Tenter de faire un bilan

Je n’ai pas fait de bilan personnel et professionnel depuis un certain temps déjà. Il faut tenir compte du fait que je n’ai pas grand chose à dire. Je n’ai pas un parcours qui fait spécialement envie et j’ai beau m’investir comme je peux, ça ne s’arrange pas.

Mon expérience professionnelle

J’ai eu ma licence sans le stage en mai 2011 et obtenu mon stage en août 2011.

Depuis tout ce temps, en comprenant mon stage, mon expérience pro s’élève à 1 an. C’est très, très peu. D’autant plus qu’il s’agit d’expériences disparates : picking, employée de rayon, apprentie libraire, employée au courrier, stagiaire traductrice…

Bon, si je rajoute le petsitting au noir que j’ai exercé, je peux rajouter quelques années, mais ça fait partie de mes expériences pro qui ne sont pas valorisables.

Car oui, un stage n’est pas considéré comme de l’expérience « qui compte », mon apprentissage raté en librairie n’est pas valorisable, et mes expériences en magasin non plus car trop courtes… en fait, la seule expérience que je peux mettre en avant c’est ma plus récente, employée au courrier, qui a duré 6 mois. Et encore, elle est valorisable si je tais le fait que l’ambiance était déplorable à cause de ma cheffe fumeuse (le fait d’avoir choisi de partir, même si je n’étais en rien coupable, est un gros point noir pour la plupart des entreprises… bah oui, ça montre que j’ai de la personnalité et que je ne suis donc pas le mouton qu’ils cherchent !).

Mon avenir professionnel

J’ai peur de ne pas arriver à grand chose. Le handicap, la concurrence, j’ai la sensation que tout est fait pour que j’en reste au même point. Je suis dans la région parisienne et pourtant j’ai beaucoup de mal à décrocher le moindre petit contrat. Je n’imagine même pas ce que ce sera si je déménage…

Même les petits jobs « en attendant » ne me sont pas accessibles parce que justement, je suis loin d’être toute seule dans cette situation et les jobs en question sont pris d’assaut. Je n’ai pas de réponse pour caissière, équipière Mc Do (bon je doute de faire long feu à Mc Do, de toute façon) et compagnie.

J’ai tellement fait le tour des entreprises qui me sont accessibles que je ne sais plus quoi faire. Je suis abonnée à plein de sites, plein de newsletters, je guette chaque opportunité, et rien.

J’ai l’impression d’être dans une impasse.

Créer mon propre job ?

J’en ai déjà discuté avec mon homme plus d’une fois, et on en arrive au même point : le seul moyen de bosser pour moi c’est de créer ma propre entreprise. J’ai d’ailleurs déjà monté une ébauche de projet avec lui, mais sa bipolarité fait qu’il change d’avis comme de boxer : un jour il va vouloir continuer, le lendemain il va limite m’insulter d’inconsciente parce que je vais nous ruiner à cause du RSI et compagnie. Ce trait de personnalité fait que malheureusement, je ne peux pas compter sur lui à 100%. Si je m’y mets, je pense qu’il me suivra, mais il me fera comprendre bien cruellement que c’est à contrecœur et ça se traduira par un surplus de charges pour moi parce que « ah ben tu l’as voulue ta boîte, tu t’en occupes maintenant ! ».

Du coup, si je veux créer mon job, il va me falloir quelque chose que je peux gérer seule. Pas un magasin, donc. Parce que je sais très bien que mon homme finira par laisser tomber.

Le problème, c’est que dans l’immédiat je n’ai pas d’idées. Je n’ai pas non plus envie de m’associer à quelqu’un d’autre car je n’ai pas confiance en mes congénères humains. Enfin, j’ai bien une vague idée de box éthique mais il y a un nombre incalculable de box sur le marché, alors une de plus…

De plus, obtenir un financement risque d’être compliqué : j’ai récemment eu une réponse de l’Agefiph (j’avais fait une demande de renseignements) qui m’a dit qu’avec si peu d’expérience pro ils seraient trop frileux à me financer, même avec la formation « 5 jours pour entreprendre » de la CCI. On entre dans un cercle vicieux : je veux créer mon propre emploi car je n’arrive pas à en trouver, mais pour créer son emploi, il faut bosser…

