Avoir affaire à un gros con au téléphone, leçon 1

Dans la vie de tout chercheur d’emploi, on tombe un jour ou l’autre sur un connard. Bien plus souvent que sur un gars bien, d’ailleurs, mais passons.

Histoire de bien débuter la semaine, je reçois un message sur mon répondeur d’une entreprise dans laquelle j’avais postulé. Petit hic, le message est adressé à un certain « Mr Cassembar » (j’ignore si ça s’écrit comme ça, je n’ai pas été demander). Je suis étonnée car mon répondeur indique bien mon nom et mon prénom, or je suis une femme et je ne m’appelle pas Cassembar.

Dans un souci d’honnêteté -et aussi un soupçon d’espoir, ne nous mentons pas- je rappelle le recruteur pour lui dire qu’il s’était trompé de nom, et là, WTF.

Le mec commence à m’engueuler comme du poisson pourri parce que je lui fais, je cite, « perdre son temps » car il ne cherchait pas à me joindre moi, mais Mr Cassembar, car mon CV ne l’intéressait pas.

La moutarde m’est très rapidement montée au nez, car non seulement je ne lui fais pas perdre son temps (après tout je le préviens qu’il n’a pas appelé son précieux Cassembar mais quelqu’un d’autre) mais en plus c’est totalement de sa faute, moi je n’ai fait que postuler à une offre intéressante et me faire rappeler par erreur !

Un magnifique « Eh bien pourquoi tu m’appelles alors Ducon ? » est sorti tout seul de ma bouche, accompagné d’un « Quand on est pas foutu d’appeler le bon numéro on ne se permet pas d’être aussi grossier ! » (oui bon là c’est l’hôpital qui se fout de la charité ^^).

J’ai entendu un « non mais ! » indigné, puis l’homme m’a raccroché au nez. S’il avait par miracle mis mon CV de côté, il a dû finir à la poubelle, mais ce n’est pas plus mal.

C’est quand même hallucinant de voir un gars pas fichu d’appeler le bon numéro refuser de reconnaître ses torts et m’agresser comme si j’étais coupable. Il aurait pu tout simplement me dire que c’était une erreur, éventuellement s’excuser -c’est mon temps que j’ai perdu, pas le sien !- , me remercier de l’avoir prévenu et voilà, problème réglé. Il aurait appelé son Cassembar, ç’aurait été le début d’une grande histoire d’amour et d’exploitation… Mais non, je lui signale l’erreur, il me crie dessus ! Il n’a pas volé son « Ducon ».

Il y a des moments où ma répartie prend son indépendance mais dans ce cas, je ne le regrette pas. C’est sûr que ça ne joue pas en ma faveur, certains me diront que j’aurais pu rester « correcte » pour laisser une bonne impression, mais sur mon front il n’y a pas écrit « soumise » et j’estime que remettre un gars comme ça à sa place n’a rien de mauvais !

Bon, par contre, c’est pas tout ça mais ça fait une nouvelle offre sur laquelle je peux tirer un trait. Et cette fois je connais le nom de celui qui m’a damé le pion !

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« Il serait temps de trouver un travail quand même ! »

Source de cette grosse image ^^ (bien qu’un peu désuète)

Je dois bien reconnaître à mon homme qu’il est tenace. Malgré toute l’hypocrisie, tous les coups fourbes et compagnie que son entreprise lui a fait, il continue d’espérer qu’elle m’embauche un jour. Moi, j’ai laissé tomber depuis longtemps après des dizaines de CV sans réponse, les seuls petits contrats obtenus chez eux l’ont été grâce à l’insistance de mon homme, ils n’ont jamais regardé mon CV.

Dans tous les cas, je déteste la grande distribution. C ‘est vraiment un domaine dans lequel je ne me sens pas à ma place. J’ai plus ou moins apprécié mon passage en fromagerie (et je l’aurais sans doute plus apprécié sans ma collègue toxique) mais c’est tout. La caisse, ELS, charcuterie, boucherie ou poissonnerie c’est no way. Je ne me suis jamais sentie aussi mal qu’en bossant là-bas. Misère intellectuelle, boulot d’un ennui sans fin, mon dieu, quelle horreur.

Après, c’est sûr que si on me propose un travail dans la grande distribution, je peux difficilement dire non (on est conditionnés pour accepter le premier taf qui passe, parce que mieux vaut un mauvais travail que pas de travail du tout, hélas) mais je ferai tout pour y échapper le plus vite possible.

Cependant, mon homme ne l’entend pas de cette oreille : il sait que je déteste son travail, mais il le déteste aussi et pense que pour lui comme pour moi on se sentirait mieux si je travaillais avec lui. Je suis plus ou moins d’accord.

J’ai eu l’occasion de travailler avec lui quelques jours, et je ne suis pas vraiment comme lui. Lui, il arrive à surmonter son dégoût des gens pour aller leur parler, les guider, etc. Moi j’étais bien incapable de leur parler tant je n’avais rien à leur dire. Foot, cul, deux sujets qui ne m’intéressent vraiment pas, et leur parler d’autre chose les ennuie. J’étais dans mon coin.

Je pense aussi qu’il me sur-estime. Il pense que je ferais une bonne ELS, mais quand j’ai fait ce taf, j’étais paumée. On me déplaçait sans arrêt mes rolls, et le gars de l’après-midi foutait un bordel monstre dans mes rayons en calant des produits dans le fond des étagères « pour plus tard » histoire d’alléger les rolls. Oui enfin t’es mignon coco mais moi quand j’avais de l’arrivage le lendemain, je devais remettre son bordel dans les rolls parce qu’il me fallait bien de la place. Quitte à mettre des produits au fond t’en met qui sont sur la même étagère ou ont un rapport avec le rayon. Lui il me flanquait du thé dans le café, etc… il me rendait dingue, me faisait perdre un temps fou (déjà que j’étais en 30h alors que les rayons nécessitaient un 35h…), rendait le travail encore plus insupportable pour moi.

Et puis l’ennui…

Bref, vous allez vous demander le rapport avec le titre. Revenons à nos moutons. Mon homme est allé voir le directeur pour lui dire qu’il avait besoin de personnel, d’au-moins une autre personne, parce qu’entre les pas-doués qui sont gardés et les absents, sans parler des rayons sans suivi, c’est la misère. Le directeur lui a répondu qu’ils ne trouvaient personne, ce qui a fait halluciner mon homme qui a répété que je cherchais toujours du taf et qu’ils pouvaient me prendre. Ce à quoi le directeur a répondu : « Elle cherche encore ? Il serait temps de trouver un travail quand même ! ». Sympa. On sent le gars bien manipulé par les médias qui pense qu’on trouve un travail en claquant des doigts. Non, ça ne se passe pas comme ça.

