Les salons pour l’emploi et les jugements de valeur

Source image

Quand je débutais dans le monde du travail, je faisais souvent des salons, pas forcément dédiées aux personnes handicapées d’ailleurs. Il y avait un certain forcing de Pôle Emploi et la Mission Locale qui les présentaient comme le must-have pour trouver un emploi. Et moi j’étais jeune, naïve, je n’y connaissais rien et je les croyais. De plus, ne vivant pas encore à Paris j’avais mon transport gratuit en tant que personne handicapée, me déplacer ne posait donc aucun problème financier comme c’est le cas aujourd’hui.

Évidemment, j’ai rapidement découvert la réalité, à savoir des salons blindés de monde, avec une queue monstrueuse pour pouvoir donner un CV après une discussion de 30 secondes avec l’employé débordé, les bousculades, parfois même les empoignades pour un mot déplacé. Et encore, je n’habitais pas la région parisienne, je parle de salons de province ! Bien sûr, je n’étais jamais rappelée malgré la vingtaine de CVs distribués à chaque fois. Il faut dire qu’avec les milliers de visiteurs de ces salons, les chances d’être rappelée sont minces, voir inexistantes. Car je le rappelle, mon CV n’a strictement rien pour se distinguer de la masse : j’ai le profil de la nana au diplôme inutile, et qui a un an d’xp pro à tout casser alors qu’elle approche des 30 ans. Ce n’est pas un profil encourageant ou excitant la curiosité de l’employeur.

Une fois arrivée en région parisienne, j’ai refait un salon, dans lequel j’ai fait un malaise vagal à cause de la foule. En effet, les années passant, je supporte de moins en moins ce que je peinais déjà à supporter à mes débuts. La foule m’oppresse. Je peine à respirer et je finis par m’évanouir. Et les salons parisiens sont encore plus fréquentés que mes salons d’Orléans. Une fois, je n’ai même pas pu rentrer et j’ai dû faire des pieds et des mains pour ne pas me faire radier de Pôle Emploi après ça vu que je n’avais pas pointé à leur stand.

Du coup, depuis, je ne fais plus de salons. Il faut dire que maintenant, les salons bénéficient tous d’un site internet sur lequel les offres sont listées et auxquelles il est possible de postuler, alors pourquoi s’embêter à se rendre sur place ?

Et puis cette semaine, un salon dédié aux personnes handicapées se tenait. Pôle Emploi a commencé à me mettre un rappel sur mon agenda pour que je m’y rende, mais aucune mention d’obligation. Deux jours avant le dit salon, je recevais un mail avec une invitation et un contact à qui parler sur place. J’ai commencé à trouver ça suspect, parce que si aucune obligation n’était mentionnée on a quand même donné mon nom à un agent sur place. On sent un léger forcing. Cependant, ayant une fatigue chronique carabinée ces dernières semaines (je pense que ça se sent vu que je publie beaucoup moins), j’ai décidé de ne pas m’y rendre. Mon transport n’est pas pris en charge par Pôle Emploi et je ne touche plus rien de la CAF depuis un bon moment, donc je n’allais pas me faire un trajet à 20 balles pour rien. Car oui, pour moi, les salons ne servent à rien. Trop de concurrence pour se distinguer.

Mais le jour J, je reçois un appel. La dame se présente, c’est mon « contact » du salon, et elle me demande pourquoi est-ce que je n’y suis pas. Je lui ai parlé de mes soucis financiers et de mes malaises vagaux, mais elle n’a pas dû écouter ma réponse puisqu’elle m’a dit « Il faut savoir ce que vous voulez madame, essayez de venir« . Eh bien écoute cocotte, je sais très bien ce que je veux : ne pas perdre mon temps et mon argent pour rien. Et ma santé, accessoirement, les malaises ne sont pas sans conséquences sur mon état. Je lui ai demandé si c’était obligatoire, elle m’a répondu que non. Alors pourquoi m’embêter au téléphone ? J’ai déjà parcouru le site internet du salon et postulé aux offres qui m’intéressaient (trois, c’est déjà mieux que rien), je ne vois pas l’intérêt de me ruiner pour me rendre sur place, d’autant plus que je n’avais personne pour m’accompagner en cas de malaise vagal (quand vous êtes handicapé, l’accompagnant c’est très important). Mais non, elle n’en a pas démordu puis a raccroché lorsque je lui a dit que si elle n’était pas foutue de comprendre les problèmes des personnes handicapées ce n’était pas la peine d’aller tenir un stand dans un salon qui leur est dédié.