Me former en phytothérapie m’intéresse toujours, d’autant plus que ça peut mener à des postes de conseillère en magasin bio, un environnement qui me plairait. Le problème, c’est que les formations existantes ne sont pas conventionnées, donc c’est à moi de mettre la main à la pâte pour me financer. L’Institut Provençal d’Aromatologie et de Bien-Être en Luberon est une référence en la matière, cependant si je veux suivre les cours par correspondance proposés (6 formations différentes, toutes indispensables à mes yeux pour pouvoir conseiller efficacement), c’est 2890 euros au total ! Somme qui peut se diviser puisque chaque cours est séparé mais il faut quand même trouver la somme. Et je ne vois pas l’intérêt d’économiser pour suivre un cours tous les 4 ans (j’exagère mais vous avez compris l’idée j’imagine) parce que je n’ai pas l’argent pour me les payer. On m’avait déjà proposé de faire une cagnotte car des gens sont prêts à m’aider, mais je préfèrerais qu’on m’offre un job pour pouvoir me payer cette formation moi-même. Et puis je m’en voudrais si je faisais une cagnotte sans pouvoir rembourser ou tout simplement si malgré la certification je ne parviens pas à trouver de job par la suite. En plus, cette somme, c’est uniquement pour les cours, pas pour les stages pratiques dispensés à côté (et pour lesquels il faut trouver le financement aussi, entre le stage, le transport, peut-être l’hébergement…).

Les mêmes problèmes qui reviennent en boucle

Mes barrières sont toujours les mêmes.

Pas suffisamment d’expérience professionnelle pour que mon CV retienne l’attention : cependant, si personne ne me laisse ma chance pour les jobs intéressants, je ne suis pas prête de pouvoir retenir l’attention de quiconque.

Pas de financement : pour me former dans le domaine qui m’intéresse, il me faudrait de l’argent, mais sans job, ce n’est pas mon AAH qui va me payer cette formation. L’AAH sert à financer mes soins et ma part de factures. Une fois les factures payées, il ne reste que des cacahuètes. A ce rythme, je ne me formerai que dans 10 ans, et encore…

Créer son job, ça ne se fait pas comme ça. Je n’ai pas d’expérience pro, je n’ai pas de relations histoire de me financer plus facilement, je pars de rien. Si certains réussissent à partir de rien, l’absence de soutien moral comme financier autour de moi ne m’aide clairement pas. Peut-être ne suis-je pas assez débrouillarde pour me lancer seule ?

Bref, toujours les mêmes soucis, ma situation n’évolue pas vraiment et je ne vois pas comment la faire changer.

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C’est tellement facile de juger plusieurs mois après les faits

La semaine dernière, je recevais un appel téléphonique en présence de mon homme. Je déteste décrocher quand il est là, parce qu’à chaque fois il écoute tout et y va de son petit commentaire blessant (aka « tu ne donnes vraiment pas envie au téléphone », « tu ne parles pas assez », « putain je ne sais pas comment tu as fait pour décrocher un entretien avec moi ç’aurait été next »), histoire de bien aggraver ma phobie du téléphone.

Mais cette fois je ne pouvais pas me défiler, car il avait entendu le message de mon répondeur et savait que c’était un employeur que je devais rappeler. C’est mal vu de remettre ça au lendemain, et à raison, parce qu’un employeur potentiel qu’on ne rappelle pas rapidement passe au candidat suivant…

Je rappelle donc et tombe sur une jeune femme (assez hautaine d’ailleurs). Je lui demande des détails sur le poste, c’est donc un CDI à mi-temps et surtout… c’est à perpette-les-oies. La ville dans laquelle j’avais passé mes tests de la CAF et qui est très pénible d’accès : de chez moi, un seul bus y va, le matin, et pour le retour c’est démerde-toi. Je me souviens que j’avais mis plus de 3h à revenir à cause de tous les changements, pendue au téléphone avec mon homme qui tentait de me trouver le chemin le plus court. Déjà que mes 1h30 aller/1h30 retour de mon précédent job me fatiguaient, alors 3h rien que pour le retour…

J’explique le problème à la femme en lui disant que je reste disponible pour des postes plus proches de chez moi, elle me répond « ok » et raccroche. Merci, next. Et là, je fais l’erreur de sortir à mon homme « dommage que c’était à perpette, j’aurais pu le prendre même si c’était un mi-temps ». Il se tourne vers moi et me dit de ne pas me foutre de sa gueule, car j’avais une possibilité de mi-temps avec mon ancienne entreprise et que j’ai refusé.

