La réalité du marché du travail expliquée aux politiques aveugles (cécité réelle ou volontaire ?)

A force d’entendre les hommes et femmes politiques débiter des insanités à longueur de temps à l’égard des chercheurs d’emploi, j’avais envie de faire un petit topo sur les difficultés rencontrées au quotidien, et sur la réalité du marché du travail.

Je répète régulièrement que certains se croient encore dans les 30 glorieuses, période de « plein emploi » (il semblerait que ce soit un mythe) et de croissance exceptionnelle ayant duré de 1945 à 1973 (nous sommes en 2017, donc C’EST FINI) qu’ont connu les générations précédentes, et c’est vrai. Je croise souvent des Jean-Michel Morale qui ont profité de cette époque pour se caser dans le monde du travail sans jamais réellement connaître la recherche d’emploi ou les barrages que nous connaissons actuellement, et qui après se permettent de l’ouvrir. Et comme ces gens n’ont connu que cette période faste, forcément, ils sont persuadés qu’on y est encore et ne veulent rien changer. Pire, ils reprochent à ceux qui veulent bouger de vouloir changer le modèle établi !

Vous savez quoi ? Je suis née en 1990. C’était fini depuis longtemps. Ma mère par contre a connu cette période et m’a abreuvée de clichés en tous genres alors qu’ils étaient éculés. Il faut faire S, c’est la voie royale. Il faut faire les études les plus longues possibles, tu seras sûre d’avoir un travail. Il faut faire ci, il faut faire ça. Et rien n’a fonctionné, évidemment. C’est une autre époque.

Les conséquences des contrats aidés

Il faut bien commencer quelque part, alors je vais parler des contrats aidés. Chaque gouvernement en pond de nouveaux, il en existe plein, rarement à l’avantage du chercheur d’emploi. La politique en France, c’est de chouchouter le patron pour qu’il daigne embaucher un pauvre péon qu’il jettera lorsqu’il ne sera plus éligible aux contrats en question. Autrement dit, décrocher un contrat aidé, c’est rester précaire, puisqu’on se fera jeter un jour ou l’autre, si performant soit-on.

Les contrats aidés sont très avantageux et donc, si le patron a le choix entre un contrat aidé et un random CDD/CDI, il choisira le contrat en question.

La semaine dernière, j’ai eu un appel d’une recruteuse, le feeling passe bien, on parle du poste, de mes expériences, mon handicap ne la dérange pas, le genre d’entretien téléphonique parfait qui débouche sur un entretien physique voir une embauche. Eh bien non. Pourquoi ? Parce que je n’étais pas éligible au contrat aidé que le patron voulait signer.

Donc un poste que j’étais parfaitement apte à remplir, pour lequel j’avais l’expérience requise, pour lequel mon handicap ne posait pas problème m’est passé sous le nez parce que je ne correspondais pas à ce foutu contrat. Alors qu’il suffisait de me faire signer un simple CDD. La recruteuse a donc préféré replonger dans les CV pour trouver sa perle rare plutôt que d’embaucher la personne sous ses yeux, juste pour quelques sous grappillés.

Et ça, c’est le quotidien de pas mal de chômeurs. Vous savez, de nos jours les patrons ne se contentent même plus du beurre et de l’argent du beurre. Ils veulent encore plus.

Et parallèlement, on entend les politiques nous balancer qu’on cherche notre chômage. Mais vous l’encouragez le chômage, à créer ce genre de contrats qui nous plombent ! J’en viens à faire le parallèle avec cette déclaration comme quoi pour lutter contre la corruption, il faudrait augmenter les salaires. Pour lutter contre le chômage, on donne toujours plus d’avantages aux patrons, sauf que ça ne les empêche pas de demander toujours plus.

De l’emploi, il y en a

Je suis d’accord sur ce point, du travail, il y en a. Mais il y a travail et travail.

Le but premier du travail, c’est de permettre aux gens de quitter le domicile des parents pour avoir le leur, pouvoir s’installer, être indépendants. C’est sûr que quand on est issu d’une classe politique privilégiée depuis des générations, on ne sait pas forcément que pour le plus petit des appartements, les propriétaires demandent des garanties hallucinantes et pour ne serait-ce qu’espérer les voir jeter un œil sur notre dossier, il faut être en CDI temps plein et en plus avoir des garants.

