Et c’est fini !

Et voilà, samedi soir j’ai tiré ma révérence vis à vis de mon job en boulangerie. Je n’ai su que vendredi matin que j’étais remplacée, et encore, uniquement grâce à mon homme qui avait vu mon remplaçant signer le contrat, car personne n’a pris la peine de me prévenir. J’ai dû amener la conversation sur le terrain avec ma collègue pour qu’elle me l’avoue, et elle semblait surprise et gênée que je sois au courant.

Je ne suis pas surprise de ne pas être gardée, après tout lorsque j’ai fait ma lettre de démission (refusée, cf article précédent) je leur ai signifié que je n’avais pas envie d’aller plus loin. De plus, il a fallu un drama pas possible pour qu’ils daignent prendre conscience qu’embaucher une handicapée nécessite un aménagement de poste et que je pouvais avoir des absences. Et les absences, ça, ça ne leur plaisait pas du tout.

Je l’expliquais dans mon article précédent, tout le monde avait pris le parti de ma collègue et la plaignait elle, car elle n’avait pas pu prendre de pause le jour de mon malaise. Sachant que ma collègue est une personne connue de tous les cadres de l’après-midi pour bavarder plus que travailler et se croire au Club Med. Elle ne prend peut-être pas de pause badgée, mais en attendant, quand elle passe 30 minutes à discuter avec la chef charcuterie au détour d’un rayon, ça va, elle n’est pas non plus malheureuse. En boulangerie le gros du travail se fait le matin, nous on a la caisse et la remballe à faire, avec un petit tour en rayon pour voir ce qu’il y a à remplir et c’est tout. Ce n’est pas la fin du monde. Moi je ne pourrais pas le faire seule à cause des charges lourdes mais elle, elle l’a déjà fait et largement dans les temps. Ce n’est pas agréable mais c’est faisable. Aucune raison de se faire plaindre comme ça et parader en victime comme elle l’a fait.

Et puis voilà que le mardi, une caissière vient acheter du pain en partant et me sort : « Ne t’inquiète pas pour les rumeurs, tout le monde ne les croit pas, moi je ne les crois pas ». Euh, quelles rumeurs ? N’étant pas très sociable je suis la dernière au courant des potins et du coup, je ne savais pas que depuis mon malaise, une rumeur courait comme quoi je l’avais fait exprès pour ne pas travailler. Ah. Il semblerait que j’aie simulé ma crise.

Alors que je vous explique ce qu’est une crise de spasmophilie (ou tétanie) : chez moi généralement c’est la douleur qui les provoque, celle de mes règles à cause de l’endométriose, c’est assez rare que j’en fasse en dehors de cette période mais ça peut arriver si je suis épuisée ou stressée. Là, malgré toutes mes précautions j’avais fait une insolation, j’avais très mal au crâne, en plus de ça j’avais un monde fou autour de moi et donc oui, j’ai fait une crise. Sans parler du poste pas aménagé qui me fatiguait plus qu’autre chose, qui a dû jouer aussi.

Une crise, c’est douloureux. C’est mon corps qui se raidit sans que je puisse y faire quoi que ce soit. Ce n’est pas simulable parce que je me raidis bien au-delà de mon seuil de tolérance à la douleur. Je peux à la rigueur simuler des doigts qui se raidissent, mais pas avec la force d’une vraie crise. Pendant une vraie crise, les autres galèrent à me décrisper, notamment au niveau des mains, alors que si je faisais semblant ils n’auraient aucun mal. Là, il suffisait de demander au collègue de mon homme qui m’a aidée, il a passé un bon moment à masser, tapoter mes mains pour réussir à les décrisper et après je ne pouvais plus marcher tant mes jambes étaient raides.

Parfois pendant une crise, je perds temporairement la vue ou alors je vois flou. C’est quand le raidissement atteint mon visage. Il faut le faire, pour faire semblant d’être aveugle.

Une crise est aussi due à la panique, quand je sens mon corps se raidir, je sais que je vais souffrir, je sais que je vais encore me vider de mon énergie (oui, une crise ça épuise), je n’ai pas envie de me donner en spectacle, mais je sais que je ne peux rien y faire. Je panique, ça amplifie la crise. Un cercle vicieux car plus j’ai mal plus je panique…

