Le Drama Job

La semaine dernière, au boulot, j’ai été à l’origine de tout un drama. J’ai vraiment du mal avec ça car je déteste être au centre de l’attention ou créer des problèmes. Mais malheureusement, je supporte très mal la chaleur (je t’ai vu toi au fond qui te demande si je supporte quelque chose ! haha) et c’était la canicule, il faisait 38° à l’ombre.

Je prenais mes précautions, à sortir avec une casquette, des lunettes de soleil et ma bouteille d’eau mais malheureusement, je ne peux pas faire grand chose quand la chaleur étouffante me fait suffoquer. Une fois arrivée au magasin, prise de bouffées de chaleur, j’ai fait un gros malaise, je suis tombée dans les escaliers et j’ai enchaîné avec une crise de spasmophilie à cause d’un épouvantable mal de tête (et aussi, un peu, j’avoue, une crise de panique car j’avais peur de décevoir, encore, en étant malade pendant un petit contrat).

Les collègues du magasin n’arrangeaient pas les choses en se massant autour de moi, car s’il y a bien une chose qui me fait complètement paniquer c’est une foule dense.

Heureusement, un des collègues de mon homme était là, savait comment réagir et m’a portée à l’infirmerie en gueulant sur les autres pour qu’on me foute la paix. Il m’a même ramenée chez moi car je n’arrivais plus à marcher et je voyais flou. Cependant le mal était fait, je n’ai pas travaillé ce jour-là et la moitié du magasin m’a vue convulser.

Être malade au travail, ça arrive. C’est sûr que c’est mal vu pendant un CDD mais bon, si j’ai une RQTH ce n’est pas pour faire joli sur mon CV. Je suis fragile. Ca me troue le postérieur de l’admettre mais c’est le cas et un rien peut prendre des proportions dantesques, surtout quand autour de moi personne ne sait gérer mes crises.

Il faut dire aussi que depuis la semaine dernière je ne peux pas récupérer : je rentre tard 6 jours sur 7 et je ne peux pas dormir le matin car mon homme me réveille, et je n’ai pas le temps de me rendormir à cause du garage voisin et des travaux sur mon toit qui commencent très tôt. Ma fatigue chronique fait que j’ai besoin de dormir plus que la moyenne et je ne peux pas combler ce besoin. Je me force car je sais que c’est provisoire, je tiens en carburant au jus d’orange, mais c’est clair et net que ça s’accumule et que mon corps me rappelle à l’ordre, aussi. Là il a suffi d’un coup de chaud et j’ai cédé.

Cependant je ne pensais pas que ça prendrait de telles proportions.

Ma cheffe est venue voir mon homme pour lui donner son numéro pour que je puisse la prévenir si je refais une crise. Mon homme a été doublement agacé, d’une par les réflexions de la cheffe, qui répétait en boucle que ça ne se faisait pas pour ma collègue qui du coup ne pouvait pas prendre de pause (écoute cocotte, si mes crises avaient un planning défini, ça m’arrangerait, mais ce n’est pas le cas) et aussi par le fait qu’on vienne le voir lui pour des questions me concernant alors que je suis apte à y répondre et que mon numéro est dans mon dossier, il suffit de le demander à la secrétaire. Du coup, elle n’a pas pu lui donner son numéro, mon homme s’étant énervé lorsqu’elle a balancé un « Oh ben si ça commence comme ça hein !! ».

Mon homme est parti, m’a rapporté la conversation mot pour mot et l’après-midi, j’ai pu voir qu’on avait bien bavé dans mon dos et surtout que les gens plaignaient… ma pauvre collègue qui a dû bosser sans pause. Je sais que je ne suis pas le centre du monde, mais quand un collègue fait un malaise grave, c’est lui qu’on est censé plaindre, non ? Au lieu de ça j’ai eu droit à de la culpabilisation, on m’a dit que si je n’étais pas capable de bosser alors je n’avais pas à garder ce poste, qu’il fallait prévenir, etc. Oui mais non, moi je ne peux pas prévoir mes crises. J’aimerais. Mais même celles que je fais pendant mes règles à cause de l’endométriose ne sont pas prévisibles car mes règles ne sont pas régulières.