Le problème, c’est que les emplois présents sur le marché sont de petits jobs, souvent des mi-temps voir moins, aux horaires rendant impossible le cumul (et puis putain, cumuler des jobs, c’est un coup à finir chaque jour sur les rotules sans pouvoir se payer le moindre petit plaisir, on a pas le temps d’en profiter, du plaisir en question ! On est pas des bêtes de somme !) et surtout rendant impossible le fait de trouver et payer un appartement et les dépenses annexes -nourriture, électricité, téléphonie, etc-. A quoi bon prendre un job qui non seulement ne permettra pas l’indépendance mais en plus à long terme coûtera plus qu’il ne rapporte entre le coût du transport et la perte d’allocations ? Sans parler du coût humain, moral, de devoir cumuler les petits jobs pour s’en sortir tout juste sans avoir une minute pour soi.

Diminuer les allocations pour encourager les gens à prendre un mini-job au lieu de rester chez soi pour tenter de trouver mieux ne résoudra pas le problème : nous avons déjà une génération de Tanguy involontaires, mais nous sommes partis pour que la génération suivante soit exactement pareille. Il faut créer des jobs décents, pas culpabiliser les gens.

Les français ne sont pas des fainéants. Beaucoup sont prêts à travailler si on leur offre un travail décent, leur permettant de vivre ne serait-ce qu’au minimum syndical.

Et parallèlement, on entend à la télé que les chômeurs ne font pas d’efforts, préfèrent rester chez eux vivre des allocs, et on interviewe de malheureux patrons qui ne trouvent personne pour leur taf merdique à 7h/semaine qui plongerait leur salarié dans la précarité.

Quand on vous fait espérer pour rien

Il fallait faire une partie sur ce phénomène qui m’agace : on vous appelle pour un entretien, vous payez plein pot pour vous déplacer -eh oui, toutes les sociétés de transport n’ont pas des réductions chômeur- et une fois arrivé on vous dit que vous n’êtes là que pour les quotas d’entretiens car le poste est déjà pourvu.

Ou alors la variante, quand vous tombez sur un consultant en recrutement qui vous cache son statut, vous fait miroiter un job en vous bombardant de questions, souvent intrusives et illégales – mais auxquelles vous répondez, car quand on est mort de faim on chipote pas – et puis silence radio. Il vous a dans sa base de données donc le reste, il s’en fout. Il en a des milliers d’autres et il y a peu de chances qu’il vous rappelle un jour. Le poste promis ? Quel poste ?

Ce genre d’attitude déprécie encore plus le chômeur, puisqu’on lui fait comprendre que son temps, ses dépenses n’importent pas. Qu’il n’est rien. Il est là pour le spectacle. C’est juste un chômeur, on peut en faire ce qu’on veut, il ne dira rien, il n’a rien à dire.

Au bout de trois offres refusées, on vous radie

Ah ça, on y a droit à chaque élection. Le chômeur coupable ! Le problème, c’est surtout que chez Pôle Emploi c’est la foire aux incompétents. La foire aux gens qui ne tiennent aucun compte de vos particularités, vous n’êtes qu’un numéro qu’il faut caler dans une catégorie.

Sauf qu’il y a des gens qui ne peuvent pas porter de charges lourdes, des gens qu’il ne vaut mieux pas mettre en contact avec la clientèle ou avec des personnes vulnérables, des gens qui n’ont aucune expérience, des gens qui vouent une animosité à certains types de poste. Des gens qui n’ont pas de diplôme, d’autres qui en ont trop. Des gens qui sont moches, des gens qui sont beaux. Des gens qui ont un handicap, des gens qui n’ont pas le permis, des gens qui ont des valeurs incompatibles avec un poste.

Il existe une multitude de discriminations à l’embauche, comme par exemple dans les salons où on ne prendra que de jolies femmes comme présentatrices. Tu fais comment quand t’es diplômée de l’évènementiel mais que tu es un gros thon (je ne suis pas gentille, mais c’est pour l’exemple) ?

Pôle Emploi a le chic pour proposer des offres n’ayant aucun rapport avec votre formation ou qui sont incompatibles avec votre situation. Mon ancien conseiller adorait m’envoyer des offres de postes dans des zones inaccessibles avec les transports en commun tout en me disant que je n’avais qu’à passer le permis. Sauf que pour payer le permis, il faut un travail. Et il refusait de le faire prendre en charge par Pôle Emploi, évidemment.

Donc il suffit de tomber sur un gros con en guise de conseiller et pouf, radié, alors que tu as une bonne raison de refuser les postes proposés.

