Quand le handicap ne bénéficie pas de compassion

Photo Muriel Dovic ©

Samedi dernier, l’absence de compassion de ma collègue envers le handicap a pris un nouveau tournant.

C’était la fin de semaine, et comme expliqué précédemment, mon poste n’est pas aménagé malgré mes demandes (j’ai juste demandé à pouvoir m’asseoir 2 minutes de temps en temps sur les tables de pique-nique juste en face de ma caisse, rien de dramatique, mais refusé, car ce sont les tables des clients, je dois consommer si je veux pouvoir m’y asseoir !). Du coup forcément, je puise dans de l’énergie que je n’ai pas et la fatigue s’accumule. D’autant plus que je ne peux pas faire la grasse matinée le matin, entre mon homme qui se lève à 5h et le garage d’à-côté qui commence les BOUM BOUM BOUM SUR LA TÔLE C’EST MARRANT dès 7h du matin. Atteinte de fatigue chronique, j’ai besoin de plus de sommeil que la moyenne. Sommeil que je ne peux pas récupérer, donc.

Je me suis donc trouvée fiévreuse et nauséeuse, j’ai vomi dès ma sortie du bus, avant même d’arriver au travail, et rebelote une fois sur place. J’avais 39.1 de fièvre. Le ventre vide. Et ma collègue a passé son temps à se foutre de ma gueule parce que je voulais apprendre ses tâches (le back-office donc, pour éviter le service clientèle). Elle m’a donc donné plus de travail tout en râlant sur ma « lenteur » (elle est venue me chercher en rayon au bout de 10 minutes parce qu’elle trouvait que je mettais du temps… elle quand elle y va elle y passe plus d’une demie-heure parce qu’elle bavasse avec tout ce qui bouge !). Je me suis excusée, j’ai reparlé de mon handicap et elle m’a carrément sorti qu’elle n’en avait rien à foutre, que ce n’était pas son problème. Après avoir passé la journée à me railler parce que je n’étais « pas réveillée » (bah écoute va bosser avec 39 de fièvre, on en reparle), à bien m’humilier devant les clients, elle est partie en furie sans même me dire au revoir et en soufflant comme un bœuf pour me faire comprendre que je l’agaçais.

Donc le handicap n’est pas son problème. Le truc, c’est que j’ai été embauchée avec ma RQTH et que donc, mon handicap est censé être le problème de l’entreprise. Pourtant à chaque contrat chez eux, ils n’ont jamais rien aménagé même lorsqu’ils en avaient la possibilité. Là, juste m’autoriser à m’asseoir sur les tables de pique-nique c’est déjà trop demander. Pourtant l’argent de l’embauche d’une personne handicapée ils vont l’encaisser ! Je comprends qu’il soit difficile de m’aménager un poste en grande distribution car le milieu en soi est trop physique pour moi. Sans parler de l’endométriose qui en plus de me rajouter de la fatigue chronique entraîne plusieurs jours d’absence dans le mois.

Là ma collègue en a déjà marre alors que je n’ai même pas encore eu mes règles. Je n’imagine même pas ce que ça va être quand elle comprendra qu’elle sera toute seule plusieurs après-midi par mois si je reste après mes trois semaines.

Elle n’arrive pas à comprendre la notion de handicap. Pour elle si je ne suis pas capable d’être opérationnelle au bout d’une semaine c’est que je suis une fainéante. Je ne suis pas fainéante mais avec le temps j’ai appris à faire attention à moi, à m’économiser, à ne pas forcer. Je reconnais que c’est en contradiction avec le domaine de la grande-distribution qui demande de la rapidité, de la réactivité, et une bonne endurance car c’est physique (là en boulangerie je suis amener à soulever de lourdes palettes par exemple, en plus de rester debout à circuler tout l’aprem). Je me doute que ça doit être agaçant pour elle de devoir penser à tout, mais déjà si elle le doit c’est parce qu’elle ne me forme pas et ne m’explique rien (par contre elle a dit à la cheffe qu’elle m’expliquait et me montrait, bah non justement), et ensuite c’est ça d’avoir un collègue handicapé. La répartition du travail n’est pas la même.

