Quand le handicap ne bénéficie pas de compassion

Photo Muriel Dovic ©

Samedi dernier, l’absence de compassion de ma collègue envers le handicap a pris un nouveau tournant.

C’était la fin de semaine, et comme expliqué précédemment, mon poste n’est pas aménagé malgré mes demandes (j’ai juste demandé à pouvoir m’asseoir 2 minutes de temps en temps sur les tables de pique-nique juste en face de ma caisse, rien de dramatique, mais refusé, car ce sont les tables des clients, je dois consommer si je veux pouvoir m’y asseoir !). Du coup forcément, je puise dans de l’énergie que je n’ai pas et la fatigue s’accumule. D’autant plus que je ne peux pas faire la grasse matinée le matin, entre mon homme qui se lève à 5h et le garage d’à-côté qui commence les BOUM BOUM BOUM SUR LA TÔLE C’EST MARRANT dès 7h du matin. Atteinte de fatigue chronique, j’ai besoin de plus de sommeil que la moyenne. Sommeil que je ne peux pas récupérer, donc.

Je me suis donc trouvée fiévreuse et nauséeuse, j’ai vomi dès ma sortie du bus, avant même d’arriver au travail, et rebelote une fois sur place. J’avais 39.1 de fièvre. Le ventre vide. Et ma collègue a passé son temps à se foutre de ma gueule parce que je voulais apprendre ses tâches (le back-office donc, pour éviter le service clientèle). Elle m’a donc donné plus de travail tout en râlant sur ma « lenteur » (elle est venue me chercher en rayon au bout de 10 minutes parce qu’elle trouvait que je mettais du temps… elle quand elle y va elle y passe plus d’une demie-heure parce qu’elle bavasse avec tout ce qui bouge !). Je me suis excusée, j’ai reparlé de mon handicap et elle m’a carrément sorti qu’elle n’en avait rien à foutre, que ce n’était pas son problème. Après avoir passé la journée à me railler parce que je n’étais « pas réveillée » (bah écoute va bosser avec 39 de fièvre, on en reparle), à bien m’humilier devant les clients, elle est partie en furie sans même me dire au revoir et en soufflant comme un bœuf pour me faire comprendre que je l’agaçais.

Donc le handicap n’est pas son problème. Le truc, c’est que j’ai été embauchée avec ma RQTH et que donc, mon handicap est censé être le problème de l’entreprise. Pourtant à chaque contrat chez eux, ils n’ont jamais rien aménagé même lorsqu’ils en avaient la possibilité. Là, juste m’autoriser à m’asseoir sur les tables de pique-nique c’est déjà trop demander. Pourtant l’argent de l’embauche d’une personne handicapée ils vont l’encaisser ! Je comprends qu’il soit difficile de m’aménager un poste en grande distribution car le milieu en soi est trop physique pour moi. Sans parler de l’endométriose qui en plus de me rajouter de la fatigue chronique entraîne plusieurs jours d’absence dans le mois.

Là ma collègue en a déjà marre alors que je n’ai même pas encore eu mes règles. Je n’imagine même pas ce que ça va être quand elle comprendra qu’elle sera toute seule plusieurs après-midi par mois si je reste après mes trois semaines.

Elle n’arrive pas à comprendre la notion de handicap. Pour elle si je ne suis pas capable d’être opérationnelle au bout d’une semaine c’est que je suis une fainéante. Je ne suis pas fainéante mais avec le temps j’ai appris à faire attention à moi, à m’économiser, à ne pas forcer. Je reconnais que c’est en contradiction avec le domaine de la grande-distribution qui demande de la rapidité, de la réactivité, et une bonne endurance car c’est physique (là en boulangerie je suis amener à soulever de lourdes palettes par exemple, en plus de rester debout à circuler tout l’aprem). Je me doute que ça doit être agaçant pour elle de devoir penser à tout, mais déjà si elle le doit c’est parce qu’elle ne me forme pas et ne m’explique rien (par contre elle a dit à la cheffe qu’elle m’expliquait et me montrait, bah non justement), et ensuite c’est ça d’avoir un collègue handicapé. La répartition du travail n’est pas la même.

Elle a aussi refusé de me montrer certaines tâches en back-office car ça implique de laisser la boulangerie sans personne pour servir les clients. Je peux le comprendre. Mais dans ce cas on demande à la cheffe ou à une collègue du matin de rester plus longtemps pour me former, non ? Eh bah non. Quand je lui ai suggéré elle a ricané avant de me tendre des boîtes de pains au chocolat à étiqueter. Et après elle va râler que je ne sais rien faire. Bah oui mais vois-tu cocotte, je suis déjà une catastrophe culinaire de base, alors je ne vais pas deviner combien de temps on met des baguettes surgelées au four, ni même comment se servir du four en question.

Si je dois avoir droit à de la froideur et de l’agacement à chaque fois que je suis malade ou plus faible que d’habitude (souvent quoi) je crois que je ne vais pas tenir bien longtemps. Ce n’est pas faute d’expliquer à ma collègue la nature de mon handicap et ses conséquences, mais elle semble s’en moquer totalement. Et elle n’a vu que le plus soft. Je ne comprends pas non plus la réaction de l’entreprise qui me refuse de m’asseoir sur les tables des clients alors que, vacances obligent, même en heures de pointes il y en a toujours une de libre et ça ne casse pas trois pattes à un canard de me laisser m’asseoir. Je ne comprends pas qu’on puisse se dire handicap-accueillant lorsqu’on réagit comme ça.

