Ces offres d’emploi mensongères destinées à appâter le chaland

Ces derniers temps, je fais face à un phénomène qui m’agace de plus en plus : des offres d’emploi avec une fausse durée, destinées à appâter le chaland à qui on propose des contrats beaucoup moins avantageux une fois recontacté.

J’explique : vous êtes tout foufou, vous venez de trouver une offre d’emploi de longue durée (6 à 18 mois), vous postulez, on vous recontacte, vous avez un entretien, mais l’offre est passée à un mois soit-disant renouvelable, voir moins.

C’est ce qui m’est arrivé avec la banque, à la base j’avais postulé pour un an (ou 18 mois je ne sais plus), une fois devant la boîte d’intérim c’était deux mois, et une fois dans la banque, c’était un mois. J’en avais d’ailleurs fait le reproche à ma recruteuse, qui m’a répondu un peu péteuse que c’était tout à fait légal et très courant. J’ai du mal à comprendre cette nécessité de mentir pour faire postuler les gens quand on voit que la moindre petite offre de quelques jours est prise d’assaut (si du moins on se fie aux statistiques du site de Pôle Emploi qui affiche le nombre de candidatures).

Le problème c’est que ce n’était pas la première fois que je tombais sur une offre mensongère, ni la dernière d’ailleurs puisque cette semaine j’ai été de nouveau rappelée : or cette fois j’ai pensé à demander immédiatement quelle était la durée de l’offre et ça avait encore baissé.

Cependant je m’en tiens à mes restrictions, je n’accepte rien à moins d’un mois, et encore, je devrais plutôt refuser à moins de trois : le moindre « petit » job me met un foutoir monstre dans mes déclarations trimestrielles et on m’en enlève ensuite le double, voir le triple sur mon AAH. Un job ne devient réellement « rentable » qu’à partir de deux ou trois mois (selon ce qu’ils veulent bien me donner, ça change chaque trimestre). Du coup, je perds encore plus de temps à postuler à des offres censées répondre à mes critères alors qu’en réalité, non.

Le pire, c’est ce les entreprises qui émettent ces offres se permettent de culpabiliser le demandeur d’emploi lorsqu’il refuse, après que le mensonge ait été dévoilé : bah oui, il faut accepter le premier job venu, même quand on y perd de l’argent, parce que sinon on est un vulgaire parasite de la société.

C’est mignon, mais baser une future collaboration sur une arnaque, ce n’est pas vraiment l’idéal. Un employé qui a été forcé d’accepter un job ne sera jamais aussi bon que quelqu’un qui est venu en connaissance de cause, même à contrecœur.

C’est quand même triste d’en arriver là. Il n’y a tellement plus d’offres intéressantes que maintenant il faut mentir pour recruter des collaborateurs ? N’est-ce pas le signe que quelque chose ne va pas ?

Recalée

Comme je vous expliquais dans mon précédent article, la banque ne semblait pas bien pressée de me donner une réponse. On m’a fait remarquer que lorsqu’une réponse à un entretien n’arrive pas à la date attendue, c’est que généralement, ça pue. Effectivement, ça puait, car après avoir rappelé la dame de la BIH il s’est avéré que j’ai été recalée (et la banque n’a prévenu que le lundi matin).

Bien entendu, la banque n’a pas donné la moindre raison, je sais juste que c’est le chef d’équipe qui a décliné ma candidature. Le plus étonnant c’est que des trois personnes que j’ai rencontrées, c’est lui qui semblait le plus emballé. Comme quoi il ne faut pas se fier aux apparences !

La dame de la BIH m’a donné quelques précisions sur le process de recrutement : le candidat rencontre d’abord la RH, et si jamais son profil lui plaît, elle appelle le manager pour un deuxième entretien. Du coup, moi qui pensais ne pas avoir plu à la RH qui avait semblé agacée plusieurs fois au cours de l’entretien, c’était en fait l’inverse. C’est justement parce que je l’avais convaincue que j’avais pu voir le manager.

D’ailleurs, la dame m’a bien précisé que c’était LE manager qui avait refusé ma candidature (j’ai rencontré deux managers, un homme et une femme, en même temps).

Donc en fait, je m’étais plantée sur toute la ligne concernant ma performance, puisque c’est celui qui m’a paru le plus enthousiaste qui à la finale m’a refusée, et celle que je pensais avoir déçue était en fait la plus convaincue du lot.

Le problème, c’est qu’évidemment la banque n’a donné aucune raison à leur refus : je ne sais donc pas ce qui a cloché. La dame de la BIH m’a dit que si ça se trouve ça ne venait pas de moi, mais qu’ils avaient probablement reçu un candidat avec plus d’expérience et que donc ils ne s’étaient pas pris la tête avec moi (j’ai de l’expérience dans le courrier, qu’on m’a maquillée en expérience dans l’assistanat administratif, mais ça restait du simple courrier… or de nos jours il faut savoir tout faire même pour un poste peu ou pas qualifié). Mais peut-être aussi que quelque chose les a repoussés pendant mes entretiens, et si c’est le cas, j’aurais aimé le savoir pour ne pas reproduire l’erreur.

Hélas, c’est extrêmement rare que les recruteurs prennent la peine de dire au candidat ce qui ne va pas. Ils n’ont pas forcément le temps, mais dans ce cas précis, la banque n’a pas reçu énormément de candidats et pouvait bien prendre la peine de rédiger deux lignes sur les raisons du refus. Si ça se trouve, mes échecs en entretien d’embauche sont tous dus à la même chose mais comme personne n’a pris la peine de m’en parler ça peut durer encore longtemps. Mon côté franc du collier ? Mes difficultés à jouer le jeu hypocrite de l’entretien dans lequel je suis censée mettre en avant des qualités que je n’ai pas, un enthousiasme que je n’ai pas ? Mes handicaps ? Ma tronche (je suis consciente que ne pas me maquiller me disqualifie pour pas mal de monde) ? Mes soucis pour valoriser mes expériences difficilement valorisables ? Si je ne sais pas quel est le problème, comment travailler dessus (du moins si je le peux, parce que si c’est mon handicap qui dérange je ne pourrai pas y faire grand chose) ?