Il me rappelle une femme que j’ai lue sur Facebook, qui disait qu’à BAC+4 elle préférait être caissière que vivre aux frais du contribuable, « parce qu’il faut bien se bouger le cul un peu ». Sauf que même pour les boulots alimentaires, ce n’est pas simple. Les offres de boulot non-qualifiées sont prises d’assaut, nous sommes des centaines à déposer nos CV dans les supermarchés. Alors si elle, elle a été choisie, tant mieux pour elle, sauf qu’elle a dû faire des dizaines, voir des centaines de malheureux qui eux n’ont pas été pris. Il n’y a pas de boulot pour tout le monde. Même pour les plus motivés. Et vu la culpabilisation des chômeurs et autres personnes touchant des allocations, ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on reste dans cette situation.

Je dois avouer que ça me chiffonne un peu que mon homme ne m’ait pas demandé mon avis pour déposer ma candidature, mais d’un autre côté je peux difficilement lui dire non. Je n’ai pas de piste actuellement. Notre création d’entreprise ne se fera probablement pas car avec sa bipolarité il change d’avis comme de boxer et je n’ai pas envie de faire ça seule. C’était un projet à deux. S’il ne veut plus, je partirai sur autre chose.

Et puis, accepter un CDI dans sa boîte, c’est rester à Paris, c’est rester dans notre appartement rempli de moisi et de voisins bruyants, à côté de ce garage de merde qui rejette ses fumées chez nous. Je n’ai jamais voulu vivre dans cette ville et j’ai envie de partir, plus que tout. Il m’arrive de postuler dans d’autres villes quand je vois un CDI intéressant, justement pour ça.

Je me prends à espérer qu’ils me refusent encore, et pourtant j’ai envie de travailler, cette situation me mine un peu. Rien que d’y penser j’ai une boule au ventre, je déteste ce métier.

De l’art de lâcher des vents au travail lorsque vous êtes une femme

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C’est bien connu, les femmes sont des princesses. Elles ne pètent pas, ne rotent pas, ne font pas caca. Ne me demandez pas comment elles évacuent leurs déchets alimentaires, car je n’en sais rien. Elles le font probablement de manière très propre et silencieuse.

En fait non, je déconne. Nous sommes largement capables de concurrencer les hommes en matière de vents. Le problème, c’est que la société d’aujourd’hui est telle que l’homme moyen ne peut pas concevoir que la bombe du bureau puisse lâcher des bombes aussi formidables qu’elle (si une femme pète, elle est forcément moche et obèse) et donc, nous nous retrouvons face à un problème de taille : que faire si nous avons envie d’en lâcher une ?

Quand mes collègues masculins s’en donnent à cœur joie après avoir mangé des pois chiches à midi, personne ne leur dit rien. Au contraire, leur performance est souvent accompagnée de rires gras et d’encouragements. Mais moi, si je m’y mets (j’ai aussi mangé les pois chiches à midi) je vais me faire instantanément taxer de grosse dégueulasse. Je dois donc la jouer finaude, parce que les vents retenus dans mon ventre commencent à me faire mal.

Hélas pour moi, la tactique du culbuto est archi connue et vu la puissance qui s’annonce (se retenir, ça fait VRAIMENT mal), faire semblant de me moucher ne suffira pas pour couvrir le bruit. Il faut donc soit opérer un repli stratégique dans les toilettes, soit assumer sa condition de prolétaire car je vais me faire rayer de la liste des princesses.

Manque de bol, ma cheffe adore téléphoner dans les toilettes et elle n’a rien à faire. J’en aurais les larmes aux yeux. Mais non, elle est là, sa voix puissante est hélas insuffisante pour masquer le bruit d’un formidable pet se répercutant sur les parois en porcelaine. Vous le connaissez ce bruit n’est-ce-pas ?

Je pourrais songer à l’escalier de secours, mais dans ce couloir, le moindre bruit est ultra-amplifié, on en a fait les frais pendant les récents travaux.

Je me rue vers les ascenseurs, mais là aussi, il y a du monde. Bon sang, depuis quand est-ce qu’il y a du monde à 14h ici ?

Je retourne vers mon bureau, le mal au ventre devient de plus en plus sérieux. C’est dur d’être une femme. Et voilà que le chauve arrive : ce mec, pour le repousser, je l’ai frappé, je lui ai colorié la gueule au marqueur noir indélébile, je lui ai jeté une énorme agrafeuse dans la trogne, mais non, il revient. Je souris. Il est temps de casser la mythe. Au moment ou sa main serre la mienne, je me lâche. Un bruit tonitruant résonne dans le couloir, et en prime, le chauve a même droit au rappel. J’ai beaucoup de force dans les doigts, je l’empêche de se dégager, tout en gardant un sourire ravi sur le visage. Il pâlit. Je finis par le laisser partir et, ne sachant pas quoi dire, il tourne les talons. J’ai réussi !

Par contre, je n’avais pas noté que la moitié du service était dans le bureau d’à-côté pour grailler et ont profité du spectacle. Et merde.

C’est chiant d’être une femme.

Le problème se pose d’ailleurs également si vous avez envie de poser une pêche. Généralement, par honte, on attend d’être seule dans les toilettes pour évacuer le Jean-Claude. Par précaution, on pose même du papier toilette dans le fond pour empêcher le « plouf » et on prie pour que Monsieur ne se ramène pas avec une sonate. Et en plus il faut faire vite, parce que sinon on vous regarde de travers. Plus de 5 minutes dans les chiottes, c’est suspect, même pour une femme. Constipation interdite.

Pourquoi tant de haine alors que tout le monde a un jour été confronté à l’irrépressible envie de tout évacuer ?

Malgré tout, il y a des limites les filles. Je sais que nous ne sommes pas des princesses. Mais quand y’en a jusque sur les murs, faudrait peut-être pas pousser (enfin si, mais un peu moins fort, quoi). Et surtout nettoyer après votre passage, parce qu’on a beau être toutes amatrices d’art moderne, on se passerait de l’expression de votre for intérieur.

Je tiens également à préciser que la femme n’a pas le droit de roter en public. Et ce, même après avoir sifflé 2L de coca. Un homme qui rote sera qualifié de viril (et de beauf par les gens de mauvaise foi qui en réalité admirent sa performance) mais une femme qui rote sera regardée comme la dernière des clochardes.

Cependant, parfois, on peut difficilement se retenir et le rot fait son cheminement particulièrement bruyamment. Si vos collègues n’ont pas la lumière à tous les étages, vous pouvez tenter de masquer ça en toux. Sinon, je suis au regret de vous annoncer que votre réputation est ruinée à jamais.

L’avantage, c’est que désormais, vous pouvez lâcher ce que vous voulez et même quitter le bureau en beuglant « je vais chier, à toute ! ». Ne me remerciez pas.

*prend sa liste des choses à faire avant de mourir et raye « écrire un article pipi, caca, prout sur son blog emploi »*

Endométriose, monde du travail et congé menstruel

endométriose

Vous l’ignorez peut-être mais du 7 au 13 mars se tient la douzième édition de la semaine de prévention et d’information sur l’endométriose. C’est une maladie qui, malgré la relative bonne participation des médias reste très peu connue, et surtout, très décriée de la part de certains.