Ce qui me fait rire (jaune), c’est que mon premier contrat dans cette entreprise, en charcuterie/coupe, a été rompu à cause de mon handicap car on me jugeait inapte, alors que j’avais la possibilité de m’asseoir. Ici je n’ai pas cette possibilité mais on ne me vire pas, on envisage même de me proposer un CDI. C’est à n’y rien comprendre. En fait je me dis qu’ils refusent d’adapter le poste parce qu’il y a des dizaines de personnes derrière prêtes à me remplacer au pied levé, donc ils ne se prennent pas la tête. Marche ou crève, c’est ça la grande distribution.

Bon après, il reste la visite médicale à la fin du mois, ce n’est pas impossible que la médecin du travail me déclare inapte (je suis en station debout pénible + port de charges alors que je ne suis pas censée en avoir…) et dans ce cas je pourrai me concentrer sur la recherche d’un job adapté. Si ça existe. Parce que j’ai beau vivre en Île-de-France, la région censée être la plus propice pour trouver un job, mais depuis que je suis ici c’est une galère sans nom entre les entreprises spécialisées dans le handicap qui sont des escrocs et les refus d’adapter le poste..

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5 réflexions sur “Quand le handicap ne bénéficie pas de compassion

  1. Bonjour, j’étais tombée sur ton blog en faisant des recherches sur Cap Emploi entre autres, j’avais laissé un commentaire il y a un petit moment de ça car j’ai aussi une pathologie respiratoire.
    « Malheureusement » je me reconnais souvent dans les situations que tu vis ou dans les sentiments que tu ressens. En fait je ne crois plus qu’il existe des postes adaptés depuis bien longtemps….c’est au hasard des entreprises : car ce sera quasi systématiquement au travailleur handicapé de s’adapter à toutes les situations, environnements, à tout et à tout le monde.
    Soit tu tombes bien au bout d’un moment, soit tu es obligée d’enchaîner les boites jusqu’au moment où tu trouves, éventuellement, un poste qui n’impacte pas ta santé.
    Après pour la sociabilité, on n’est pas tous fait pour travailler en groupe, en ayant la « patate » du matin au soir, à fond dans l’équipe, on peut aimer sa tranquillité, travailler seul, sans souffrir de quelconque symptôme je pense. On envoie vite chez le psy dans cette société…. ! Courage en tout cas, je compatis.

    Aimé par 2 people

    1. Oui j’ai l’impression que c’est ça. Aujourd’hui encore ma collègue m’a cassé les burettes à me dire que j’étais lente, pas endurante et tout… en même temps je dois soulever des palettes lourdes pour nettoyer alors que je ne suis pas censée porter de charges lourdes, sans parler de la fatigue chronique qui fait que oui, dans une poste pas adapté je suis clairement lente. Mais on m’a embauchée en connaissance de cause et ma collègue ne veut pas prendre en charge le plus lourd… j’ai du mal à comprendre pourquoi embaucher des TH si c’est pour ne pas adapter le poste.
      Et je suis d’accord avec toi pour la sociabilité mais à chaque entretien on me fait comprendre que c’est une tare d’aimer travailler seule.

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      1. Après ils embauchent des TH pour éviter de payer les amendes essentiellement, souvent c’est plutôt à nous de faire le nécessaire pour s’adapter au poste.
        En fait j’ai eu la sensation de devoir me « mettre en apnée » durant les jours de travail, sauf qu’à un moment donné tu ne récupères plus et arrêt bien sûr.
        Ceci dit, concernant le fait d’aimer ou pas travailler en équipe, je vais te donner l’exemple de mon médecin de famille qui nous avait dit avoir choisi médecine quand il était jeune car il voulait être en libéral (entre autres)……il n’aurait jamais supporté de travailler en groupe (ça ne l’a pas empêché d’être très humain par ailleurs).
        Pareil une ancienne connaissance qui est devenu avocat (pas par vocation) : il voulait un métier qui rapporte et surtout SOLITAIRE….!
        Personne ne s’est permis de leur dire qu’ils avaient un trouble psy. Evidemment c’est parce qu’ils ont des métiers « sexy » …..tu serais notaire par exemple, personne ne te ferait comprendre que tu dois consulter parce que tu apprécies le fait d’être seule.
        Et puis si tu tombes dans des groupes de collègues qui aiment faire la bringue, qui s’abreuvent de Fun Radio, tu fais quoi si tu n’as rien en commun avec eux ? perso je ne me force pas à fréquenter des gens avec qui je ne partage aucun centre d’intérêt, ce serait bien pire de se forcer à être ce que l’on n’est pas justement.

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  2. Tu es la mascotte des tortionnaires!!! c’est dingue! à chaque fois que tu as du taf, tu tombes sur des pervers narcissiques!!!
    Une chaise, c’est quand même pas la mer à boire! ils pourraient se montrer un tant soit peu compatissant….
    Je ne sais si c’est un bon conseil que je vais te donner mais…essaie d’en discuter avec ta cheffe ou une collègue plus ouverte à rallier à ta cause, ça peut marcher.

    Tiens bon! tu peux le faire!!

    Aimé par 1 personne

    1. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’elle est perverse narcissique mais elle n’en a clairement rien à battre de mon handicap. Aujourd’hui encore elle m’a sorti qu’elle s’en fichait, que ce n’était pas à elle de « tout faire » (elle ne fait pas tout clairement) et qu’elle ne comprenait pas pourquoi on m’autorisait à travailler si j’étais handicapée. Genre, tu es lente, c’est le seul reproche qu’on a à te faire, et ça justifierait le fait de ne pas pouvoir bosser ? Faut avoir un pet au casque pour penser comme ça…

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