C’est tellement facile de juger plusieurs mois après les faits

La semaine dernière, je recevais un appel téléphonique en présence de mon homme. Je déteste décrocher quand il est là, parce qu’à chaque fois il écoute tout et y va de son petit commentaire blessant (aka « tu ne donnes vraiment pas envie au téléphone », « tu ne parles pas assez », « putain je ne sais pas comment tu as fait pour décrocher un entretien avec moi ç’aurait été next »), histoire de bien aggraver ma phobie du téléphone.

Mais cette fois je ne pouvais pas me défiler, car il avait entendu le message de mon répondeur et savait que c’était un employeur que je devais rappeler. C’est mal vu de remettre ça au lendemain, et à raison, parce qu’un employeur potentiel qu’on ne rappelle pas rapidement passe au candidat suivant…

Je rappelle donc et tombe sur une jeune femme (assez hautaine d’ailleurs). Je lui demande des détails sur le poste, c’est donc un CDI à mi-temps et surtout… c’est à perpette-les-oies. La ville dans laquelle j’avais passé mes tests de la CAF et qui est très pénible d’accès : de chez moi, un seul bus y va, le matin, et pour le retour c’est démerde-toi. Je me souviens que j’avais mis plus de 3h à revenir à cause de tous les changements, pendue au téléphone avec mon homme qui tentait de me trouver le chemin le plus court. Déjà que mes 1h30 aller/1h30 retour de mon précédent job me fatiguaient, alors 3h rien que pour le retour…

J’explique le problème à la femme en lui disant que je reste disponible pour des postes plus proches de chez moi, elle me répond « ok » et raccroche. Merci, next. Et là, je fais l’erreur de sortir à mon homme « dommage que c’était à perpette, j’aurais pu le prendre même si c’était un mi-temps ». Il se tourne vers moi et me dit de ne pas me foutre de sa gueule, car j’avais une possibilité de mi-temps avec mon ancienne entreprise et que j’ai refusé.

J’étais sciée. Ça fait 4 mois et il a déjà oublié ce pourquoi j’ai quitté mon ancienne entreprise ? Que je me faisais fumer à la gueule DANS LES LOCAUX par une salope surprotégée par la hiérarchie qui couvrait son incompétence et son irrespect juste parce qu’elle était trisomique ? Que mes supérieurs n’avaient pas le moindre respect pour moi, se foutaient de ma gueule, avaient mis 4 mois à aménager mon poste pour ensuite me dire que c’était de ma faute si ils avaient mis tant de temps ? Que ce fameux mi-temps, on me l’avait proposé 2 semaines avant la fin de mon contrat et que le jour J, je n’avais toujours aucune info dessus (je ne savais même pas si c’était un mi-temps en fait, on m’avait dit ça sans certitude) ? Que j’étais dans un état de santé lamentable, sans parler de mon état psychologique ? J’ai mis de longs mois avant de me débarrasser de ma dermite séborrhéique due au stress, et à pouvoir respirer sans baume. Et surtout malgré mon état le congé demandé a été refusé, on voulait me faire enchaîner sur le contrat dont je ne savais rien et me faire signer un truc bancal sans infos ?

L’amnésie sélective juste pour me culpabiliser, c’est trop facile ! Je ne suis pas partie sans raison, je n’ai pas refusé ce contrat sans raison.

A ce stade on peut aussi dire que j’aurais pu continuer avec la folle, ce n’est pas grave de se faire fumer à la gueule (après tout, le tabagisme passif ce n’est que 600.000 morts par an, les fumeurs ne sont absolument pas des meurtriers, vas-y respire la bonne fumée), que c’est peu de sacrifice pour un CDI à temps plein.

Le pire, c’est que lorsque je lui ai dit ça, il a haussé les épaules en me disant que c’était moi qui avais refusé le contrat, donc que je n’avais pas à me plaindre. Il a visiblement aussi oublié le fait qu’à l’époque, il était totalement de mon côté lorsque je voulais fuir mon entreprise et qu’il m’a même dit de refuser le mi-temps car ce n’est pas un contrat intéressant. Je le lui ai rappelé, il a levé les yeux au ciel en soupirant.

C’est facile de juger plusieurs mois après. Oui, c’est clair qu’aujourd’hui je m’en suis remise, du moins physiquement -psychologiquement parlant, j’ai gardé une grosse méfiance envers les entreprises spécialisées dans l’embauche des personnes handicapées- donc on peut se dire que ce n’était pas si grave. Sauf que dans mon état de l’époque, si j’avais continué j’aurais fini par m’écrouler physiquement -je toussais, toussais, sans arrêt, j’avais sans arrêt mal aux poumons, à la poitrine- et surtout, j’aurais fini par frapper de nouveau la folle, sans la rater cette fois. Sur la fin, elle multipliait les provocations pour me pousser à bout. Du moins, jusqu’à ce qu’elle voie la mollesse de ma remplaçante, là elle me demandait de rester, comprenant que cette fois son taf elle allait devoir le faire.