Elle a aussi refusé de me montrer certaines tâches en back-office car ça implique de laisser la boulangerie sans personne pour servir les clients. Je peux le comprendre. Mais dans ce cas on demande à la cheffe ou à une collègue du matin de rester plus longtemps pour me former, non ? Eh bah non. Quand je lui ai suggéré elle a ricané avant de me tendre des boîtes de pains au chocolat à étiqueter. Et après elle va râler que je ne sais rien faire. Bah oui mais vois-tu cocotte, je suis déjà une catastrophe culinaire de base, alors je ne vais pas deviner combien de temps on met des baguettes surgelées au four, ni même comment se servir du four en question.

Si je dois avoir droit à de la froideur et de l’agacement à chaque fois que je suis malade ou plus faible que d’habitude (souvent quoi) je crois que je ne vais pas tenir bien longtemps. Ce n’est pas faute d’expliquer à ma collègue la nature de mon handicap et ses conséquences, mais elle semble s’en moquer totalement. Et elle n’a vu que le plus soft. Je ne comprends pas non plus la réaction de l’entreprise qui me refuse de m’asseoir sur les tables des clients alors que, vacances obligent, même en heures de pointes il y en a toujours une de libre et ça ne casse pas trois pattes à un canard de me laisser m’asseoir. Je ne comprends pas qu’on puisse se dire handicap-accueillant lorsqu’on réagit comme ça.

Ce qui me fait rire (jaune), c’est que mon premier contrat dans cette entreprise, en charcuterie/coupe, a été rompu à cause de mon handicap car on me jugeait inapte, alors que j’avais la possibilité de m’asseoir. Ici je n’ai pas cette possibilité mais on ne me vire pas, on envisage même de me proposer un CDI. C’est à n’y rien comprendre. En fait je me dis qu’ils refusent d’adapter le poste parce qu’il y a des dizaines de personnes derrière prêtes à me remplacer au pied levé, donc ils ne se prennent pas la tête. Marche ou crève, c’est ça la grande distribution.

Bon après, il reste la visite médicale à la fin du mois, ce n’est pas impossible que la médecin du travail me déclare inapte (je suis en station debout pénible + port de charges alors que je ne suis pas censée en avoir…) et dans ce cas je pourrai me concentrer sur la recherche d’un job adapté. Si ça existe. Parce que j’ai beau vivre en Île-de-France, la région censée être la plus propice pour trouver un job, mais depuis que je suis ici c’est une galère sans nom entre les entreprises spécialisées dans le handicap qui sont des escrocs et les refus d’adapter le poste..

Publicités

Alors, t’es contente de travailler ? Ça fait du bien hein ?

Oui, oui, depuis une semaine j’ai un petit boulot en 30h. Ne vous emballez pas, pas d’entretien épique ni rien, c’est juste que le directeur de l’entreprise de mon homme a décidé de dire oui à ma candidature pour un remplacement, alors qu’habituellement il fait tout pour bloquer mon recrutement en utilisant tous les prétextes du monde. Ne me demandez pas pourquoi il a dit oui cette fois, je n’en sais rien du tout ! Mais je ne vais pas me plaindre. Je couve un projet de création d’entreprise (dont le seul frein est l’argent, en fait) et mon homme, qui est passé de sceptique à encore plus motivé que moi voulait me former aux techniques de logistique, de gestion, à la manière de faire un facing, etc. Bon, ça tombait un peu mal car évidemment, il part en vacances une semaine après mon arrivée et donc ne peut pas me montrer tout ce qu’il voulait me montrer, mais c’est toujours ça de pris.

youpi

J’ai donc commencé en début de semaine, prévenue du jour au lendemain, mais passons, ce n’est pas comme si j’étais débordée en ce moment (les offres intéressantes sont aussi rares que l’honnêteté chez nos hommes politiques).

Mon homme a donc commencé ma formation, et je vous avoue qu’être employé libre-service n’est pas aussi simple que ça en a l’air, surtout quand on manque de bras et de matériel. Je me suis révélée un peu lente (en même temps quand tu connais pas du tout un rayon, que t’ouvres un carton avec des produits dedans, ben tu sais pas où se rangent les produits en question, logique, donc tu perds du temps à scruter partout pour voir où ça se range… sachant qu’il n’y a pas forcément de produits similaires déjà installés, donc il faut regarder les étiquettes….) mais j’ai vite appris. J’ai commencé par un rayon simple, la pâtisserie industrielle, histoire d’apprendre tranquillement les bases.