Sincèrement, si ce que je voulais c’était ne pas aller bosser, j’aurais choisi quelque chose de moins douloureux comme prétexte. On ne simule pas une crise de spasmophilie. Ce n’est pas quelque chose de grave mais ça siphonne l’énergie et ça fait mal. J’ai été assez blessée par ces rumeurs, mais allez expliquer à des gens qui ont envie d’y croire qu’une crise ne peut pas être simulée et qu’ayant besoin d’argent j’avais mieux à faire que m’absenter une journée. J’ai parlé de ces rumeurs à mon responsable, sans trop d’espoir, pour lui dire de demander aux gens d’arrêter de jacasser sur mon compte, mais il m’a répondu qu’il n’était pas au courant et n’a rien fait. Le lendemain, il disait que la rumeur en question a commencé à courir le jour même de mon malaise. Pour quelqu’un qui n’était pas au courant… en tous cas, toute la semaine j’ai vu défiler des nanas qui venaient discuter avec ma collègue tout en me regardant en chien de faïence, c’était vraiment désagréable. Les gens n’ont donc que ça à foutre, de faire courir des rumeurs stupides et venir ensuite observer la bête en lui faisant bien comprendre qu’elle est indésirable ? Une chose est sûre, ça ne m’aurait pas motivée à rester. Des absences il y en aurait eu d’autres et si ça tourne aussi mal à chaque fois on a pas fini.

J’ai fini ma semaine en serrant les dents et le samedi, mon remplaçant est arrivé pour être formé. J’ai proposé à ma collègue de lui montrer la caisse tandis qu’elle pouvait lui montrer le back-office, elle m’a sauté à la gorge, hyper agressive, en me disant « Je vais le former, je sais ce que je fais, toi tu restes à la caisse ! ». Ah. Bon. Elle a ensuite commencé à lui montrer les manipulations basiques de la caisse en se collant contre lui et en lui faisant les yeux doux. Sérieusement ? Le pauvre gars ne savait plus où se mettre et m’a jeté un regard désespéré quand elle l’a embarqué pour lui montrer les fours, les rayons et le frigo.

Quand ils sont revenus, elle m’a à nouveau parlé pour me demander sèchement de laisser mon remplaçant servir les clients et les encaisser et est partie. Ah super mais moi je fais quoi du coup ? Le gars est alors venu me demander si ma collègue était toujours aussi bavarde et surtout aussi allumeuse, et quand je suis partie dans un fou rire il a compris. Il l’a cernée d’entrée de jeu, ça va, il a été plus rapide à la détente que moi. Mais oui ça fait trois semaines que je remarque qu’elle allume tout ce qui bouge avant de se planquer derrière son statut de femme mariée, et ce n’est pas sa seule incohérence. Peut-être a-t-elle besoin de tester son pouvoir de séduction ?

On a commencé à discuter tout en servant les clients (non parce que j’allais pas me tourner les pouces tout l’après-midi non plus) et le fait est que je m’entendais super bien avec lui. Ce qui m’a un peu dégoûtée en fait, parce que si je l’avais eu lui comme collègue et non la peste, mon expérience en boulangerie se serait super bien passée. Il m’a même avoué que ma collègue lui avait dit de ne pas me parler parce que j’étais handicapée et que je faisais semblant d’être malade pour ne pas bosser. Ah d’accord. Tu la sens la tolérance ? Au moins j’ai su qui avait lancé la rumeur, même si c’était assez évident.

Quand ma collègue est revenue et a vu qu’on discutait en riant, elle n’a pas du tout apprécié (vous auriez vu son regard, j’ai cru qu’elle allait me tuer) et s’est mise à m’envoyer aux tâches subalternes type nettoyer le frigo, etc, sans réel besoin mais juste pour m’éloigner de sa proie. Pitoyable pour une femme de plus de trente ans censée être mariée, amoureuse, avec deux beaux enfants qui sont sa vie. J’ai dit à mon collègue de se méfier d’elle, mais il l’avait déjà compris de lui même. J’ai d’ailleurs appris par la suite que ma collègue est vraiment connue comme le loup blanc dans le magasin à cause de son attitude. Moi en soi, je m’en fous, elle fait ce qu’elle veut de son cul, mais me faire sauter à la gorge juste parce que les mecs sont SON terrain de chasse, voilà quoi. En résumé tu es une autre nana tu n’as pas le droit de parler aux autres gars et encore moins de bien t’entendre avec eux.

Je n’ai pas non plus apprécié l’attitude de ma chef qui, bien que ne mettant JAMAIS les pieds dans le magasin l’après-midi a pris la peine de venir pour aider à la formation de mon remplaçant, chose qu’elle n’a pas faite pour moi alors qu’elle savait que j’étais mal formée et que j’avais besoin d’un petit coup de pouce pour pouvoir assurer seule au cas ou. Et elle aussi a eu un comportement type « dégage déchet » à chaque fois que je lui adressais la parole. Je me sentais de trop, un truc de fou. Fallait me faire arrêter vendredi hein… ah bah non il fallait un larbin pour servir les clients pendant que tout le petit monde papotait en rayon. Je comprends mieux pourquoi ma collègue n’est pas inquiétée pour son bavardage intensif, la cheffe est pareille !