J’étais sciée. Ça fait 4 mois et il a déjà oublié ce pourquoi j’ai quitté mon ancienne entreprise ? Que je me faisais fumer à la gueule DANS LES LOCAUX par une salope surprotégée par la hiérarchie qui couvrait son incompétence et son irrespect juste parce qu’elle était trisomique ? Que mes supérieurs n’avaient pas le moindre respect pour moi, se foutaient de ma gueule, avaient mis 4 mois à aménager mon poste pour ensuite me dire que c’était de ma faute si ils avaient mis tant de temps ? Que ce fameux mi-temps, on me l’avait proposé 2 semaines avant la fin de mon contrat et que le jour J, je n’avais toujours aucune info dessus (je ne savais même pas si c’était un mi-temps en fait, on m’avait dit ça sans certitude) ? Que j’étais dans un état de santé lamentable, sans parler de mon état psychologique ? J’ai mis de longs mois avant de me débarrasser de ma dermite séborrhéique due au stress, et à pouvoir respirer sans baume. Et surtout malgré mon état le congé demandé a été refusé, on voulait me faire enchaîner sur le contrat dont je ne savais rien et me faire signer un truc bancal sans infos ?

L’amnésie sélective juste pour me culpabiliser, c’est trop facile ! Je ne suis pas partie sans raison, je n’ai pas refusé ce contrat sans raison.

A ce stade on peut aussi dire que j’aurais pu continuer avec la folle, ce n’est pas grave de se faire fumer à la gueule (après tout, le tabagisme passif ce n’est que 600.000 morts par an, les fumeurs ne sont absolument pas des meurtriers, vas-y respire la bonne fumée), que c’est peu de sacrifice pour un CDI à temps plein.

Le pire, c’est que lorsque je lui ai dit ça, il a haussé les épaules en me disant que c’était moi qui avais refusé le contrat, donc que je n’avais pas à me plaindre. Il a visiblement aussi oublié le fait qu’à l’époque, il était totalement de mon côté lorsque je voulais fuir mon entreprise et qu’il m’a même dit de refuser le mi-temps car ce n’est pas un contrat intéressant. Je le lui ai rappelé, il a levé les yeux au ciel en soupirant.

C’est facile de juger plusieurs mois après. Oui, c’est clair qu’aujourd’hui je m’en suis remise, du moins physiquement -psychologiquement parlant, j’ai gardé une grosse méfiance envers les entreprises spécialisées dans l’embauche des personnes handicapées- donc on peut se dire que ce n’était pas si grave. Sauf que dans mon état de l’époque, si j’avais continué j’aurais fini par m’écrouler physiquement -je toussais, toussais, sans arrêt, j’avais sans arrêt mal aux poumons, à la poitrine- et surtout, j’aurais fini par frapper de nouveau la folle, sans la rater cette fois. Sur la fin, elle multipliait les provocations pour me pousser à bout. Du moins, jusqu’à ce qu’elle voie la mollesse de ma remplaçante, là elle me demandait de rester, comprenant que cette fois son taf elle allait devoir le faire.

Même moi je me dis que j’aurais pu continuer, puis je me reprends. Dire ça de son fauteuil en sirotant son verre d’eau, en oubliant tous les détails pénibles, c’est facile. Mais j’avoue que si la folle avait vraiment arrêté de fumer dans les locaux, j’aurais peut-être pu rester et supporter ses provocations. J’aurais tenté du moins.

Ma mère aussi a essayé de me culpabiliser d’ailleurs, en me disant que ça ne devait pas être si terrible, car elle fumait une cigarette électronique et pas une cigarette classique. Les études sur la nocivité de la cigarette électronique se contredisent toutes, mais moi, l’effondrement de mon état de santé à force de la côtoyer, je l’ai vu. L’abandon total de la hiérarchie qui renâclait à faire respecter la loi, je l’ai vu. Peut-être était-ce aussi dû au fait de devoir traverser le nuage de fumée des autres à l’entrée du bureau ? Ou les deux ? Dans tous les cas j’étais affectée, les fumeurs sont une véritable plaie (pitié, ne légalisez pas le cannabis, on en a assez) et encore plus lorsqu’ils sont irrespectueux.