Je me sentais déjà coupable vis à vis de mon homme car il en a chié pour me trouver ce contrat, mais là en plus, ça devenait vraiment trop. Ma collègue n’a de base aucune compassion pour le handicap, mais en plus me culpabiliser… j’ai décidé de les mettre dans la merde du jour du lendemain et de démissionner. Puisque je pose tant de problèmes, qu’à cause de moi ma pauvre, pauvre collègue ne peut pas prendre de pause -elle n’en prend pas déjà assez à discuter tout le temps ??- eh bien je me tire. J’ai fait ma lettre de démission, en prenant bien soin de mettre en avant que c’était mon handicap qui posait problème aux autres et non le fait que je sois inapte au poste (je ne suis pas inapte en soi, c’est juste que le poste n’est pas aménagé). Je savais que ça les ferait réagir.

Ca n’a pas loupé, le lendemain ils viraient de bord et me demandaient de rester, qu’un malaise pouvait arriver et que je n’avais pas à culpabiliser. Ils ont refusé ma démission et ont bieeeen insisté pour que je leur remette ma copie de ma lettre de démission. Tiens donc. Je vous rassure, j’en ai fait une autre copie avant de la rendre. Je me doute bien que s’ils l’ont demandée c’est que ça les met dans l’embarras. Et je n’ai pas du tout apprécié la manière dont j’ai été culpabilisée pour un malaise.

Ma cheffe a tenu à me parler, en m’assurant qu’elle n’était pas au courant pour mon handicap -alors que c’est connu depuis des années au sein du magasin puisque mon homme s’absente souvent pour m’aider-, qu’elle avait parlé à ma collègue pour qu’on se répartisse le travail, etc. Quelques heures après cette discussion j’apprenais qu’elle avait eu un gros clash avec le sous-directeur qui l’a recadrée à mon sujet parce que le matin même, elle bavait encore dans mon dos. Encore.

Depuis, mes conditions de travail se sont améliorées, j’ai droit à un ventilateur et j’ai enfin été autorisée à m’asseoir sur les chaises initialement réservées aux clients si je n’en peux plus. Ma collègue a également pris en charge le plus physique et me laisse le reste. Elle me fait bien comprendre que ça l’emmerde, mais elle le fait. C’est déjà ça.

Par contre, le reste de l’équipe a clairement pris le parti de ma collègue, et si j’ai le malheur d’appeler une chef de caisse pour une suspension (j’ai du mal à comprendre pourquoi on ne nous laisse pas gérer ça seuls) je me fais pourrir. Encore hier, la cheffe de caisse venue me faire une annulation s’est sentie obligée de m’expliquer comment fonctionne la caisse, avec la voix qu’on prend pour parler aux imbéciles heureux, sans daigner m’écouter lorsque je lui disais que la manipulation habituelle pour annuler un article ne fonctionnait pas. Ca arrive, parfois ça marche et parfois, pour une raison inexpliquée, la caisse fait des siennes et ne marche pas. C’est un peu comme la borne sans contact, parfois c’est oui, parfois c’est non. Et qu’on me prenne pour une idiote en me parlant de manière condescendante ça je déteste, vraiment. Je crois que c’est une des rares choses qui m’énervent autant que les fumeurs. Et après ma collègue me dit « mais t’énerves pas ! » alors que je demande juste à ce qu’on me montre une manipulation, pas qu’on me la fasse. On a toujours autant de problèmes de communication, elle comprend mal les phrases longues. Et son comportement m’horripile aussi, à draguer tout ce qui bouge pour après se réfugier derrière son masque respectable de mariée des enfants.

Je n’arrive pas à comprendre comment un malaise a pu créer un drama pareil, au point de me faire détester de presque toute l’équipe de l’après-midi pendant que ma collègue parade en victime. Je me fous qu’on bave dans mon dos, sauf si ça influe sur mon travail. Les gens qui viennent m’embêter pour me poser des questions gênantes ou pour me faire admettre que je ne suis pas faite pour le poste, jusqu’aux clients qui ont « entendu parler » de l’histoire et qui se demandent pourquoi je travaille. Toujours avec cette petite voix condescendante. Je suis handicapée, pas stupide ! On m’envoie paître pour tout, ce qui me stresse, ce qui fait que je fais plus d’erreurs et que donc j’ai encore plus besoin de faire appel à une cheffe de caisse pour débloquer ma machine. Et du coup, je passe encore plus pour une imbécile qui ne sait pas bosser et j’ai droit à encore plus de condescendance.