Puis il a fallu attaquer les rayons de la personne que je suis censée remplacer, qui sont des rayons très difficiles car extrêmement bordéliques et parmi les plus fréquentés du magasin : céréales, café, thé (et aussi les sucres et farines qui traînent au bout). Je devais être avec un autre employé qui devait me former pour ce rayon (mon homme ayant autre chose à faire ce jour-là), mais lorsqu’il a appris que j’avais été affectée au café, ce dernier en a profité pour s’en laver les mains, et il m’a laissée toute seule dans ce rayon difficile et totalement inconnu. Pas l’ombre d’une explication et d’une formation. En plus de cela il y avait un gros arrivage. Je me suis retroussé les manches et j’ai commencé à travailler, un peu n’importe comment et surtout très lentement (y’a des centaines de références x.x), et lorsque mon homme s’est aperçu que l’autre était parti se toucher la nouille pendant que je faisais son travail, forcément, il a pété un câble.

Aucun professionnalisme de la part du gars qui me laisse toute seule dans le rayon alors qu’il est supposé être intégrant, c’est à dire qu’il apprend à devenir chef avec toute la connaissance et surtout la pédagogie que ça implique… et que visiblement il n’a pas encore acquise.

Seule, je m’en suis plutôt bien sortie, mais étant très lente forcément j’ai dû être aidée sur la fin. Mais j’ai fait deux autres jours dans ce rayon et j’étais beaucoup plus rapide : forcément, une fois qu’on connaît la logique de l’agencement du rayon ça va beaucoup plus vite. La seule chose qui me pose problème ce sont les nouvelles références qu’il faut intégrer en rayon, parce que généralement, ben… y’a pas de place, c’est blindé.

Je suis malgré tout contente d’avoir pu toucher à ce métier (mon contrat finit le 17 avril s’il n’est pas prolongé, encore la malédiction des deux semaines) car il est plus difficile qu’il n’y paraît. Après je ne suis pas si fatiguée que ça, je m’attendais à être rapidement crevée, mais pas vraiment. J’étais bien plus fatiguée lorsque j’étais en fromagerie, mais je pense que le stress de la collègue toxique devait beaucoup jouer.

Mais bon, ce qui m’agace le plus avec ce nouveau contrat, ce sont les réflexions de mon homme et de quelques personnes qui connaissent ma situation, qui ne peuvent pas s’empêcher de me sortir « Alors tu es contente de bosser ? Ça te fait du bien un peu hein ? ».

Contente de bosser ? Du bien ? Du bien, vraiment ? J’ai les mains complètement défoncées, pleines d’écorchures et d’échardes (si on veut aller vite et enchaîner les cartons, ben on a pas des mains de princesse), je suis dans un domaine qui n’est pas le mien, j’ai droit à des regards de travers de certains qui jasent parce que je suis la nana de leur chef, sans avoir la moindre idée du point auquel je sue pour le moindre contrat, je suis plus fatiguée que d’habitude, wah, c’est fou ce que ça fait du bien !

Certains prendront leur air condescendant pour me dire que je gagne enfin ma vie, mais non : ça va faire exactement comme en fromagerie, au prochain trimestre la CAF enlèvera sur mon AAH le double de ce que j’aurai gagné. Donc non je ne la gagne pas vraiment, je perds de l’argent lorsque j’accepte un contrat court comme ça.

Je n’ai accepté ce contrat que pour être formée aux techniques qui me serviront si un jour je parviens à ouvrir mon propre magasin : le reste, je m’en fiche éperdument. Je ne fais pas partie de ces gens qui mettent le travail et l’argent au dessus de tout (j’ai récemment lu un top de femmes qui sont considérées comme ayant réussi… on a droit uniquement à des businesswomen, comme si la réussite était forcément liée au travail et à l’argent… genre les femmes qui ont participé à la recherche, elles sont inutiles malgré toutes les vies sauvées ? Celles qui s’investissent dans l’humanitaire au lieu de ne penser qu’à leur cul ?). Je considère même cette tendance de l’épanouissement par le travail comme une plaie.

On gâche notre vie ! On nous vole notre enfance et notre adolescence avec l’école (qui pourrait être réduite de moitié si on arrêtait de nous apprendre des choses inutiles ou de nous faire des programmes scolaires copiés-collés d’une année sur l’autre), ensuite on doit travailler, et on en profite quand de la vie ? Quand notre corps est désormais trop fatigué pour courir les routes ? Je sais que j’avais déjà rédigé un article à ce sujet, mais aujourd’hui je le pense plus que jamais.