La dame de la BIH m’a dit qu’elle allait tenter d’avoir des précisions mais elle m’a confirmé qu’il est rare d’avoir des retours. Elle m’a rappelée peu de temps après pour me proposer un nouveau poste, au moins mon échec n’a pas été disqualifiant à ses yeux, c’est déjà quelque chose de positif : je connais bon nombre de boîtes d’intérim qui au premier échec vous raye des listes pour ne jamais vous recontacter. Au moins là il me reste une chance, même si je suppose qu’elle laissera tomber aussi si j’échoue trop souvent. D’où l’intérêt de savoir ce qui ne va pas…

Pas pressés pour des gens qui avaient un besoin immédiat

En plus de mon entretien, cette semaine aura été ponctuée par une nouvelle frasque de Pôle Emploi Compiègne dont un employé s’est senti obligé de poster une infographie particulièrement ridicule (si c’est ça le demandeur d’emploi modèle, alors je suis très mauvaise élève) et a entraîné un bad buzz :

Toujours cette volonté de contrôler ce que fait le chômeur, de lui dicter ce qu’il doit faire parce que s’il ne trouve pas, c’est forcément sa faute, c’est qu’il s’y prend mal. Sans parler du coup des petits jobs, c’est mignon mais c’est précaire et souvent ça devient le job principal parce qu’il n’y a pas de bons boulots pour tout le monde. Si seulement les moralisateurs du genre pouvaient se mêler de leur derrière ! Chaque demandeur d’emploi a ses méthodes, ses horaires. Il sait comment se goupille son secteur et comment s’y adapter (du moins, pour ceux qui sont indépendants, je ne nie pas que certains ont besoin d’aide). Il n’a pas besoin d’infographies infantilisantes pour gérer son temps. Ni de réflexions méprisantes.

J’ai également appris grâce à Angie une autre déclaration crasseuse, cette fois à la radio, par Eric Brunet, mais ça a fait moins de bruit. Il a proposé le sondage suivant :

Encore un cas typique de quelqu’un qui aime son travail, s’y sent bien, et prend son cas pour une généralité sans penser à tous les jobs pénibles qui peuvent exister et sans réfléchir au phénomène du burn-out. Il serait de bon ton de ne pas oublier qu’être heureux au travail est une chance. Notre monde du travail éloigne de plus en plus l’humain afin de privilégier les profits d’une minorité de déjà-riches et les petits sont pressurés au possible, même au delà. Des gens mettent fin à leurs jours à cause du travail. Parfois même à cause de la recherche de travail, tant la pression sociale est intense. D’autres encaissent, mais rentrent en pleurant, en craquant devant leurs enfants, leur famille. Certains n’ont même plus de vie perso tant le travail bouffe tout leur temps. Et on ne leur laisse pas le choix, car non seulement le chômage est mal vu mais en plus ils n’ont aucune garantie de retrouver quelque chose derrière s’ils démissionnent.

C’est ça, la réalité de la majorité des gens.

Si vous avez un travail génial, grand bien vous fasse, mais lorsque vous voulez vous exprimer sur le sujet, n’oubliez jamais que vous n’êtes pas représentatifs de toute la population.

Bref, bref, bref, revenons à nos moutons, vous devez vous dire que pressés comme ils semblaient être, mes banquiers m’auraient déjà donné la réponse. Eh bien non.

Lors de l’entretien de lundi, le responsable m’a dit qu’il voulait me voir commencer le plus vite possible car le besoin était urgent, et le vendredi en début d’après-midi, toujours rien. Bon, peut-être n’avait-il pas pris en compte le jour férié, c’est possible (quand on a beaucoup de taf, j’imagine qu’on y fait pas trop attention), j’ignore s’ils font le pont mais probablement pas. La RH, elle, avait été plus soft en me disant que j’aurais la réponse le vendredi, mais je pensais que si le besoin était si urgent que ça le responsable l’aurait convaincue de me prendre de suite.

Après je vous avoue que je ne suis pas si pressée que ça de mon côté, j’ai caché mon endométriose aux recruteurs et mes règles arrivent généralement en début de mois, donc pile au début de mon potentiel contrat, l’idéal pour se faire remarquer en mal d’entrée de jeu.

J’ai attendu la fin de la journée, puis je me suis décidée à appeler la BIH histoire de savoir s’ils faisaient le pont ou non (la banque ne me l’avait pas précisé, et la recruteuse de la BIH m’avait dit qu’elle me rappellerait le vendredi, que je sois prise ou non, pour faire le point), la secrétaire a décroché mais ma recruteuse était déjà partie.

Je dois vous avouer que je suis perplexe, je suis sans doute impatiente (ce n’est pas nouveau) mais là je passe d’un sentiment d’urgence suite à l’entretien, où on me dit d’être prête à commencer dans la semaine, à un silence radio totale tant de la part de la banque que de la boîte d’intérim. Il y a peut-être juste eu un oubli de pont, car j’ignore si la banque faisait le pont (pas celles de mon quartier en tous cas) mais ça me paraît quand même étrange. D’autant plus que j’ai reçu… une pub de la boîte en question sur mon mail pro, ce que je n’apprécie pas du tout. Mon mail pro est de plus en plus envahi de pub à cause de recruteurs malhonnêtes qui en plus de me refuser (sans forcément prendre la peine d’envoyer un mail de refus en plus !) utilisent mon mail à des fins commerciales. Sachant que généralement une pub en appelle une autre car les publicitaires s’échangent/se vendent les mails des particuliers entre eux.

Bref, j’aurai sans doute le fin mot de l’histoire mardi (les banques sont généralement fermées le lundi) mais je vous avoue que je ne suis pas très optimiste. C’est dommage car même pour un mois un salaire pareil ça met du beurre dans les épinards, surtout quand on a toujours aucune nouvelle de la MDPH pour son renouvellement.

Et l’entretien fut

Il a bien fallu se jeter à l’eau après l’annonce comme quoi la banque acceptait de me recevoir pour un entretien. J’étais évidemment un peu stressée, ne sachant pas trop dans quoi je mettais les pieds, mais j’ai réussi à trouver une tenue correcte. Tenue que je n’ai pas pu mettre le jour J car après plusieurs jours de temps très doux, le jour de mon entretien la chaleur est revenue, écrasante (en fait mon pseudo devrait plutôt être Blanche de la Poisse). Exit la petite chemise (elle fermait mal pour cause de gros nénés, donc bon, je ne suis pas passée à côté de grand chose), j’ai enfilé un T-shirt, pris une veste légère pour cacher l’eczéma sur mes bras et un pantalon noir classique, et en voiture Simone. Et si les recruteurs ne sont pas contents, tant pis, je n’allais pas m’étouffer dans ma sueur pour eux.