Bref. Dans tous les cas on ne peut pas refaire le passé, mais si je devais y retourner, je refuserais tout pareil. Ce n’était pas sans raison. Et venir me juger plusieurs mois après les faits, c’est petit. Juste pour me faire une fois de plus culpabiliser sur mon chômage qui pèse. Comme si ce n’était déjà pas assez de savoir que ma belle-mère et mon beau-frère bavent copieusement dans mon dos à ce sujet, sans parler de tous les autres, comme cette femme à la bibliothèque qui bombait le torse en disant que les jeunes notre génération sont des fainéants et que si elle pouvait sortir de sa retraite pour retourner bosser, elle le ferait. C’est ça mamie, retourne à l’usine à 80 ans, je vais rigoler. « Notre génération a souffert du travail, votre génération doit souffrir tout pareil, sinon c’est pas juste ! ». Monde de merde. Toujours à juger ce que font les voisins, la famille, les amis. On juge la manière dont les chômeurs dépensent leur RSA, avec contrôles et compagnie, par contre les détournements de fonds, que dalle…

Bon, je m’éloigne du sujet. Mais j’avoue que j’en ai assez d’être dans le jugement permanent. Que chacun se mêle de son cul et le monde tournerait peut-être un peu mieux.

Est-ce réellement une bonne idée ?

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Il y a quelques jours, j’ai pris un coup au moral en discutant avec mon homme. Si au début il était très enthousiaste pour le projet de création d’entreprise, plus le temps passe et plus il semble en être agacé. J’ai fini par lui demander directement s’il avait vraiment envie de se plonger là-dedans -la franchise totale est un des piliers de notre couple après tout-.

Il m’a un peu sidérée en me répondant que non. Que travailler dans un magasin une demi-journée le faisait déjà chier, alors passer la journée dans un magasin, même le sien, ça ne changeait pas grand chose à ses yeux. Il vendra des produits qu’il aime mais il bossera beaucoup plus, en faisant le même métier pénible qui lui tue le dos. Ça le lassera vite. Que s’il me suivait là-dedans c’est pour que j’aie un boulot car avec mes handicaps je ne trouverai jamais quelque chose de fixe sans créer mon propre emploi. S’il a cessé d’évoluer au sein de son magasin, c’est justement pour ne pas avoir à passer sa journée au boulot.

Je savais qu’il y avait anguille sous roche, mais je ne pensais pas que c’était à ce point. Parce qu’à chaque fois qu’on en parlait, ça l’enthousiasmait car il en avait marre de sa boîte dans laquelle personne n’écoute son instinct commercial -qui avouons le est très très bon- et où seul le fric compte. L’idée de pouvoir décider, il aimait ça.

Je n’ai pas envie de le forcer. Je n’ai pas envie qu’il s’engage dans un projet qui nous endettera -il faudra bien emprunter pour nos locaux, nos produits, la franchise si on en fait une-, qui nous bouffera beaucoup de temps juste pour que j’aie un travail. Mais je sais que si je fais machine arrière il va aussi me critiquer, en me disant que je ne sais pas me fixer sur un projet, que je n’ai pas les couilles d’être cheffe d’entreprise, etc.

Il faut savoir que mon homme est bipolaire. Il ne faut pas toujours prendre ce qu’il dit au premier degré car il est souvent dans des phases très pessimistes, voir un peu agressives, pendant lesquelles tout le fera chier, rien ne lui fera plaisir, rien n’arrivera à créer un semblant de sourire sur son visage. Mais cette lassitude vis à vis de notre projet, je la vois depuis quelques temps déjà. Principalement à cause des entreprises bio que l’on démarche -Natureo, Biocoop…-, à qui on prend le temps d’envoyer des messages détaillés pour présenter notre projet et qui ne prennent pas la peine de nous répondre. Ça agace mon homme car on a aucun indice sur ce qui pèche, sur ce qui fait qu’on nous ignore -alors que ces entreprises disent, sur leur site, manquer de monde pour s’établir dans toute la France-, sur, à la finale, la viabilité de notre projet.