Alors non, je ne suis pas contente. Je ne suis pas contente de me casser le derrière pour un emploi que je n’ai jamais désiré et que je n’aime pas vraiment (on ne peut pas dire qu’il soit très stimulant, et moi j’ai besoin de stimulation intellectuelle), pour perdre de l’argent et n’avoir aucune reconnaissance puis-qu’après je retournerai à la case chômage, quelles que soient mes performances. Et non, ça ne me fait pas « du bien ». Je ne vois pas en quoi c’est censé m’en faire. On veut me faire ressentir de la culpabilité lorsque je suis à la maison, mais je ressens surtout un mélange de pitié et de compassion envers tous les gens persuadés d’avoir réussi leur vie juste parce qu’ils se crèvent le cul à deux doigts du burn-out (voir carrément dedans). Il m’arrive de ressentir de la culpabilité envers mon homme qui supporte de moins en moins le travail parce qu’il n’est pas fait pour ça, et que j’aimerais bien prendre mon tour pour qu’il puisse se reposer. Mais c’est tout.

Ce n’est pas parce que je suis au chômage que je passe mes journées vautrée dans ma fange. Je sais m’occuper, je sais même me rendre utile autrement que par le travail. Notamment en passant le balai derrière la connerie humaine, si on peut dire ça comme ça.

Enfin bon, je dis ça, mais lorsque je me prends la réflexion, je réponds juste un vague « ouais ouais » pour qu’on me laisse tranquille. Entrer dans un débat sera stérile, car les gens ne comprennent que difficilement cette mentalité. Enfin si ils la comprennent, mais ils sont jaloux car ça leur renvoie une image de gâchis de leur part. Alors ils la rejettent, persuadés d’être dans leur bon droit parce qu’ils ont un salaire qui leur permet de partir à la montagne l’hiver. Waaah.

Life is too short to wait

On essaie d’avancer

Je me rends compte que cela fait un petit moment que je n’ai pas donné de nouvelles de ma situation. Il ne me reste plus qu’un rendez-vous CAP Emploi, est-ce que j’ai trouvé quelque chose ? Eh bien, non, en fait. Presque.

Mon homme avait enfin réussi à faire céder le directeur de son entreprise pour un tout petit contrat de remplacement (3 jours). Vous allez me dire, un tout petit contrat, ce n’est rien et ça met le boxon dans les allocs (non j’déconne j’en ai pas, haha). Oui, certes, mais si je donne satisfaction et que le directeur a cédé une fois, il n’aura plus aucune excuse pour ne pas me prendre par la suite. Je prouve ma compétence, et emballé c’est pesé. Être employée libre service n’a jamais été le rêve de ma vie, clairement pas, mais ça mettra du beurre dans les épinards en attendant de trouver le job qui me fera rêver. Enfin ça, c’était la théorie. La pratique, c’est que j’ai un corps de merde. J’ai déjà parlé de mes deux handicaps sur mon blog humeurs, ici et . Et évidemment, le jour où je décroche enfin quelque chose après des mois de galère… mon corps me fait le fameux coup du combo règles + surinfection. J’étais incapable de me lever, encore moins pour aller travailler, et encore moins pour un boulot physique comme celui d’ELS. Autrement dit, c’était mort. Le directeur cédait enfin mais mon corps a décidé de me mettre des bâtons dans les roues, et du coup, je suis vraiment définitivement grillée là-bas, parce qu’en plus d’avoir l’étiquette de « la copine de« , j’ai l’étiquette de « la fille pas fiable« . Dans un sens, ce n’est pas plus mal car ça m’a permis de réaliser que je ne pourrai jamais exercer un travail physique. Mon copain est super gentil d’insister auprès de sa boîte, mais il oublie que j’ai un corps fragile et maladif, que je ne peux pas trop forcer. En tant qu’employée libre service, je donnerai sûrement le change au début, mais serai incapable de bosser pendant mes règles ou si j’attrape une saloperie (les épidémies circulent assez facilement dans son taf). Je ne peux pas faire un travail comme ça, j’ai besoin de quelque chose de plus soft. Je ne sais pas trop comment en parler avec lui, car je passe un peu pour une looseuse là. Je sentais qu’il était tout aussi écœuré que moi que je tombe malade au mauvais moment, mais dans son attitude, quelque chose semblait dire « tu l’as fait exprès hein ?« . Je me suis sentie incapable, mais aussi rassurée. Je ne suis pas capable de faire ça, autant arrêter d’insister.