La dame de la boîte d’intérim pour handicapés (appelons l’entreprise BIH, j’ignore si ça existe pour autre chose, mais ici ça désignera cette entreprise) m’a appelée dans la matinée, pour faire un dernier point, ce qui m’a un peu agacée car je m’activais pour me faire de la monnaie pour le bus et pour manger un peu avant de partir. D’autant plus que c’était pour échanger des banalités sur l’entretien et s’assurer que j’étais préparée. J’avais l’impression d’être une ado pressée par ses parents pour son premier entretien…

Je suis donc arrivée sans trop de mal (je ne me suis trompée de chemin qu’une fois, un record). On m’avait dit d’arriver environ 15 minutes en avance mais comme je me suis trompée de chemin, je suis arrivée pile à l’heure. Je ne sais pas si c’est lié, mais du coup la RH m’a faite attendre un peu plus de 10 minutes en bas. C’était une femme plutôt jeune, probablement tout juste la trentaine, mais qui surtout me disait quelque chose. Son nom m’était vaguement familier et une fois face à face, c’était encore plus flagrant. Elle-même a froncé les sourcils, comme si elle me reconnaissait. Mais au vu de mon parcours, et du sien, on a été incapables de se souvenir de l’endroit où on s’était vues. Pourtant nous nous connaissions. Comme quoi le monde est petit, parce que je n’ai vraiment pas vu grand monde depuis que je suis dans la région parisienne (et en plus je ne suis pas physionomiste).

Malgré cela, l’entretien est resté très formel. Je n’ai pas eu droit à des réflexions sur le maquillage ou la tenue, ni de questions interdites, mais par contre des questions assez classiques sur mon parcours, mes compétences, les qualités, les défauts, ce que j’attends du poste (de la thuuuuuuuune !!!), pourquoi moi et pas un autre, etc. Elle m’a ensuite ramenée dans une salle d’attente et est allée chercher mon futur responsable pour un autre entretien, pour que lui aussi puisse se faire une idée de moi.

Le responsable est venue avec une femme, qui est une autre responsable, notamment de la personne avec qui je travaillerai en binôme. L’entretien était déjà moins formel (il s’est repris plusieurs fois car il me tutoyait par réflexe), et on m’a expliqué le poste plus en détails. Il m’a demandé quelles qualités demandait le poste et a semblé apprécier ma réponse (même si j’ai eu un moment d’hésitation), m’a demandé de résumer la journée-type qu’il m’avait décrite (exercice réussi !) et m’a dit que comme le besoin était immédiat j’aurai très vite ma réponse.

Ce deuxième entretien avec les responsables m’a paru plus réussi que le premier car la RH n’était pas très chaleureuse (sauf au début lorsqu’on a essayé de voir d’où on se connaissait, ça nous amusait) mais je ne préfère pas mettre la charrue avant les bœufs, il y a un petit quelque chose qui me dérange, je ne saurais pas vous dire quoi. J’ai la sensation d’avoir foiré quelque chose. Peut-être une petite sensation de culpabilité vis à vis de la dame de la BIH qui m’avait demandé de ne pas parler de mes problèmes de clope dans les bureaux lors de mon précédent contrat, alors que je l’ai fait lorsqu’on m’a demandé pourquoi je n’avais pas accepté de CDI avec ma précédente entreprise.

La RH m’a aussi dit à un moment que je me contredisais lorsque je parlais des périodes de rush de mon précédent poste alors que je semblais insinuer qu’on avait pas beaucoup de boulot. En réalité c’est elle qui avait mal compris car je parlais des périodes de fêtes ou jours fériés qui correspondaient à des rushs, mais elle n’a pas semblé convaincue.

Après, ça ne sert pas à grand chose de se faire du mouron, si je suis prise tant mieux, ça me fera une expérience administrative dans un autre domaine que le courrier, sinon tant pis.

Ce que je n’ai pas du tout apprécié, par contre, c’est lorsque la RH m’a dit que le contrat n’était que d’un mois. J’ai postulé à un contrat d’un an, la dame de la BIH m’a dit que c’était deux mois, et une fois dans l’entreprise on me dit que c’est un mois. Bon, ça se prend quand même mais j’ai la sensation de m’être faite avoir. Quand je vais signer le contrat la durée sera encore réduite….? Mon homme m’a même dit d’envoyer paître la BIH pour leurs méthodes douteuses (la dame m’a avoué augmenter la durée des contrats sur les annonces pour appâter les demandeurs d’emploi) mais d’un autre côté je n’ai pas d’autres pistes pour le moment. Le responsable m’a dit que le contrat pourrait éventuellement être prolongé jusque fin septembre mais qu’après non, puisqu’ils passent sur informatique ensuite et que donc, plus besoin d’assistante administrative.

A peine sortie de l’entretien, la dame de la BIH me rappelle pour savoir comment ça s’était passé. Bon, je peux comprendre qu’ils veulent caser leurs poulains à tout prix, mais un appel le matin, un appel l’après-midi, elle n’a pas un peu l’impression de trop en faire ? Je n’entendais pas grand chose à cause de la circulation, mais je lui ai dit que je pensais que c’était bon, sauf mauvaise surprise. De ce que j’ai pu comprendre, ils n’avaient pas l’air d’avoir reçu d’autres personnes en entretien et le responsable semblait avoir besoin de renfort tout de suite là maintenant. Ce qui pourrait me laisser une chance malgré une performance médiocre.

Bref, voilà voilà, un entretien pour lequel je m’étais fait un peu trop de mouron, l’équipe est jeune et donc moins dans les clichés classiques du milieu, du moins en apparence (si ça se trouve la RH n’a pas apprécié l’absence de maquillage mais ne m’a rien dit en face, qui sait), les responsables ont l’air sévères mais sympas. Je devrais savoir rapidement si je suis prise ou non. J’espère que oui quand même, parce que c’est drôlement bien payé !

Par contre j’avoue que je n’ai pas du tout parlé de mon endométriose, je n’ai plus qu’à croiser les doigts pour que pendant ce petit mois j’aie droit à des règles supportables. 3 mois que j’en ai des atrocement douloureuses, alors si ça pouvait se calmer un peu…

Un entretien dans une banque

Voilà, le couperet est tombé : j’ai décroché un entretien dans la banque suite à mon entretien avec une recruteuse d’une boîte d’intérim pour handicapés.

J’ai donc reçu mon petit coup de fil de briefing, un peu vexée des conseils basiques, comme si c’était mon premier entretien. J’ai déjà postulé dans des banques par le passé, mais j’ai toujours été refusée soit sur des critères d’expérience professionnelle, soit sur des critères physiques car le grand cliché du « une femme qui ne se maquille pas est une femme négligée qui travaillera mal » est encore bien présent dans les mentalités. On est d’accord, c’est complètement con comme idée, mais ça perdure.

