorsque je me suis blessée en descendant un énorme carton du haut de ma pile pour m’apercevoir que c’était un carton qui appartenait à quelqu’un d’autre. Pourtant il y avait écrit « biscuits » sur le carton en question. Les biscuits c’est à côté (comme Sarah Connor), pourquoi le mettre sur ma pile…?

Je me suis aussi demandé si quelqu’un ne s’amusait pas à saboter mes rolls. Je les ai plusieurs fois retrouvés à d’autres emplacements, et j’ai même eu droit à des produits du genre serviettes hygiéniques dedans. Un jour, j’ai eu la joie de tomber sur une boîte avec une capote usagée derrière les céréales pour enfants (quel est le tordu qui a eu l’idée de planquer ça ici ?). Le même jour j’ai vu mon rolls recouvert d’un liquide blanc/verdâtre non identifié et j’ai littéralement pété un câble. Mais les gens semblaient trouver ça normal. Ah ok.

Évidemment, à forcer sans arrêt, j’ai fini par abuser un jour où j’ai reçu beaucoup trop d’arrivage. J’ai passé mon temps en suractivité, sans même prendre de pause, et voilà que mes règles sont arrivées avec 8 jours d’avance (à quelques jours près, elles ne sont pas régulières). Comme mentionné dans un article précédent, je suis atteindre d’endométriose et mes règles sont loin d’être faciles à vivre. Heureusement, le gros de la douleur est arrivé alors que j’avais fini ma journée et j’ai passé les jours qui suivent droguée aux médicaments pour être tranquille. J’ai réussi à tenir mais bon sang (haha), avec toute cette fatigue, entre les règles et le travail,  j’ai fait plusieurs fois des vertiges et des nausées pas possibles. Heureusement que mon homme a pris les choses en main pour les corvées parce que sinon j’aurais tout laissé tel quel (avec un gros chat qui perd son pelage d’hiver haha).

Ce travail m’a également donné l’occasion de voir pourquoi mon homme s’y sent si mal. Bon sang, cette misère intellectuelle ! Très franchement, au début je me trouvais prétentieuse lorsque je voyais à quel point mes collègues étaient cons comme des balais (mes excuses au lobby des balais), mais ensuite, je me suis juste sentie obligée de m’isoler. Aucune conversation, juste le foot et le cul, tout le temps, tout le temps, sans arrêt. Aucun intérêt pour l’actualité, des idées toutes faites, sorties tout droit du JT, des chansons complètement connes (vous savez le genre de chansons qui n’ont qu’un seul mot comme paroles…), les mêmes, tous les jours, toutes les heures. Des gens qui ne savent même pas ce qu’est le sucre glace ou que l’Europe ce n’est pas l’Union Européenne. Mon Dieu, j’ai cru mourir. Pourtant j’ai déjà bossé dans ce magasin, et les conversations ne volaient pas haut, mais il y avait moyen d’avoir un minimum de discussions. Là, no way. En fait ça m’a permis de réaliser que si la majorité des français sont comme eux c’est logique que les choses ne changent pas. Ils comprennent à peine leur environnement. C’était l’Idiocratie.

Bref, je ne sais pas comment fait mon homme pour supporter tout ça et je le trouve encore plus courageux, parce que franchement, au bout de deux semaines j’avais envie de poser une bombe. Bon, la fatigue doit aussi jouer sur mon manque de patience, certes, mais j’ai trouvé ça très difficile.

Les clients étaient aussi beaucoup plus difficiles que dans les autres pôles dans lesquels j’ai travaillé. Plus hautains, toujours agacés de nous voir travailler pendant qu’ils font leurs courses (les produits ne se mettent pas seuls en rayon vous savez), une fâcheuse tendance à ne jamais remettre un article à leur place lorsqu’ils changent d’avis (quand c’est un paquet de biscuits ça va, mais quand c’est du frais, ça va à la casse, c’est juste du gâchis alors que des gens crèvent la dalle)… ils sont même parfois violents. A un moment une vieille, au lieu de me demander de me pousser… m’a carrément envoyé son caddie plein droit dans la cheville. Elle ne devait pas s’attendre à ce que je réplique aussitôt en lui renvoyant son caddie dans le ventre et a été se plaindre. Je n’ai pas eu d’avertissement ni rien (en même temps, étant donné que je suis en CDD la mamie n’est pas prête de me revoir et pensera sûrement qu’on m’a renvoyée) mais on m’a laissée boiter le reste de la matinée. Je crois que si un jour je parviens à ouvrir mon propre magasin, les clients risquent d’être surpris : pour moi un client désagréable n’a rien à faire dans mon magasin. Je ne crois pas au « client roi » et quelqu’un se révèle peu amène ou violent envers un de mes employés il se verra foutu dehors un coup de pied au cul.

En plus de ça, je ne sais pas avec quoi ils lavent la réserve ou traitent leurs cartons, mais je n’ai jamais eu un urticaire aussi violent. J’ai une plaque rouge monstrueuse sur toute la main droite, qui démange. Même en fromagerie, qui n’avait pas une hygiène très reluisante, je n’avais pas eu ça. Même mon Diprosone n’arrive pas à résorber ça. Après j’ai toujours été très sensible aux conditions d’hygiène, mais quand même, ça en dit long sur l’endroit dans lequel sont entreposés les produits qu’on achète… beurk.