Je me suis inscrite sur des sites de rédacteurs en ligne, pour tenter de décrocher quelques petits contrats. Ce qui m’a sauté aux yeux, outre le fait que ce soit sous-payé (lol 2 euros les 1000 mots, rrrrou, rrrrrou), c’est qu’il y a juste une blinde pas possible de concurrence. Je reçois un mail pour me dire qu’une nouvelle offre est en ligne, j’ai à peine le temps de cliquer que déjà 20 personnes ont postulé. Et pas le petit bouseux du coin hein, c’est Jacqueline 12 ans d’expérience en tant que rédactrice web, qui connaît tous les standards de l’écriture web, qui est rapide et efficace et blabla. Je lutte comment, moi, contre Jacqueline 12 ans d’expérience ? Je n’ai rien pour me démarquer de mes concurrents. Bon, je tente, mais je n’ai jamais été retenue malgré une trentaine/cinquantaine (selon le site) de candidatures par site. Les offres s’arrachent, même les moins rentables. Du coup j’avoue que ça me fait doucement rigoler lorsqu’on me conseille de devenir rédactrice web. C’est pas via internet que j’y arriverai, sauf en bénévolat. Là en bénévolat on veut bien de moi, bizarrement. Je ne dois pas être si incompétente que cela.

chômage

Je me suis donc tournée vers les boulots saisonniers. A vrai dire, j’avais commencé en début d’année, mais j’avais mis la chose en pause lorsque j’ai commencé le CAP Emploi. Du coup, j’ai recommencé les candidatures mais de manière beaucoup plus sélective. Un boulot saisonnier, ça permet de se faire un peu d’expérience sans avoir les questions chiantes en entretien du genre « mais pourquoi voulez-vous faire ce métier alors que vous avez une licence ?« . Au moins là c’est saisonnier, le recruteur tout comme moi sait que c’est du provisoire et c’est tout. J’ai été assez surprise de l’expérience pro demandée pour des boulots provisoires et précaires. J’ai vu du 3 ans d’expérience exigée pour être caissière. Du 2 ans pour bosser dans un food truck. Du 5 ans exigé pour aider dans l’administration. J’ai postulé quand même, mais j’étais assez sidérée du culot des recruteurs. On parle d’un taf précaire, souvent réservé aux étudiants, payé le SMIC et pas en 35h, et on demande une xp pro de fou. C’est là qu’on se rend compte que les pré-requis des candidatures deviennent vraiment n’importe quoi. 3 ans d’expérience pour un métier qui s’apprend en deux heures grand max. NA-WAK.

Comme j’habite tout près du château de Monte-Cristo et du Château-Vieux devenu musée, j’ai tenté ma chance pour être guide. Certes, il y a du contact avec la clientèle, mais c’est une clientèle tout aussi passionnée d’Histoire que moi, ce qui est quand même relativement différent de la clientèle exécrable de la grande distribution. J’ai aussi tenté ma chance au Château de Versailles, plus loin mais accessible en ligne directe par un bus dont l’arrêt est à deux minutes de chez moi. Aucune réponse de leur part, je m’y attendais mais bon ça fait mal au cœur de me dire que je ne suis pas acceptée non plus pour des boulots qui me plairaient. Même en tant que caissière au magasin de souvenirs, ça reste, de mon point de vue, plus gratifiant que de passer des conserves à la chaîne. Mais là aussi c’est non. Enfin ce n’est pas non, c’est un silence qui veut dire non, ce qui est pire en soi.