C’est un peu ça qui me fait peur. En plus du mail avec les coordonnées de l’entreprise, j’ai eu droit à un mail à part pour me demander une tenue « professionnelle » et d’être apprêtée. Déjà, c’est vexant qu’elle se sente obligée de me le rappeler. On se croirait en entretien Pôle Emploi, avec le conseiller à l’air pincé qui vous dit qu’il ne faut pas venir en entretien attifé comme l’as de pique. Non, vraiment ?

Je n’ai pas trop parlé d’un souci sur mon blog emploi, par contre sur mon blog humeurs je me suis un peu secouée : j’ai grossi. Pendant mon précédent contrat, quand je réfugiais ma colère et ma frustration en mangeant plus, puis après, quand mes traitements médicaux lourds pour réparer les dégâts n’ont pas arrangé les choses. Je ne suis pas non plus devenue obèse (mon IMC est toujours normal) mais j’ai pris du gras, pas mal de gras, et mes tenues pouvant faire pro ne me vont plus. Je n’ai jamais réellement eu de tenue type tailleur, mais j’avais des pantalons pouvant faire illusion, avec une veste blazer.

N’ayant quasiment pas eu d’entretien après l’arrêt de mon contrat, je ne m’étais pas aperçue que tout ceci ne m’allait plus. Or, les banques, c’est souvent des endroits où même la dame pipi est en tailleur, ils se la jouent grand standing, même quand on est pas en contact avec la clientèle. J’ai encore de quoi faire à peu près pro, mais rien d’affolant.

D’un autre côté, je n’ai pas envie de courir les magasins car j’ai entamé un léger rééquilibrage alimentaire couplé à une remise en forme et je vais sûrement maigrir. J’ai d’ailleurs déjà commencé à perdre, doucement mais sûrement. Alors dépenser des mille et des cent pour m’acheter des vêtements qui ne m’iront plus d’ici quelques mois, quel intérêt ? Sans compter que, dans ma démarche de réduction des déchets et de consommation éthique, je préfère acheter des vêtements qui n’ont pas été cousus par des enfants à l’autre bout du monde et trempés dans les pesticides, et forcément, ça chiffre ! Je pourrais acheter du made in China évidemment, mais je ne veux plus encourager ça.

Bref, je vous avoue qu’entre mon gras qui se voit et le fait que je ne me maquille pas, j’ai un peu peur d’avoir droit au regard méprisant et à des réflexions désobligeantes. D’être refusée d’entrée de jeu. Je me fais peut-être des films à cause de mes complexes, mais si les banques n’ont pas changé depuis mes premiers entretiens c’est ce qui va se passer.

Ce que j’ai moins compris, dans mon mail de briefing, c’est qu’on me demande de me préparer à la question « en quoi le secteur de l’assurance vous intéresse ?« . Je vais faire de la gestion de courrier, du classement de dossiers, de l’archivage, de la numérisation, de la saisie de données. Dans une banque-assurance, certes, mais ça reste des tâches qui n’ont pas grand rapport. Je ne serai pas en contact avec la clientèle et je ne vendrai rien. Donc que l’assurance m’intéresse ou non, on s’en fout un peu en fait.

Je suppose que c’est une question d’évolution au sein de l’entreprise, on peut me proposer un jour de passer conseillère clientèle ou je ne sais quoi, mais je ne veux pas, donc la question ne se posera pas. Même si j’imagine qu’il faut que je donne l’impression de vouloir faire toute ma carrière chez eux.

En plus, j’ai globalement une mauvaise opinion des assurances, donc ça n’aide pas.

Bon, évidemment, j’ai très largement moyen de broder avec des phrases bateau du genre « ça me permettra de voir l’envers du décor et de dépasser les idées reçues sur les assurances » (putain c’est beau, je vais pleurer), mais étant quelqu’un de franc, en règle générale lorsque je dis quelque chose à des lieues de ce que je pense, ça se voit. Je vais essayer de penser au poulet qui chante d’une célèbre vidéo Youtube pour éviter de hurler « HYPOCRIIIIIIIIITE » dans ma tête.

En résumé, je ne suis pas bien rassurée mais je ferai évidemment de mon mieux. Dans tous les cas je ne trouverai probablement jamais de job qui m’intéresse réellement si je ne créée pas ma propre entreprise, donc je devrai bien m’accommoder de quelque chose d’ennuyeux voir d’horripilant (une banque récemment épinglée pour son évasion fiscale, quand moi je subis le poor-bashing, bon…). Vu le salaire, si je suis prise je pourrai bien prendre quelques chemises qui une fois trop grandes deviendront des tawashis.

Par contre, j’avoue que si on m’embête au niveau du maquillage je vais foncer dans les brancards, donc j’espère qu’ils sauront rester classes ! 🙂

Un nouvel entretien

Je ne l’avais pas vu depuis longtemps celui-là 🙂

Depuis que j’ai terminé mon précédent contrat, je n’ai pas eu énormément de retours niveau candidatures, encore moins qui sont allées au delà du premier contact téléphonique (faut dire qu’il faut réussir à m’avoir, hein le réseau SFR). Un peu déprimant, mais classique, hélas.

Et puis vendredi matin, je postule machinalement à une offre, et une demi-heure après me voilà recontactée par une dame intéressée par mon profil. Le contact se passe bien, même si je la sens agacée par le fait de ne pas arriver à me joindre directement (je ne sais pas pourquoi, mais quand on m’appelle, on tombe directement sur le répondeur alors que je suis censée avoir du réseau), et nous prenons donc rendez-vous pour le lundi suivant.

En y regardant de plus près, je m’aperçois que j’ai déjà eu affaire à son entreprise, j’en avais même fait un article ici. Le contact n’avait pas été très bon et je m’étais même déplacée pour rien. Cependant, là, ce n’était pas la même agence, même si j’appréhendais un peu.

Partie tôt pour éviter les soucis de RER A, je suis encore une fois arrivée en avance car pour une fois, il n’y a eu aucun souci sur mon trajet. J’apportais avec moi une grosse liasse de documents, et j’étais d’ailleurs étonnée car tous les documents de type précédents contrats de travail me sont habituellement demandés lorsque je suis prise, pas pour un simple entretien. J’en étais même plutôt agacée car on me demandait également les numéros de téléphone de mes précédents employeurs. Hors, la boîte de mon conjoint ne m’apprécie pas et ne daigne me prendre que lorsqu’ils n’ont vraiment personne d’autre, et avec ma précédente entreprise, la séparation a été houleuse (je n’étais pas en tort, mais ce n’est jamais bien vu d’être celle qui s’en va).

J’arrive donc sur place, et miracle, on ne me fait pas attendre dehors, on m’installe dans un fauteuil bien confo (je me serais bien endormie dedans) avec un dossier à remplir, et on me laisse le temps que ma recruteuse soit disponible.