J’hallucine toujours autant devant les gens qui pensent que l’emploi (ou sa recherche) doit passer avant tout, avant la santé, que si on est motivé on peut bien se mettre à découvert pour se rendre dans un salon, c’est pas grave, ce qui compte c’est l’emploi, l’emploi, et il faut sans arrêt donner des « preuves » de sa motivation. Eh bien non, pas pour moi. Même si je trouve un emploi fixe un jour, JAMAIS il ne passera avant moi, avant ma santé, avant ma famille. JAMAIS je ne me ruinerai moralement ou physiquement pour un travail. Et je n’ai aucune honte à ressentir vis à vis de ça, car c’est simplement une volonté de vivre.

Je tiens quand même à rappeler à tous les accros au boulot qu’une vie, on en a qu’une. Que même si on aime son travail, ce n’est pas en y consacrant tout son temps et toutes ses pensées qu’on profite de la vie. Il y a des choses à voir, des causes à soutenir, des choses sur lesquelles s’émerveiller en regardant par la fenêtre, lorsque la ville s’éveille et que certains animaux nocturnes traînent encore dehors. Il y a des activités sympa qui détendent, comme peindre un truc moche sur une feuille canson (je suis nulle en peinture, mais j’aime peindre ^^), ce n’est pas une perte de temps, c’est simplement faire quelque chose qu’on aime, même si ça ne « sert à rien ». Votre esprit a besoin de décrocher, et vous aussi. Profitez de votre vie avant que votre corps ne vous lâche et cessez de harceler les gens pour qu’ils fassent comme vous, qu’ils s’oublient pour le sacro-saint travail. Foutez la paix aux gens. Le travail n’est pas le centre de tout. C’est simplement une activité -chiante ou non, c’est selon- qui vise à récolter des sous. Personne ne devrait avoir à se ruiner la santé pour ça. Personne ne devrait être esclave de son travail.

Je trouve que mettre la pression aux gens vis à vis de ça est honteux. Qu’insulter les gens qui n’ont pas d’emploi est honteux, surtout quand l’insulte vient des hautes sphères de l’état, ceux qui savent très bien pourquoi il n’y a pas d’emploi pour tout le monde. Que faire du forcing pour un salon que vous savez inutile est honteux. Que culpabiliser les gens est honteux.

Ce n’est pas la première fois que je le dis, mais j’avais besoin de le redire.

Pour la petite histoire, mon contact du salon m’a signalée comme étant de mauvaise volonté à ma conseillère. Je ne suis pas de mauvaise volonté. Je me préserve. J’ai postulé aux offres accessibles présentes sur le site du salon, ce n’est pas parce que je ne me suis pas déplacée que je n’ai pas fait ma part du contrat pour autant. Je ne pense pas être la seule personne au monde à ne pas supporter la foule, non ?

Publicités

10 réflexions sur “Les salons pour l’emploi et les jugements de valeur

  1. Tu as tout à fait raison et comme je le dis souvent : on ne vit pas pour travailler, on travaille pour vivre… Les gens qui se donnent à fond à leur boulot au point de faire tant et plus d’heures (pas toujours rémunérées ou récupérées, d’ailleurs), et qui au bout de quelques années, font un burnout ou se voient diagnostiquer un ulcère à l’estomac à cause du stress, j’ai envie de leur dire de se réveiller, et de prendre conscience de tout ce qu’ils ratent en passant leur vie au boulot !