Une fois de plus, avant de culpabiliser et sanctionner les chômeurs, encore faudrait-il revoir le fonctionnement de ces institutions censées les aider mais qui en réalité les plombent, moralement comme professionnellement !

La pénibilité du travail niée

Le culot des politiques est hallucinant. Des gens qui touchent des sommes indécentes pour un travail qui ne leur détruit pas le corps, qui pour certains sont privilégiés depuis des générations, qui n’ont jamais connu les jobs pénibles, harassants et sous-payés, qui se permettent d’ouvrir la bouche pour nous parler de se serrer la ceinture tout en détournant de quoi nourrir la moitié du pays.

Des gens qui osent dire qu’ils comprennent les français alors qu’ils n’ont pas à regarder leur compte en banque dès le 5. Qu’ils ne savent RIEN.

Comment peut-on oser nier la pénibilité au travail ? Alors qu’ils négocient avec le syndicat des patrons qui ne cherche qu’à réduire nos maigres avantages, nos maigres protections ? Qui veulent juste nous exploiter comme les salariés du tiers-monde qui se jettent sur nos miettes sans broncher puisqu’ils n’ont pas le choix !

On a l’impression que ces gens veulent juste revenir à l’époque du servage en nous montant les uns contre les autres pour qu’on ne remarque rien.

Pourtant la pénibilité au travail est de plus en plus reconnue. On parle du harcèlement moral alors qu’il y a quelques années encore, ses victimes étaient qualifiées de chochottes.

C’est facile de dire que le travail n’est pas pénible lorsqu’on passe ses journées à déléguer ou à ronfler à l’Assemblée Nationale. Sauf qu’il existe des postes où on est pressurés comme des citrons sans avoir le temps de ronfler, où on nous oblige à accepter des conditions de travail inhumaines en nous menaçant de nous virer, où on ne compte plus nos heures supplémentaires non payées. Et vous le savez ça, messieurs les politiques, car quand ce n’est pas vous les patrons, vous les avez dans votre portefeuille de relations ou négociez avec eux.

Il existe des petits jobs « en attendant »

Ah ça c’est le cheval de bataille des moralisateurs de Facebook, les gens qui ont pris un petit boulot alimentaire le temps de trouver un « vrai travail ». Sauf que, j’en parlais dans un de mes articles précédents, le problème des petits jobs, c’est qu’ils sont pris d’assaut et deux fois plus :

  • On a la concurrence des non-qualifiés pour qui c’est l’occasion de se faire les dents sur le marché du travail
  • On a la concurrence des non-diplômés pour qui ces jobs sont les jobs principaux
  • On a la concurrence des étudiants qui prennent ces jobs pour se payer leurs études
  • On a la concurrence des diplômés et sur-diplômés qui n’ont pas le choix puisque maintenant en plus du diplôme il faut de l’expérience

Donc inutile de vous dire que le secteur des « petits jobs alimentaires » est ultra-bouché car il est le quotidien de beaucoup de gens. Dire aux gens de prendre un petit job en les culpabilisant de ne pas en trouver car ce sont des jobs « tout cons » c’est stupide, car la concurrence y est encore plus rude que pour les autres.

Si tu ne trouves rien, tu n’as qu’à déménager dans une autre région

Sauf que pour déménager, il faut trouver un appartement, et je rappelle que pour trouver un appartement, il faut un CDI temps plein, 548 garants, un troupeau de licornes et un compte en Suisse.

Plus sérieusement, non, on ne peut pas déménager comme ça, entre le coût du déménagement et les difficultés pour pouvoir louer un logement. Si je voulais vous donner une idée de ma situation, si mon homme parvenait à se faire muter, on ne serait même pas sûrs de pouvoir saisir l’opportunité : nous n’avons pas de garant et il serait le seul à avoir un CDI.

Nous ne sommes pas ennemis

Je vois tellement de haine envers les chercheurs d’emploi sur les réseaux sociaux. De mauvaise foi aussi, de la part de gens qui triment comme des bêtes au travail et qui idéalisent le chômage, pensant à des vacances longue-durée. Le problème, c’est que nous ne sommes pas coupables de votre souffrance. Les coupables, ce sont les patrons qui n’ont plus aucune humanité, ce sont les politiques qui mangent dans la main des patrons et les aident à empirer vos conditions de travail.