Le dossier est le même que celui qu’on m’avait fait remplir la dernière fois, et ne dit rien de plus que lors de l’entretien téléphonique, mais si ça peut leur faire plaisir d’avoir ma belle écriture de collégienne, ce n’est pas un souci.

Puis la dame est arrivée et l’entretien commence. Elle me demande de me présenter administrativement, et vu qu’elle comptait appeler mon ancienne entreprise, j’ai décidé d’y aller franco : je lui ai expliqué le souci de ma collègue fumeuse et l’inertie des supérieurs alors que ma santé était en danger, puis me suis valorisée en disant que j’avais fini le contrat malgré les problèmes, mais que j’ai décidé de ne pas aller plus loin. Au moins ça évite de dire que je les ai copieusement envoyés chier et que j’ai hésité plus d’une fois, j’avais envie de tout envoyer valser tant ma santé partait en lambeaux.

Elle a été compréhensive et m’a dit que c’était normal, mais qu’en présentant mon CV à la banque dans laquelle je serai envoyée, elle modifierait deux-trois éléments pour faire dire à mon CV que mes contrats à la librairie et à la Défense étaient de simples CDD non renouvelés et que je ne suis pas à l’origine de la rupture. Même si dans les deux cas, j’étais totalement dans mon droit, les patrons ont toujours des réticences à employer des gens qui n’hésitent pas à tout envoyer paître si ça va mal. Ils aiment les soumis, quoi. Ils vont être servis avec moi et mes soucis de respect de la hiérarchie ^^

Là où j’ai tiqué, c’est quand elle m’a dit qu’il s’agissait d’un contrat de deux mois qui servira de période d’essai puis de CDD renouvelables. J’ai postulé à une offre qui mentionnait un CDD d’un an. Elle m’a répondu, un peu gênée, que c’était fréquent d’augmenter la durée des contrats sur les offres de travail pour inciter les gens à postuler. Je ne suis vraiment pas fan de cette méthode, ça me donne l’impression de me faire entuber. Deux mois, c’est quand même moins enthousiasmant qu’un an. Même si ça se prend.

Elle m’a aussi dit que les personnes handicapées diplômées, compétentes et dont les handicaps ne sont pas gênants (j’ai totalement tu mon endométriose, j’avoue, ça risque de poser problème, mais je n’ai plus de nouvelles de la MDPH et mon chômage se finit donc, si je peux gratter un mois ou deux… :s ) sont plutôt rares, et que mon profil est donc intéressant. Sachant que j’ai moins d’un an d’expérience pro au total alors que je suis diplômée depuis 2011, j’ai quelques doutes, mais pourquoi pas. Au moins, ils paient bien, 1800 euros brut, avec une bonne mutuelle et des tickets restau/chèques vacances.

Reste à passer l’entretien dans l’entreprise d’accueil, s’ils sont intéressés par mon profil. A priori il n’y a pas que du courrier, mais aussi beaucoup d’administratif, ce qui n’est pas plus mal car le courrier est loin d’occuper une journée entière.

On croise les doigts 🙂

Comment perdre son temps sur Pôle Emploi, leçon 1

Bien qu’il existe plusieurs dizaines de sites gratuits d’annonces d’emplois, Pôle Emploi reste celui que j’utilise le plus, notamment parce qu’il est plus facile d’y satisfaire le flicage des conseillers (tous les sites ne permettent pas une copie de la candidature dans votre mail, et du coup, une preuve de candidature).

Le problème, c’est que ces dernières semaines, le filtrage des offres devient n’importe quoi et on perd notre temps. Enfin moi, j’ai l’impression de perdre le mien.

La même offre publiée des dizaines de fois

On connaissait le coup de l’offre déclinée pour tous les patelins de la Création (la même offre, mais publiée une fois par patelin, ce qui en fait souvent une dizaine). Je suppose que ça permet de donner l’impression qu’il y a du travail alors que non. Mais là, c’est vraiment la même offre, dans le même patelin, qui est publiée et republiée tous les jours. Il n’y a rien de mal à actualiser une offre, mais le souci, c’est que l’ancienne offre reste disponible. Dans mon historique, actuellement, j’ai une offre d’employée au courrier pour la même entreprise, dans la même ville, avec 14 numéros d’offres différentes et toutes encore en ligne.

C’est quoi le but, en fait ? C’est un bug, une absence de filtrage, ou c’est juste ENCORE une technique à la con pour mettre de l’eau au moulin de ceux qui prétendent qu’il y a des offres d’emploi pour tout le monde et qu’on est de gros fainéants qui ne cherchent pas ?

Inutile de vous préciser que même en postulant 14 fois (bah oui on est fliqués et avec Macron ça ne va pas s’arranger, donc…), on a pas de réponse. J’imagine que la personne doit être envahie de mails de candidature et la republication journalière ne doit pas aider… c’est le genre de « problème » qui n’encourage pas les entreprises à passer par Pôle Emploi…

Et évidemment, toi le chômeur, tu perds un temps fou à postuler à des offres probablement pourvues depuis longtemps, mais ce n’est pas grave, tu n’es qu’un chômeur, tu n’as que ça à faire de tes journées… sauf que le temps perdu, on pourrait le regagner à mieux travailler une lettre de motivation ou parcourir plus de sites (j’en découvre souvent de nouveaux ^^). Ou même prendre du temps pour nous au lieu de se dire que si on ne trouve pas c’est de notre faute 😉

Les offres partenaires actualisées alors qu’elles ne sont plus valides

Pôle Emploi propose un système d’offres partenaires : des offres présentes sur d’autres sites, publiées également sur Pôle Emploi, mais pour y postuler, il faut aller sur le site du partenaire. Bon, pourquoi pas. S’inscrire sur un site, avec tout le process que ça implique (surtout quand on ne veut pas voir son nom sur internet et qu’on vous oblige à laisser votre CV public pour candidater), c’est un peu chiant, mais on ne va pas chipoter.

Sauf que le système est mal foutu. Souvent, c’est une offre partenaire, qui est également une offre partenaire. J’explique :

Vous êtes sur Pôle Emploi, vous cliquez sur le site partenaire pour postuler. Sauf qu’une fois sur le site en question, il faut re-cliquer ailleurs pour postuler. Et ainsi de suite, plusieurs fois. Et quand vous arrivez ENFIN au bout de la chaîne…. eh bah l’offre est déjà pourvue, parfois depuis plusieurs mois ! La perte de temps à l’état pur, tu vas de site en site pour rien, et quand t’as une connexion pourrie, tu sens bien l’absence de vaseline. Je déteste que l’on méprise mon temps comme ça.