Sans parler de la désorganisation totale au niveau de l’inventaire. Je recevais 36.000 cartons d’un produit que j’avais en stock et qui ne partait pas alors que je n’étais pas renouvelée pour tout ce qui part bien. Du coup mon reliquat s’accumulait, j’en avais plusieurs rolls, n’importe quoi… mon homme m’a dit que c’est parce qu’on ne pouvait pas faire d’inventaire, les autres pôles du magasin nous volant sans arrêt nos symbols (une petite machine pour biper les produits et en faire l’inventaire) sans les rendre. Mais ça me faisait vraiment râler de voir ça.

Il y avait un foutisme général assez hallucinant et la moindre chose était prétexte à glander plutôt que bosser. Du coup ça n’avançait pas… j’ai dû attendre un nombre incalculable de fois dans la réserve parce que les mecs qui déchargent laissent leurs palettes au beau milieu du passage au lieu de les ranger, et du coup on ne peut ni sortir ni ranger nos rolls. Mais des attentes de genre une demi-heure parce que dès qu’un camion arrive faut aller « check » tout le monde, bavasser, etc… sérieusement !

Bref, c’est vraiment la première fois que je ressens ça au fond de mes tripes, mais ce genre de boulot, ce n’est pas pour moi, pas du tout. Trop physique, trop peu adaptable à mon handicap (et le mépris/l’indifférence derrière, alors que l’entreprise clame à tout va qu’elle est handicap-accueillante, voilà quoi), l’environnement est trop mauvais à mes yeux, ce n’est juste pas possible. Un emploi physique peut être supportable lorsqu’il y a une bonne ambiance derrière mais là ce n’est même pas le cas, je ne peux pas m’intégrer à ça. Un job sans stimulation intellectuelle avec en plus des collègues au ras des pâquerettes c’est niet. Je ne pense pas que j’aurais tenu plus longtemps. Une chose est sûre, c’est le genre de boulot auquel je ne postulerai plus.

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9 réflexions sur “Et voilà, c’est fini, encore.

  1. La misère intellectuelle c’est sans doute le pire quand on a une forma sup et qu’on se retrouve avec des gens qui s’amusent de bêtises…
    Quant à la mamie, je vais te dire que tu as bien fait. Y’en a marre que les gens ne respectent rien!
    Bon courage pour la suite quand même. 😉

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    1. Je ne suis pas convaincue que ce soit juste une histoire d’avoir une formation sup (même si je t’accorde que ça apporte une certaine culture, normalement). C’est simplement une histoire de misère intellectuelle, d’ouverture d’esprit et de curiosité pour ce qui nous entoure. Forcément, si le kiffe des collègues c’est de disserter sur Les Anges ou je ne sais quelle autre émission à la con, ça peut être gonflant.
      Mais bon tu as des gens qui n’ont pas fait d’étude et qui ont des conversations plus riches et ne demandent qu’à s’enrichir encore au contact de personnes cultivées.

      Aimé par 2 people

      1. Je suis d’accord, ce n’est pas une histoire de formation supp. Mon homme n’a même pas le bac, ce qui ne l’empêche pas d’être curieux, cultivé et compétent ^^
        Je ne sais pas trop quel est le cas des collègues mais leur misère intellectuelle m’a sauté aux yeux, c’est d’une telle évidence x.x j’ai eu un mélange de pitié et de rejet, parce que bon, c’est à cause de gens comme eux qui ne réfléchissent pas et ne s’intéressent à rien qu’on se prend des réflexions désobligeantes ou que certaines idées reçues continuent de perdurer.

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      2. Evidemment y’a des exceptions partout et j’en avaias au Call Center qui trouvait ça trop bien les Anges malgré qu’ils aient été Prof vacataires (c’est beau pour l’éducation des gosses) 😉

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  2. Le but des happy few qui dirigent ce monde est de tout tirer vers le bas : familles endettées, éducation de bas de gamme, diplômes dévalorisés, travaux routiniers et mal payés qui conduisent au « burn out » et où l’initiative est découragée. Une alimentation dévitaminée, avec un bon cocktail d’hormones de croissance et de métaux lourds, un service de santé à plusieurs vitesses, une sous culture de foot et de jeux télévisés qui font « gagner » des bons pour magasiner dans des boutiques de faux luxe….etc. : bienvenue dans le Nouvel Ordre Mondial.

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  3. Employée libre service et travailleur handicapé n’étant pas censé porter de charges lourdes… ces deux notions sont tout simplement indissociables car ce job est très physique. Ce n’est pas simple de bosser dans un environnement où les gens n’ont pas fait beaucoup d’études. Après, on peut ne pas avoir le bac et posséder un minimum de culture générale. Les deux ne sont pas incompatibles. Tu es malheureusement tombée sur une équipe de sous-doués. J’ai travaillé en tant que caissière (job d’été) à Lidl et je me sentais aussi en décalage avec les autres. Je ne m’entendais bien qu’avec une étudiante en licence de droit. Les salariés en règle générale me méprisaient, hormis ma collègue qui travaillait depuis longtemps dans le magasin. J’espère que tu tomberas sur des collègues plus sympas et intelligents la prochaine fois.

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    1. Pour les charges, je parle de charges trop lourdes, je peux en porter quand même et il y a des rayons dans lesquels le port est assez limité (bon, pas celui dans lequel j’étais, hélas). Et puis disons que l’intégrant ne m’aidait pas en plaçant mes cartons les plus lourds hors de ma portée, m’obligeant à me contorsionner et m’étirer au possible :/

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