Est-ce réellement une bonne idée ?

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Il y a quelques jours, j’ai pris un coup au moral en discutant avec mon homme. Si au début il était très enthousiaste pour le projet de création d’entreprise, plus le temps passe et plus il semble en être agacé. J’ai fini par lui demander directement s’il avait vraiment envie de se plonger là-dedans -la franchise totale est un des piliers de notre couple après tout-.

Il m’a un peu sidérée en me répondant que non. Que travailler dans un magasin une demi-journée le faisait déjà chier, alors passer la journée dans un magasin, même le sien, ça ne changeait pas grand chose à ses yeux. Il vendra des produits qu’il aime mais il bossera beaucoup plus, en faisant le même métier pénible qui lui tue le dos. Ça le lassera vite. Que s’il me suivait là-dedans c’est pour que j’aie un boulot car avec mes handicaps je ne trouverai jamais quelque chose de fixe sans créer mon propre emploi. S’il a cessé d’évoluer au sein de son magasin, c’est justement pour ne pas avoir à passer sa journée au boulot.

Je savais qu’il y avait anguille sous roche, mais je ne pensais pas que c’était à ce point. Parce qu’à chaque fois qu’on en parlait, ça l’enthousiasmait car il en avait marre de sa boîte dans laquelle personne n’écoute son instinct commercial -qui avouons le est très très bon- et où seul le fric compte. L’idée de pouvoir décider, il aimait ça.

Je n’ai pas envie de le forcer. Je n’ai pas envie qu’il s’engage dans un projet qui nous endettera -il faudra bien emprunter pour nos locaux, nos produits, la franchise si on en fait une-, qui nous bouffera beaucoup de temps juste pour que j’aie un travail. Mais je sais que si je fais machine arrière il va aussi me critiquer, en me disant que je ne sais pas me fixer sur un projet, que je n’ai pas les couilles d’être cheffe d’entreprise, etc.

Il faut savoir que mon homme est bipolaire. Il ne faut pas toujours prendre ce qu’il dit au premier degré car il est souvent dans des phases très pessimistes, voir un peu agressives, pendant lesquelles tout le fera chier, rien ne lui fera plaisir, rien n’arrivera à créer un semblant de sourire sur son visage. Mais cette lassitude vis à vis de notre projet, je la vois depuis quelques temps déjà. Principalement à cause des entreprises bio que l’on démarche -Natureo, Biocoop…-, à qui on prend le temps d’envoyer des messages détaillés pour présenter notre projet et qui ne prennent pas la peine de nous répondre. Ça agace mon homme car on a aucun indice sur ce qui pèche, sur ce qui fait qu’on nous ignore -alors que ces entreprises disent, sur leur site, manquer de monde pour s’établir dans toute la France-, sur, à la finale, la viabilité de notre projet.

Ce qui m’a fait peur également, c’est que lorsque je lui ai dit que je n’avais pas envie de me retrouver seule à la tête du magasin quand il en aura marre, il m’a répondu « Et alors, tu ne te sens pas capable de gérer un magasin ? Parce que si non autant ne rien faire ».

En soi je ne m’en sens pas incapable, mais si on fait ce projet à deux, ce n’est pas pour que je me retrouve seule. On est censés se partager le travail pour faire tourner la boutique. De plus il sait très bien qu’il y a une période dans le mois pendant laquelle je serai incapable de surmonter ma charge de travail : les règles, à cause de mon endométriose qui me cloue au lit plusieurs jours. Si je me retrouve seule qui prendra en charge une partie du travail ? Je n’ai pas envie de devoir embaucher quelqu’un avec un contrat bancal juste pour les périodes pessimistes de Monsieur le Bipolaire.

Parfois je me demande aussi si je serai capable de passer mes journées à bosser et même au-delà. Je suis quelqu’un qui a besoin d’un minimum de repos dans la journée à cause de ma fatigue chronique. Je peux forcer un temps mais ce ne serait pas une bonne idée -ça me rattrape toujours-.

Je vais malgré tout suivre la formation de la CCI parce qu’être à mon compte reste à mes yeux une bonne idée. Si mon homme se défile ou ne me paraît pas suffisamment fiable – ce n’est pas de sa faute en soi mais la bipolarité c’est un poison parfois – je choisirai autre chose qu’un magasin. A un moment j’ai eu une idée de box mais depuis le temps, je me suis faite doubler dans mon idée. Je ne sais pas trop ce que je ferai si l’idée du magasin n’aboutit pas. Je songeais à une épicerie en ligne ou à une sorte de Ruche (comme la ruche qui dit oui) mais il faut que ce soit viable et la concurrence est énorme, même pour les produits locaux/naturels.

Bref, voilà, un peu de remise en question, je suis peut-être trop prudente. J’ai été trop égocentrique en songeant aux problèmes que pourrait poser ma santé sans penser à sa bipolarité qui est elle-aussi un vrai souci. Peut-être que ma santé lui fait peur car il sait que ça va reposer principalement sur lui dans les périodes les plus pénibles du mois. Qu’il n’a pas envie de ça. Je le comprends. Mais j’ai aussi du mal à saisir la logique de mon homme qui déteste son boulot pour des raisons qui disparaîtraient en partie à la création de notre magasin : aucune décision possible, manque de reconnaissance, aucune écoute, du mépris… est-ce qu’il voit ça comme abandonner la peste pour récolter le choléra ?

Je suppose que tout futur créateur d’entreprise passe par une période de doutes, à voir où ça va nous mener.

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3 réflexions sur “Est-ce réellement une bonne idée ?

  1. Les troubles bipolaires, s’ils ne sont pas pris en charge par un traitement médicamenteux, oui, c’est plutôt envahissant. C’est difficile à vivre pour l’entourage et de voir un proche sombrer dans la dépression puis quelques mois après, être euphorique.
    Je suis auto-entrepreneur, profession libérale (pas commerciale, je précise) et je dois dire que je suis bien contente que mon conjoint soit là pour assurer un minimum de revenus. Etre à son compte, on se tire pas de salaire immédiatement… Donc j’ai trouvé mon équilibre !
    http://la-parenthese-psy.com/

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    1. En effet mon homme ne se soigne pas. Il est un peu comme moi à ce sujet, il se dit que les médicaments ne changent pas grand chose.
      C’est ce que mon homme voulait au début, continuer à bosser à côté pour assurer un revenu mais niveau organisation ça risque d’être compliqué.

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  2. Ce qui est sûr, sur le long terme, c’est une mauvaise idée d’entreprendre: dans 90% des cas, c’est la faillite assurée.A côté de son propre activité économique, il faut militer politiquement dans le but de produire en commun en mettant les moyens de production en commun par une révolution.Sinon, il n’y pas d’autre issue.

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