Même moi je me dis que j’aurais pu continuer, puis je me reprends. Dire ça de son fauteuil en sirotant son verre d’eau, en oubliant tous les détails pénibles, c’est facile. Mais j’avoue que si la folle avait vraiment arrêté de fumer dans les locaux, j’aurais peut-être pu rester et supporter ses provocations. J’aurais tenté du moins.

Ma mère aussi a essayé de me culpabiliser d’ailleurs, en me disant que ça ne devait pas être si terrible, car elle fumait une cigarette électronique et pas une cigarette classique. Les études sur la nocivité de la cigarette électronique se contredisent toutes, mais moi, l’effondrement de mon état de santé à force de la côtoyer, je l’ai vu. L’abandon total de la hiérarchie qui renâclait à faire respecter la loi, je l’ai vu. Peut-être était-ce aussi dû au fait de devoir traverser le nuage de fumée des autres à l’entrée du bureau ? Ou les deux ? Dans tous les cas j’étais affectée, les fumeurs sont une véritable plaie (pitié, ne légalisez pas le cannabis, on en a assez) et encore plus lorsqu’ils sont irrespectueux.

Bref. Dans tous les cas on ne peut pas refaire le passé, mais si je devais y retourner, je refuserais tout pareil. Ce n’était pas sans raison. Et venir me juger plusieurs mois après les faits, c’est petit. Juste pour me faire une fois de plus culpabiliser sur mon chômage qui pèse. Comme si ce n’était déjà pas assez de savoir que ma belle-mère et mon beau-frère bavent copieusement dans mon dos à ce sujet, sans parler de tous les autres, comme cette femme à la bibliothèque qui bombait le torse en disant que les jeunes notre génération sont des fainéants et que si elle pouvait sortir de sa retraite pour retourner bosser, elle le ferait. C’est ça mamie, retourne à l’usine à 80 ans, je vais rigoler. « Notre génération a souffert du travail, votre génération doit souffrir tout pareil, sinon c’est pas juste ! ». Monde de merde. Toujours à juger ce que font les voisins, la famille, les amis. On juge la manière dont les chômeurs dépensent leur RSA, avec contrôles et compagnie, par contre les détournements de fonds, que dalle…

Bon, je m’éloigne du sujet. Mais j’avoue que j’en ai assez d’être dans le jugement permanent. Que chacun se mêle de son cul et le monde tournerait peut-être un peu mieux.

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4 réflexions sur “C’est tellement facile de juger plusieurs mois après les faits

    1. C’est surtout de la mauvaise foi : il s’en souvient très bien, mais mon chômage persistant l’énerve, et surtout l’injustice du chômage en question, car il sait que je peux travailler, que je suis compétente, mais qu’on ne me laisse pas ma chance. Et il déverse sa frustration sur la première personne venue, moi donc. Et s’il est dans une période « je suis un connard de bipolaire » il va essayer de me blesser, de me culpabiliser, en sachant que je déteste ça.
      Je ne le prends pas pour moi en soi, mais mon chômage me pèse aussi. Non pas que travailler soit le rêve de ma vie, mais j’ai besoin de la gagner, la vie en question, au lieu de surveiller mes dépenses sans arrêt.

      Aimé par 1 personne

  1. Ben oui, tu aurais pu rester dans ton ancienne entreprise hein quand même! T’as juste pété un cable une fois, tu étais juste pas bine mentalement et physiquement, ils se foutaient ouvertement de toi, mais c’est pas grave après tout. Pourquoi se soucier de ton bien-être enfin!?

    Après coup, on se dit tous à un moment ou un autre « peut être que j’aurais pu », « j’ai pris la mauvaise décision », … Quand on est au calme, reposé, en sécurité chez soi, c’est plus facile de moins ressentir la nocivité d’une situation.
    Et chacun son seuil de tolérance, ses forces et ses faiblesses. Donc personne ne peut dire ce que tu aurais pu supporter ou pas. Après 6 mois, tu as jugé que tu ne pouvais plus, c’était la bonne décision même si avec le recul (et le chomage qui persiste) elle parait moins sage ou que les proches ne la comprennent plus aussi bien.

    Aimé par 1 personne

    1. Ah mon pétage de câble je ne le regrette pas. Mais je trouve ça toujours aussi fou d’avoir pu casser la gueule de ma chef sans subir de conséquences. Ça aurait pu aller au tribunal. Toutes les preuves de harcèlement que j’avais réunies n’auraient pas fait le poids face à de la violence physique. Et rien. Bon je ne m’en plains pas, mais c’est bizarre.
      Et oui, c’est exactement ça, chez soi on ressent moins la nocivité d’une situation, et plusieurs mois après on l’oublie. D’autant plus quand on ne l’a pas subie. Mon homme me voyait sur les nerfs, subissait mon radotage, mais n’était pas sur le terrain à ma place, ne s’affaiblissait pas à ma place. Même s’il est bipolaire et qu’il ne se rend pas compte de la portée de ses mots, ce n’est pas une excuse, parfois j’aimerais qu’il se la ferme au lieu de parler.

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