Ce qui m’a fait peur également, c’est que lorsque je lui ai dit que je n’avais pas envie de me retrouver seule à la tête du magasin quand il en aura marre, il m’a répondu « Et alors, tu ne te sens pas capable de gérer un magasin ? Parce que si non autant ne rien faire ».

En soi je ne m’en sens pas incapable, mais si on fait ce projet à deux, ce n’est pas pour que je me retrouve seule. On est censés se partager le travail pour faire tourner la boutique. De plus il sait très bien qu’il y a une période dans le mois pendant laquelle je serai incapable de surmonter ma charge de travail : les règles, à cause de mon endométriose qui me cloue au lit plusieurs jours. Si je me retrouve seule qui prendra en charge une partie du travail ? Je n’ai pas envie de devoir embaucher quelqu’un avec un contrat bancal juste pour les périodes pessimistes de Monsieur le Bipolaire.

Parfois je me demande aussi si je serai capable de passer mes journées à bosser et même au-delà. Je suis quelqu’un qui a besoin d’un minimum de repos dans la journée à cause de ma fatigue chronique. Je peux forcer un temps mais ce ne serait pas une bonne idée -ça me rattrape toujours-.

Je vais malgré tout suivre la formation de la CCI parce qu’être à mon compte reste à mes yeux une bonne idée. Si mon homme se défile ou ne me paraît pas suffisamment fiable – ce n’est pas de sa faute en soi mais la bipolarité c’est un poison parfois – je choisirai autre chose qu’un magasin. A un moment j’ai eu une idée de box mais depuis le temps, je me suis faite doubler dans mon idée. Je ne sais pas trop ce que je ferai si l’idée du magasin n’aboutit pas. Je songeais à une épicerie en ligne ou à une sorte de Ruche (comme la ruche qui dit oui) mais il faut que ce soit viable et la concurrence est énorme, même pour les produits locaux/naturels.

Bref, voilà, un peu de remise en question, je suis peut-être trop prudente. J’ai été trop égocentrique en songeant aux problèmes que pourrait poser ma santé sans penser à sa bipolarité qui est elle-aussi un vrai souci. Peut-être que ma santé lui fait peur car il sait que ça va reposer principalement sur lui dans les périodes les plus pénibles du mois. Qu’il n’a pas envie de ça. Je le comprends. Mais j’ai aussi du mal à saisir la logique de mon homme qui déteste son boulot pour des raisons qui disparaîtraient en partie à la création de notre magasin : aucune décision possible, manque de reconnaissance, aucune écoute, du mépris… est-ce qu’il voit ça comme abandonner la peste pour récolter le choléra ?

Je suppose que tout futur créateur d’entreprise passe par une période de doutes, à voir où ça va nous mener.

Suis-je capable de me remettre en question, et surtout d’avancer ?

Dire du bien de soi

-Article initialement publié le 25 février 2014-

« Il n’y a que les imbéciles qui espèrent un nouveau résultat en agissant toujours pareil. »

C’est cette phrase, apparemment d’une certaine Marie May, trouvée au détour d’un article qui m’a faite réfléchir. A la base, elle se destine aux couples, mais moi c’est au niveau de l’emploi qu’elle m’interpelle.

Je me plains toujours de ne jamais passer l’étape de l’entretien, où je me fais toujours recaler. Mais est-ce vraiment de la faute de recruteurs trop exigeants, ou est-ce que le problème viendrait de moi ?

Mon égo surdimensionné fait que j’ai souvent du mal à me remettre réellement en question. Pourtant je ne manque pas de défauts, voire de sacrées tares. Et surtout, j’aborde toujours les entretiens de la même façon. Donc les choses ne risquent pas de changer.

Il y a déjà mon pessimisme qui revient au galop. Je n’aborde pas un entretien en me disant « Chouette, j’ai enfin décroché un entretien, je vais me donner à fond !« , non non ! Je suis plutôt du genre à y aller en me disant « Si j’ai décroché un entretien, alors 15.000 personnes l’ont décroché aussi, je n’ai aucune chance« .