Il se trouve que c’est une maladie dont je suis atteinte. J’ai mes règles depuis l’âge de 10 ans et j’ai commencé à avoir d’énormes douleurs vers 11 ans. A l’époque, ma mère subissait exactement la même chose, mais notre médecin n’a jamais songé une seule seconde à l’endométriose. Le gynécologue de ma mère non plus. Ils se contentaient de nous dire que nous étions des chochottes tout en nous prescrivant des anti-douleurs basiques qui ne faisaient rien.

Ma mère a été libérée vers 45 ans, lorsque son cancer du col de l’utérus a entraîné une hystérectomie. Moi, par contre, j’ai continué mon calvaire dans l’indifférence générale, tant des proches que du corps médical. Étant donné que j’étais déjà suivie médicalement pour ma dyskinésie ciliaire (une maladie aux symptômes très proches de la célèbre mucoviscidose), personne ne se préoccupait de moi sur le plan gynécologie.

L’endométriose ne m’a été diagnostiquée qu’à 25 ans. Et encore, par pur hasard plus qu’autre chose. J’avais rédigé un article sur mon blog humeurs pour en parler, tant le problème devenait de plus en plus insupportable. Et là, révélation : plusieurs personnes m’ont parlé de l’endométriose, des manières de se faire diagnostiquer, et m’ont dirigée vers d’autres blogs qui en parlaient. J’ai reconnu mes symptômes dans la description de la maladie et je me suis décidée à surmonter mon aversion pour les gynécologues. Le diagnostic a été assez éprouvant, car je suis TRÈS pudique, je ne supporte pas qu’on me touche, donc forcément, ce type d’examens m’a demandé un sang froid exceptionnel pour ne pas coller ma main dans la figure du pauvre personnel soignant. Bref, je ne vais pas m’attarder sur la question, j’en avais déjà parlé dans cet article.

Le premier problème qui se pose, lorsqu’on a des règles aussi handicapantes, douloureuses, c’est « comment est-ce que je vais gérer ça au travail ? ». Les médicaments que l’on m’a prescrits jusqu’ici n’ont jamais réussi à endiguer la douleur au point de pouvoir faire une journée de travail normale comme si de rien n’était. Et puis, les règles ne prennent pas de pause pendant la période d’essai d’un contrat, aussi.

S’absenter du travail, ce n’est pas comme s’absenter de cours, on ne peut pas faire ça comme ça et rares sont les patrons compréhensifs au point de ne pas broncher lorsque leur employée leur dit « je ne peux pas venir au travail, j’ai mes règles ». Pour eux, c’est un peu comme ces collégiennes qui ont leurs règles chaque semaine au moment du cours de sport. Des nanas qui n’ont pas envie de bosser. On parle du congé menstruel depuis quelques années déjà mais à chaque fois, c’est blindé de réflexions sexistes, ou d’accusations de sexisme, justement, parce que ce serait réduire la femme à son utérus. Bah écoutez, lorsque je me tords de douleur en me retenant de hurler chaque mois (bon, ok, je ne me retiens pas toujours), je m’en fiche un peu d’être réduite à mon utérus, si ça me permet de me reposer (en même temps je serais totalement improductive, la douleur est trop insupportable pour se concentrer sur un quelconque travail). Et si ces messieurs sont jaloux, eh bah, qu’on invente une machine leur permettant de ressentir ce genre de douleurs chaque mois, on verra ce qu’ils auront à dire. Balancer des réflexions lorsqu’on ne sait pas de quoi on parle, c’est assez gonflé.

Mais hélas, les douleurs menstruelles sont trop souvent considérées comme de la comédie, y compris de la part du corps médical. Pendant des années on m’a dit que j’étais une chochotte, on me l’a même dit après une hémorragie alors que je m’étais évanouie à cause de la douleur et de la perte de sang. On a beau parler de l’endométriose, ça ne suffit pas. C’est comme pour tout, parler c’est bien, agir c’est mieux. On a besoin que les gens cessent de déconsidérer les femmes qui souffrent de ça, qu’il s’agisse d’endométriose ou non. Ça reste une perte de sang, parfois importante, donc il y a la fatigue, l’inconfort, les réflexions à la con à subir du genre « oh lala, si tu es comme ça c’est parce que t’as tes règles ! »… avec ou sans douleur ça reste une période pénible.

Dans mon cas, il y a aussi le cumul de l’endométriose avec la dyskinésie ciliaire, ce qui parfois donne des combos assez impressionnants, qui peuvent même nécessiter une hospitalisation (j’ai beau lutter, j’ai beau avoir énormément de volonté, j’ai mes limites). Je bénéficie de la RQTH pour la DCP mais elle ne comprend pas les excuses pour cause de règles.

Je ne suis pas une grande féministe (bon, j’ai une mentalité féministe, mais j’ai tendance à m’éloigner des mouvements féministes) mais je trouve quand même gonflé de voir qu’en tant que femmes, en plus de se prendre des difficultés supplémentaires à cause de notre capacité à tomber enceintes (j’suis stérile, la femme parfaite je vous dis !), on est obligées de se battre pour faire reconnaître l’endométriose comme une maladie réelle et non comme « une douleur qui est dans la tête », avec les mesures qui s’imposent.

Après, on a pas toutes la même réaction face à la maladie, certaines restent capables de travailler, certaines réagissent mieux aux traitements… et surtout vu les abus qu’un congé menstruel pourrait engendrer nous ne sommes pas prêtes de voir ça instauré en France. Ce serait comme à l’école, des filles pour qui les règles se passent très bien demanderaient un congé parce qu’elles n’ont pas envie de bosser. Ou alors comme par hasard les règles tomberaient pendant les soldes. Bref.

J’ai aussi peur que ce soit la porte ouverte à de nouvelles discriminations, car un congé menstruel, même de quelques jours, c’est quelque chose que la grosse majorité des employeurs n’approuvera pas. J’imagine bien les nouvelles questions discriminatoires du genre « Est-ce que vos règles sont douloureuses ? » que l’on pourra ajouter aux éternels « Est-ce que vous voulez des enfants ? » ou « Est-ce que vous êtes en couple ? ».

J’avais déjà parlé de ce problème avec mon homme et nous n’avons pas vraiment de solution. Mes règles sont trop douloureuses et il est évident que je ne pourrai pas assurer un job pendant cette période. Essayer de le cacher ne sert à rien mais en parler n’est pas productif non plus, l’employeur risquant de prendre peur et d’embaucher quelqu’un qui posera moins de soucis. Même le mi-temps n’est pas une solution parce que les règles peuvent très bien tomber pendant une période travaillée (elles ne sont pas régulières alors que ça fait presque 16 ans, pour s’organiser c’est top !). Le congé menstruel est une solution, à voir ce que ça donne financièrement, et à voir si un patron est capable de comprendre que des règles peuvent être irrégulières même après plusieurs années et que si ça tombe comme par hasard pendant les soldes, bah ce n’est pas de la mauvaise volonté.

Même si les commentaires des articles qui en parlent restent particulièrement odieux en majorité, c’est quand même bien d’en parler, ça reste un pas en avant. J’ai l’impression qu’en France, c’est toujours très long pour instaurer des mesures qui sont déjà en place dans d’autres pays depuis des années, donc le plus tôt sera le mieux.