    Concernant les salons : en effet, ils sont inutiles, car tellement pris d’assaut, que les rares stands auxquels il n’y a pas de queue sont ceux qui n’intéressent pas (l’intérim, les formations réservées à un certain public hyper restreint et auquel on ne correspond jamais, l’aide à la personne…) ; et si par chance tu arrives à tenir la demi-heure de queue qu’il te faut pour accéder à un stand intéressant, tu te retrouves face à une personne qui en a autant ras-le-bol que toi, et qui te pose 3 questions bateau avant de poser ton CV sur une immense pile d’autres CV et de te dire « si besoin on vous rappellera » (dois-je préciser que t’es jamais rappelée ?).

    Enfin, concernant la nana que t’as eue au tél : c’est une connasse dépourvue d’empathie, bonne qu’à jouer les pétainistes à aller te balancer à ta conseillère comme une chômeuse faisant preuve de mauvaise volonté…
    Il y a de moins en moins d’humanité chez Popôle (c’est de toute façon le reflet de la société dans sa globalité)…

    Je croise les doigts pour qu’une des 3 offres aboutisse ! 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Oui en plus le salon concerné par l’article c’était un salon général, avec plusieurs corps de métiers, mais la majorité nécessitaient des diplômes, même pour les postes non-qualifiés de l’administratif. Il y avait une offre d’agent courrier mi-temps qui demandait 5 ans d’xp pro, n’importe quoi.
      Pour le manque d’humanité j’avais vu oui… le pire c’est que quand j’ai rencontré cette conseillère la première fois elle était compréhensive et ouverte. Bah ça n’a pas duré.

      Aimé par 1 personne

      1. mouais, enfin rien ne l’obligeait à dire à la conseillère que t’es de mauvaise volonté, au contraire elle aurait pu plaider ta cause étant donné que tu as expliqué clairement pourquoi tu n’étais pas venue…

        J'aime

  2. Tu n’es pas la seule à ne pas aimer la foule en effet. J’ai jamais fait de malaise à proprement parler mais je ne me sens pas bien pour autant.

    J’ai fait un seul salon, au début de ma carrière de chomeuse. Pas pu approcher un stand. Blindé de partout. J’ai compris l’inutilité du truc.

    Aimé par 1 personne

  3. J’exècre la foule!! et pourtant j’en ai fait des salons de l’emploi!!! pour rien: refus, refus, refus!!!

    Je ne sais pas si j’en referais un jour…ou alors gonfler à bloc^^

    Je suis 100% d’accord avec vous les filles!! Une vie consacrée au travail est une vie perdue!! J’ai connu des gens (et j’en connais encore!) qui ont eu une jeunesse classique, 40 ans dans la même boite et le même poste!, peu de loisirs en parallèle, arriver à la retraite en se demandant ce qu’ils allaient faire…certains sont morts jeunes retraités (maladie ou suicide) d’autres n’ont pas eu une retraite très vivante…
    Alors, quand je vois ça, je me dis: Non! Même si je dois faire mille choses dans ma vie et en chier pour le faire!! je ne veux avoir une vie sans âme!!
    Pas de vie dans les normes! c’est trop ennuyeux!!
    Et puis, il faut songer à son oraison funèbre (désolé pour le côté morbide…), qu’il est de la gueule!!^^

    Le seul problème au refus d’y aller, c’est de réussir à défendre son bifteck devant pôle emploi!!

    Aimé par 1 personne

    1. Pôle Emploi ne raisonne pas du tout comme ça justement :/
      Si je ne me prive pas de leur dire le fond de ma pensée c’est parce que je ne dépend pas d’eux niveau allocations, mais tout le monde ne peut pas se le permettre hélas.
      C’est la mentalité de la société qu’il faut changer, que les gens comprennent qu’une vie de taf, ce n’est pas une vie accomplie. Du moins, pas pour tout le monde.

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s