Du coup, je ne sais plus trop quoi tenter. Je n’ai de réponse ni pour le saisonnier, ni pour les CDD/CDI. C’est exaspérant, car je m’ennuie de plus en plus et j’ai vraiment envie de sortir de cette routine de chômeuse. J’ai envie de me lever le matin en me disant « je gagne ma vie » et non en me disant « bon, qu’est-ce que je vais faire de cette foutue journée ?« . Cependant, je suis bloquée par des exigences de plus en plus hallucinantes. J’ai envie de dire, de quel droit demande-t-on de l’expérience pour un 15h en tant qu’équipier, franchement ? C’est sous-payé, le nombre d’heures est à peine suffisant pour se faire de l’argent de poche, et en plus faut avoir de l’expérience ! Le mouton à 5 pattes. C’est pénible. J’aimerais vraiment que les gens se décident à mettre un gros coup de pied dans la fourmilière, mais ils préfèrent tenter de devenir ce mouton plutôt que de dénoncer ces pratiques. Et les hommes politiques préfèrent stigmatiser les chômeurs plutôt que de regarder vers les exigences folles des recruteurs. Ce n’est pas étonnant que certaines offres ne soient pas pourvues ! Déjà parce qu’il n’est pas possible de répondre à des exigences incohérentes (qui a 10 ans d’expérience en sortant de l’école ?), mais aussi parce que quand on a 10 ans d’expérience, on a envie d’être payé à sa juste valeur, et non avec les cacahuètes que l’on daigne nous jeter.

Je suis aussi allée voir en mairie. J’y avais déjà déposé mon CV il y a un an, sans retour, mais le service n’était pas très opérationnel alors que là, il l’était. J’ai donc pris rendez-vous avec une conseillère. On fait mon profil, et là elle me propose… des ateliers d’animation dans des écoles. A moi qui suis incapable de supporter les enfants. Alors que je lui avais dit. La femme me sort alors d’un air pincé que je suis difficile. A quoi bon faire mon profil si c’est pour me proposer quelque chose qui ne me convient pas, pour ensuite me dire que je fais des chichis ? Me laisser avec des enfants est dangereux, parce qu’ils m’énervent et me rendent violente. S’ils m’énervent trop je pourrais les frapper. Alors autant éviter cela et ne pas me faire bosser auprès d’eux, ça règle le problème. Au moins ça évite les accidents. Mais madame m’a cataloguée exigeante et n’a pas voulu me proposer autre chose. Tant pis, je ne compterai pas sur la mairie.

Mes journées se ressemblent beaucoup trop. Je me lève en même temps que mon conjoint, le matin vers 4h30 (sauf cette semaine qui était une semaine de congé pour lui). Je m’occupe du chat, puis me pose devant l’ordi. Les premières offres n’arrivent pas aussi tôt, mais il arrive que certaines se soient ajoutées dans la nuit, donc j’en profite. Je râle sur le fait qu’il n’y ait rien d’intéressant puis je me mets à autre chose. Je prépare des articles, en lis d’autres, bosse un peu sur mon livre en relançant les amis censés faire la relecture et en modifiant certains points, éternelle insatisfaite que je suis. J’active Thunderbird pour recevoir les mails d’offres en direct, râle sur les alertes Pôle Emploi qui me font espérer pour rien : 15 nouvelles offres, chouette ! En fait non, c’est 15 fois la même offre, pour 15 patelins différents. Je râle aussi sur la recherche par code ROME : j’ai une alerte d’employée au courrier, mais reçois des offres pour être factrice ou distributrice de journaux… et pour les rares offres d’employée au courrier qui se glissent dans le lot, faut 3 ans d’expérience et le permis B. Fuck off.

L’après-midi, mon homme revient du boulot et me demande ce que j’ai fait. Rien d’intéressant, comme d’habitude. Lui me fait enrager avec une énième histoire de nouveau collègue arrivé via la plate-forme, incompétent à en crever, mais protégé. Il n’y a pas si longtemps, il me parlait d’un type dont la mère est au siège, qui n’est pas venu travailler pendant une semaine. Quand il est revenu, son excuse c’était « Je n’avais pas envie de bosser« . Et il est intouchable car maman est au siège. Ça me donne envie de vomir. Le pire c’est qu’il n’est pas seul, il y en a des tonnes, des gens comme ça, qui ont un boulot qu’ils ne méritent pas alors que des gens motivés sont au chômage. Je commence à recevoir les offres de l’après-midi, que je regarde avec lui, sans grande conviction. On rigole jaune des annonces truffées de fautes, en se disant que des gens qui ne savent même pas écrire correctement ont un travail. On s’esclaffe devant les entreprises qui ne se prennent pas pour de la merde. On tente de dédramatiser et on va jouer ensemble à autre chose, pour se changer les idées.