C’est l’histoire d’une chômeuse qui ne croyait pas au Père Noël…

père Noël

Il y a quelques jours avec mon homme, nous discutions d’un type d’annonce qui m’énerve particulièrement, à savoir les annonces blindées de fautes d’orthographe.

Je n’arrive pas à trouver d’excuses aux employeurs qui publient ce genre d’annonces (ni même aux sites qui les relaient sans relire), pour moi c’est soit de l’irrespect car on ne prend même pas la peine de relire l’annonce pour la rendre présentable, soit injuste car des gens qui ne savent même pas aligner deux mots sans faute ont un boulot et pas moi, soit ça en dit long sur le sérieux de l’entreprise qui n’est même pas fichue de passer une annonce correcte. Je veux dire, une petite faute dans toute l’annonce, ça la fout mal mais à la rigueur ça passe,  mais là, je parle surtout des annonces avec 18 fautes par mot qui parfois me mettent le doute sur la langue employée, car à mes yeux, ce n’est pas du français.

Bref, je disais donc à mon homme que parfois, quand j’étais motivée, je prenais le temps de répondre à ces annonces pour corriger toutes les fautes et leur expliquer que c’est bien mignon d’exiger 15 ans d’expérience et une présentation impeccable, mais que parfois, balayer devant sa porte avant c’est pas plus mal non plus. Et voilà qu’il m’engueule en me disant que je devrais le faire à chaque fois, parce que peut-être qu’un jour je tomberai sur un employeur qui appréciera mon audace et me fera signer un contrat sur le champ. Mais bien sûr. J’ai protesté en lui disant qu’on est pas dans un film de série B mais dans la vraie vie, sauf qu’il n’a rien voulu entendre et m’a répliqué que ce n’était pas étonnant que je ne trouve pas d’emploi si je n’ose pas faire une chose aussi simple. J’ai fini par le laisser marmonner, sidérée de voir qu’en 2015 il y a encore des gens qui confondent fiction et réalité.

Ce genre d’histoire, avec des gens audacieux qui finissent par trouver le job de leurs rêves en provoquant l’entreprise, je les lis sur des sites à la noix comme Démotivateur, qui nous en abreuve sans jamais citer ses sources, ou dans les films à la télévision. Mais dans la vraie vie… combien reçoivent ne serait-ce qu’une réponse après un coup d’éclat du genre ? Un entretien ? Une embauche ? Pour un péon qui parvient à ses fins, combien ne se prennent que des vents ?

Je suis vraiment sur le cul de voir que des gens croient encore au Père Noël. Le pire, c’est qu’il insiste, en me disant « il faut tenter », sans se rendre compte que j’ai déjà tenté. Je suis tellement désespérée à ce niveau que j’ai déjà essayé de provoquer la chance, d’aborder mes entretiens (quand j’ai la chance d’en décrocher un) de toutes les manières possibles, de faire des lettres de motivation percutantes, audacieuses, etc, etc, sauf qu’au bout d’un moment tu finis par ouvrir les yeux et remarquer que dans un monde où les employés se jettent comme des kleenex croire au miracle est une souffrance inutile.

En fait, nous sommes dans un monde où trouver un emploi est tellement difficile qu’on en est réduits à se faire engueuler quand on ne croit plus aux miracles.

Les consultants en recrutement et moi

ours facepalm

La première fois que j’ai eu affaire à un consultant en recrutement, je ne savais même pas ce que c’était. Pour moi, c’était un intermédiaire du genre boîte d’intérim et je ne me faisais pas trop de bile. Il avait repéré mon CV je ne sais où et était spécialisé dans le recrutement de personnes handicapées. Je m’en doutais un peu parce que bon, vu la gueule de mon CV, on ne risque pas de m’appeler spontanément s’il n’y a pas de carotte à la clé.

Il m’a appâtée en me parlant d’un poste de vendeuse en sandwicherie chez Paul’s, en CDI 25h, et m’a demandé quelques informations pour voir si je correspondais au poste (c’est vrai que pour vendre des sandwichs, faut sortir de Harvard avec un triple diplôme). Mais ces « quelques informations » se sont vite transformées en un amas de questionnaires en tout genres qui ont fini par me mettre la puce à l’oreille.

Je peux comprendre qu’une entreprise veuille être sûre de tomber sur le bon salarié du premier coup, surtout si elle doit payer un intermédiaire, mais là, c’était vraiment abusif. Surtout pour un job alimentaire.

Le consultant a commencé par me transmettre un questionnaire de personnalité par mail. Ce qui devait être un « petit questionnaire » faisait en réalité quatre bonne pages avec des questions louches et un poil intrusives du genre « quels métiers auriez-vous voulu exercer, pourquoi est-ce que vous ne l’avez pas fait » ou encore « pourquoi avez vous fait ces études ». J’étais en mal d’emploi, je me suis prêtée au jeu et j’ai rempli son questionnaire puis lui ai renvoyé.

Je n’ai ensuite plus eu de nouvelles pendant deux semaines, j’ai fini par relancer le consultant qui… m’a renvoyé un autre questionnaire, encore plus long que le premier et avec des questions encore plus intrusives, voir carrément discriminatoires du genre « voulez-vous des enfants », « avez-vous un conjoint », « prévoyez-vous de vous marier », etc, etc. Je commençais à doucement m’énerver, parce qu’on ne parlait pas d’un poste de ministre mais d’un simple poste de vendeuse en sandwicherie.

Avant de renvoyer le questionnaire, j’ai fini par poster sur un forum pour demander ce qu’était exactement un consultant en recrutement, et surtout pour savoir si ça valait le coup de me prendre autant la tête pour un poste aussi basique. Dès la première réponse, quelqu’un s’est gentiment moqué et a parié que le type me demandait toutes ces infos uniquement pour m’entrer dans sa database et que je n’en entendrais plus parler après.  D’autres m’ont expliqué qu’il est très compliqué de virer un salarié, même complètement incompétent, et que du coup les types se blindaient au niveau du recrutement. Ils m’ont également dit qu’il fallait que je voie plus loin que le côté basique du poste, car si je donnais satisfaction alors on me donnerait mieux que ça.

Étant un peu morte de faim, j’ai fini par céder et renvoyer le questionnaire et au bout de presque un mois, le consultant m’a rappelée en me disant qu’il m’avait négocié un entretien. Le CDI est devenu CDD et n’était plus qu’à 12h, ce qui ne m’intéressait plus du tout. Mais j’y suis allée quand même, en me disant que j’expliquerais qu’on m’avait appâtée avec un bien meilleur contrat que ça, que je venais par politesse mais que je n’étais pas intéressée par si peu d’heures. A l’époque j’étais hébergée à titre gratuit, j’avais bien moins de pression et je pouvais me permettre de chercher mieux que ça.