Je connais plus d’une personne qui ne clique même plus sur les offres partenaires justement à cause de ce problème, et c’est dommage, parce que l’idée n’est pas si mauvaise. Cependant, lorsqu’il n’y a aucune organisation derrière pour enlever les offres déjà pourvues… ça devient une agaçante perte de temps. Encore plus lorsqu’on signale les offres en question mais qu’on les voit toujours défiler, comme si on avait rien fait.

Bref, tout ça pour dire, quitte à faire des maintenances aussi longues sur ce site, autant embaucher des personnes pour trier les offres, ça fait de l’emploi, et ça allège le temps de recherche pour mieux se concentrer sur d’autres projets !

Le problème n’est plus le manque d’expérience…

Depuis que je suis diplômée, il y a toujours quelque chose qui ne va pas : soit je n’ai pas le permis (c’est important le permis pour bosser en bas de chez soi), soit ma gueule ne plaît pas, soit je n’ai pas assez d’expérience… toujours, toujours un problème. Elle est loin l’époque où on se présentait à l’accueil d’une entreprise en beuglant « je cherche du travail » et qu’on était embauché le jour même.

Du coup, quand j’ai décroché mon contrat de de six mois, j’étais contente. Pour être employée au courrier, l’expérience exigée est généralement d’entre six mois et deux ans (la blague, sincèrement, la blague) et du coup, même si je n’étais pas renouvelée, j’avais le minimum d’expérience requis et du coup je pouvais élargir mon nombre de candidatures.

Sauf que ça n’a rien changé. J’ai toujours aussi peu de retours. Il faut dire que même sans expérience, je postulais aux offres qui en exigeaient donc en soi, le ratio est le même. Je me suis une nouvelle fois faite avoir en pensant que l’expérience changerait quelque chose à ma recherche d’emploi. Tu parles Charles.

Comme j’expliquais dans un précédent article, les emplois non-qualifiés sont prisés de tout le monde, diplômés, non-diplômés, débutants ou vieux briscards, car le monde du travail est si bouché que même les diplômés sont obligés de se tourner vers ce genre de jobs (je rappelle que je suis Bac+4 dans le domaine de la traduction).

Donc en fait, l’expérience, ça ne change strictement rien. C’est comme si je n’avais rien de plus qu’avant. Allez, peut-être que ça me vaut un examen du CV un peu plus poussé que s’il était vide, mais visiblement, pas plus de retours.

C’est frustrant car à mes yeux, je ne vaux plus « rien » comme avant. En six mois je me suis révélée capable d’apprendre à toute vitesse, capable de gérer une équipe alors que ce n’était pas du tout mon job à la base, capable de m’occuper de personnes handicapées mentales, capable de faire le boulot de trois voir quatre personnes, sans forcer, malgré mon propre handicap. Derrière cette expérience de six mois se cache une expérience bien plus importante qu’il n’y paraît, que je ne peux pas faire transparaître sur mon CV sans être la connasse qui critique son ancienne entreprise (à raison, mais c’est mal vu quand même).

Même lorsqu’on ajoute des cordes à son arc, ça ne change rien. Il faut que j’arrête de culpabiliser car à ce stade, ce n’est pas de ma faute. Lorsque j’en ai parlé sur un de mes forums habituels, une personne m’a dit qu’elle pensait aussi que les choses changeraient lorsqu’elle aurait son permis. Puis un diplôme. Et en fait, rien n’a changé.

Parce que dans le monde du travail, c’est comme dans la vie de tous les jours, quoi qu’on fasse, les gens ne sont pas contents.

La réalité du marché du travail expliquée aux politiques aveugles (cécité réelle ou volontaire ?)

A force d’entendre les hommes et femmes politiques débiter des insanités à longueur de temps à l’égard des chercheurs d’emploi, j’avais envie de faire un petit topo sur les difficultés rencontrées au quotidien, et sur la réalité du marché du travail.

Je répète régulièrement que certains se croient encore dans les 30 glorieuses, période de « plein emploi » (il semblerait que ce soit un mythe) et de croissance exceptionnelle ayant duré de 1945 à 1973 (nous sommes en 2017, donc C’EST FINI) qu’ont connu les générations précédentes, et c’est vrai. Je croise souvent des Jean-Michel Morale qui ont profité de cette époque pour se caser dans le monde du travail sans jamais réellement connaître la recherche d’emploi ou les barrages que nous connaissons actuellement, et qui après se permettent de l’ouvrir. Et comme ces gens n’ont connu que cette période faste, forcément, ils sont persuadés qu’on y est encore et ne veulent rien changer. Pire, ils reprochent à ceux qui veulent bouger de vouloir changer le modèle établi !

Vous savez quoi ? Je suis née en 1990. C’était fini depuis longtemps. Ma mère par contre a connu cette période et m’a abreuvée de clichés en tous genres alors qu’ils étaient éculés. Il faut faire S, c’est la voie royale. Il faut faire les études les plus longues possibles, tu seras sûre d’avoir un travail. Il faut faire ci, il faut faire ça. Et rien n’a fonctionné, évidemment. C’est une autre époque.

Les conséquences des contrats aidés

Il faut bien commencer quelque part, alors je vais parler des contrats aidés. Chaque gouvernement en pond de nouveaux, il en existe plein, rarement à l’avantage du chercheur d’emploi. La politique en France, c’est de chouchouter le patron pour qu’il daigne embaucher un pauvre péon qu’il jettera lorsqu’il ne sera plus éligible aux contrats en question. Autrement dit, décrocher un contrat aidé, c’est rester précaire, puisqu’on se fera jeter un jour ou l’autre, si performant soit-on.

Les contrats aidés sont très avantageux et donc, si le patron a le choix entre un contrat aidé et un random CDD/CDI, il choisira le contrat en question.

La semaine dernière, j’ai eu un appel d’une recruteuse, le feeling passe bien, on parle du poste, de mes expériences, mon handicap ne la dérange pas, le genre d’entretien téléphonique parfait qui débouche sur un entretien physique voir une embauche. Eh bien non. Pourquoi ? Parce que je n’étais pas éligible au contrat aidé que le patron voulait signer.

Donc un poste que j’étais parfaitement apte à remplir, pour lequel j’avais l’expérience requise, pour lequel mon handicap ne posait pas problème m’est passé sous le nez parce que je ne correspondais pas à ce foutu contrat. Alors qu’il suffisait de me faire signer un simple CDD. La recruteuse a donc préféré replonger dans les CV pour trouver sa perle rare plutôt que d’embaucher la personne sous ses yeux, juste pour quelques sous grappillés.

Et ça, c’est le quotidien de pas mal de chômeurs. Vous savez, de nos jours les patrons ne se contentent même plus du beurre et de l’argent du beurre. Ils veulent encore plus.