Le soir, je reçois mon fameux mail d’offres Société Générale. Ils m’ont répondu une fois, mais c’était un entretien téléphonique. Bosser dans une banque me brancherait bien, au niveau du service courrier, mais comme j’expliquais dans un autre article, je suis nulle au téléphone. Je n’aime pas parler et je n’ai pas de conversation. Du coup je n’ai absolument pas convaincu la personne que j’ai eue et depuis, la Société Générale ne m’a plus jamais répondu. J’aurais peut-être pu la convaincre face-à-face mais il fallait passer le barrage du téléphone… maintenant quand je vois des offres pour bosser dans une banque, il faut un diplôme dans le domaine bancaire, même pour les postes les moins qualifiés. Rageant. Employé au courrier, c’est un poste que mon ex a occupé sans problème à 18 ans, en bossant plus vite que les gonzesses qui étaient là en CDI. Pourquoi n’en serais-je pas capable à 25 ?

Je tente de sortir la tête hors de l’eau au niveau de ma recherche d’emploi, et mes obstacles sont tellement connus, tellement bateau, que je me demande pourquoi ils existent encore. Je me souviens d’une affiche que j’avais vue sur la devanture d’une boîte d’intérim, avec une poule, qui disait « Comment avoir de l’expérience professionnelle si personne ne vous donne la première ? ». Le pire c’est qu’à côté de cette affiche, la boîte d’intérim affichait des offres d’emploi avec expérience exigée. Et ça illustre toute l’affaire. Les gens sont conscients du problème et n’en ont rien à cirer. Sachant que de mon côté, le problème du handicap s’ajoute au problème du chômage des jeunes, je me demande si un jour je décrocherai quelque chose. Pourtant je suis certaine que je peux être compétente. Mais personne ne veut me laisser ma chance. C’est tellement blasant !

emploi-avenir2[2]

Trop beau pour être vrai

embaucheSource photo : http://jojo71.skynetblogs.be/tag/patron

Il y a quelques années, un ami à qui j’avais donné le lien de mon blog me disait qu’il n’y avait que moi pour être aussi poissarde, toujours au mauvais endroit au mauvais moment, toujours à voir des trucs improbables se passer sous mes yeux et surtout, à y être mêlée. On en riait beaucoup mais au fond, c’était sans conséquences.

Aujourd’hui, je suis adulte, mais cette poisse congénitale est restée. J’hésite parfois à raconter certaines anecdotes, car j’ai peur d’être prise pour une mythomane tant il y avait peu de chances que ça arrive. Et puis je me dis que c’est mon blog, que j’écris avant tout pour moi et tant pis du qu’en-dira-t-on.

Dans mon article précédent, je vous disais que le sous-directeur du magasin dans lequel mon homme travaille -et dans lequel j’ai déjà travaillé un peu, on l’oublie parfois- avait accepté de m’embaucher pour remplacer une employée partant en retraite. Mais il ne voulait pas prendre la décision sans l’accord du directeur qui était en vacances et devait revenir en début de semaine. Le magasin avait un besoin urgent de personnel mais j’ai pris mon mal en patience et j’attendais.

Et puis le week-end est passé et le lundi, un collègue et ami de mon homme arrive et lui fait « euh, c’est normal que la démonstratrice de ce week-end travaille en rayon ? ». Mon homme bloque un peu. La démonstratrice en question avait émoustillé pas mal de monde avec son « joli petit cul » mais n’avait pas été exceptionnelle, passant plus de temps à discuter qu’à promouvoir quoi que ce soit. Et comme il avait du boulot, il n’avait pas du tout fait attention à sa présence. Mais elle était bien là. Il a cherché à demander des explications au sous-directeur mais ce dernier l’évitait.

Démonstratrice pour une marque, c’est un métier précaire et du coup, comme le magasin lui avait plu, la démonstratrice en a profité pour déposer son CV. Elle avait vraiment peu de chances d’être prise : c’est une boîte qui recrute soit en interne, soit via sa « plate-forme de jeunes talents » (qui énerve mon homme car elle ne ramène que des gosses de bourges qui ne savent pas bosser mais se savent intouchables). Elle n’était aucun des deux.