Sauf qu’une fois sur place, à l’adresse indiquée par le consultant… il y avait effectivement un Paul’s, mais ils n’avaient jamais entendu parler de cette agence de consultants, n’avaient aucun entretien de programmé et n’avaient jamais entendu parler de moi non plus. Ah. Le malaise. Ils se sont excusés (ce n’était pas vraiment leur faute mais bon) et je suis rentrée chez moi. J’ai immédiatement appelé le consultant qui n’a pas décroché. J’ai rappelé en numéro masqué, il a décroché mais semblait très mal à l’aise lorsque je lui ai dit que je m’étais présentée et ce qui s’était passé. Il m’a dit qu’il allait les rappeler et voir ce qui avait cloché. Je n’ai plus jamais entendu parler de ce consultant et je n’ai pas trop cherché à le relancer. Le premier posteur du forum avait raison, il voulait probablement mes infos dans sa base de données et point barre.

J’ai trouvé ça un peu con de sa part, il aurait pu être honnête dès le début, me dire qu’il enregistrait mes données pour me proposer quelque chose plus tard mais qu’il n’avait rien pour le moment. J’aurais été déçue mais j’aurais accepté dans l’espoir d’être recontactée un jour. Après ça s’il m’avait recontactée je l’aurais très clairement envoyé chier.

Et puis il y a quelques jours, voilà que je reçois un appel. Numéro inconnu, aucune candidature en cours, je ne décroche pas. Mais arrive un message sur mon répondeur : une consultante en recrutement se présente, présente son entreprise et me parle d’une opportunité de carrière dans la vente à domicile. Bon, la vente à domicile, ça ne m’intéresse vraiment pas du tout, mais j’ai quand même été voir sur son site ce qu’elle proposait : uniquement des stages et des apprentissages…. et pas pour de vrais métiers, uniquement de l’alimentaire du genre équipier McDo. Bordel, quitte à être équipière McDo, autant aller déposer son CV directement là-bas, au moins j’aurais un salaire au SMIC et pas un % du SMIC pour le même boulot. Je ne supporte pas les contrats d’apprentissage pour des boulots alimentaires, pour moi c’est ni plus ni moins que de l’abus. L’apprentissage, c’est fait pour apprendre un métier dans le cadre d’une formation professionnelle, c’est pas fait pour satisfaire les patrons de la grande distribution qui veulent des employés payés le moins possible.

Bref, j’étais agacée, mais par politesse (elle a pris la peine de me contacter après tout) je l’ai rappelée pour l’informer que je n’étais pas intéressée par son offre, mais que si elle avait de vrais contrats type CDD ou CDI à me proposer, là j’acceptais sans souci. Elle a commencé par tenter de m’envoyer des questionnaires sans répondre à ma question, car je lui ai évidemment demandé si elle avait autre chose que des stages ou de l’apprentissage à proposer. J’ai ajouté que je ne remplirai rien tant que je n’aurais pas la réponse à ma question, car je m’étais déjà faite avoir, et voilà qu’elle me balance un magnifique « Oh mais madame, dans votre situation un stage c’est mieux que rien ».

C’est vrai qu’un stage non rémunéré ou un contrat d’apprentissage qui ne paie même pas un SMIC plein c’est mieux que rien. Non, la précarité, ce n’est pas mieux que rien. Non, encourager les abus à l’apprentissage et aux contrats aidés, ce n’est pas mieux que rien. Et bordel à canard, avec un BAC+3, j’aspire à mieux qu’un contrat de 10 mois en tant qu’apprentie équipière McDo. Genre il faut 10 mois pour apprendre le métier, mais bien sûr. Et la marmotte, elle met le chocolat dans le papier d’alu.

marmotte papier alu

La consultante n’a pas apprécié que je lui explique tout ça mais insistait pour que je lui remplisse ses documents et que je m’inscrive sur le site, j’ai refusé. Je n’aime pas qu’on se moque de moi ou qu’on me fasse des réflexions du genre. Ce n’est pas parce que je suis handicapée et en difficulté dans ma recherche d’emploi que je suis prête à ouvrir les fesses et à accepter n’importe quoi, ou même à encourager les abus. Je me demande comment est-ce qu’on peut se spécialiser dans l’emploi des personnes handicapées et ne proposer que de la précarité comme ça. Parce que bon, vu qu’elle ne propose que des stages, une fois que j’en ai fini un, elle me propose un deuxième ? Puis un troisième ? Et ainsi de suite, je bosse gratos jusqu’à la retraite ? Parce que le stage tremplin dans le monde professionnel, quand c’est un stage d’hôtesse de caisse, j’y crois moyen. Son entreprise ne propose que des boulots alimentaires précaires. Il n’y a pas de tremplin, à part pour de la précarité.

Bref, déjà que je n’avais pas une haute opinion des consultants en recrutement suite à ma première expérience, la deuxième enterre la profession à mes yeux. Je ne sais pas si je rappellerai le prochain qui me contactera… et vous, vous avez déjà eu affaire à des consultants en recrutement ? C’était une bonne expérience ?

Des clients un peu particuliers…

chien hautain(oui, encore une image d’animal 😀 )

Dans l’ensemble, mon expérience en fromagerie a été très positive. Les clients étaient sympathiques et ouverts à la discussion et j’ai eu très peu de cas (du moins en fromagerie). Mais j’en ai eu quand même, évidemment, et je me suis dit que j’allais vous en parler.

Fromagerie :

Un jour, le téléphone mural sonne, ma collègue décroche et me dit que je suis attendue à l’accueil. What ? Je me demandais ce que j’avais bien pu faire comme connerie mais en réalité, c’était une cliente de mon rayon qui venait rapporter un produit. Le temps d’arriver, elle avait déjà déserté l’accueil (j’avais deux clients à servir avant). Lorsqu’elle est revenue, elle m’a montré, fâchée, un bout de parmesan à la coupe qui avait moisi, mais du genre moisi hardcore. J’étais surprise car cette marque ne moisit pas comme ça et je lui demande une explication. Elle me dit qu’elle est partie en vacances pendant un mois et a laissé le fromage dans son frigo, que normalement ça se conserve bien plus que ça et que c’était scandaleux. Flairant le gros fail, je lui demande si elle a coupé l’électricité avant de partir en vacances. Elle me répond que oui, l’air outrée, avant de comprendre son erreur et rougir. Bah oui, quand on coupe l’électricité, ça coupe aussi le frigo, et en période de canicule ça devait être bien fun au retour. Elle bafouille quelque chose puis s’en va en me laissant le fromage, et là la dame de l’accueil m’avoue que comme je ne venais pas, elle a autorisé la cliente à récupérer un morceau de fromage du même prix pour échanger. Ah super, une cliente en tort qui a récupéré un fromage gratos. Elle devait être contente.