Et parallèlement, on entend les politiques nous balancer qu’on cherche notre chômage. Mais vous l’encouragez le chômage, à créer ce genre de contrats qui nous plombent ! J’en viens à faire le parallèle avec cette déclaration comme quoi pour lutter contre la corruption, il faudrait augmenter les salaires. Pour lutter contre le chômage, on donne toujours plus d’avantages aux patrons, sauf que ça ne les empêche pas de demander toujours plus.

De l’emploi, il y en a

Je suis d’accord sur ce point, du travail, il y en a. Mais il y a travail et travail.

Le but premier du travail, c’est de permettre aux gens de quitter le domicile des parents pour avoir le leur, pouvoir s’installer, être indépendants. C’est sûr que quand on est issu d’une classe politique privilégiée depuis des générations, on ne sait pas forcément que pour le plus petit des appartements, les propriétaires demandent des garanties hallucinantes et pour ne serait-ce qu’espérer les voir jeter un œil sur notre dossier, il faut être en CDI temps plein et en plus avoir des garants.

Le problème, c’est que les emplois présents sur le marché sont de petits jobs, souvent des mi-temps voir moins, aux horaires rendant impossible le cumul (et puis putain, cumuler des jobs, c’est un coup à finir chaque jour sur les rotules sans pouvoir se payer le moindre petit plaisir, on a pas le temps d’en profiter, du plaisir en question ! On est pas des bêtes de somme !) et surtout rendant impossible le fait de trouver et payer un appartement et les dépenses annexes -nourriture, électricité, téléphonie, etc-. A quoi bon prendre un job qui non seulement ne permettra pas l’indépendance mais en plus à long terme coûtera plus qu’il ne rapporte entre le coût du transport et la perte d’allocations ? Sans parler du coût humain, moral, de devoir cumuler les petits jobs pour s’en sortir tout juste sans avoir une minute pour soi.

Diminuer les allocations pour encourager les gens à prendre un mini-job au lieu de rester chez soi pour tenter de trouver mieux ne résoudra pas le problème : nous avons déjà une génération de Tanguy involontaires, mais nous sommes partis pour que la génération suivante soit exactement pareille. Il faut créer des jobs décents, pas culpabiliser les gens.

Les français ne sont pas des fainéants. Beaucoup sont prêts à travailler si on leur offre un travail décent, leur permettant de vivre ne serait-ce qu’au minimum syndical.

Et parallèlement, on entend à la télé que les chômeurs ne font pas d’efforts, préfèrent rester chez eux vivre des allocs, et on interviewe de malheureux patrons qui ne trouvent personne pour leur taf merdique à 7h/semaine qui plongerait leur salarié dans la précarité.

Quand on vous fait espérer pour rien

Il fallait faire une partie sur ce phénomène qui m’agace : on vous appelle pour un entretien, vous payez plein pot pour vous déplacer -eh oui, toutes les sociétés de transport n’ont pas des réductions chômeur- et une fois arrivé on vous dit que vous n’êtes là que pour les quotas d’entretiens car le poste est déjà pourvu.

Ou alors la variante, quand vous tombez sur un consultant en recrutement qui vous cache son statut, vous fait miroiter un job en vous bombardant de questions, souvent intrusives et illégales – mais auxquelles vous répondez, car quand on est mort de faim on chipote pas – et puis silence radio. Il vous a dans sa base de données donc le reste, il s’en fout. Il en a des milliers d’autres et il y a peu de chances qu’il vous rappelle un jour. Le poste promis ? Quel poste ?

Ce genre d’attitude déprécie encore plus le chômeur, puisqu’on lui fait comprendre que son temps, ses dépenses n’importent pas. Qu’il n’est rien. Il est là pour le spectacle. C’est juste un chômeur, on peut en faire ce qu’on veut, il ne dira rien, il n’a rien à dire.

Au bout de trois offres refusées, on vous radie

Ah ça, on y a droit à chaque élection. Le chômeur coupable ! Le problème, c’est surtout que chez Pôle Emploi c’est la foire aux incompétents. La foire aux gens qui ne tiennent aucun compte de vos particularités, vous n’êtes qu’un numéro qu’il faut caler dans une catégorie.

Sauf qu’il y a des gens qui ne peuvent pas porter de charges lourdes, des gens qu’il ne vaut mieux pas mettre en contact avec la clientèle ou avec des personnes vulnérables, des gens qui n’ont aucune expérience, des gens qui vouent une animosité à certains types de poste. Des gens qui n’ont pas de diplôme, d’autres qui en ont trop. Des gens qui sont moches, des gens qui sont beaux. Des gens qui ont un handicap, des gens qui n’ont pas le permis, des gens qui ont des valeurs incompatibles avec un poste.

Il existe une multitude de discriminations à l’embauche, comme par exemple dans les salons où on ne prendra que de jolies femmes comme présentatrices. Tu fais comment quand t’es diplômée de l’évènementiel mais que tu es un gros thon (je ne suis pas gentille, mais c’est pour l’exemple) ?

Pôle Emploi a le chic pour proposer des offres n’ayant aucun rapport avec votre formation ou qui sont incompatibles avec votre situation. Mon ancien conseiller adorait m’envoyer des offres de postes dans des zones inaccessibles avec les transports en commun tout en me disant que je n’avais qu’à passer le permis. Sauf que pour payer le permis, il faut un travail. Et il refusait de le faire prendre en charge par Pôle Emploi, évidemment.

Donc il suffit de tomber sur un gros con en guise de conseiller et pouf, radié, alors que tu as une bonne raison de refuser les postes proposés.

Une fois de plus, avant de culpabiliser et sanctionner les chômeurs, encore faudrait-il revoir le fonctionnement de ces institutions censées les aider mais qui en réalité les plombent, moralement comme professionnellement !

La pénibilité du travail niée

Le culot des politiques est hallucinant. Des gens qui touchent des sommes indécentes pour un travail qui ne leur détruit pas le corps, qui pour certains sont privilégiés depuis des générations, qui n’ont jamais connu les jobs pénibles, harassants et sous-payés, qui se permettent d’ouvrir la bouche pour nous parler de se serrer la ceinture tout en détournant de quoi nourrir la moitié du pays.

Des gens qui osent dire qu’ils comprennent les français alors qu’ils n’ont pas à regarder leur compte en banque dès le 5. Qu’ils ne savent RIEN.

Comment peut-on oser nier la pénibilité au travail ? Alors qu’ils négocient avec le syndicat des patrons qui ne cherche qu’à réduire nos maigres avantages, nos maigres protections ? Qui veulent juste nous exploiter comme les salariés du tiers-monde qui se jettent sur nos miettes sans broncher puisqu’ils n’ont pas le choix !