Qu’on bosse ou qu’on ne bosse pas, vous souffrirez tout autant puisque ce n’est pas lié à l’emploi.

Si nous voulons que ça s’arrange, c’est main dans la main qu’il faut se rebeller pour que l’humain revienne sur le devant de la scène. Pour que nous cessions d’être déconsidérés en permanence. Il n’est pas normal de subir de la maltraitance, il n’est pas normal de se faire insulter, il n’est pas normal que la hiérarchie n’intervienne pas si ça se passe mal avec nos collègues, il n’est pas normal de se faire menacer de licenciement si on refuse les heures supplémentaires non payées. Il n’est pas normal de ne plus avoir de vie privée, de moments pour soi.

Nous ne sommes pas des bêtes, nous n’avons pas à être considérés comme tels.

Le revenu de base c’est pour les fainéants ! Moi je me suis tuée au travail !

J’entends souvent les partisans du revenu de base être taxés d’oisifs, de fainéants, d’encourager l’assistanat. Et presque à chaque fois, ça vient de personnes qui triment toute leur vie de génération en génération. Je ne peux pas m’empêcher de trouver ça étrange, car nous sommes censés souhaiter le meilleur à nos enfants. Alors pourquoi leur souhaiter une vie de souffrance au travail ? Je suis d’accord, le travail n’est pas forcément une souffrance pour tout le monde -je n’inclus pas les personnes qui en viennent à s’accommoder de l’intolérable pour ne pas sombrer- mais il l’est pour beaucoup de gens et il est important de regarder au delà de son petit nombril.

Le plein emploi n’existe plus.

Le plein emploi n’est pas prêt de revenir avec l’automatisation de bon nombre de postes.

La souffrance au travail, le chantage des patrons est un réel problème.

Nous avons une solution. Pourquoi ne pas la mettre en application et permettre de renverser la tendance ?

De plus, je ne pourrai jamais, au grand jamais, tolérer d’entendre des foutus sadomasochistes répéter à l’envi : « j’ai souffert, mes parents ont souffert, alors tu dois souffrir aussi ! ». NON ! Ce n’est pas en regardant sans arrêt en arrière que l’on évolue. Les temps changent. Les mœurs changent. Et il faudrait se décider à vivre avec son temps !

Le revenu de base ne changera rien au clivage riches-pauvres mais il permettrait aux plus démunis de sortir de la misère, d’améliorer leur quotidien, de vivre au lieu de survivre. Et ça, c’est déjà un grand pas en avant. Des citoyens heureux sont des citoyens reconnaissants qui réinjecteront leur allocation dans l’économie de leur pays. Tout le monde est gagnant.

Bref, voilà, voilà, chers hommes politiques odieux, chers basheurs de chômeurs, chers blaireaux qui vous la ramenez sans savoir, voilà notre quotidien. Et encore, j’ai dû oublier pas mal de choses. Mais j’avais besoin de dire que nous ne sommes pas des monstres, bêtes de foires, parasites, victimes de politiques qui préfèrent attiser la haine plutôt que la compassion ou l’altruisme. NON, nous ne sommes pas volontairement chômeurs (en même temps entre gagner 500 balles et 1200 le choix est vite fait), nous ne jouissons pas en regardant le montant des prélèvements sociaux sur vos salaires, nous ne mangeons pas vos enfants et nous ne brûlons pas des dossiers CAF dans les cimetières. Nous sommes des gens normaux, des victimes, des warriors.

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3 réflexions sur “La réalité du marché du travail expliquée aux politiques aveugles (cécité réelle ou volontaire ?)

  1. Tout ce que tu as écrit je le vis ! En juillet l’année dernière j’ai eu un entretient pour un poste en crèche. J’avais tous les diplômes nécessaire, j’avais 3 ans d’expérience, et j’habiter juste à côté. Ils étaient très intéressés, sauf que c’était un fameux contrat avenir et que j’en sortait et qu’on est éligible qu’une fois. Voilà comment un super job m’est passé sous le nez. Je suis au chomage j’ai 500 euros par mois, et aucune autre aide. Je fais de l’intérim mais c’est pas régulier, et ça équivaut à un temps partiel ce qui par mois ne change pas énormément, et ce n’est que du travail à la chaine. Alors ça me fait doucement rire quand j’entends qu’on « profite du système ». Si le chômage c’est si bien que ça, ils ont qu’a s’y mettre et me laisser leur place, je serai ravie d’aller travailler

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