En réalité, Miss JoliPtitCul avait aussi émoustillé le sous-directeur, il l’avait d’ailleurs bien reluquée. Y compris quand elle a déposé son CV. Elle a obtenu un entretien immédiatement, et a immédiatement décroché le poste qui m’était destiné. Bizarrement, l’accord du directeur pour le recrutement n’était plus nécessaire puisqu’il n’était même pas encore rentré. C’est pour cela que le sous-directeur évitait mon homme, il ne voulait pas lui dire en face qu’il avait embauché quelqu’un d’autre. Et que depuis le début de la semaine, il l’évite.

Mon homme est rentré furieux. Et a décidé de pourrir la nana pour qu’elle démissionne et que je puisse prendre le poste. Aucune pitié. Le pire, c’est qu’il l’a fait. On a voulu l’obliger à la former malgré la situation plus que tendue. Je sais pas moi, mais on promet un poste à ma nana pour finalement en embaucher une autre, j’ai pas vraiment envie de former la nana en question. Du coup il a refusé de la former, elle s’est retrouvée en formation avec le gars le moins doué de l’entreprise pour se faire remonter les bretelles car, évidemment, elle faisait n’importe quoi.

Devant aller chercher une nouvelle couette au magasin -on ne crache pas sur les 15% de la carte employé !-, je me retrouve donc à discuter un peu avec mon homme, puis je pars chercher ma couette. Et la fille me met le grappin dessus. Je l’avais déjà observée travailler et elle me semblait vraiment très gourde. Je me suis sentie minable de me réjouir du fait qu’elle ne soit pas douée, mais au fond, pourquoi avoir pitié dans ce monde de requins ? Elle m’a vue discuter avec mon homme et avait été mise au courant qu’elle m’avait piqué mon poste. Du coup, elle comprenait mieux l’acharnement sur sa poire et le refus de formation. Je sentais qu’elle voulait me dire quelque chose mais qu’elle ne savait pas comment le formuler. Je l’ai donc fait à sa place :

– En gros, tu essaies de me dire que tu n’y es pour rien, et tu veux que je demande à mon copain d’arrêter de s’acharner sur toi ?

Elle a souri et m’a répondu :

– Voilà. J’ai été précaire super longtemps, j’ai pas envie de céder ma place, c’est pas dans mon intérêt.

– Tout comme ce n’est pas dans le mien de lui dire d’arrêter. Il ne m’écouterait pas de toutes manières.

Elle a paru comprendre et est retournée travailler. A peine 5 minutes après elle faisait tomber tout un carton de confitures. Et le gars du ménage venait de partir !

Le pire, c’est que c’est vrai. Au fond la fille n’y est pour rien, elle a tenté sa chance et a réussi, j’aurais sans doute fait pareil et je n’en aurais rien eu à foutre de la copine du gars qui essayait de se caser. Mais j’en ai assez de voir le destin faire trois pas en arrière dès qu’il me donne un petit coup de pouce. C’était presque bon, là, merde !

On me dit souvent que j’exagère ma poisse, mais dites moi franchement combien est-ce que j’avais de chances pour que :

– une démonstratrice qui plaise aux mâles fasse son show le week-end précédant mon embauche ?

– que la démonstratrice en question soit en recherche d’emploi fixe et dépose son CV ?

– que le sous-directeur soit en chien au même moment au point de mettre sa fiabilité en jeu (tout le monde savait que je devais être embauchée) ?

– que la nana qui avait un % infime de chances d’être embauchée à cause de son statut d’externe le soit sans problème ?

J’étais bien écœurée. Pas autant que mon homme qui pensait qu’il s’entendait suffisamment bien avec son sous-directeur pour pouvoir compter sur lui, mais quand même. Tant de poisse donnerait presque envie de se tirer une balle. J’y étais presque, enfin ! Mais non…

La seule chose qui pourrait me « rassurer », c’est que la fille qui a pris ma place est très gourde et maladroite, même sans la pression de mon homme, et du coup elle ne restera peut-être pas. Il y a aussi le fait que la personne qui devait être virée ne l’a pas encore été, et du coup, un éventuel autre poste peut se libérer. Mais je doute d’être embauchée, car cette histoire a jeté un gros froid entre le sous-directeur et mon homme et je pense qu’il ne se prendra pas la tête et passera par la plate-forme pour les prochains recrutements.

En attendant, une pauvre nana va payer les pots cassés du manque de parole du sous-directeur, probablement pour rien. Moi je paye mon manque de chance, elle, elle va payer le fait d’en avoir eu trop… et à la finale personne ne sera content.