On a l’impression que ces gens veulent juste revenir à l’époque du servage en nous montant les uns contre les autres pour qu’on ne remarque rien.

Pourtant la pénibilité au travail est de plus en plus reconnue. On parle du harcèlement moral alors qu’il y a quelques années encore, ses victimes étaient qualifiées de chochottes.

C’est facile de dire que le travail n’est pas pénible lorsqu’on passe ses journées à déléguer ou à ronfler à l’Assemblée Nationale. Sauf qu’il existe des postes où on est pressurés comme des citrons sans avoir le temps de ronfler, où on nous oblige à accepter des conditions de travail inhumaines en nous menaçant de nous virer, où on ne compte plus nos heures supplémentaires non payées. Et vous le savez ça, messieurs les politiques, car quand ce n’est pas vous les patrons, vous les avez dans votre portefeuille de relations ou négociez avec eux.

Il existe des petits jobs « en attendant »

Ah ça c’est le cheval de bataille des moralisateurs de Facebook, les gens qui ont pris un petit boulot alimentaire le temps de trouver un « vrai travail ». Sauf que, j’en parlais dans un de mes articles précédents, le problème des petits jobs, c’est qu’ils sont pris d’assaut et deux fois plus :

  • On a la concurrence des non-qualifiés pour qui c’est l’occasion de se faire les dents sur le marché du travail
  • On a la concurrence des non-diplômés pour qui ces jobs sont les jobs principaux
  • On a la concurrence des étudiants qui prennent ces jobs pour se payer leurs études
  • On a la concurrence des diplômés et sur-diplômés qui n’ont pas le choix puisque maintenant en plus du diplôme il faut de l’expérience

Donc inutile de vous dire que le secteur des « petits jobs alimentaires » est ultra-bouché car il est le quotidien de beaucoup de gens. Dire aux gens de prendre un petit job en les culpabilisant de ne pas en trouver car ce sont des jobs « tout cons » c’est stupide, car la concurrence y est encore plus rude que pour les autres.

Si tu ne trouves rien, tu n’as qu’à déménager dans une autre région

Sauf que pour déménager, il faut trouver un appartement, et je rappelle que pour trouver un appartement, il faut un CDI temps plein, 548 garants, un troupeau de licornes et un compte en Suisse.

Plus sérieusement, non, on ne peut pas déménager comme ça, entre le coût du déménagement et les difficultés pour pouvoir louer un logement. Si je voulais vous donner une idée de ma situation, si mon homme parvenait à se faire muter, on ne serait même pas sûrs de pouvoir saisir l’opportunité : nous n’avons pas de garant et il serait le seul à avoir un CDI.

Nous ne sommes pas ennemis

Je vois tellement de haine envers les chercheurs d’emploi sur les réseaux sociaux. De mauvaise foi aussi, de la part de gens qui triment comme des bêtes au travail et qui idéalisent le chômage, pensant à des vacances longue-durée. Le problème, c’est que nous ne sommes pas coupables de votre souffrance. Les coupables, ce sont les patrons qui n’ont plus aucune humanité, ce sont les politiques qui mangent dans la main des patrons et les aident à empirer vos conditions de travail.

Qu’on bosse ou qu’on ne bosse pas, vous souffrirez tout autant puisque ce n’est pas lié à l’emploi.

Si nous voulons que ça s’arrange, c’est main dans la main qu’il faut se rebeller pour que l’humain revienne sur le devant de la scène. Pour que nous cessions d’être déconsidérés en permanence. Il n’est pas normal de subir de la maltraitance, il n’est pas normal de se faire insulter, il n’est pas normal que la hiérarchie n’intervienne pas si ça se passe mal avec nos collègues, il n’est pas normal de se faire menacer de licenciement si on refuse les heures supplémentaires non payées. Il n’est pas normal de ne plus avoir de vie privée, de moments pour soi.

Nous ne sommes pas des bêtes, nous n’avons pas à être considérés comme tels.

Le revenu de base c’est pour les fainéants ! Moi je me suis tuée au travail !

J’entends souvent les partisans du revenu de base être taxés d’oisifs, de fainéants, d’encourager l’assistanat. Et presque à chaque fois, ça vient de personnes qui triment toute leur vie de génération en génération. Je ne peux pas m’empêcher de trouver ça étrange, car nous sommes censés souhaiter le meilleur à nos enfants. Alors pourquoi leur souhaiter une vie de souffrance au travail ? Je suis d’accord, le travail n’est pas forcément une souffrance pour tout le monde -je n’inclus pas les personnes qui en viennent à s’accommoder de l’intolérable pour ne pas sombrer- mais il l’est pour beaucoup de gens et il est important de regarder au delà de son petit nombril.

Le plein emploi n’existe plus.

Le plein emploi n’est pas prêt de revenir avec l’automatisation de bon nombre de postes.

La souffrance au travail, le chantage des patrons est un réel problème.

Nous avons une solution. Pourquoi ne pas la mettre en application et permettre de renverser la tendance ?

De plus, je ne pourrai jamais, au grand jamais, tolérer d’entendre des foutus sadomasochistes répéter à l’envi : « j’ai souffert, mes parents ont souffert, alors tu dois souffrir aussi ! ». NON ! Ce n’est pas en regardant sans arrêt en arrière que l’on évolue. Les temps changent. Les mœurs changent. Et il faudrait se décider à vivre avec son temps !

Le revenu de base ne changera rien au clivage riches-pauvres mais il permettrait aux plus démunis de sortir de la misère, d’améliorer leur quotidien, de vivre au lieu de survivre. Et ça, c’est déjà un grand pas en avant. Des citoyens heureux sont des citoyens reconnaissants qui réinjecteront leur allocation dans l’économie de leur pays. Tout le monde est gagnant.

Bref, voilà, voilà, chers hommes politiques odieux, chers basheurs de chômeurs, chers blaireaux qui vous la ramenez sans savoir, voilà notre quotidien. Et encore, j’ai dû oublier pas mal de choses. Mais j’avais besoin de dire que nous ne sommes pas des monstres, bêtes de foires, parasites, victimes de politiques qui préfèrent attiser la haine plutôt que la compassion ou l’altruisme. NON, nous ne sommes pas volontairement chômeurs (en même temps entre gagner 500 balles et 1200 le choix est vite fait), nous ne jouissons pas en regardant le montant des prélèvements sociaux sur vos salaires, nous ne mangeons pas vos enfants et nous ne brûlons pas des dossiers CAF dans les cimetières. Nous sommes des gens normaux, des victimes, des warriors.