En bref, j’ai eu un peu le sentiment de me faire dégager comme une vieille merde et d’être indésirable, juste à cause d’un malaise indépendant de ma volonté et visiblement, aussi, d’une collègue malveillante qui s’est amusée à faire courir des rumeurs sur mon compte juste pour le plaisir de se faire plaindre. Alors oui, j’avais fait une lettre de démission, plus dans le but de protester contre mon traitement qu’autre chose, mais une lettre de démission ne décharge pas l’entreprise et ses employés de leur devoir de décence. Du coup je vais garder un souvenir amer de cette expérience.

Une chose est sûre, il y a du boulot à faire pour être véritablement handicap-accueillant : tant de la part de l’entreprise (il a fallu un drama pour obtenir un aménagement simple) que des employés dont visiblement la tolérance n’était pas la première qualité. Basher quelqu’un à cause de son handicap c’est quand même assez ignoble, et d’autant plus ignoble qu’il ne s’agissait pas de quelques cas isolés par-ci par-là. Je ne sais pas ce que j’ai fait pour mériter tant d’animosité, d’autant plus que ma collègue a été mise au parfum dès le début pour les possibles absences.

Il faut aussi avouer que le contrat est mal tombé, puisque les travaux de mon toit que j’attendais depuis des mois ont commencé pile en même temps que mon contrat, ce qui a fait que je ne pouvais pas me reposer entre mon homme qui me réveille à 4h pour partir au travail et les ouvriers qui arrivaient avant 7h en marchant sur le toit comme des bourrins. Si j’avais pu me reposer, j’aurais été moins fatiguée et je n’aurais peut-être pas fait de crise malgré la chaleur ce jour-là. J’ai de gros soucis de sommeil, j’ai un sommeil déjà très léger de base (le chat grimpe sur le lit c’est bon ça me réveille, pour vous donner une idée), mais en plus je m’endors très difficilement, j’ai un sommeil morcelé car je me réveille plusieurs fois par nuit pour mettre du temps à me rendormir. Me reposer est donc difficile et encore plus si je ne peux pas dormir à cause de travaux ! ^^

En tous cas retour à la case chômage, puisque le responsable a subitement oublié sa promesse de voir pour me transférer sur un poste en rayon, au sein d’une équipe qui saurait gérer mes crises. Je me remets donc à la recherche.

Pour finir sur une note positive, la cagnotte que j’ai créée pour pouvoir reprendre des études de conseillère en naturopathie a bien fonctionné et est maintenant à 82% ! Je n’y croyais pas vraiment lors de sa création et pourtant… même si elle ne parvient pas jusqu’au bout ce sera déjà un gros plus pour financer l’école. Si vous êtes vous-mêmes naturopathes et que vous avez des livres à me conseiller pour ma bibliographie (je cherche notamment des références sur les compléments alimentaires et les huiles essentielles, des ouvrages fiables) n’hésitez pas ! Et un grand, grand merci à tous les participants et à ceux qui ont partagé. J’espère que cette reconversion me servira et que je pourrai enfin exercer un métier qui me plaît dans de bonnes conditions.

J’envisage de passer un BTS diététique en candidat libre, si vous connaissez des gens qui ont fait ce cursus et ont des cours à partager je veux bien être mise en contact également ! Je passerai sûrement par le CNED mais là aussi ça va être un coût. On verra en fonction du résultat de la cagnotte et des débouchés de ce premier cursus !

Merci, merci à tous.

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4 réflexions sur “Et c’est fini !

  1. Tout ce que tu nous racontes me conforte dans l’idée que j’ai toujours eu de la chance d’être refusée en Grande Distribution…
    En attendant youpi pour la cagnotte et doigts croisés pour le BTS! Way to go!

    Aimé par 1 personne

  2. Je vois que tu as arrêté, il me semble que c’est mieux ainsi, même si tu as un manque à gagner, parce que là ça virait à la torture quotidienne.
    Ils ne sont pas « finis » ceux qui disent que tu l’as fait exprès pour ne pas bosser, il y en a pas mal des collègues qui lancent ces vacheries aussi quand quelqu’un est en arrêt maladie « les gens qui profitent du système pour pas bosser ». Surtout que les 3 premiers jours tu ne perçois rien,et après ça diminue vite….
    Si tu étais partie pour ne pas bosser autant ne pas le faire dès le départ et rester chez soi, pourquoi aller simuler un malaise dans l’entreprise ? c’est ridicule leur raisonnement.
    Sinon, un agent d’une structure spécialisée dans le suivi des TH, m’a un jour déclaré au tel : « les entreprises veulent des gens qui ont la reconnaissance TH mais sans handicap », bien sûr c’était un sarcasme car il était blasé de voir que les postes n’étaient pas toujours adaptés. Mais bon dans l’idée c’est ça.
    Quoiqu’il en soit, je te souhaite de parvenir à suivre ton cursus en naturopathie.

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