Forcément, aller à un entretien dans cet état d’esprit, ça n’aide pas. Mais sans me donner d’excuse, ai-je réellement tort ? Quand une nana quasi sans expérience professionnelle est convoquée à un entretien, c’est que les recruteurs n’ont pas fait le tri dans les CVs, non ? La principale chose que l’on me reproche c’est justement le manque d’expérience professionnelle.

Il y a aussi le cap du maquillage que je n’arrive pas à franchir. Pour beaucoup de monde, une femme qui se maquille est une femme soignée, tandis qu’une femme qui ne se maquille pas est une femme négligée. Moi, je fais partie des femmes qui ne se maquillent pas. J’ai un gros blocage dessus, déjà quand je met du mascara j’ai l’impression de me peinturlurer, alors ne parlons pas d’une étape avec fond de teint et compagnie.

Pourtant, je prends soin de moi, notamment de ma peau, même si c’est assez récent. Ce n’est visiblement pas assez, mais je n’ai pas envie de me maquiller. Je ne supporte pas ça. C’est sûrement un reproche qui ne changera jamais.

Mon côté froid, voire glacial, ne change pas aussi. Je ne suis pas chaleureuse, c’est un fait. Je suis froide et flegmatique. Or, les recruteurs prennent souvent ça pour de la mollesse. C’est pourtant l’inverse : je suis hyperactive au travail, je ne supporte pas de ne rien faire ou qu’on croie que je ne fais rien. Le côté flegmatique est aussi assez drôle vis à vis de la clientèle : vous pourrez toujours vous énerver, insulter, hurler, c’est à peine si vous me ferez lever un sourcil.

Il faut avouer aussi que même si j’essaie de me dérider en entretien, il y a clairement plus avenant que moi. Je n’inspire pas la sympathie, quoi.

C’est quelque chose dont j’ai conscience, mais que j’ai énormément de mal à changer. J’ai toujours été comme ça, depuis bientôt 24 ans. On ne change pas du jour au lendemain. Il va falloir que j’apprenne à sourire aux gens sans qu’ils aient l’impression que l’on m’a enfoncé un balai dans le derrière.

Je manque de tchatche : là où un jeune diplômé sans expérience comme moi s’en sortira à force de hargne et de paroles, moi j’ai tendance à me laisser bouffer, décourager.

C’est idiot de dire ça comme ça, mais je n’aime pas parler. Du coup l’entretien est dominé de A à Z par le recruteur, je me contente de répondre à ses questions, sans trop en faire. Je ne fais preuve de charisme que lorsque je parle de quelque chose qui m’intéresse réellement : dans ces moments là, je suis capable de vous captiver un auditoire. Mais quand il s’agit d’un job alimentaire qui ne m’intéresse absolument pas, je n’arrive pas à montrer de motivation -pour la simple et bonne raison que je n’en ai pas-. Et du coup, ça se ressent, évidemment.

Certains me diront de travailler dans un domaine qui m’intéresse, dans ce cas. Je n’ai rien contre, mais ça demande des diplômes spécifiques que je n’ai pas, et reprendre mes études serait trop coûteux -je n’ai plus de crédits boursiers- sans garantie de résultat car je suis loin d’être la seule à vouloir bosser dans ce domaine. Je suis en train de me renseigner pour faire financer mon certificat de capacité animalier par Pôle Emploi, mais ça reste difficile car les principaux sites proposant des bouquins d’aide à la préparation sont de grosses arnaques. Difficile de démêler le vrai du faux.

En résumé, je suis capable de me remettre en question dans la mesure où je sais ce qui ne va pas chez moi. Mais je suis incapable de me remettre en question dans la mesure où je ne sais pas comment changer : déjà parce que je n’ai envie de changer pour personne, mais aussi parce que j’ai toujours été comme ça. Je n’ai jamais ressenti le besoin de me mêler aux autres, d’être la fille toujours belle, souriante, charismatique, avec le monde à ses pieds. Moi, si on m’oublie, tant mieux. Le souci c’est que je ne trouverai jamais de travail en étant si réservée. J’essaie de changer, mais pour le moment, je n’y arrive tout simplement pas.