***

Peu de temps avant la fin de mon contrat, je revois une cliente à qui j’avais vendu un Selles-sur-cher. Elle avait l’air fâchée et se met à me crier dessus, comme quoi je pourrais mieux m’attacher les cheveux parce qu’au moment de servir son fromage, elle avait récupéré un long cheveu noir et l’avait finalement jeté (le fromage). Amusée, je lui montre ma queue de cheval en lui disant que j’ai les cheveux roux, donc que le cheveu noir pouvait difficilement venir de moi. Sans parler qu’avec toutes les mouches mortes et compagnie, je vérifie toujours mon morceau de fromage avant de l’emballer. Et c’est moi qui ai servi cette dame. Elle continue de crier en disant que le cheveu devait appartenir à une de mes collègues. Ma collègue de charcuterie est blonde, ma chef aussi, ma formatrice est brune et les deux gars de boucherie/poissonnerie sont des bruns aux cheveux courts. Personne n’a de longs cheveux noirs ici. Personne sauf… la cliente elle-même, tignasse ébène au vent. Je le lui ai fait remarquer, et elle a dit qu’elle se plaindrait de moi car je suis de mauvaise foi. Eh bien soit, j’ai laissé un mot pour prévenir du cas et je n’ai pas eu de retour.

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Un autre jour, je vois un homme me mater comme un gros sale par le reflet de l’évier. Je me retourne et je lui demande si je peux lui servir quelque chose. Il ne s’y attendait visiblement pas et commence à regarder la vitrine à toute vitesse en me disant « Euh… le reblochon là, ça sert, euh, pour la, euh, tartiflette ? » le tout en faisant des bruits et mouvements écœurants avec sa langue. Pouah. Dissimulant mon dégoût, je lui réponds que oui et il me fait « Vous aimez la tartiflette vous, je peux vous inviter, vous avez un numéro ? », toujours avec sa langue qui faisait sa vie en toute indépendance. J’ai balancé un « Non. » bien sec et il est parti en se retournant toutes les deux secondes. Je suis retournée à ma vaisselle et j’ai entendu un bruit d’appareil photo derrière moi. Je lui ai demandé de cesser de me prendre en photo et heureusement un vigile passait. Il a attrapé le gars qui a effacé sa photo devant moi et a été éjecté du magasin.

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Une autre fois, je vois arriver une dame à l’air un peu perché. Bon, j’ai l’habitude dans le coin, donc je m’avance et lui demande si je peux la renseigner. Elle me regarde, horrifiée, et me dit « I don’t speak French ! ». Je lui réponds donc en anglais et là, je la vois me dévisager comme si j’avais violé son caniche avec un concombre : « Don’t speak English, don’t speak English ! ». Bon, bon. Elle ne veut pas que je lui parle en français parce qu’elle est anglaise, mais ne veut pas non plus que je lui parle en anglais. Il me reste l’espagnol et, un peu narquoise, je lui demande encore ce qu’elle veut. « I don’t speak Spanish ! ». Ok, on est censées communiquer comment alors ? Je lui reparle en français, elle me redit qu’elle ne comprend pas. Nous avons fini par nous comprendre avec des grognements et des gestes particulièrement peu élégants. Mon accent français est-il si horrible que ça ? 😥

Charcuterie :

Un papy arrive et me demande « une grosse saucisse de Morteau ». Je lui sers tranquillement et je le vois se pencher dans ma direction en me disant « moi aussi j’ai une grosse saucisse, et elle est pas de Morteau ». Beurk.

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(Cette anecdote là date de ma précédente expérience en charcuterie : )

Je vois un papy arriver et il me demande une barquette de salade de museau. Je lui sers et je le vois, tout sourire, me balancer « Vous savez où j’aimerais le mettre, mon museau ? ». Oh my God.

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Un couple de jeunes arrive et me demande conseil sur les différents saucissons qu’on vend. Je les renseigne comme je peux et ils choisissent finalement « le long saucisson là ». Débordant de beaufitude, l’homme se sent obligé de rajouter « moi aussi j’ai un long saucisson ». Ok, merci pour l’info.

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Une mamie arrive pendant que ma collègue se débattait avec sa vaisselle donc, bonne pâte, je décide d’aller servir la mamie. Elle me fixe longuement puis finit par me demander une tranche de jambon « fine s’il vous plaît ». Je lui fais donc une tranche fine et lui montre, lorsqu’elle me sort « mais ce n’est pas du tout ce que j’ai demandé, j’ai dit fine ! Et puis vous me la montrez avec vos mains, c’est dégoûtant ! ». Je précise que j’ai des gants que je change entre chaque client, et que c’est l’usage de montrer la tranche à un client avant de l’emballer. Serrant les dents, je repose la tranche sur un papier, et lui montre sur le papier. « Ah ben non j’en veux plus maintenant ! ». On récupère chaque tranche de la machine à la main car sinon elle s’affaisse, donc si elle ne veut pas d’une tranche que j’ai « touchée », on a pas fini. Je lui refais une tranche encore plus fine et elle n’est toujours pas contente car « j’ai dit fine bon sang ! ». Ma collègue intervient et lui demande « fine comment madame ? ». Elle mime la taille avec ses doigts. En fait, elle voulait une tranche épaisse, un peu comme les tranches de rôti. La mamie engage la conversation avec ma collègue, en insistant sur le fait que elle, elle est sympathique et sait servir les clients. Du coup elle lui demande si elle est en CDI. Et, alors que j’étais juste à côté, balance « et elle, là, j’espère qu’elle dégage bientôt hein ? ». Sympa.

Je recroise cette mamie dans le bus, elle me reconnaît et me fait « Ah, encore vous ! ».

Le lendemain elle revient au magasin et c’est encore à moi de la servir. Sauf que cette fois elle beugle « Non je ne veux pas être servie par vous, sale démon ! ». J’étais un peu interloquée et ma collègue lui demande « démon ? ». Et la mamie crie « Oui, elle est rousse, cette sale rousse ! ». Ah d’accord ok. Nous sommes en 2015 et certains pensent encore que les roux sont des démons.

***

Bref, comme vous pouvez voir j’ai quand même eu certains gros cas, sans parler des gens qui ne viennent que pendant les dégustations, pour manger à l’œil sans acheter quoi que ce soit. On a même eu un gars qui a pris deux pleines poignées de bouts de fromage pour les flanquer dans sa poche. Il devait sentir bon une fois rentré chez lui.

Je peux comprendre qu’on puisse goûter sans acheter, mais vous savez, quand vous passez 15 fois et que vous prenez un échantillon à chaque fois on vous grille, hein ^^

J’ai aussi remarqué un certain mépris des clients envers ma collègue et moi lorsqu’ils comprennent qu’on est pas étudiantes et qu’on est ici parce qu’on a rien d’autre. Bon, ce n’est pas surprenant venant d’un magasin bourgeois mais tout de même, c’est agaçant. Ils sont bien contents d’avoir des gens pour les servir et avec qui discuter, alors pourquoi être méprisant ? Certains ont même adopté un ton perché et supérieur histoire de bien me faire comprendre la chose. Sachant que j’applique à la lettre le « nous sommes tous libres et égaux » dans mes relations avec les autres, ils ne sont pas prêts d’avoir une quelconque soumission ou admiration de ma part, mais bon.