Le pire c’est que je n’ai pas l’impression qu’ils cherchent quelqu’un pour me remplacer. Depuis le début de la semaine, ma cheffe appelle ma collègue au boulot et quand elle revient, me demande si j’ai quelque chose de prévu pour août et si j’accepterais si jamais on me proposait de rester.

Je me sens encore plus mal car refuser un boulot dans ma situation c’est du suicide, mais rester, sachant que j’aurai forcément d’autres malaises et que donc ça va créer d’autres dramas idiots du genre et qu’en plus on me fait bien payer mon absence (une semaine après j’ai encore des réflexions, sérieusement)… je ne suis pas sûre que ça vaille le coup. J’ai éventuellement d’autres pistes pour du travail mais ça ne se fera pas de suite… je n’ai pas envie de devoir refuser un travail car je sais que je vais me culpabiliser toute seule pendant des mois. Mais je n’ai pas envie de rester non plus. Je ne sais pas quoi faire.

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12 réflexions sur “Le Drama Job

      1. Du coup, j’suis même pas sûre que ça soit une bonne chose de continuer.. Sérieusement, déjà que ta santé est fragile, si tu te forces encore plus je ne sais pas ce que ça va donner.
        Mais bon, tu es la seule à savoir s’il faut continuer ou pas 🙂

        Je te souhaite juste le meilleur 🙂 courage

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  1. Je te lis depuis un moment et à chaque fois je me dis que tu ne vis pas dans le même monde que nous. Ces gens ne sont pas NORMAUX. Je suis juste hallucinée devant leurs réactions (du médecin du travail aux collègues. Mais WTF !!!). Soit je suis naïve, soit j’ai toujours eu de la chance mais dans tous mes boulots (même les moins qualifiés) je n’ai connu que soutien et entraide en cas de problème et même au quotidien. La connerie est quand même ambiante par chez toi.Je te souhaite de réussir à changer de coin parce que là c’est pas la même dimension !

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai un ami qui me disait « toi, t’es née pour être au mauvais endroit au mauvais moment » et en fait ça résume bien ma vie. Du soutien j’en ai des collègues de mon homme qui me connaissent mais ils sont du matin et moi de l’après-midi donc bon… après je dirais bien « c’est la région parisienne » mais même à Orléans je tombais sur de sacrés charlots…

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  2. Ils sont gonflés ceux qui te disent « si tu ne pouvais pas tenir, il ne fallait pas accepter le poste »….! c’est le cercle vicieux, si aucun employeur ne respecte ta santé et les conditions dans lesquelles tu dois travailler alors tu ne peux pas bosser, c’est un « peu beaucoup » facho comme raisonnement.
    Surtout que dans le cas des problèmes respiratoires, il n’y a pas besoin d’un aménagement de poste démentiel (dans mon cas du moins), si c’est pas un poste physique c’est surtout l’environnement qui peut dégrader ta santé. S’ils ne te mettent pas aux 4 courants d’air, au froid, sous la clim ou dans un espace trop confiné c’est bon, c’est pas grand chose en fait.
    Dans le sud c’est pareil, sans demander un humanisme de tous les instants j’ai jamais rencontré de gens super compréhensifs, si tu tombes malade on te soupçonne vite d’être une assistée « qui perçoit des parachutes dorés de la Sécu » en gros. Soit tu tiens soit tu sors.
    Ce qui prime c’est ta santé, évidemment on fait comme on peut, selon ses finances, mais il me semble ce serait mieux pour toi de stopper. Courage à toi.

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    1. Oui je trouve aussi, d’ailleurs mon homme leur a fait la remarque : ils m’interdisaient de m’asseoir alors que j’en avais besoin et après ils venaient faire chier… en plus j’étais exposée à la fumée de cigarette car située à côté de l’entrée, au froid-chaud parce que je passais mon temps à faire des va et vient du four pour les paninis, tartes, friands au frigo pour les pâtisseries, etc. Pas top pour quelqu’un avec des soucis respiratoires.
      A court terme ça va, à long terme j’aurais été trop malade je pense. C’est exactement comme tu le dis : le poste ça va, l’environnement c’est autre chose.
      En tous cas les gens n’étaient pas très compréhensifs, entre les rumeurs à la con juste pour un malaise et les réflexions… on me dit de dégager parce que je ne « peux pas bosser » mais de l’autre ça va râler sur les allocations que touchent les handicapés… faudrait savoir, pas le droit de bosser, pas le droit de toucher une alloc, juste le droit de crever la bouche ouverte en gros ?

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