Je profite également de cet article pour faire un petit topo sur le gaspillage alimentaire en grande distribution. Oui, on jette énormément. Mais dans ce « énormément », l’écrasante majorité est due aux clients. Ces clients qui prennent un article puis changent d’avis et le reposent n’importe où. Surtout quand il s’agit d’articles frais planqués dans des rayons non réfrigérés, ou carrément de traiteur commandé puis caché dans un rayon parce que la personne n’a pas envie de se faire chier à rendre son paquet. Je ne vous raconte pas le nombre d’articles qu’on retrouve n’importe où, de textiles tachés par les clients qui bouffent en rayon et s’essuient sur les fringues (oui oui). Si vous changez d’avis la moindre des corrections c’est de reposer l’article où vous l’avez trouvé, d’autant plus s’il s’agit d’articles pris en rayon frais et qui ne se conservent pas éternellement hors d’un frigo.

Il y a aussi des paquets de gâteaux ouverts mais non achetés « juste pour voir comment c’est dedans », des lots séparés, des trucs « goûtés », des yaourts par lots que les clients prennent un par un, et il faut jeter le reste du lot car ce n’est pas vendable à l’unité… des gosses qu’on laisse jouer avec une trottinette et qui heurtent des têtes de gondole, brisant des dizaines de bouteilles (vécu deux fois, par le même gamin qui a recommencé à jouer après avoir été vaguement grondé par sa mère. Purée le gamin moi je lui fais tout nettoyer avec la langue.), ou même avec un « caddie pour enfant » (la pire invention au monde), des chewing-gum collés sur les rayons ou les articles, etc, etc.

Les clients ne s’emmerdent vraiment pas et sont les premiers à râler sur le gaspillage sans se rendre compte qu’ils en sont à l’origine. Adoptez un comportement respectueux du travail des employés, qui en plus de devoir maintenir leur rayon à jour et bien agencé doivent courir après les gens qui mettent n’importe quoi n’importe où.

L’entretien de la morale

morale

Il y a quelques temps, j’ai fini par obtenir un entretien auprès du directeur de l’entreprise de mon conjoint. Le deal, c’était qu’il devait me rencontrer pour ensuite me recommander à d’autres magasins de l’enseigne, car je ne peux pas travailler dans le même magasin que mon conjoint, puisqu’ils refusent les couples. Un peu hypocrite dans la mesure où il y en a, mais passons. Il est vrai que j’aurais du mal à travailler auprès de la jeune fille qui a été recrutée à ma place quelques mois auparavant et qui se révèle être une salope de premier plan. Oui, une salope, j’ai bien employé ce mot. Mais passons.

Mon conjoint a donné mon CV au directeur et je devais être recontactée pour un entretien. Chose normale, il ne voulait pas me recommander à l’aveuglette -même s’il l’a déjà fait pour les enfants de certains employés ou amis…- donc il voulait me voir. J’ai été rappelée l’après-midi même pour le lendemain matin. N’étant pas très à l’aise au téléphone, j’ai fait en sorte d’être la plus enjouée possible mais aussi d’écourter un maximum la conversation.

Le lendemain, je viens et me présente à l’accueil, comme à mon habitude. Je connais bien l’employée de l’accueil avec qui je discute régulièrement. Elle appelle le bureau du directeur, qui n’est pas là. Elle passe une annonce dans le magasin, personne ne répond. Elle cherche à savoir si le directeur est à la cafétéria, mais personne ne répond. On a passé une demi-heure à le chercher car il ne répondait pas non plus sur son portable. Moi qui était arrivée en avance, je me retrouve en retard. Puis il s’est ramené comme une fleur à l’accueil pour me chercher, sans même s’excuser. Bon.

Mon conjoint m’avait déjà dit que c’était un homme un peu dans son monde, du genre persuadé d’avoir la science infuse sur tout, et qu’il avait une très forte tendance à faire la morale à tout le monde sur tout. J’ai déjà connu un gars comme ça, c’était un vrai toxique, qui avait été jusqu’à me faire la morale sur ma manière de vivre. Du coup forcément, j’étais un peu méfiante. Mais je ne m’attendais pas à ça.

Il s’est présenté mais m’a très rapidement dit qu’il était ici pour m’entendre moi, et pas pour me présenter son parcours. Même si juste après, il a enchaîné en me présentant son parcours. J’ai retenu un petit sourire à l’évocation de son passé de militaire, que je connaissais déjà de par l’entretien qu’il avait eu avec mon beau-frère. Puis, hélas, j’ai dû me mettre à parler. Je n’aime pas passer après quelqu’un qui présente un parcours sans tache, car moi, avec mon inexpérience et mes années de recherche d’emploi infructueuse je passe pour une looseuse. Mais je n’avais pas le choix.

J’ai minimisé mon chômage en parlant de mon bénévolat auprès d’associations de protection animale -même si ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui-, esquivé mon expérience désastreuse dans son magasin, et mis l’accent sur ma motivation sans pour autant passer pour une morte de faim. J’ai également laissé entendre que j’avais cherché à repostuler dans cette enseigne mais que je me heurtais au mur du recrutement en interne, d’où la demande d’entretien qu’avait faite mon conjoint.

Et là… je ne sais pas pourquoi, mais le directeur s’est lancé dans le délire moralisateur le plus what the fuck que j’aie jamais entendu. Il s’est mis à me faire la morale sur le fait qu’en achetant sur internet, je contribuais à mon propre chômage car du coup, les magasins ne recrutent plus, que maintenant l’emploi c’est sur internet et que je ne devrais donc pas postuler ici. Je devrais postuler sur internet, partout voyons, pas en mettant mon CV en magasin, c’est inutile, internet nous vole nos emplois et il n’y en a plus. J’ai essayé de lui dire que si c’était si simple de postuler sur internet, je l’aurais fait depuis longtemps, mais les emplois y sont surtout bénévoles ou en free-lance. Cependant, plus moyen de le faire taire, il était lancé. Mais le pire restait à venir.

Il s’est mis à me sortir que je ne devrais pas me plaindre de ma situation financière, car c’est difficile pour tout le monde, y compris pour lui, pauvre petit directeur. La vie est dure ! Pendant un instant je me suis demandé s’il ne se foutait pas de ma gueule : mon conjoint m’a un jour dit qu’il avait sorti devant ses employés qu’il ne savait pas quoi faire de son argent tant il gagnait par mois -un salaire d’au-minimum 3000e, avec tellement de primes que ce n’est même plus possible de quantifier-. Et il me parle de vie difficile. Que je ne devais pas me plaindre car il était sur un pied d’égalité avec moi.

Ben purée, pas de souci, moi je veux bien de sa vie difficile et de son salaire « misérable », pas de problèmes. Et je saurais quoi en faire de son argent ! Je n’utiliserais pas tout pour moi mais j’en profiterais pour contribuer à des projets via Kickstarter ou Ulule, pour aider ceux qui n’ont pas ma chance au lieu de tout accumuler comme une caricature de Picsou.

Le type n’a jamais connu le chômage et me l’a clairement dit, et il a le putain de culot de me sortir que la vie est dure. Alors qu’à la maison, on vit à deux sur un foutu SMIC et que la CAF me sucre les trois-quarts de mon AAH car mon conjoint ose gagner le SMIC et donc entre dans la catégorie « riche ».

Je mourais d’envie de lui voler dans les plumes et de lui sortir qu’il pouvait se garder sa morale car il ne savait pas ce qu’était le besoin, le vrai -pas le besoin du dernier Iphone, le besoin de bouffer tout en gardant un toit sur la tête-. (Il m’a quand même sorti « Quand vous êtes chez vous et que, comme tout le monde, vous utilisez votre tablette ou votre Blackberry »… je n’ai aucun des deux) Mais le souci, c’est que j’avais aussi un besoin vital de sa recommandation car justement, je n’ai pas de job et pas de piste sérieuse.

Il m’a enfin de nouveau sermonnée en me disant qu’il était visible que j’étais beaucoup trop cultivée pour le poste que je briguais, et que je serais plus intelligente de viser quelque chose en adéquation avec mes capacités. Mais bon sang mon gars, tu es qui pour juger du poste que je mérite ? Et surtout, tu ne serais pas en train d’insinuer que tes employés ne sont pas cultivés ? Super, c’est sympa pour mon conjoint ça. Et puis surtout, tu ne penses pas que, intelligente comme je suis (lol), je n’y ai pas déjà pensé, et déjà échoué ?

A la fin de l’entretien, nouvelle surprise : il n’allait pas me recommander directement en magasin mais il allait transmettre mon CV à la plate-forme des jeunes talents qu’utilise l’entreprise pour faire ses recrutements. Du coup, le processus allait prendre beaucoup plus de temps sans garantie de résultat.

Pour le coup, il l’a joué finaud : si la plate-forme ne me recontacte pas, alors il n’y peut rien et mon conjoint ne peut pas lui reprocher de n’avoir rien fait malgré sa promesse. Le truc bien rageant. Et effectivement, plus de deux semaines après l’entretien, la plate-forme n’a pas tenté le moindre appel. Je ne désespère pas, ils appelleront peut-être en cas de besoin, mais les autres magasins du département recrutent toujours d’après les annonces et je continue de prendre des refus pour cause de « poste pourvu en interne ».

En résumé, j’ai eu droit à une leçon de morale de la part de quelqu’un qui n’avait pas à me la faire, pour rien.

Une nouvelle piste prometteuse… et une grève du RER A.

Il y a quelques jours, je recevais une offre de Pôle Emploi. Bon, rien de bien transcendant, j’en reçois énormément, dont 9/10 qui ne correspondent pas du tout à mon profil ou à mes capacités. Mais celle-ci m’intéressait. C’était une offre pour travailler en pharmacie et parapharmacie, un CDD de quelques mois renouvelable précédé d’une formation en alternance de 2 mois et demi. Ce n’est pas un domaine auquel j’aurais pensé spontanément, car je pensais qu’il fallait un diplôme spécifique pour travailler dans ce genre d’endroit. Visiblement non.

Il fallait y postuler via Pôle Emploi mais comme le nom de l’entreprise était mentionné j’ai préféré y postuler directement. Et grand bien m’en a pris car lorsque j’ai été rappelée, la personne m’a dit que Pôle Emploi ne leur avait pas transmis ma candidature (en fait j’avais d’abord postulé via Pôle avant de me rendre compte que pour une fois le nom de l’entreprise était marqué, et donc renvoyer ma candidature directement à l’entreprise). Quand je vois ça, ça en dit long sur les offres uniquement accessibles via télé-candidature… je dis ça je dis rien, ne soyons pas mauvaise langue.

Bref, voilà que je me fais inviter à une réunion d’information. Je ne suis pas fan de ce genre de truc, mais pourquoi pas, au moins ça permet d’éclaircir quelques zones d’ombre car l’offre n’était pas très riche en détails. On m’appelle la veille pour le lendemain, ça par contre je n’ai pas trop apprécié, car je suis en pleine période d’examens médicaux pour renouveler mes droits auprès de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées). Oui tout à fait, je dois faire des renouvellements de droits alors que ma maladie est incurable et dégénérative, nique la logique.

Après une nuit agitée pour cause de chat à la diète qui a faim, je me lève tranquillement et file sur le site de la RATP pour voir s’il y avait des problèmes sur ma ligne RER. Aucun. Je préfère vérifier car en tant que poissarde congénitale, c’est une base. Mais là tout allait bien et je me suis dit que pour une fois, je pourrai aller à un entretien sans que 35.000 problèmes m’arrivent sur le chemin. Mais Murphy m’aime bien et me l’a encore prouvé.

Après de longues minutes dans un bus inhabituellement bondé pour l’heure, je me retrouve devant la gare RER, pour prendre le RER supposé m’emmener jusqu’au local de la réunion. Et là je vois (photo de top qualité prise avec mon super téléphone, on ne rigole pas) :

Grève RER A(Putain de photo qui se retouuuuuurne)

Sur le coup j’étais en mode « putain, c’est sérieux ? » et je me suis mise à ricaner comme une idiote, comprenant bien vite que le temps de faire tout un détour pour reprendre un bus puis le métro, j’allais rater la réunion. Un journaliste, pourvu de sa caméra, me regardait bizarrement et je l’ai vu me filmer en douce pendant que je pianotais sur mon téléphone, affolée, pour demander à mon copain s’il pouvait regarder un autre itinéraire pour que j’arrive à temps.

Mais ce n’était pas possible, il me fallait 2h45 pour faire le détour et il me restait 45 minutes avant le début de la réunion. Merde. Sans compter que les bus allant à la Défense étaient pire que bondés et si ça se trouve je n’aurais même pas pu en attraper un.

J’étais au bord des larmes. Pendant je ne sais pas combien de mois, je n’avais rien à foutre de mes journées et le monde tournait rond, mais LE jour où j’ai un entretien, il faut que ça foire, et évidemment sur MA ligne. Je sais que c’est égoïste de ne penser qu’à moi alors que quelqu’un a été agressé, mais je pense que quand on en est rendu à mon stade de « mort de faim du boulot » on en a juste plus rien à foutre. Sur le coup j’ai pensé « Oui un type a été agressé, mais il n’a pas de collègues pour faire fonctionner la ligne ? ».

J’ai appris en rentrant qu’en fait les collègues en question se sont mis en grève spontanée juste après l’agression. Et que j’avais été plutôt chanceuse d’arriver après coup car certains on mis plus d’une heure à sortir de leur arrêt.

Une fois à la maison, j’ai appelé l’entreprise, la rage au ventre, pour leur dire que je ne pouvais pas venir en raison de l’arrêt de la ligne du RER A. Je pensais me faire rembarrer mais on m’a dit que je n’étais pas la seule, et que du coup je pouvais venir à la réunion de la semaine prochaine. Qui tombe pile pendant une de mes séances de CAP Emploi, mais pour le coup le CAP n’est pas prioritaire. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser que ma crédibilité en prend un sacré coup par rapport à ceux qui, véhiculés, on pu venir à la réunion sans problème. Je crois que si je me fais recaler à cette formation pré-emploi à cause d’une foutue grève je vais en vouloir à la terre entière.

#RERA